_Concernant les six arpens de terre dependans du grand Pré donnés à
cens et rente à la reine Marguerite par contract du dernier juillet
1606_
On a dejà dit, dans la division de ce memoire, que, l'Université
s'etant pourveüe contre le contrat de bail à cens et rente qu'elle
avoit fait à la reine Marguerite de 6 arpens de terre dependans
du grand Pré[188], parcequ'ils ne luy produisoient que 60 livres
de rente, pendant que les Augustins reformés, qu'on nomme
Petits-Augustins, à qui cette reine les avoit donnez[189], en
retiroient près de 2000 livres annuellement, il intervint arrest
contradictoire, le 23 decembre 1622, entre l'Université, les
Augustins, comme donataires de la dite reine, et les particuliers
ausquels il avoit esté fait des sous-baux[190]; par lequel arrest il
est porté que les rentes constituées sur les places dependantes des
dits six arpens données à cens et rentes par les dits Augustins ou la
dite reine tourneroient au profit de l'Université, desquels sous-baux
suit la teneur.
[Note 188: «La reine Marguerite, duchesse de Valois...,
traitta avec l'Université, en l'an 1606, pour 6 arpens
de terre sciz au petit Pré, à la charge de 12 _deniers
parisis de cens et de 10 livres de rente foncière pour
chaque arpent, lods et ventes, saisines et amendes_, le cas
avenant, qu'elle reconnoist, par le contract du 31 juillet
au dit an, appartenir à la dite l'université _en plein
fief, à cause des dons et liberalitez des roys de France_;
lequel contract fut homologué par arrest du 5 septembre
1609....» (Du Boullay, p. 341.)]
[Note 189: Une première donation aux Augustins déchaussés
avoit eu lieu en 1608, par suite d'un voeu fait par
la reine, «à l'imitation du patriarche Jacob», lequel
consistoit en deux points: «le premier, de donner à Dieu la
dîme de tout son bien; le second, d'édifier un autel...,
lequel sera appelé l'_autel Jacob_, qui sera composé d'une
grande eglise pour celebrer le divin service de l'office
ordinaire qu'on a accoustumé dire et chanter...» L'église,
qui n'étoit d'abord qu'une chapelle ronde, fut construite.
V. _Suppl._ à du Breul, p. 72, et le Plan de Mérian. Le nom
de la rue voisine garda le souvenir du voeu singulier fait
par la reine au patriarche _Jacob_. Les pères Mathieu et
François Amyot reçurent cette magnifique donation au nom
de l'ordre des Augustins déchaussés. La reine avoit fait
préalablement accorder par le roi au père Amyot un brevet
lui permettant «de recevoir et occuper tous biens,... et
bastir convents de son ordre en tous lieux et endroits de
son royaume.» (L'Estoile, 16 juin 1607, édit. Michaud,
t. 2, p. 429.)--Par malheur, les Augustins déchaussés ne
satisfirent pas la reine, qui vouloit des «religieux qui
chantassent à nottes». Elle les congédia en 1612, pour
prendre des moines chantant mieux. Ce furent les Augustins
réformés, ou _Petits-Augustins_. Les Augustins deschaux,
ou _Petits-Pères_, s'en allèrent au faubourg Montmartre,
où ils consacrèrent, sur un terrain dépendant de la
Grange-Batelière, une église à Notre-Dame-des-Victoires.
(_Suppl._ à du Breul, _ibid._).]
[Note 190: Le 15 avril 1614, l'Université avoit déjà
obtenu du roi des lettres de rescision annulant le contrat
qu'elle avoit fait avec la reine Marguerite. Elle s'étoit
fondée, dans cette demande d'annulation, sur ce que les 6
arpents concédés à la reine «pour employer à son plaisir et
contentement particulier, et pour le seul usage d'icelle
dame et de son hostel», avoient été détournés de cette
destination à ce point que «mesme ont esté faits des
baux à personnes particulières, lesquelles maintenant y
batissent». (Du Boulay, p. 300.)]
_Sous-baux faits par la reine Marguerite ou par les Augustins, ses
donataires._
Le premier, par contrat passé pardevant Guillard et Bontemps,
notaires au Chastelet, le 12 février 1611, à M. Nicolas Le Prestre,
sieur de la Chevalerie, secretaire de la chambre du roy, de 396
toises de terre, y compris 176 toises, à cause de 4 toises de face
sur 44 de longueur, qui luy furent delaissées franches et quittes,
à la charge par luy de faire faire à ses propres frais et depens, à
l'endroit où estoit l'egout, une voute et arcade de maçonnerie de 6
pieds de large sur hauteur competente, pour le passage des eaux et
immondices du fauxbourg[191], après lequel fait il pourroit appliquer
à son profit et à tel usage qu'il jugeroit à propos le surplus des
dites 176 toises de terre, ou mesme celles sur ledit egout; et à
l'egard des 220 toises faisant le surplus des dites 396 toises
mentionnées au dit contrat, il payeroit aus dits religieux 88 livres
de rente, et à l'Université 12 deniers parisis de cens.
[Note 191: Cet égout, construit suivant les conditions
imposées ici, passoit sous une partie des jardins de des
Yveteaux, dont il sera parlé tout à l'heure. V. Félibien,
_Preuves_, t. 2, p. 136.--Il étoit d'autant plus nécessaire
de le voûter que la peste, dont ces cloaques étaient
un foyer permanent, avoit dernièrement sévi dans ces
quartiers. L'Estoille dit, sous la date du 6 septembre
1606: «La peste est au logis de la reine Marguerite, dont
deux ou trois de ses officiers meurent, et entr'autres
un miserablement dans une pauvre mazure, près les Frati
ignoranti, la fait retirer à Issy, au logis de la Haye,
se voiant, à raison de cette maladie, abandonnée de ses
officiers et gentilshommes.»]
Le deuxième, par contrat passé pardevant les mesmes notaires le 12
juillet 1613, par les dits Augustins au dit sieur de la Chevalerie,
de 750 toises de terre, moyennant 225 livres de rente.
Le troisième, par contrat passé pardevant les mesmes notaires, le 8
janvier 1618, par les dits Augustins au dit sieur de la Chevalerie,
de 180 toises, moyennant 48 livres de rente.
Le quatrième, par contract passé par devant les mesmes notaires le
12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Jean Clergerie, marchand
au Palais, de 200 toises de terre, moyennant 60 livres de rente et 2
deniers de cens.
