TRANSCRIT.

XXIII. Une femme voyant un jour un beau gentilhomme, le regarda fort, &

d'un oeil de concupiscence; puis dit à sa voisine: voilà un bel enfant;

je le porterois volontiers, pour le faire jouer.

JAMBLICUS. Elle me disoit un jour: couchez avec moi; &, demain au matin,

je vous baillerai une paire de souliers. Elle n'y faillit pas; mais ce

fut les miens qu'elle me bailla. Un autre disoit: je l'eusse donnée au

diable. Non eussé-je pas moi, d'autant que j'en avois encore affaire; &

puis je serai possible son héritier.

L'AUTRE. Quel héritier! Elle mourra pauvre.

JAMBLICUS. Voire da, comment? je vous prie: elle est putain, & son mari

larron; est-ce pas pour faire une bonne maison?

ARIAS. Je ne doute point qu'elle ne soit putain; & sur-tout l'ayant vu

parler au vicaire de saint Paul, qui avoit promis à son curé qu'il

seroit sage, & ne courroit plus après les garces; & qu'au moins il s'en

abstiendroit les féries de pâques. Jan, il n'eut pas la patience; dès le

premier jour il parla à cette-ci; & le curé qui l'apperçut, l'entendit

revenir, & lui dit, je vous ai vu parler à une garce. N'avez-vous point

de honte de ne vous en pouvoir abstenir, encore à ces bons jours? Ho!

monsieur, dit-il, excusez-moi; ce n'est pas pour aujourd'hui, c'est pour

demain.

SYNESIUS. Ce compagnon confessoit une fois un maître des requêtes, & lui

parloit de péché de luxure, l'en interrogeant selon les loix de

_Benedicti_; & comme il lui en parloit exactement, monsieur le maître

des requêtes lui dit: mon confesseur, mon ami, je vous prie, ne me

parlez plus de cela; vous me faites arser.

LE MOUTARDIER. Vous êtes calomniateur; elle étoit sage, & avoit beaucoup

de preud'hommie féminine.

CICERON. Tu y es; tu y parles comme Thevet: voire de la _preud'hommie_.

LE MOUTARDIER. Et pourquoi non, puisque preud'hommes avoient affaire à

elle? Et toutefois c'étoit avec chasteté, tant qu'elle se pouvoit

étendre, _modo stricto_. Pour le premier, elle ne voulut jamais que

monsieur d'Est la baisât en la bouche; & il lui demandoit pourquoi?

C'est dit-elle, que ma bouche est pour mon mari, parce qu'elle lui a

promis: quant à mon con, il ne lui a rien promis, faites-en tout ce que

vous pourrez; il est à votre commandement, cul & tout. Son mari s'en

doutoit. Un jour qu'elle étoit sur la porte assise, elle avoit son

cotillon un peu levé, il lui dit: fermez l'ouvrouer, (c'est la boutique)

ma femme, il est fête. Aussi le cas d'une femme est un ouvrouer, des

filles sont étoffes.

NÉRON. A quoi faire?

L'AUTRE. A faire des femmes de bien, ou des garces: & qu'ainsi ne soit,

on peut dire une parole injurieuse à une femme ou fille de bien, sans

l'offenser, en l'appellant par verbologie de choix, _belle étoffe à

faire une garce_; parce que c'est-à-dire qu'elle est fille de bien, &

qu'il ne tient qu'à elle qu'elle ne soit autre. Ne lui est-ce pas faire

de l'honneur?

L'APPRENTIF. C'est un bel honneur! Tu y entends comme ceux qui heurtent

aux portes des putains.

L'AUTRE. Et quoi, y a-t-il de l'intelligence en telle affaire?

L'APPRENTIF. Oui da; notez, enfans, que si une garce a une porte sur la

rue, il ne faut point y heurter, si on la trouve fermée; parce que, si

la dame n'est point à la porte, ou à la fenêtre, il est évident, la

porte étant fermée, qu'elle est empêchée.

L'AUTRE. Cela est il vrai?

L'APPRENTIF. Aussi vrai qu'il est vrai qu'elles ont beaucoup de dépit,

(ainsi qu'ont les traîtres) quand en leur présence on jure, & dit-on,

par-ci, par-là: je n'aime point les putains; je n'aime point les

traîtres. Si à telle heure elles devenoient pucelles, jamais ne

deviendroient putains, & seroient aussi farouches au montoir, que garces

qui ont été au sermon.

Le moyen de parvenir, tome 3/3 · 第 43 / 65 题