Madame, ce que j'adjouxteray meintennant icy, oultre le contenu en la
lettre du Roy, et oultre ce que particullièrement j'ay donné charge au
Sr. de Sabran de vous dire, auquel s'il vous playt, Madame, vous
adjouxterez foy, est que les affaires de la Royne d'Escoce sont sur le
poinct ou d'estre remédiez, si Voz Majestez les veulent ung peu ayder,
ou bien de demeurer, possible, à jamais sans remède, s'ilz sont à ce
coup habandonnez; dont ceulx, qui en sentent icy l'importance,
estiment estre requiz qu'il vous playse faire deux choses: l'une, de
parler là dessus vifvement à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre,
conforme à ce que j'en ay desjà dict à elle de vostre part, affin que
vostre affection et intention en cella luy soient davantaige cogneuz
par les lettres de son ambassadeur; dont j'ay baillé au dict Sr. de
Sabran ung mémoire de ce qui en a esté tretté entre elle et moy, avec
toutes ses responces, affin de vous pouvoir servir de quelque adviz
pour en mieulx discourir avec icelluy sieur ambassadeur;--l'aultre,
d'envoyer, dans le mois d'octobre prochain, quelque secours d'ung
petit nombre d'arquebouziers à Dombertran, si ceste Royne, entre cy et
là, n'accommode les affaires de la dicte Dame, ainsy que j'ay donné
charge au dict Sr. de Sabran de vous en représenter le besoing: qui
vous monstrera aussi, Madame, deux lettres, que la Royne d'Escoce m'a
escriptes, dont l'une est de sa main, laquelle, avecques la créance de
celluy qui me l'a aportée, me font très humblement suplier Voz
Majestez, ès quelles elle a, après Dieu, sa confiance, qu'il vous
playse luy assister de ce peu qu'elle vous requiert, qui luy
conservera à elle son estat, et à vous beaulcoup de réputation envers
les aultres princes, voz alliez et confédérez, pour avoir Voz
Majestez, au millieu de voz plus grandz affaires, heu le soing de
secourir ceste vostre première et principalle alliée et confédérée. Et
j'entendz, Madame, que la pouvre princesse n'a receu aulcune plus
grande consolation, despuys sa fortune, que d'entendre, par le retour
du Sr. Bortyc, que vous l'aviez avecques ses affaires en bonne
souvenance et recordation: et atant je prie Dieu, après avoir très
humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, en
parfaite santé, très heureuse et très longue vie et toute la grandeur
et prospérité que vous desire.
De Londres ce 1er de septembre 1569.