M. ANT. NATTA. Ce seroit donc le mouvement perpétuel?

S. COME. A dire vrai de ce merdeux, mon ami, si c'étoit de vous comme de

moi, j'estimerois que ce fût comme le jeu de pet-en-gueule qui est

notable, d'autant qu'il est le symbole de ce qu'il y a de plus exquis.

Voyez-vous que c'est le sublime abaissé, & la vraie circulation

chymique, lors que le cul sent la violette?

NIC. NAN. Vous n'y êtes pas: c'est le symbole de ceux qui, sous ombre de

religion, font la guerre pour maintenir leur ambition.

RAMUS. Que ne dites-vous cela en latin: Raphelingius se moquera encore

de vous, tant vous êtes sot.

NIC. NAN. C'est assez, mon bon maître: j'ai, comme disoit Ambroise Paré,

assez de latin tout fait; mais je n'en saurois faire qu'à fine force. Au

diable le latin! il m'a tout emmusiqué la fressure de l'entendoire; &

par fois je suis vraiment un grand sot.

SON FILS. Vous avez menti, mon pere; ma mere étoit femme de bien.

THÉMISTIUS. Et autant opiniâtre que la femme du pauvre Æschines, qui,

par dépit de son mari, ne vouloit manger les pois qu'un à un: son mari

vouloit qu'elle les mangeât en quantité, elle ne vouloit pas; parquoi

son mari la battit, dont depuis elle fit la malade, & en fit la morte.

A! dame, on la porte en terre; & comme on lui jetta la terre sur les

genoux, elle eut frayeur, & comme demandant pardon, se mit à crier: je

les mangerai trois à trois. Les prêtres qui l'ouïrent, & les autres

pensant qu'elle les voulût manger ainsi, s'enfuirent.

CAB. BURATEL. Et que devint-elle?

THÉMISTIUS. Elle retourna au logis, ainsi qu'une femme de bien doit

faire, pour être encore aimée de son mari. Et qu'il ne soit vrai, une

femme ira plus pour un coup de vit, qu'un âne pour dix coups de bâton.

FOXIUS. Elle eût été bien sage, si elle n'eût point été malicieuse. Et

de là, filles, prenez instruction, qu'il faut se laisser tout faire sans

mordre ni égratigner, de peur que l'on ne dise, sentant le mal, au

diable la putain! Et cela seroit possible cause que vous la deviendriez,

comme plusieurs autres, tant pour leur plaisir, que parce qu'il est

ainsi prédestiné, si le célibat n'y entrevient. Or devinez pourquoi a

été inventé _célibat_.

ARIAS. C'est afin que nous ne nous amusions point à une femme, pource

qu'elles sont toutes à nous, au moins s'il est vrai ce qu'on dit.

ARNOBE. Je pense que c'est plutôt pour éviter les cornes, à quoi sont

sujets les mariés qui craignent d'être cocus, d'autant que tous ceux qui

sont mariés le sont; & pourtant prenez garde. Vous trouverez chez les

hommes d'entendement, & qui ont de belles femmes, & qui font l'amour,

c'est-à-dire, qui ont affection de bien faire pour en recevoir, qu'ils

auront toujours chez eux un chausse-pied de cuir; & ce de peur que les

cornes ne les blessent. Un chausse-pied de corne est dur; & partant je

suis en grand peine d'où vient l'opinion des cornes.

Le moyen de parvenir, tome 3/3 · 第 42 / 65 题