A LA ROYNE.

Madame, il me reste bien peu que dire icy à Vostre Majesté, oultre le

contenu en la lettre du Roy, si n'est que je suys infinyement marry

que je ne puysse conduyre la Royne d'Angleterre et les siens à user de

si bons et convenables déportemens en voz présens affaires, comme la

sincérité de la paix et de l'amytié qui est entre vous et voz deux

royaulmes le requerroit; mais il semble qu'après leur avoir bien

remonstré et vifvement débattu les choses, et faict veoir qu'on les

cognoist assés, qu'il fault par nécessité se contanter de gaigner

toutjours celles qu'on peult avec pacience, et garder que les aultres

qu'ilz ont ou colleur, ou trop grande affection de faire, ne vous

puissent venir à guières de dommaige. Dont vous plairra, Madame, me

mander si, prenant en quelque payement leurs excuses et mesmes leur

gratiffiant ce qu'ilz monstrent pour encores ne vouloir vivre qu'en

bonne paix avec vous, je leur accorderay la restriction qu'ilz m'ont

requise de ne porter par les Françoys aulcune sorte de merchandises

des Pays Bas icy, ny d'icy aulx Pays Bas, ainsy qu'ilz disent que le

duc d'Alve a deffandu le semblable de son costé, et pareillement la

seureté qu'ilz me demandent pour leurs vaysseaulx et flottes qu'ilz

proposent d'envoyer à Bourdeaulx, affin de les en satisfaire et les

engaiger davantaige à l'entretennement de la paix; et je prieray Dieu,

etc.

De Londres ce XXVIIe de septembre 1569.

Despuys les deux lettres escriptes à Voz Majestez, ayant ceulx de ce

conseil faict surçoyr le partement des navyres qui s'aprestoient pour

la Rochelle et pareillement de ceulx qui s'aprestoient pour

Bourdeaulx, ilz ont envoyé le premier Aldreman de ceste ville et le

lieuctenant de l'Admyral pour conférer avec moy de la seureté et

commodité qu'ilz pourront avoir, s'ilz quictent le commerce du dict

lieu de la Rochelle pour aller ailleurs; sur quoy je leur ay baillé

l'extraict de ce que Voz Majestez m'en ont escript, du XVIe d'aoust et

VIe de septembre, lequel ilz ont porté à iceulx seigneurs du conseil,

dont j'espère que du premier jour j'auray leur responce.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 97 / 189 题