Le cinquième, par contract passé par devant les mesmes notaires le
dit jour 12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Alphonse Mesnard,
marbrier, de 103 toises, moyennant 31 livres de rente.
Le sixième, par contrat passé par devant les mesmes notaires le dit
jour 12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Jacques Prudhomme,
boulanger, de 100 toises de terre, moyennant 30 livres de rente et 1
denier de cens.
Le septième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 12
avril 1613, par les dits Augustins, à Guillaume Lelamer, orfévre,
qui en passa déclaration au profit de René Lebreton et de François
Percheron, de 300 toises de terre, moyennant 90 livres de rente et 3
deniers de cens.
Le huitième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 12
avril 1613, par les dits Augustins, à Simon Devaux, parfumeur[192],
de 300 toises de terre, moyennant 90 livres de rente et 3 deniers de
cens.
[Note 192: Les modes italiennes importées par les Médicis
avoient donné une grande extension au commerce des parfums,
et l'on avoit pu s'y enrichir à Paris. C'est ce que fit
le sieur Devaux, à qui nous voyons acheter ici 300 toises
de terrain. Il avoit sa boutique près la Magdeleine,
c'est-à-dire à la descente du pont Notre-Dame, non loin
de celle où le parfumeur milanois René, qu'on accusoit
d'avoir empoisonné Jeanne d'Albret dans une paire de gants
parfumés, avoit tenu son commerce. L'Estoille nous parle
de Devaux à propos d'un cabinet qu'il eût bien voulu lui
vendre. «Homme des plus curieux de Paris, il avoit, dit-il,
le bruict d'être fort riche et aisé.» (Mardi, 7 octobre,
1608. Edit. Michaud, t. 2 p. 476.)]
Le neuvième, par contrat passé par devant les mesmes notaires le 18
avril 1613, par les dits Augustins, à Jacques Rousseau, brodeur[193],
de 100 toises de terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de
cens.
[Note 193: C'est le troisième brodeur que nous rencontrons
dans ce quartier. Félibien nous en nomme encore un autre
(_Preuves_, t. 2, p. 136). Il sembleroit par là que cette
corporation, alors nouvelle, puisque ses statuts ne datent
que de 1648, y comptoit, comme celle des doreurs (V.
plus haut), un assez grand nombre de ses membres. Ce qui
l'indiqueroit encore mieux, c'est qu'elle avoit pris pour
paroisse l'église voisine des Grands-Augustins. (_Le Guide
du corps des marchands_, 1766, in-8, p. 180.) Un peu plus
tard il s'en porta un certain nombre vers la rue de Sèvres,
dans la _nouvelle rue de Sèvres_, qui, à cause d'eux, prit,
en 1676, le nom de rue des Brodeurs.]
Le dixième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 10
avril 1613, par les dits Augustins, à Jean Dubut, de 100 toises de
terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.
Le onzième, par contract passé par devant les mesmes notaires par les
dits Augustins, le 13 avril 1613, à Mathieu Ladant, de 100 toises de
terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.
Le douzième, par contrat passé par devant les mesmes notaires par les
dits Augustins, le 18 may 1613, à Mathieu Hautecloche, de 100 toises
de terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.
Le treizième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, le 18 may 1613, à Pierre Hanon, de 150 toises de
terre, moyennant 45 livres de rente et 4 deniers de cens.
Le quatorzième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, à Philippe Bacot, peintre[194], le 24 octobre
1613, de 199 toises de terre, moyennant 59 livres 14 sols de rente et
2 deniers de cens.
[Note 194: Peintre artisan, sans doute, car nous ne
connoissons pas d'artiste de ce nom.]
Le quinzième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, au dit Pierre Hanon, le 12 juillet 1613, de 205
toises de terre, moyennant 61 livres de rente et 10 deniers de cens.
Le seizième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par les
dits Augustins, à Jean Hovalet, le dit jour 12 juillet 1613, de 105
toises de terre, moyennant 31 livres 15 sols de rente et 1 denier de
cens.
Le dix-septième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
par les dits Augustins, à Pasquier Ruelle, boulanger, le dit jour 12
juillet 1613, de 108 toises de terre, moyennant 31 livres 3 sols 6
deniers de rente et 2 deniers de cens.
Le dix-huitième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
par les dits Augustins, le dit jour 12 juillet 1613, de 100 toises et
demie, à Hubert-le-Sueur, moyennant 33 livres 3 sols de rente.
Le dix-neuvième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
le 9 octobre 1613, par les dits Augustins, à Nicolas Dehene, de 117
toises et demie, moyennant 35 livres 5 deniers de rente.
Le vingtième, par contract passé pardevant les mesmes notaires, le 12
juillet 1613, par les dits Augustins, aux religieux de la Charité,
de 1275 toises de terre, moyennant 382 livres 14 sols de rente et 12
deniers parisis de cens par arpent[195].
[Note 195: Les frères de la congrégation de Jean de
Dieu, ou de _la Charité_, s'étoient d'abord établis, par
la protection de Marie de Médicis, qui en avoit fait
venir cinq de Florence, sur l'emplacement pris un peu
plus tard par les Augustins réformés. C'est lors de la
grande fondation religieuse de la reine Marguerite, et
à la prière même de cette princesse, qu'ils avoient dû
leur céder la place. Les Augustins, en échange, leur
accordèrent les 1275 toises de terrain mentionnées ici,
et que les bâtiments de l'hôpital de la Charité occupent
aujourd'hui. Auprès se trouvoit un cimetière, qui leur fut
aussi donné. Il attenoit à la léproserie où l'on portoit
les malades de ce faubourg en temps de peste, et dont la
petite chapelle, nommée Saint-Pierre ou _Saint Père de
la Maladrerie_, cédée de même aux frères de la Charité,
devint leur première église. Quand la population huguenote
avoit commencé de s'étendre dans le Pré-aux-Clercs, le
cimetière lui avoit été abandonné. Au mois de mai 1603 on
y enterroit encore des protestants, puisque nous y voyons
porter le 21 de ce mois là le corps du trésorier Arnauld,
commis de M. de Rosny. V. L'Estoille. L'année d'après, par
arrêt du Conseil, ces inhumations durent cesser, et en
1606 le cimetière, étant donné aux frères de la Charité,
fut ainsi rendu aux sépultures catholiques. Il occupoit,
dans la rue _aux Vaches_ ou _de Saint-Père_, appelée _des
Saints-Pères_ par altération, l'espace qui s'étend depuis
la rue Saint-Dominique jusqu'un peu au delà de la rue
Saint-Guillaume. Au mois de juin 1844, faisant un égoût rue
des Saints-Pères, les ouvriers trouvèrent à cette hauteur
un grand nombre d'ossements dans des cercueils de plâtre.]
