Les amys, je vous ay escrit dernierement par l'ordinaire du monde
où je suis à presant. Je vous donnay advis en partie de ce qui se
passoit de deçà; mais, n'ayant receu aucune de voz nouvelles, et
craignant, par rencontre, quelques sinistres esprits de contradiction
qui vont errant par les chemins effroyables d'entre vous et cest
autre monde où je reside, j'ay depesché ce courrier d'Eolle, lequel
m'a promis, moyennant salaire, d'aller aussi vite qu'une barque
de sel qui monte de Marseille à Lyon, qui me fait à croire que,
moyennant ces diligences, vous recevrez aussi promptement ces miennes
Ephemerides, autant plaines de verité comme je suis plain d'affection
de vous rendre service et plaisir, tant en ce monde qu'en l'autre; et
si je recognois que vous y preniez plaisir, je continueray à vous
faire part de tout ce qui se passera de deçà, protestant que je ne
desire autre que d'estre pour jamais vostre plus affectionné,