A LA ROYNE.

Madame, vous verrez en la lettre que j'escriptz au Roy ce que, pour

ceste foys, j'ay principallement à faire entendre à Voz Majestez des

choses de deçà, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce, qu'il me

reste encores vous dire, Madame, que ceulx, qui luy sont icy bien

affectionnez, estiment luy importer grandement que le desir et bonne

affection, que le Roy et Vous avez à son restablissement, soyent

signiffiez et bien cogneuz à la Royne d'Angleterre; dont estiment

estre fort requiz qu'il vous playse tenir à son ambassadeur, Mr.

Norrys, un semblable langaige que, de la part du Roy et Vostre, je luy

ay tenu icy à elle, pour l'admonester de ne plus prolonger ny reffuzer

son secours à ceste princesse, ou bien remectre paysiblement

l'entreprinse en vostre main; et ne trouver mauvais ny prendre aulcune

deffiance de Voz Majestez, quant elle verra que, du premier jour, vous

l'y mettrez à bon escient, avec d'aultres particullaritez que je vous

manderay par ung des miens, aussitost que j'auray receu une responce

que j'attandz demain de ceste court; qui pourtant, Madame, pourrez

différer de parler au dict sieur ambassadeur jusques à ma première

dépesche.

Or, le jour après que j'euz dernièrement parlé de cest affaire à la

dicte Royne d'Angleterre, elle se fit lyre la déclaration du Roy et

Vostre, celle de Monsieur filz de Vostre Majesté[12], de monsieur le

Cardinal de Lorrayne et de Mr. l'Arsevesque de Glasco, touchant le

tiltre de ce royaulme; lesquelles elle trouva en la forme qu'elle

desiroit. Et ayant, avec loysir, pensé aulx choses que, le jour

précédant, je luy avois dictes là dessus, et d'icelles conféré avec

les seigneurs de son conseil, elle vollut parler, secrectement et à

part, à Mr. l'évesque de Roz, pour entendre le fondz et la vérité de

plusieurs raportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Royne d'Escoce;

lequel luy en dict franchement ce qui en estoit: de quoy elle demeura

consolée, voyant qu'il n'y avoit rien qui tournât à son préjudice, ny

qu'on eust pensé de rien entreprendre en ce faict, sans son sceu ny

sans son expresse permission et volonté. Dont, considérant mon

instante sollicitation au nom de Voz Majestez pour la liberté et

restitution de la dicte Royne d'Escoce, elle luy a escript incontinent

une bonne lettre, pleyne de consolation et de promesses, et en a

escript d'aultres bien expresses au comte de Mora, telles, comme le

dict sieur évesque de Roz les luy a vollu deviser; lesquelles luy ont

esté desjà envoyées par ung gentilhomme escouçoys, nommé Me. Thomas

Flemy. Et, dans quinze jours, nous espérons qu'il sera commancé de

procéder en telle façon sur ceste matière, que nous pourrons

clairement juger quelle en pourra estre la fin; et adjouxteray ce mot,

que le dict affaire semble estre passé si avant que je croy que

d'icelluy deppend ou le repoz, ou le grand trouble de ce royaulme. Sur

ce, etc.

De Londres ce XXVIe d'aoust 1569.

[12] Voir ces pièces qui sont insérées à la fin du Ier vol. à la

suite de la XXXVIIIe Dépêche.

COPIE D'UNE REMONSTRANCE, que ceulx de la Rochelle ont mandé

avoyr envoyée au Roy, après l'arrivée du duc de Deux Pontz.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 65 / 189 题