Tous les particuliers denommez dans les dits sous-baux ayant donc
eté obligez, au moyen du dit arrest contradictoire du 23 decembre
1622, de payer à l'Université non seulement les cens, mais encore les
rentes à la charge desquelles les dits baux leur avoient esté faits,
ils en passèrent declaration au profit de l'Université.
Le premier preneur, qui estoit messire Nicolas Le Vauquelin, seigneur
des Yveteaux[196] et de Sacy, conseiller d'estat, lequel, sous le
nom de M. Nicolas Le Prestre, sieur de la Chevalerie, avoit acquis
des dits Augustins, par trois differens contracts, 1130 toises
de terre, en passa declaration, titre nouvel et reconnoissance à
l'Université, le 13 mars 1624, et promit luy payer à l'avenir les 361
livres de rente à la charge desquelles les dites 1130 toises de terre
avoient esté données au dit sieur de la Chevalerie.
[Note 196: Nous n'avons trouvé nulle part, même dans le
_Mémoire_ de du Boulay, une explication plus complète et
une analyse plus détaillée des titres de propriété de cette
belle maison de des Yveteaux, si célèbre au temps de Louis
XIII, aussi bien à cause de l'étendue et de la beauté de
ses jardins qu'en raison de la vie extravagante qu'y menoit
le vieux poète courtisan.]
Le dit sieur des Yveteaux joignit à ces 1130 toises de terre autres
602 toises 2 tiers 4 pieds, qu'il avoit dejà acquises sous le nom
du dit sieur de la Chevalerie, par contract du 14 juillet 1610, de
François Fontaine, secretaire du roy, qui les avoit acquises de
Richard Tardieu, sieur du Mesnil, à qui l'Université en avoit fait
bail, le 5 septembre 1688, moyennant 43 livres de rente et 2 sols
parisis de cens.
Cette rente fut rachetée par le dit sieur des Yveteaux, sous le
nom du dit sieur de la Chevalerie, par quittance du 6 novembre
1610, moyennant 914 livres .... sols, lesquelles furent employées,
sçavoir: 445 livres 5 sols à payer à M. Germain Gouffé, receveur de
l'Université[197], pareille somme à lui due pour reste de compte, et
les 468 livres 17 sols 5 deniers restans furent donnés à constitution
de rente au collége des Cholets, qui fut rachetée le 12 octobre 1617.
[Note 197: Ce M. Germain Gouffé s'étoit chargé, au mois
de janvier 1593, «de faire desseicher, labourer et mettre
en bonne nature de terre... la quantité de douze arpents,
à prendre au grand et petit Pré-aux-Clercs...», plus une
pièce du même petit Pré «joignant la maison Du Cerceau...»
Deux laboureurs: Menessier, demeurant rue de la Harpe,
Allan, demeurant aux Bordeliers, avoient pris cette tâche
«moyennant quatre escus sols par an».]
Le dit sieur des Yveteaux, de toutes ces quatre places qui estoient
joignantes l'une à l'autre et contenoient 1732 toises 2 tiers 4
pieds, tenant d'un bout à la rue lors appellée de la Petite-Seine,
et aujourd'huy des Petits-Augustins, d'autre à M. Pierre Calluze,
qui estoit au lieu de Jean Clergerie, et au nouveau jardin des dits
Augustins, contenant trois quartiers six perches de terre des dits
six arpens, d'un costé à la rue Jacob et d'autre au monastère des
dits Augustins, composa un grand clos et jardin, planté en partie
d'arbres de haute futaye, lequel avoit communication avec sa maison
et jardin, sise rue des Marais, au moyen d'une voute qui avoit esté
pratiquée sous terre, dans la dite rue de la Petite-Seine[198].
[Note 198: D'après ce qu'il écrivit lui-même en 1645, lors
de son procès avec son frère, dans un factum analysé par
M. J. Pichon, des Yveteaux avoit acquis cette maison de
la rue des Marais, «par décret, 17,000 livres, huit ans
avant la mort de son père, c'est-à-dire en 1599, sur le
prix de la charge qu'il avoit été obligé de vendre...»
(J. Pichon, _Notices biographiques et littéraires sur la
vie et les ouvrages de Jean Vauquelin de la Fresnaye et
Nicolas Vauquelin des Yveteaux_, 1846, in-8, p. 40.) Selon
du Boulay, au contraire (p. 312), il ne l'auroit acquise
qu'en 1607, au mois de mars, en se reconnoissant débiteur
envers les moines de Saint-Germain d'une rente annuelle de
six livres, dont cette maison, seule de toutes celles de la
rue des Marais, étoit restée chargée. Du Boulay pense aussi
(p. 395) qu'elle avoit été bâtie à l'endroit où se trouvoit
cette place d'Ancelyre, située entre la chapelle de
Saint-Martin-des-Orges et les jardins de Nesle, et servant
de passage aux écoliers qui se rendoient au Pré-aux-Clercs
(p. 87-88). Enfin il y retrouve encore (p. 312) la maison
de Martin Freté, dont il a été parlé plus haut à propos
des premières mesures prises contre les huguenots de la
_petite Genève_. Telle qu'elle étoit quand il l'acheta,
elle ne lui eût pas fait grand honneur; aussi se mit-il
à l'embellir et à augmenter ses jardins dans les vastes
proportions dont on vient de parler. «En ce temps-là,
dit Tallemant, il n'y avoit rien de bâti au delà dans le
faubourg Saint-Germain. On l'appeloit pour cela le _dernier
des hommes_. Cette maison, ajoute-t-il, a l'honneur d'être
aussi extravagamment prise que maison de France. Le grand
jardin qu'il y joignit, et auquel on va par une voûte sous
terre, est à peu près de mesme. Il s'y mit à faire là
dedans une vie voluptueuse, mais cachée: c'estoit comme
une espèce de grand seigneur dans son serrail.» (Edit. P.
