COPIE.

XXIV. Et gai, ne faites donc jamais de cérémonie à l'entrée d'une halle,

d'une taverne & d'un bordeau. Quand je vois faire ces similitudes, il me

semble que je vois mademoiselle de Peu, qui disoit à madame Courtois:

mon dieu! madame, que vous avez de belles filles aux fêtes. (Elle étoit

aussi propre que le pendu de Douai).

CÉSAR. Comment?

L'AUTRE. Quand l'empereur Charles y fit son entrée, les gens de cette

ville-là lui voulurent faire tout l'honneur qu'ils pûrent. Et faisant de

belles façons d'arcades, chapeaux de triomphes, poteaux & telles

magnificences, ils s'aviserent d'un pendu qui étoit à la porte de la

ville, & principale entrée; ils ôterent à ce pendu sa chemise sale, &

lui en mirent une blanche, pour faire honneur à monsieur l'empereur).

Cette femme disoit cela de ses filles, parce qu'elles étoient mignonnes

& proprettes. Et après, ces mignons, ils sont là à faire des façons ès

entrées ou sorties, & font plus de fricassées de fêtes, qu'il n'y

faudroit d'étoffes à faire une pannerée de mysteres. Il me semble, à

voir ces fadaises, que les personnes, qui demeurent ainsi arrêtées, sont

comme couillons, qu'on ne laisse jamais entrer. Mais à propos, pourquoi

est-ce qu'ils n'entrent jamais?

BAIF. Il l'a tantôt été dit; souvenez-vous-en.

L'AUTRE. Je m'en souviens comme Honoré Bonjouan, brodeur de la reine

notre maîtresse, qui, ayant eu affaire de lui, & ne l'ayant pu avoir,

puis le voyant, lui demanda où il avoit été. Alors il lui dit: madame,

je me soumets en toute humilité de majesté, madame; je me souviens que

j'ai été voir mettre un homme en difficulté, & en distribuer un autre en

quatre pieces, choses que je n'avois onques point vues.

NÉRON. Qu'est-ce que difficulté?

BEZE. Il cuidoit dire en _effigie_; je me le remembre. Il disoit d'un

bel homme, qu'il avoit de beaux mufles, c'est-à-dire _muscles_.

DENIS. Il étoit aussi fin que le marquis de Bellegueule, qui disoit que

c'étoit une bonne manne en une maison que du charbon.

G. G. C'est aussi-bien rencontré que ceux qui disent: depuis que moines

allerent à cheval. Je ne vis jamais de moines aller à cheval, non plus

que d'autres; bien ai-je vu des chevaux aller à moines. Les chevaux vont

à moines dessus, comme tout autre; & ce qui est notable.

PASSERAT. Si nous nous avisons de telles rencontres de ceux qui ne

savent ce qu'ils disent, & pensent bien dire, je vous renvoierai en

Savoie avec les huguenots, qui, fuyant de la S. Barthelemi, & approchant

de Geneve, se plaignoient du roi des François. Les Savoyards, qui

croyoient ce que ces pauvres despoderats leur contoient, les consoloient

ainsi: _Ha pauvre gen, vostron ré n'est pas si bon que nostron princio.

Si vostron ré se fu bin gouverna, il eusse esta maistre douta de nostron

duc._ Ces pitauds nous répétoient cela, même quand nous étions en

l'expédition de Savoie, & que, sans le mariage du roi, nous eussions

conquis le Piémont. Vogue la galere, ce sera pour une autre fois. Le duc

nous apportera de l'argent; puis nous irons prendre sa terre.

BENOÎT. En bonne intention, mon ami, vous êtes de la même opinion que le

sire Isaac Baudouin, de qui j'avois fait enterrer la femme fort

honnêtement dans l'église. Il avint que lui demandant de l'argent, parce

que déjà je l'en avois averti, il me fit quelque excuse; puis, comme par

colere, en présence de nos amis qui devisoient avec moi, il va dire:

voici chose terrible! Cet homme veut avoir le corps & les biens.

CASSIAN. On l'avoit apportée cette-là; mais la servante de

Trainecouille.

CÉSAR. Qui nommez-vous ainsi?

CASSIAN. Ce grand viédase d'auprès les carmes, qui servoit d'espion aux

ligueurs durant la ligue, de mouchard aux politiques durant leur regne,

de fureteur aux huguenots quand ils pulluloient & multiplioient. Un

jour, sa servante, qui se nommoit Colette, monta sur un abricotier, qui

avoit des branches qui passoient par-dessus des murailles dans le jardin

des carmes, ou des jacobins, c'est tout un. Cette fille s'avança sur ces

branches, pour cueillir le fruit; & il avint que la branche, sur

laquelle elle étoit, rompit. La fille tomba dans le jardin, où quelques

jeunes freres se promenoient, qui, voyant cette proie comme venue du

ciel, se mirent après, & la _besognerent_ en bon françois, allant à la

rangette, comme les soldats qui assiégerent le château d'Angers. Le

prieur, qui ouit quelque bruit, survint à ce lieu; & effaroucha les

aigles qui venoient au corps, & prit la fille par la main & la rendit à

sa maîtresse, qu'il trouva à la porte la demandant. Quand Colette fut

avec sa maîtresse, elle fut tancée, & elle lui dit: vous êtes une pauvre

fille, que vous n'avez crié. Et quoi, ma mie, je pense que vous les

enduriez faire! Comment, madame, dit-elle, par ma finte, si le prieur ne

fût venu, j'en eusse bien eu davantage.

BAIF. Vraiment, à ce que je vois, elle n'étoit pas comme la fille de

notre juge, laquelle est si pucelle, que son pucelage lui monte si fort

en la tête, qu'elle en est folle.

PIMANDRE. Je m'ébahis comment cette fille pût sortir du cloître, vu que

l'on dit, quand une chose tient bien, _cela tient comme une vesse en

cloître_.

CHARLES. Mais je m'ébahis qu'il n'y eût quelque homme de bien là, qui

empêchât cette insolence.

CASSIAN. O voire, cela étoit une chappe-cheute, une fortune rencontrée:

il ne faut jamais laisser passer ce qui s'offre; & qui plus est, je

dirois presque comme le maréchal de Valiere. Comme les élus étant là, &

parlant de vos deniers qu'il falloit lever, & les asseoir avec modestie;

quelques-uns se plaignoient disant ce qu'ils en pensoient. Sur cela un

élu va dire: il faudroit élire & choisir ici quelques gens de bien du

lieu, pour y avoir égard. Ce maréchal qui ferroit un cheval, oyant cela,

laissa son affaire, & vint dire à l'élu: vraiment, monsieur, il n'y a

point ici de gens de bien.

Le moyen de parvenir, tome 3/3 · 第 44 / 65 题