Sire, pour cuyder la Royne d'Angleterre aulcunement me contanter sur
la perte de mon pacquet, elle a envoyé commission aulx officiers de
Rochestre d'enquérir dilligemment du faict, et punir ceulx qui en
seroient coulpables, et Mr. le comte de Lestre m'a mandé qu'elle s'en
estoit asprement prinse au secrétaire Cecille, et à d'aultres de son
conseil, qu'elle souspeçonnoit y avoir tenu la main. Néantmoins je
n'ay poinct recoupvert mon pacquet, et est advenu despuys, que
retournant le mestre d'hostel de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne de
Flandres avec ung pacquet du duc d'Alve, il luy a esté pareillement
prins en chemyn, et ne faict on semblant de le vouloir randre non plus
que le mien.
J'avoys, jeudy de la sepmaine passée, envoyé demander audience pour me
plaindre de ce tort à la dicte Dame et pour tretter avec elle des
affaires de la Royne d'Escoce et d'aulcunes particularitez de voz
dernières dépesches; mais elle me fit prier, par le Sr. comte de
Lestre et par milor Chamberlan, que je volusse avoir pacience pour
cinq ou six jours, à cause qu'elle se trouvoit ung peu mal, et qu'elle
estoit si empeschée ez affaires de ces seigneurs, qui estoient en
arrest, qu'elle ne pourroit bonnement entendre en aulcuns aultres
jusques à ce qu'elle eust pourveu à ceulx là. En quoy a esté desjà
tant procédé que, de ce que le duc de Norfolc estoit arresté, il à
esté à bon escient faict prisonnier et mené par eau, sur la barque de
la dicte Dame, despuys Vuyndesor jusques dans la Tour de Londres, le
XIe de ce moys, à deux heures après midy, où il y a heu ung grand
concours de peuple pour le veoir, qui ont toutz faict démonstration
d'en estre très desplaysantz. Les aultres seigneurs sont encores
arrestez à Vuyndezor, et plusieurs aultres particuliers, tant du pays
que Italliens, et quelques Espaignolz faictz prisonniers; et dict on
qu'on a mandé de toutes partz resserrer les évesques catholiques, qui
avoient quelque liberté de se promener ou de parler avec leurs amys
et parans, se doubtans d'une sublévation dans le pays; et l'on a, ces
jours passez, envoyé renfort d'argent et d'hommes en Irlande, où
semble que les affaires se monstrent encores assés doubteux; et sont
venues nouvelles complainctes à ceste Royne et aulx seigneurs de son
conseil du comte d'Ormont, qui a envoyé son mestre d'hostel pour s'en
purger.
Sur le commancement de ce moys, est arrivé ung corrier d'Escoce qui
raporte que ces affaires de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc
sont desjà cogneuz par tout le pays, et que, d'aultant qu'aulcuns des
grandz en sont marrys, le peuple en est bien fort joyeulx, souhaytant
plus que jamais d'avoir leur Royne, ce qui accroyt le débat parmy
eulx; et que mesmes aulcuns du party du comte de Mora s'estoient
despartys de luy, et que deux de ses principaulx adhérans, le comte de
Morthon et le Sr. de Humes, estoient en grand différant l'ung contre
l'aultre, et que le secrétaire Ledinthon avoit esté en grand dangier
de sa vie par l'ordonnance des estatz du pays, comme coulpable du
murtre du feu Roy, n'eust esté que milord Granges, capitaine du
chateau de l'Islebourg, qui l'avoit prins en garde quant il fut
constitué prisonnier à Esterlin, ne l'a vollu randre.
Les frontières d'entre l'Angleterre et l'Escoce sont si estroictement
gardées, qu'il n'y passe homme qui ne soit prins, ou par ceulx de
Baruich, ou par ceulx du party de la Royne d'Escoce, ou par ceulx du
cousté du comte de Mora; et y a desjà comme une guerre commancée en
icelluy endroict. Je ne sçay si ceste Royne a heu quelque souspeçon de
milor Housdon, gouverneur de Baruich, tant y a qu'elle l'a faict venir
icy, et a envoyé le maréchal Drury pour commander dans la place. Nous
attandons toutjour quelque bonne pourvoyance sur les affaires de la
Royne d'Escoce, mais parce qu'ilz sont enveloupez avec ceulx de ces
principaulx seigneurs arrestez, il y fault ung peu de pacience; et je
ne laysseray pourtant de les solliciter avec toute l'instance et
dilligence qu'il me sera possible.
Il est desjà party envyron quarante cinq vaysseaulx des portz de deçà
pour aller au vin, dont une partie tirera à la Rochelle et le reste
passera oultre à Bourdeaulx, où, si l'on y est bien receu, ilz seront,
se disent ilz, convyés d'y continuer puys après leur traffic et
employte, comme ilz le souloient faire auparavant. Et sur ce, etc.
De Londres ce XIIIe d'octobre 1569.