Paris, t. 1er, p. 345.) Il est parlé dans les _Mélanges_ de
Vigneul-Marville (t. 1er, p. 177) des beautés de ce jardin,
et surtout des mascarades pastorales et lyriques qu'il y
menoit avec la du Puy, cette chanteuse des rues dont il
avoit fait la dame et la déesse de cette belle demeure.
Il en est aussi question dans le _Segraisiana_ (p. 103)
et dans le _Chevræana_ (p. 290), où il est dit à propos
de des Yveteaux et de sa bergère, «qui jouoit de la harpe
parfaitement bien»: «A l'âge de soixante et dix ans, il
lui faisoit prendre une houlette garnie de rubans couleur
de feu, un habit propre; prenoit à son tour une autre
houlette, un chapeau de paille, un habit tel que Celadon le
pouvoit porter dans l'Astrée; et, par une allée sous terre,
ils entroient dans un jardin qui etoit à lui.» Dans le
grand procès que lui suscita le meurtre de Lezinière, frère
de la du Puy, tué dans son jardin même en des circonstances
qui seront expliquées sommairement plus loin, des Yveteaux
eut à subir toutes sortes de reproches au sujet de sa
vie voluptueuse et cachée. Dans le _Factum pour madame
Catherine Couldray, veuve de Lezinière_, on dit que sa
maison est «un dédale embarrassé», tout rempli de valets,
«et dont l'entrée est si difficile que tous ceux qui y ont
esté savent que les portes de la Bastille ne sont pas plus
etroittement gardées.» (Page 13.) «Le sieur des Yveteaux,
y est-il dit plus loin (p. 36-37), ne se soucie point que
l'on publie sa vie molle et delicate. Quand il est dedans
son jardin habillé en pasteur avec sa belle Iris, la reine
de la harpe, et que, pour le divertissement de sa debauche,
il fait porter un jambon à la mesme forme que le pain
benist à l'eglise, comme il se void par la description
qu'il en a fait faire par le sieur de Saint-Amant, il ne
voit pas qu'il y ait d'autres divinités que celles de la
poésie, ny d'autre ciel que la demeure de son jardin, où
il establit le sejour de toutes ses voluptez et de tous
ses crimes.» On lui reproche encore d'être resté là caché
trente-cinq ans à mener une vie horrible. (_Réplique de la
veuve de Lezinière_, p. 5). Enfin on ne lui pardonne même
pas les dieux de plâtre dont son jardin étoit orné. On lui
dit, dans une satire en strophes ayant pour titre _les
Bastons rompus_, et mise à la suite de ce dernier factum:
La Bible te semble une farce;
Par tes discours et tes escrits
De Dieu tu fais toujours mespris,
Et n'en connois point que ta garce.
Ton jardin, à ce que tu dis,
Est ton unique paradis;
C'est là que tu fais l'idolastre
D'un Mercure, d'une Venus,
Et d'autres marmousets de plastre
Que l'Eglise n'a point connus.
La voûte faisant communiquer entre eux le petit et le grand
jardin passoit, comme il est dit ici, et comme l'avoit
deviné M. Paulin Pâris, sous la rue des Petits-Augustins,
et non pas sous celle des Marais, ainsi que l'a écrit M.
J. Pichon (p. 41). Les 1732 toises du grand jardin ne
pouvoient, en effet, se trouver que dans les terrains
vagues s'étendant au delà de la rue des Petits-Augustins,
entre cette rue, la rue Jacob et l'enclos du couvent,
jusque vers la rue des Saints-Pères. Il eût d'ailleurs
été impossible que, comme le veut M. Pichon, des Yveteaux
possédât l'espace compris entre la rue des Marais et celle
du Colombier, puisqu'il étoit occupé par le terrain de
G. Gouffé (voy. plus haut) et la maison de du Cerceau.
La maison du poète, son petit jardin, la basse-cour avec
les bâtiments en dépendant, où se trouvoit cette riche
collection de tableaux que le propriétaire estimoit
autant que tout le reste (voy. M. Pichon, p. 42), toute
cette partie de la propriété de des Yveteaux, reliée au
reste par la voûte souterraine, s'étendoit entre la rue
des Marais, du côté des numéros pairs, et l'hôtel de
Larochefoucauld-Liancourt, dont la rue des Beaux-Arts
a, comme on sait, pris la place. Il paroît même, selon
Tallemant, que Mme de Liancourt, voulant s'agrandir de ce
côté, offrit à des Yveteaux 200,000 livres de sa maison
et de ses deux jardins. Le plus grand des deux, celui qui
étoit au delà de la rue des Petits-Augustins, avoit une
petite porte sur la rue Jacob. C'est sur le seuil de cette
porte que le mari de la du Puy vint se placer un soir,
poussant de grands cris pour attirer l'attention et exciter
la pitié de des Yveteaux, ce qui lui réussit: car il ne
fallut que ce manége pour ouvrir la maison à ce couple
d'intrigants, qui y fut bientôt maître. En 1636, à cause de
cette même porte de derrière, nous trouvons des Yveteaux
forcé de contribuer, ainsi qu'un boulanger son voisin, pour
le pavage de la rue Jacob. (Félibien, _Preuves_, t. 2, p.
135.)]
Le dit sieur des Yveteaux donna, le 18 octobre 1644, à messire
Nicolas Le Vauquelin, seigneur de Sacy, son neveu, et à dame
Marguerite Dupuis, son epouse, en faveur de leur contract de
mariage, le dit grand clos et jardin, avec les batimens qu'il y avoit
fait construire, et le dit sieur de Sacy, après la mort de la dite
dame Marguerite Dupuis, son epouse, tant comme donataire pour moitié
du dit sieur des Yveteaux, son oncle, que comme tuteur de damoiselle
Charlotte-Gabrielle Le Vauquelin, sa fille, vendit, par contract du
10 decembre 1659, à messire Jacques Le Maçon, sieur de la Fontaine,
intendant et controleur general des gabelles de France, 1200 toises
ou environ, faisant partie du grand clos et jardin, chargées
seulement de deux sols six deniers de cens; et, pour les 361 livres
de rente, il declara qu'elles devoient estre payées et acquittées
à la decharge de la succession du dit feu sieur des Yveteaux, son
oncle, par messire Hercules le Vauquelin, maistre des requestes, au
moyen d'un contract passé entre le dit defunt sieur des Yveteaux et
le dit sieur de Vauquelin, maistre des requestes, le vingt-septième
jour de decembre 1644, ce qui fut fait par quittance du douzième jour
de juillet 1685[199].
