Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les particullaritez, qui servent
de principal argument pour la dépesche que je fays présentement à Voz
Majestez, demeurant le reste des choses d'icy au mesmes estat que je
vous ay naguières mandé, du Xe du présent, et ne fauldray de vous
escripre toutjour ce que, jour par jour, je verray advenir de plus ou
de moins en icelles. Cella vous diray je, icy, davantaige, Madame, que
l'Allemant et le Françoys, naguières arrivez de la Rochelle, semblent
estre principallement venuz pour représanter l'estat de leur armée et
de leurs affaires à ceste Royne, et solliciter quelques deniers,
qu'ilz attandent de ce royaulme. Ilz ont distribué plusieurs lettres,
dont par l'extraict de l'une, qui est de monsieur l'Admyral, et d'ung
discours, lequel à grand difficulté j'ay recouvert, Votre Majesté
verra de quelle façon ilz parlent de leur faict, et seray bien ayse
d'estre advisé s'ilz ont envoyé à Voz Majestez la remonstrance dont
ilz font mencion en icelluy[10]; car ceste Royne m'en a parlé fort
expressément ainsy que je le vous [ferai] plus à plain entendre par
ung des miens, que sur aultres occasions je dépescheray devers Voz
Majestez, aussitost que le Sr. de Vassal, que je vous envoyay sur la
fin du mois passé, sera de retour. Le dict Allemant s'enreva à la
Rochelle et dict on qu'il est à ce comte de Mensfelt, qui est avec
eulx, lequel est pensionnaire de ceste Royne.
[10] Cette pièce se trouve jointe à la LIVe Dépêche. _Voyez_ p.
179.
Le conseiller Cavaignes a faict quelque semblant de vouloir aussi
repasser à la Rochelle, pour aller prendre la charge qu'avoit au dict
lieu le conseiller Bourg son beau frère, qu'on dict estre despuy
naguières décédé. Je ne sçay encores s'il partira. Toutz ceulx cy de
la nouvelle religion se monstrent, à ceste heure, grandement relevez
en l'espérance de leurs affaires, faisans estat que Poictiers sera
prins, et que ceulx de dedans, voyans ne pouvoir estre secouruz, ont
desjà commancé de parlementer; que l'armée du Roy ne pourra de long
temps estre rassemblée, et que cependant la leur aura exploicté
beaulcoup de choses à leur proffict; et que bientost le renfort,
qu'ilz attandent encores d'Allemaigne, entrera en France, pendant que
les aultres princes catholiques ne s'esmeuvent guières chauldement
pour réprimer leur entreprinse. Sur ce, etc.
De Londres ce XVe d'aoust 1569.