MÉMOIRE.

XXXV. ASCLÉPIADES. Or bien, par votre doctrine, cette aventure ne sera

pas commune. Je vous assure que jamais je n'eus affaire à femelle qu'à

ma femme, qui est, comme je crois, une vraie femme de bien; & encore que

je ne besogne qu'elle, si ai-je toujours mal au vit; par ainsi je ne

serai pas exempt, puisque ceci est vrai.

POGGE. Mais les moines!

AMIOT. Quoi!

POGGE. Où auront-ils le nez, s'ils ne l'ont fait qu'à leurs garces?

MAROT. Allez le demander à l'abbesse de delà l'eau, qui vous donnera de

l'équivoque. Ma finte, je la mis bien en alarme, la premiere fois que je

la vis! Devisant avec elle, je lui faisois des contes, & parlois de ce

que plusieurs lui avoient dit; & finalement jouant; je lui mis la main

près le bas du ventre, sauf les étoffes. O, o, dit-elle, vous êtes bien

hardi de mettre là la main. Eh, madame, pourquoi ne mettrai-je pas ma

main en cet endroit? J'y ai bien mis mon chose. Quel chose? Celui avec

lequel je pisse. Par saint Guillot, il n'est pas vrai.

CICÉRON. _Ergò_, vous en avez menti, comme dit l'autre.

MAROT. Ne vous fâchez pas, madame. Je dis que mon chose a bien été en ma

main: & si je suis jamais abbé, je tâcherai à vous faire ce que je

pourrai. Vous seriez un bel abbé. Je le serai quand je voudrai. Si

monsieur de Marmoustier vouloit ouir quatre syllabes que je lui dirois,

& me gratifier en accomplissant mon dire, je serois abbé. Et que lui

diriez-vous? Je lui dirois: maître moine, ôtez-vous. Ce n'est pas en

quatre syllabes. Mais en quatre lettres, je lui dirois: A, B, C, D. Et

puis je le ferois aussi-bien que les vicaires, & ferois de nécessité

vertu, comme le sieur du Fouilloux, qui berça sa femme. Elle étoit

mauvaise, grondoit quand il venoit compagnie, rechignoit

perpétuellement, & lui donnoit tant & tant de tourment, qu'il ne savoit

où se mettre. A la fin, il s'avisa d'un bon expédient. Il fit faire un

berceau assez grand pour la mettre, & le fit porter en sa maison avec

tout l'attelage: amena aussi un prêtre, un greffier, & quelques siens

amis, avec quatre crocheteurs, & six vezoux. Etant entré, il dit à sa

femme: ça, ma mie, faites-nous bonne chere. Allez, dit-elle, de par le

diable, faire votre bonne chere d'où vous venez. Vous ne servez qu'à

mettre tout sans dessus dessous. Adonc il se mit en colere, au moins le

feignit; & il la fit prendre toute brandie, lier & emmailloter, &

coucher dans ce berceau; puis commanda aux portefaix de faire leur

devoir de bien bercer, ce qu'ils firent. Elle leur crachoit au nez,

tempêtoit: je veux pisser; je veux chier. C'étoit tout un; ils n'en

berçoient que mieux. Les vezoux disoient: _de la vase_; les

gentilshommes dansoient _petonton_, les branles de Poitou. O! là,

dit-il, mes amis, boutez; écrivez, monsieur le greffier, les injures &

opprobres, dont ma bonne femme m'honore. Là, là, ma mie, vous mourrez

bienheureuse; on ne dira pas que je vous aie tuée. O! que vous serez

heureuse! Mais arrêtez un peu, ô berceux de paradis, afin que monsieur

le chapelain la confesse. Confessez-vous, ma mie; vous n'avez plus

qu'une heure à vivre; j'ai pitié de votre ame; je ne veux pas tout

perdre. Elle tempêtoit plus fort & plus rudement. On berçoit; & vous en

aurez. A la fin, elle pria de parler à son mari, qui, venu à elle, lui

dit: ma femme, il n'y a plus de moyen de parler à moi; vous êtes prête à

mourir; je vous pardonne, confessez-vous, afin que vous mouriez

pénitente: sus, sus, bercez toujours. Là, nobles berceux, ça mes amis,

vous ferez aller cette ame en paradis avec ce branle doux; jouez vos

jeux, jouez; & nous tous, dansons de réjouissance de voir une si belle

ame être prête du bon repos tant desiré. La peur commençant à entrer en

la conscience de cette femme, vint aux supplications, qui à la fin

furent si humbles & pleines de tant de protestations, que le mari, prié

par ses amis, la dame fut délivrée; son mari la mit entre les mains des

chirurgiens pour la saigner, à cause de l'appréhension qui l'avoit

saisie; & dès lors elle fut changée de tout point de son humeur

fâcheuse.