[Note 199: Des Yveteaux avoit d'abord vendu la nue
propriété de sa maison à Hercule, son neveu, nommé ici,
et le même dont Tallemant a dit: «Ce monsieur le maistre
des requestes pretendoit estre seul heritier du bonhomme,
car il y avoit assez à esperer». Malgré cette vente,
qui n'étoit sans doute faite que fictivement, et pour
satisfaire en apparence à l'avidité du neveu, des Yveteaux
crut pouvoir céder aux obsessions de la du Puy quand il fut
question de marier la fille qu'ils avoient eue ensemble
avec Nicolas Vauquelin de Sacy, un autre de ses neveux.
Il leur donna, par leur contrat de mariage, ce qu'il
avoit déjà vendu à Hercule: de là de grandes querelles,
de là même des rixes continuelles, dont la dernière finit
par un assassinat. Des Yveteaux s'explique ainsi sur les
suites de cette funeste donation dans le _factum_ qu'il
fut obligé de publier pour se justifier du crime commis
chez lui: «Pour rachepter le repos de sa vieillesse, il
fut, lui des Yveteaux, contraint de forcer le dit sieur de
Sacy, son second neveu, de se priver des conditions de son
dit mariage, et de faire une transaction par laquelle il
s'est desisté de la donation, quoi qu'acceptée, insinuée
et faicte par un contrat de mariage qui l'a engagé dans
des malheurs infinis,... en ce que le dit neveu (Hercule)
ayant eu quelque ombrage que cette transaction ne pouvoit
subsister, comme faicte avec mineure, et contre la solidité
d'un contrat de mariage, il auroit supposé quantité de
gens de neant, abandonnez et desesperez, pour provoquer
ledit sieur de Sacy, son cousin germain, en duel, et autre
occasion d'assassin, l'un des quels, nommé Lezinière, a
esté celuy qui en a voulu faire l'execution, d'où s'en est
ensuivy la mort qui cause l'etat du procès.» Ce Lezinière,
en effet, qui étoit frère de la du Puy, au lieu de faire
cause commune avec elle, s'étoit fait, dans cette affaire,
le spadassin d'Hercule. Non content d'une première querelle
dans laquelle il avoit blessé Sacy, il vint un soir faire
tapage chez des Yveteaux. La du Puy voulut le calmer. Sacy,
qui rentroit, se mit de la partie. Il en résulta une rixe
violente dans laquelle Lezinière, renversé, fut percé de
coups d'épée par le valet de son adversaire, et mourut. Il
est inutile d'entrer dans les détails du procès qui suivit;
il ne nous importe que pour ce qui a rapport à la maison.
Or, c'est Tallemant qui nous renseigne le mieux sur ce
point. «Pour finir, dit-il, tous ces differends, on fit une
transaction par laquelle, moyennant 80,000 livres, Sacy
et sa femme renonçoient à la maison. Ils s'en sont fait
relever depuis.» Il paroît cependant que la transaction
passée entre des Yveteaux et Hercule fut bonne et valable
en partie, puisqu'elle est rappelée ici avec sa date du
27 décembre 1644. Tout le grand jardin étoit sans doute
resté le partage de Sacy, tandis que la maison et le petit
jardin étoient celui d'Hercule. C'est comme propriétaire
de cette partie qu'il devoit être tenu de payer le cens
grevant la totalité des terrains. Un factum, sous forme
d'une _lettre de M. le président de la Fresnaye_ (le père
d'Hercule) _à M. des Yveteaux, son frère_, nous prouve
qu'en effet la maison avoit été achetée et payée par le
maître des requêtes, et que le reste, le grand jardin
sans doute, étoit aux mains de Sacy et de la fille de la
du Puy, sa femme. «En traitant avec vous, y est-il dit,
de la propriété de votre maison, dont vous vous réservez
l'usufruit, il vous a payé comptant 81,000 livres et s'est
obligé d'ailleurs à 42,000 livres. Ceux qui ont volé la
plus grande partie de votre bien ne sont pas satisfaits
s'ils n'ont le reste. Pour y parvenir, ils veulent avoir
cette maison que vous avez vendue, et l'argent que mon fils
a payé.» Ce qui prouve que les 123,000 livres données ici
par Hercule devoient suffire à peine pour payer la maison
et les meubles, sans compter le grand jardin, c'est que
nous avons vu tout à l'heure madame de Liancourt offrir
pour le tout 200,000 francs, somme qui même étoit encore
insuffisante, puisque, d'après le _factum_ de des Yveteaux
(page 9), d'autres estimoient «cette belle maison du prix
de 100,000 escus.» Pour en finir, nous dirons, d'après
Tallemant (édit. P. Paris, t. 1, p. 346), que Richelieu
fut de ceux à qui cette maison fit envie. «Il eut quelque
pensée d'y bâtir, mais il trouva que cela estoit trop loin
du Louvre..., parce qu'il falloit gagner le Pont-Neuf pour
s'y rendre.»]
Sur ces 1200 toises de terre ou environ acquises par le dit sieur de
la Fontaine, il a esté dans la suite basti plusieurs maisons, par
differens particuliers, au moyen des achapts qui ont esté faits.
Premierement, M. Pierre Dubois, maçon, acquit du dit sieur de la
Fontaine 14 toises de face sur 25 toises et 2 pieds de profondeur,
faisant partie desdites 1200.
L'Hôtel-Dieu de Paris acquit du dit Dubois et de Marie Arnoult,
sa femme, par contract du 12 novembre 1670, deux grandes maisons,
joignantes l'une à l'autre, basties sur les dites 14 toises de
face et 25 toises 2 pieds de profondeur, ayant vue sur la rue des
Petits-Augustins, desquelles deux maisons a esté passé titre nouvel
le 24 novembre 1694, pardevant Baglan, notaire.
La troisième maison, bastie sur sept toises de face dans la dite rue
des Augustins, sur 25 de profondeur, fut vendue par le dit sieur de
la Fontaine à Pierre Tapa, masson, laquelle maison a esté depuis
acquise par M..... de Vigny, par contract du..., et a passé titre
nouvel le dixième jour de juillet 1694, pardevant Baglan, notaire.
