II. LE BON HOMME. Vous savez que ceux qui sont en prison, sont instruits
par les autres, ainsi que le fut cettui-ci, qui, étant amené devant
l'official, fut interrogé en la présence de la fille. Venez ça, mon ami.
Connoissez-vous pas bien cette fille-là? Oui, monsieur. L'aimez-vous pas
bien? Oui, monsieur. L'avez-vous baisée quelquefois? Oui, monsieur.
L'avez-vous quelquefois poussée, pour vous accoupler avec elle? Oui,
monsieur; mais elle remuoit & tempêtoit, se trémoussant si fort, que je
ne sais si j'ai mis dedans ou dehors? Elle va répliquer: hélas!
monsieur, le grand menteur! Je ne remuois pas, par mananda, non plus
qu'une pauvre piece de bois. O, ho, dit le compagnon, je ne vous ai donc
pas prise par force? Que fait notre curé.
HÉRODOTE. Laissez-le moudre son bled. Il fait possible, comme le
jardinier qui trouva sa maîtresse endormie, une jambe en bas & l'autre
sur le lit. Il leve sa robe, pour voir si elle faisoit semblant, puis la
cotte, puis la chemise; & lors il vit le but d'amour, aussi prêt à
s'émouvoir qu'une rose fraîche: il y fiche sa fleche; & comme il
poussoit trop fort, elle s'éveilla, & le voyant, lui dit: qui vous a
fait si hardi? Je m'ôterai, s'il vous plaît, madame. Je ne vous dis pas
cela, vous êtes un sot; je vous demande qui vous a fait si hardi?
GRATIAN. Ce mot de _sot_ est fâcheux, si est-ce que le chevalier de Brin
l'endura bien de mademoiselle de Morfaut, qui, sur les discours qu'ils
tenoient à l'usage de chevalerie Maltoise, lui demanda: or ça, mon
gentilhomme, en bonne foi, voudriez-vous pas bien m'avoir besognée? Oui
vraiment, madame; & ne vous en déplaise, je voudrois bien vous avoir
embrassée amoureusement, homocentriquement & résolutivement. Allez, vous
êtes un sot, le plaisir seroit passé; pour être content, il voudroit
mieux me le faire.
HÉRODOTE. Comme possible fait notre nouveau meûnier. Faisons-le lever:
il est trop aise. Si-tôt qu'il fut debout, il s'en va chez lui, la queue
entre les jambes, honteux comme un coq plumé tout vif. Quelques jours
pensant à ses évacuations de la premiere, seconde & troisieme figure.
NÉRON. Il étoit aussi étonné que le conseiller de Blois, à qui sa femme
demandoit une robe: vraiment, ma mie, je ne le vous fais coup qui ne me
coûte plus de dix écus. Et certes voire, faites le tant qu'il ne vous
revienne qu'à un douzain; il ne tiendra pas à moi, si vous pouvez, que
vous ne me deviez du reste.
HÉRODOTE. Le meûnier revenu, vit bled, dont il fut content; mais il dit
à sa femme qu'elle n'y retournât plus, à peine d'avoir le cou rompu.
(Ainsi la nécessité fait faire des choses qu'il faut quitter, quand on a
ce qu'on demande.) Mon ami, je l'entends ainsi; je ne ferai jamais que
ce qu'il vous plaira. Or bien n'en parlons plus. Deux ou trois jours
après que le meûnier étoit aux champs, le curé vint voir Denise, & se
mit à la caresser & baiser. Laissez-moi, monsieur le curé; si mon mari
venoit, il nous feroit méchef. Quoi! je vous ai bien fait tout ce que
j'ai voulu; & vous faites la revêche? Quoi! votre cas est-il plus cher
ou plus sage que l'autre jour? Voyez, monsieur le curé, je n'en ferai
rien; il est résolu: ce qui est fait est fait; & rien n'aurez davantage,
y fussiez-vous d'ici à cent ans. Pour le moins, baisez-moi, ma mignonne.
Que vous êtes importun! Il la baisa, il la tâta au tetin, il mit la main
sous sa cotte, il veut prendre le chose; elle l'empêche, & fit trop la
courroucée & pleureuse. Comme il veut prendre le calendrier historial,
pour marquer le nombre: hélas! que voulez-vous faire? Si mon mari
venoit, je serois perdue. Laisse-moi, je te prie; je ne te ferai pas
plus de mal, que je fis l'autre nuit. Que tu es fâcheuse! Et pourquoi
non? Pour un petit coup, comme l'autrefois. Si mon mari venoit? Il ne
viendra pas. C'est tout un; je n'en ferai jamais rien; il ne l'a pas
dit. Or ça, laissez-moi; ôtez-vous. Quoi! à tout sans revenir? Oui. Pour
le moins, pour lui dire adieu; puisque tu es si mauvaise, que je voie
ton chose. Vous ne m'importunerez plus, si je vous le montre? Non, je
t'assure, & je te le jure, foi de consistoire. Cela promis, elle se
retrousse, & lui montre son chose; ce qu'ayant vu, il se signa, en
s'écriant: ô quel grenier, où j'ai mis mon bled!
GALIEN. Elle ne fit pas comme la femme du grand Pierre de Barace, qui me
trompa. Nous parlions de faire le petit verminage, & de voir les pieces;
sur quoi elle me dit: si vous me vouliez donner un teston, je vous
monterois mon con. J'y allois à la bonne foi, & mis la piece d'argent en
main tierce; & elle monta sur un coffre: or ça, je vous ai dit que je le
monterois. Je ne le vois pas. Je ne vous ai pas dit que vous le verriez,
ou que je le montrerois, mais monterois: allez étudier.
ARISTOTE. Or réfléchissons sur ces moult beaux adages & rencontremens:
c'est donc du fait de ce meûnier qu'est procédé le proverbe pour ceux
qui ont dépendu de l'argent, ou bien pour tels pertuis: _il a mis son
bled au grenier au prêtre_.
CRESPIN. L'âne & le meûnier sont relatifs.
CEDRENUS. Il faut ici mettre l'âne du peintre.
GLYCAS. Ayez patience; nous voulions donner à boire à ce curé; puis
l'âne viendra son petit train.