ARISTIPPUS. Si Socrates le bon homme eût ainsi bercé ses deux femmes, il

les eût endormies, & lui & sa nourrice eussent eu loisir de jouer

ensemble, tandis que ses enfans dormoient; & n'eût pas été affublé de la

potée de pissat, que l'une lui jetta sur la tête par dépit qu'elle eût

qu'il n'avoit tancé celle contre qui elle querelloit.

VIGENERE. Par la vertu donguoi, vous savez que j'ai belle femme & bonne.

Moi, ni mes amis ne s'en peuvent plaindre. Néanmoins un jour, (quasi

nuit, & il faisoit clair de lune, le soleil ne luisoit plus) que

revenant de la ville, & entrant en ma maison, je trouvai un jeune

avocat; & cela me fâcha, d'autant que je craignois scandale. Je dis: ma

femme, vous savez le bruit qui court de vous & de moi; car on dit de moi

que je suis un peu cornard; & je le crois bien; & aussi de vous, que

vous êtes un peu garce; ce que je ne crois pas, mais vous tiens pour

femme de bien; je le crois aussi-bien que vous. Par ma foi, mon mari,

croyez-le, je vous en prie. Voilà comme j'ai bercé ma femme, & comme

elle m'a bercé, ce que je n'ai appris à aucun alquemiste de l'Allemagne,

de peur d'être bercé de celles fantaisies, qui leur feroient oublier le

voeu secret, qu'ils ne disent qu'aux enfans de la science.

ALOILOL. Je ne vis jamais tant parler. Aussi cette phrase n'étoit point

de mon tems; je vous prie, éclaircissez-m'en.

VIGENERE. Soit; sachez qu'en toutes facultés il y a un secret qui ne se

dit qu'à ceux qui ont la pure entrée: & ce, afin que cela ne soit

divulgué. Comme par exemple, je vous dirai que le principal mot du guet

du _Moyen de Parvenir_ est d'avoir de l'argent: aux moines pour se

saouler & besogner leur saoul, d'autant que c'est leur part; aux

gentilshommes, pour paroître; aux ambitieux, pour se faire

mistigorifier, comme petits démons sur le plat d'une pelle; & aux

autres, pour avoir du contentement en vérité, & non en songe.

LA PUCELLE D'ORLÉANS. Ainsi que ces deux gentilshommes, qui étoient

venus à l'entrée du roi Charles à Orléans, chez le lieutenant

particulier. On les mit coucher ensemble. L'un songeoit qu'il se noyoit,

& l'autre songeoit qu'il pissoit; & parce que le sphincter se dilata en

cette nécessité, où fut fait vertu, il compissa tout l'autre, qui

haletant & s'éveillant, & se trouvant tout mouillé, se prit à crier:

hélas! il est donc vrai? O, adieu, tous mes amis de ce monde. Ce

pisse-en-lit s'acheva de gâter par cet acte, d'autant que cette belle

fille n'en voulut. Il est vrai que son valet l'avoit contaminé le jour

de devant. Il l'avoit embouché, & dit qu'il fit bonne mine, & que, quand

il parleroit de son bien devant sa maîtresse il le doublât, & qu'il le

tanceroit; & que pourtant il ne laissât de continuer. Etant donc en

devis avec la mere & la fille, il disoit qu'il avoit entr'autres une

bonne métairie, où il y avoit beaucoup de commodités. Vous en avez bien

deux, dit le valet. Taisez-vous, lui dit-il; il faut que vous causiez?

Et aussi, madame, pour vous dire la vérité, j'ai une grange pleine de

bled. Vous en avez bien deux. O! ho, ce compagnon ne se taira pas? Et

puis, au bout de ma maison, j'ai une bonne garenne qui contient plus de

trente arpens. Vous en avez bien deux. Paix, c'est assez; vous faites le

suffisant. Le portail de ma cour est tellement baillé à mon clousieur,

qu'il m'en doit une bonne vache. Il en doit bien deux. O! ho! ce pifre

ne se taira point? Il est vrai, madame, que je suis assez bien de tout;

mais j'ai une incommodité, c'est que j'ai mal à une jambe. Vous avez

bien mal à toutes deux. Ô! ô! de par le diable, c'étoit à ce coup qu'il

se falloit taire; mais tout fut gâté, honni & perdu.

Le moyen de parvenir, tome 3/3 · 第 56 / 65 题