La quatrième maison, bastie sur sept toises de face dans la dite rue,
sur 25 de profondeur, contenant cour et jardin, appartenant à M.
Salomon Domanchin[200], qui a passé titre nouvel le dix-septième jour
de juillet 1690, pardevant Baglan, notaire.
[Note 200: C'est sans doute le Domanchin dont parle Sandras
de Courtilz dans les _Mémoires du comte de Rochefort_, p.
341, et dont le nom est cité dans la longue pièce monorime
_l'Epitaphe du bibliothécaire_ (le Conservateur, avril
1758, p. 110). Sandras le donne pour «un fameux usurier
qui avoit volé pour le moins cinquante mille écus à un
gentilhomme nommé Méré.» Le prénom tout israélite de
Salomon, qui lui est donné ici, ne répugne ni à la qualité,
ni au méfait.]
La cinquième maison, acquise par damoiselle Magdeleine de Galmet,
femme separée quant aux biens d'avec M. Gilles Launay, historiographe
de France[201], bastie sur 52 toises et demie de superficie, ayant
face dans la dite rue des Petits-Augustins, laquelle elle a depuis
vendue aux religieux de la Charité, par contract du dix-huitième
jour de juillet 1676, pardevant Huart et Duparc, notaires, lesquels
religieux en ont passé titre nouvel le premier jour de mars 1695,
pardevant Baglan et son confrère.
[Note 201: Nous ne savons quel est ce monsieur Gilles de
Launay, historiographe de France en 1676.]
La sixième, bastie sur sept toises de face dans la dite rue, sur 25
de profondeur, acquise par Cesar Baudet, marchand, et depuis par lui
vendue à M. Louis Rellier, par contract du..., qui a passé titre
nouvel pardevant Baglan, notaire, le vingt-quatrième jour d'aoust
1694.
La septième maison, bastie sur trois toises et demie de face dans la
dite rue, sur 10 de profondeur, appartenante à M. Estienne Magueux,
avocat, au moyen du contract du dix-neuvième jour d'avril 1668,
pardevant Dupuys et Plastrier, notaires, et a le dit sieur Magueux
passé titre nouvel le septième jour d'aoust 1694, pardevant Baglan,
notaire.
La huitième maison, bastie sur six toises de face dans la dite rue,
sur dix de profondeur, et faisant l'encoigneure d'icelle rue et de
la rue Jacob, appartenante à M. Gilles de Launay, historiographe de
France, au moyen de l'acquisition par luy faite de la dite place
du sieur de la Fontaine par deux differents contracts..., passez
pardevant Sadot et Plastrier, notaires, dont le dit sieur de Launay
a passé titre nouvel le vingt-quatrième decembre 1686, et depuis
encore, le troisième jour de mars 1695, pardevant Baglan, notaire.
La neuvième maison, bastie sur quatre toises de face dans la dite
rue Jacob, sur dix de profondeur, appartenante au dit M. Estienne
Magueux, avocat, qui a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire,
le septième jour d'aoust 1694.
Les dixième et onzième maisons, basties sur onze toises et demie
de face dans la dite rue Jacob, sur quinze toises trois pieds de
profondeur, appartenantes à M. Jacques Poignet, charpentier, et
Judith Guyerreau, sa femme, au moyen du contract d'acquisition passé
pardevant Plastrier et son confrère le dix-neuvième jour d'avril
1668, de messire Jacques le Maçon, seigneur de la Fontaine, lequel
sieur Poignet a passé titre nouvel, pardevant Baglan et son confrère,
le 6 may 1687.
La douzième maison, bastie sur cinq toises de face dans la dite
rue, sur quinze de profondeur, appartenante cy-devant au dit M.
Estienne Magueux, avocat et à la damoiselle sa femme, au moyen de
l'acquisition par eux faite de messire Jacques le Maçon, seigneur
de la Fontaine, par contract du dix-neuvième jour d'avril 1668,
pardevant Dupuys et Plastrier, notaires, laquelle ils ont depuis
vendue à M. Jacques Laugeois, secretaire du roy, par contract passé
pardevant Devin et Sainfray, notaires au Chastelet de Paris, le 21
juillet 1670, dont le dit sieur Laugeois a passé titre nouvel et
reconnoissance pardevant Baglan et Boucher, notaires au Chastelet, le
huitième jour de mars 1687.
La treizième maison, bastie sur sept toises de face dans la dite
rue, sur vingt-deux de profondeur, où pend pour enseigne l'Hôtel de
Suède[202], bastie par Bernardin Fouques, qui l'avoit acquise de...,
laquelle il a depuis vendue à M. André Bihoreau l'aîné par contract
du..., qui en a passé titre nouvel le huitième jour de fevrier 1695,
pardevant le dit Baglan, notaire.
[Note 202: Les hôtels garnis furent toujours très nombreux
dans ce quartier. Celui qu'on nomme ici et l'hôtel de
l'Aigle, qui vient après, ne s'y trouvent plus toutefois.
C'étoit encore, à la fin du XVIIe siècle, une mode pour
les étrangers de venir loger au faubourg Saint-Germain.
Nous lisons dans les _Annales de la cour et de Paris_
pour 1697 et 1698, t. 2, p. 135: «Depuis que la paix
étoit faite, il y avoit un si grand abord d'étrangers à
Paris que l'on en comptoit quinze ou seize mille dans
le faubourg Saint-Germain seulement. Cette affluence y
fit tellement renchérir les maisons que celles qui s'y
louoient pendant la guerre mille ou douze cents francs y
valoient alors cinq cents escus. Le nombre de ces étrangers
s'accrut alors bientôt de plus de la moitié, de sorte que,
par la supputation qui en fut faite peu de temps après,
c'est-à-dire au commencement de l'année suivante, on trouva
qu'il y en avoit plus de trente-six mille dans ce seul
faubourg.»--Dulaure, dans sa _Nouvelle description des
curiosités de Paris_, 1785, in-12, t. 1, p. 327, cite, dans
la seule rue Jacob, trois hôtels parmi les plus excellents
de Paris: _l'hôtel de Danemarck_, _l'hôtel d'Yorck_,
_l'hôtel du Prince de Galles_. Ce dernier, comme nous le
voyons sur le plan de Maire, étoit très vaste: ses jardins
alloient jusqu'à la rue des Marais. Le maître de l'hôtel
d'Yorck parloit anglais, et il y avoit tout proche un café
ou l'on étoit servi à l'angloise. Toutes ces commodités
furent sans doute cause que Sterne se logea dans cette
même rue quand il vint à Paris. _L'hôtel de Modène_,
où il descendit, s'y trouvoit, en face de la rue des
_Deux-Anges_. V. Paulin Crassous, _le Voyage sentimental_,
traduit en françois, Paris, 1801, pet. in-18, t. 3, p.
146.--La rue des Deux-Anges devoit peut-être elle-même son
nom à une hôtellerie. Il s'en trouvoit déjà une portant
cette enseigne sur le quai du Louvre. V. les _Mém._ de
Monglat, collect. Petitot, 2e série, t. 51, p. 268.]
La quatorzième maison, où pend pour enseigne l'Aigle-Noir, bastie
sur huit toises de face dans la dite rue, pareille quantité sur
le derrière, sur vingt-trois de profondeur, revenant à cent
quatre-vingts toises en superficie, appartenante à messire Louis de
Lasseré, conseiller au parlement[203], comme fils unique et seul
heritier de messire Jean de Lasseré, aussi conseiller en la dite
cour, qui l'avoit acquise par echange de messire François Deshotels,
secretaire de Son Altesse Royalle, et de Marie Balisson, sa femme,
par contract passé pardevant Gabillon et Plastrier, notaires, le
trentième jour de juillet 1661, dont le dit sieur de Lasseré a passé
titre nouvel et reconnoissance pardevant Baglan et Boucher, notaires,
le vingt-deuxième jour de may 1691.
[Note 203: Il descendoit de Louis de Lasseré, proviseur
du collége de Navarre, dont le portrait se voyoit sur les
vitraux de la chapelle de ce collége. Celui qui est nommé
ici, fort savant homme et du meilleur monde, mourut au
Temple en 1754, à quatre-vingt-quatre ans. V. Piganiol, t.
5, p. 188-190.]
La quinzième maison, bastie sur dix toises deux pieds de face dans
la dite rue, contenant en superficie deux cens huit toises un tiers,
appartenante, sçavoir: la moitié et les deux tiers en l'autre moitié
à M. Nicolas Henin, secretaire du roy, au moyen de l'acquisition
qu'il en a faite à titre d'echange de M. Claude de la Haye, seigneur
de Vaudetart[204], maistre d'hôtel du roy et de la reine, de M.
Estienne Bulleu, conseiller du roy, president au grenier à sel de
Paris; dame Denise de Malaquin, son epouse, et autres ès noms qu'ils
ont procedé, heritiers en partie de defunt messire Charles de la Haye
et dame Denise de Baillou, sa première femme, par contract passé
pardevant Galloys et Laurent, notaires au Chastelet de Paris, le
quatorzième jour de septembre 1610, ausquels defunts sieur et dame de
la Haye la dite maison appartenoit au moyen de l'acquisition faite
de..., par contract du..., dont le dit sieur Henin a passé titre
nouvel le 16 avril 1687.
[Note 204: C'est le de la Haye chez lequel nous avons vu la
reine Marguerite chercher un asile à Issy contre la peste.
V. plus haut, p. 134, note.--Les seigneurs de Vaudetart
avoient leur sépulture dans l'église d'Issy. (Piganiol, t.
9, p. 256.)]
La seizième maison, bastie sur six toises de face sur ladite rue
Jacob, cinq toises et demie sur le derrière, sur vingt toises un
pied de profondeur, revenant en superficie à 115 toises et demie,
appartenante à M. Louis de Lasseré, conseiller au parlement,
comme fils unique et seul heritier de defunt M. Jean de Lasseré
son père, aussi conseiller en la dite cour, lequel avoit acquis
la dite maison de M. Nicolas le Vauquelin, tant comme donataire
du sieur des Yveteaux, son oncle, que comme tuteur de damoiselle
Charlotte-Gabrielle le Vauquelin, sa fille, par contract passé
pardevant le Boeuf et Boindin, notaires, le 27 octobre 1661, dont le
dit sieur de Lasseré a passé titre nouvel et reconnoissance pardevant
Boucher et Baglan, notaires, le 21 may 1689.
Les 17e, 18e et 19e maisons, sont basties sur cent six toises deux
tiers, lesquelles ont esté acquises par maistre Laurent Reverend,
secretaire du roy, du dit sieur de Sacy, par contract passé pardevant
Manchon et son confrère, notaires, le 14 mars 1663, les biens duquel
sieur Reverend sont aujourd'huy en direction.
La vingtième maison appartient aux enfans et heritiers du dit sieur
de Sacy, qui en estoit proprietaire, sçavoir: de la moitié comme
donataire du sieur des Yveteaux son oncle, et de l'autre moitié
comme l'ayant depuis acquise des heritiers de Charlotte-Gabrielle de
Vauquelin sa fille, et de dame Margueritte Dupuis sa première femme,
par transaction passée pardevant..., notaires, le..., dont les dits
heritiers de Sacy ont passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire,
le 19 avril 1695.
Toutes lesquelles maisons sont basties tant sur les onze cens trente
toises de terre acquises par le dit sieur des Yveteaux sous le nom
du dit sieur de la Chevalerie[205] des dits religieux Augustins, que
sur les six cens deux toises deux tiers quatre pieds qu'il avoit
dejà acquises des dits Augustins, sous le nom du dit sieur de la
Chevalerie, par contract du 14 juillet 1610.
[Note 205: Ce la Chevalerie, qui a tant de fois été nommé
comme mandataire de des Yveteaux, étoit d'une famille
huguenote, qui passa en Prusse vers la fin du XVIIe siècle,
et de laquelle se trouvoit être Mme de la Chevalerie morte
à Berlin en 1736. (_Ducatiana_, t. 1, p. 56.)--Celui dont
il est parlé ici tenoit par les femmes à la famille de la
mère de Boileau. V. Berriat S.-Prix, _Oeuvres de Boileau_,
t. 4, p. 442.]
Toutes les dites maisons ne sont aujourd'huy chargées que de trois
sols neuf deniers de cens, les rentes de 361 livres d'une part, et
6 livres d'autre part, ayant esté rachetées par quittances des 12
juillet 1685 et 8 may 1690.
