Madame, je viens tout à ceste heure de recepvoir ung pacquet de
lettres de la Royne d'Escoce, lequel je vous envoye affin que
commandiez de le distribuer comme il vous plairra; et par celle
qu'elle a adressé à moy en chiffre, de laquelle je vous envoye la
coppie, vous comprendrez assés l'estat où elle est, et combien le
courroux de la Royne d'Angleterre a passé oultre contre la dicte Dame;
dont semble que ceulx cy seront pour en prandre les armes entre eulx,
si par une assemblée de conseil qu'on tient demain à Windesor il n'y
est remédié.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.
Monsieur de La Mothe, je vous envoye le présent pourteur pour vous
faire entendre que je seray transportée demain hors d'icy à Tutbery,
et bientost après à Nutingame, là où je seray mise entre les mains des
plus grandz ennemys que j'ay au monde; assavoir, du comte de
Huntington, viscomte de Hariford et autres de sa faction, qui sont
desjà arrivez icy. Je ne trouve nulle constance en Mr. de Cherosbery à
ceste heure en mon besoing, pour toutes les belles parolles qu'il m'a
donné au passé, encor que je ne me puys nullement fyer en ses
promesses. Lesquelles choses considérées, j'ay extrêmement grande
craincte de ma vie, par quoy je vous prie que sitost que aurez receu
la présente, de faire seurement tenir ce pacquet à l'évesque de Rosse
ou bien au duc de Norfolc, et de vous trouver avec eulx, et mes
aultres amys, pour résouldre entre vous ce que trouverez plus
expédiant pour ma saulvetté, et de parler vous mesmes à la Royne
d'Angleterre pour empescher, tant que sera en vous, mon
transportement, si tost qu'il vous sera possible d'avoir audience.
De Vuingfeild ce XXe de septembre.
Et dessus est escript: