In-12[300].
[Note 300: C'est à tort que l'auteur de la _Bibliothèque
du théâtre françois_, Dresde, 1768, t. 3, p. 59, a dit que
cette pièce étoit de Somaize. Il la confondoit sans doute
avec les _Précieuses ridicules_, que cet auteur avoit mises
en vers et qui avoient paru chez Jean Ribou cette même
année 1660. Le _Récit de la farce des prétieuses_ est de
madame de Villedieu (mademoiselle Desjardins). C'est, selon
Tallemant, dans l'_historiette_ qu'il lui consacre, édit.
in-12, t. 9, p. 223, «une des premières choses qu'on ait
vues d'elle, au moins des choses imprimées.»--«Il en courut
des copies, ajoute-t-il; cela fut imprimé avec bien des
fautes, et elle fut obligée de le donner au libraire afin
qu'on le vît au moins correct.»
L'Extrait assez long d'une de ces copies se trouve dans le
manuscrit de Conrart, à la _Bibliothèque de l'Arsenal_,
nº 902, in-fol. t. 9, p. 1017. Mademoiselle Desjardins y
est donnée comme étant l'auteur, et madame de Morangis
comme étant la _dame_ à qui la pièce est adressée, ce
qui confirme le dire de Tallemant. M. Clogenson, dans
sa _notice_, complète et exacte, de madame de Villedieu
(_Athenæum_, 2 Juillet 1853, p. 632), dit que «cette
sorte de scène dialoguée en prose et en vers fut écrite
au château de Dampierre, chez madame de Chevreuse, à la
demande de madame de Morangis.» Peut-être se trompe-t-il en
confondant ce _récit_ et le _gaillard sonnet_, comme dit
Tallemant, qui courut à la suite, sous la même dédicace,
et qui fut en effet écrit à Dampierre aux insinuations
de madame de Chevreuse et de mademoiselle de Montbazon.
(Tallemant, _id._ p. 224.) M. Clogenson ne connoissoit que
l'extrait donné par Conrart; les deux éditions de cette
pièce lui avoient échappé, ainsi qu'à M. de Soleinne, et
même à M. Monmerqué, qui, annotant dans sa seconde édition
du Tallemant l'_historiette_ de madame de Villedieu, ne
put citer que le fragment manuscrit. «L'imprimé, disoit-il
à la fin de sa note, ne peut manquer de se retrouver;
la recherche n'en sera pas inutile.» Nous avons eu, et
doublement même, le bonheur tant désiré par tous ces
savants amis de Molière et de mademoiselle des Jardins:
non seulement nous avons eu entre les mains l'édition
reproduite ici, mais encore nous avons pu consulter la
première, celle dont celle-ci n'est que la contrefaçon
exacte. En voici le titre: _Le récit en prose et en vers de
la farce des Précieuses_, Paris, Claude Barbin, 1660, in-12
de 33 pages. Nous la trouvâmes indiquée sous le nº 274
du _Catalogue des livres de feu M. F. M. M._ (22 octobre
1849), à la suite du Recueil de _poésies de mademoiselle
Desjardins_, Paris, 1664, in-12, et nous eûmes le bonheur
de faire acheter ce précieux volume par la Bibliothèque
alors nationale. L'édition d'Anvers, que nous n'avons vue
que bien plus tard, est citée par M. Walckenaer dans ses
_Mémoires_ sur madame de Sévigné, t. 2, p. 294. Il est
évident, par la courte citation qu'il en fait, qu'il la
connoissoit autrement que par le titre.]
Si j'estois assez heureuse pour estre connue de tous ceux qui liront
le Recit des Precieuses, je ne serois pas obligée de leur protester
que l'on l'a imprimé sans mon consentement, et même sans que je
l'aye sceu; mais, comme la douleur que cet accident m'a causée et
les efforts que j'ay faits pour l'empescher sont des choses dont
le public est assez mal informé, j'ay cru à propos de l'advertir
que cette lettre fut ecrite à une personne de qualité qui m'avoit
demandé cette marque de mon obeyssance dans un temps où je n'avois
pas encore veu sur le théâtre _les Précieuses_, de sorte qu'elle
n'est faite que sur le rapport d'autruy, et je croy qu'il est
aisé de connoître cette verité par l'ordre que je tiens dans mon
Recit, car il est un peu differend de celuy de cette farce. Cette
seule circonstance sembloit suffire pour sauver ma lettre de la
presse; mais monsieur de Luynes en a autrement ordonné, et, malgré
des projets plus raisonnables, me voilà, puisqu'il plaist à Dieu,
imprimée par une bagatelle[301]. Ceste adventure est asseurement
fort fascheuse pour une personne de mon humeur; mais il ne tiendra
qu'au public de m'en consoler, non pas en m'accordant son approbation
(car j'aurois mauvaise opinion de lui s'il la donnoit à si peu de
chose), mais en se persuadant que je n'ay appris l'impression de
ma lettre que dans un temps où il n'estoit plus en mon pouvoir de
l'empescher. J'espère cette justice de luy, et le prie de croire que,
si mon age[302] et ma façon d'agir lui estoient connus, il jugeroit
plus favorablement de moy que ceste lettre ne semble le meriter.
[Note 301: Il est singulier que Molière, dans sa préface
des _Précieuses ridicules_, tienne à peu près le même
langage, et prétende aussi avoir été imprimé malgré lui.
Le libraire Guillaume de Luynes, dont madame de Villedieu
veut avoir l'air de se plaindre ici, et chez lequel _les
Précieuses_ avoient paru vers le même temps, en février
1660, auroit donc ainsi fait violence à deux auteurs à la
fois. C'est bien difficile à croire. Molière, dont c'étoit
la première pièce imprimée (V. sa préface), et qui devoit
avoir les craintes dont en pareil cas sont assaillis les
auteurs, prit sans doute ce faux-fuyant de défiance et de
modestie pour désarmer d'avance les lecteurs qui pouvoient
défaire l'immense succès que les spectateurs avoient fait
à sa comédie. Afin qu'on ajoutât foi à la sincérité de
ce qu'il disoit, tandis qu'en réalité il ne demandoit
qu'à répandre sa pièce de toutes les manières, peut-être
s'entendit-il avec mademoiselle Desjardins pour qu'elle
aussi se prétendît violentée par l'avide imprimeur au
sujet de cette sorte de programme des _Précieuses_, écrit,
selon moi, non pas sur le rapport d'autrui, comme elle le
dit, et ce dont Tallemant doutoit déjà, mais d'après la
représentation même, et sans doute aussi sur un désir de
Molière. Ils se connoissoient de longue date: ils s'étoient
vus à Avignon, à Narbonne, comme on l'apprend par un
passage de Tallemant (_id._, p. 238); ils avoient eu les
mêmes amis, les mêmes protecteurs, M. le duc de Guise et
M. le comte de Modène, ainsi qu'on le voit par plus d'un
passage du roman autobiographique de madame de Villedieu:
_Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière_,
Toulouse, 1701, in-12, p. 32, 39, 48, 86. Molière, quand
elle étoit à Paris, la venoit voir à son hôtel garni:
c'est encore Tallemant qui nous le dit. Enfin il y avoit
entre eux une sorte de vieille intimité qui donne toute
vraisemblance à cette opinion, que le récit de _la Farce
des Précieuses_ ne fut pas écrit à l'insu de l'auteur des
_Précieuses_ et loin de son théâtre, mais bien au contraire
d'après son inspiration même, et pour lui rendre le service
que tout programme bien fait rend toujours à l'auteur
d'une pièce. Le fait de la publication des deux brochures
dans le même temps à peu près, chez les mêmes libraires,
de Luynes et Barbin, n'est pas non plus indifférent comme
confirmation de ce que nous avançons. De Luynes étoit
l'éditeur privilégié, Barbin le vendeur.--Il ne semble
pas que madame de Villedieu ait eu cette complaisance
pour d'autres pièces de Molière, mais toutefois elle ne
laissa jamais échapper l'occasion de parler de lui et de
sa comédie. Ainsi, dans son roman déjà cité, elle donne
plus d'un souvenir flatteur aux _Fâcheux_, à la _Princesse
d'Elide_, etc., etc., p. 70-76. V. aussi son _Recueil de
poésies_, p. 98.]
[Note 302: Mademoiselle Desjardins étoit née en 1632, et
non pas en 1640, comme l'ont dit tant de biographes; elle
avoit donc 28 ans, et n'étoit point, par conséquent, d'un
âge aussi respectable qu'elle voudroit le faire croire.]
* * * * *
_Recit en vers et en prose de la Farce des Precieuses._