III. Un ministre avoit une piece de bon vin, qu'il gardoit aux bonnes
bouches. Il avint qu'il en voulut avoir, pour envoyer à un sien ami; &
il descendit lui-même avec la chambriere, pour faire emplir la
bouteille; mais il n'y avoit pas d'ordre: il étoit trop bas. (Il eût eu
besoin de priere, comme la bonne femme qui prioit dieu que hausse qui
baisse, & que baisse qui hausse: hausse qui baisse, étoit pour son vin;
& baisse qui hausse pour son lard, qui étoit pendu au plancher, qui
haussoit, plus on en prenoit.) Le ministre n'étoit point content que son
vin fût diminué sans s'en être senti. Comme il s'en tourmentoit, la
chambriere disoit: il faut qu'il s'en soit allé par quelque part. Et
elle faisoit l'empêchée de regarder par-tout; puis elle s'avisa de
monter sur le tonneau, pour voir s'il n'y auroit point quelque fente
derriere. Etant dessus, & se baissant la tête, voilà ses robes qui se
renversent sur son échine, chemise aussi; & son maître qui tenoit la
chandelle, va voir la grande essoine qu'elle avoit entre les cuisses.
Elle faisoit si beau jeu, qu'on l'eût vu jusqu'à l'herbier. Allons,
allons, dit-il, ôtez-vous de-là; l'ai vu la fente par où mon vin a
coulé.
CEDRENUS. Vous aviez cela à dire, pendant que je faisois paître mon âne.