Derrière les dites maisons est le nouveau jardin des religieux
Augustins, contenant trois quartiers six perches de terre, que la
cour, par le sus dit arrest du 23 decembre 1622, leur a permis de se
reserver, à la charge de payer à l'Université huit livres deux sols
de rente et neuf deniers de cens, dont ils ont passé titre nouvel le
29 mars 1695, pardevant Baglan, notaire[206].
[Note 206: Du Boulay (p. 320) dit que pour ce terrain les
religieux devoient payer 10 livres de rente et 12 deniers
parisis de cens par arpent. Afin de frustrer l'Université,
ils firent racheter une partie des dites rentes, selon
du Boulay; mais l'Université para le coup: elle fit aux
moines un procès, à la suite duquel ils furent condamnés,
le 19 août 1645, à payer à l'Université 31 livres de
rente, rachetables de 620 livres, et cela sans préjudice
de ce qu'ils devoient pour le bail qu'ils avoient fait
avec le marbrier Alphonse Mesnard, pour 300 toises dont
il sera parlé plus loin, sans préjudice non plus d'une
rente de 36 livres par eux due pour 120 autres toises
de terre, ni enfin de 48 livres de rente «portées, par
contract du mesme jour, au profit de Roland le Duc, de 160
toises de terre sur la rue Saint-Père..., lequel bail ils
avoient artificieusement fait declarer nul et resolu.» Les
Augustins ne s'en étoient pas tenus à se décharger indûment
de leur redevance envers l'Université; il paroît, d'après
l'arrêt rendu contre eux, qu'ils avoient empiété sur le
terrain du Pré-aux-Clercs au delà des limites que leur
assignoit l'acte de donation de la reine Marguerite. V.
l'arrêt, donné _in extenso_ par du Boulay, p. 326.]
A la suite de la maison du sieur de Sacy est une vingt-unième maison
bastie sur deux cens toises de terre données à cens et rente par les
dits Augustins, par contrat du 12 juillet 1613, à Jean Clergerie,
moyennant six livres de rente et deux deniers de cens.
Elle fut saisie reellement sur la succession du dit Clergerie, et
adjugée, par sentence du Chastelet du 12 may 1627, à maistre Pierre
Calluze, principal commis au greffe criminel de la cour.
Damoiselle Marguerite Calluze, sa fille et héritière, ayant epousé
messire Claude Guyon, seigneur de la Houdinière, elle a esté sur
eux saisie et adjugée, par sentence du Chastelet du 23 juin 1691,
au sieur Marquis Desfeugerais, moyennant 26,700 livres, chargée
de soixante livres de rente et deux sols de cens, lequel a esté
condamné, par sentence du Chastelet du..., à passer titre nouvel;
et il a passé ledit titre nouvel le 27 juin 1695, pardevant Baglan,
notaire.
La vingt-deuxième est sur cent toises de terre données à cens et
rente par les dits Augustins, par contract du 12 juillet 1613, à
Jacques Prudhomme, boulanger, moyennant trente livres de rente et un
denier de cens.
François Dubois, serrurier, en acquit la moitié, et les deux tiers
en l'autre moitié, par sentence de decret du Chastelet de Paris du
25 may 1658, sur la veuve et heritiers du dit Prudhomme, et l'autre
tiers de la seconde moitié de Jean Briest de Touteville, bourgeois de
Paris, et Magdeleine Dragée, sa femme, par contract d'echange passé
pardevant Lefranc et Gabillon, notaires, le 7 aoust 1664.
Le dit Dubois et Marguerite Fromentel, sa femme, vendirent la dite
maison à Florent Fromentel, aussi serrurier, et Marie Thilorier, sa
femme, par contract passé pardevant Levasseur et Mouffle, notaires au
Chastelet, le 24 juillet 1666.
Le dit Fromentel et sa femme en passèrent titre nouvel pardevant les
mêmes notaires le 16 septembre suivant, et ont passé un autre titre
nouvel le 7 juin 1694, pardevant Baglan, notaire.
A la suite de cette maison estoit une place, contenant trois cens
quatre-vingt-trois toises douze pieds, donnée anciennement à cens
et rente par les dits Augustins à Alphonse Mesnard, marbrier, par
contract du 12 juillet 1613, moyennant trente-une livres de rente,
lequel contract ayant esté resolu par sentence du Chastelet du 18
decembre 1615, ils rentrèrent dans la dite place, dont ils furent
condamnez par arrest contradictoire de la cour, du 19 aoust 1645,
de payer à l'Université le rachapt de la dite rente de trente-une
livres, montant en principal à 620 livres, ce qu'ils firent par
quittance du 27 octobre 1657.
Les dits Augustins ont depuis fait bâtir sur cette place, qui fait
l'encoigneure de la dite rue Jacob et de celle des Saints Pères,
six maisons qui s'etendent jusqu'à la maison de M. de Bernage
de S.-Maurice, maistre des requestes, et ont passé titre nouvel
pardevant Baglan, notaire, tant de cette place que de leur nouveau
jardin, le 29 mars 1695, comme il a esté dit à l'autre page.
De l'autre costé de la dite rue Jacob, à commencer à l'encoigneure
de la rue cy-devant appelée des Egouts, et à present de
Saint-Benoist[207], sont les maisons suivantes:
[Note 207: Elle s'appela d'abord le Grand et le
Haut-Chemin, puis rue des Vaches, puis rue des Egouts. (Du
Boulay, p. 402.)]
_Première et seconde maisons._
Ces deux maisons sont bâties sur trois cens toises de terre données à
cens et rente par les dits Augustins à Guillaume Le Camus, orfèvre,
par contract du 12 avril 1613, moyennant 90 liv. de rente et deux
sols six deniers de cens, lequel Le Camus en passa le mesme jour
declaration au profit de René Le Breton et de François Percheron.
Les dits Le Breton et Percheron vendirent une maison, avec le
commencement d'une autre bâtie sur la dite place, à maistre Michel
Chauvin, procureur au grand conseil, par contracts des 4 decembre
1625 et 8 mars 1630.
Le dit sieur Chauvin en vendit une à messire Louis Dulac par contract
du 13 may 1653.
Le dit sieur Dulac l'echangea le..., avec messire Christophe Sanguin,
president en la cour.
Messire Denis de Palluau, conseiller en la dite cour, et dame
Catherine Le Grand son epouse, acquirent une des dites deux maisons,
qui est la seconde, par contract d'echange du 31 may 1669, de
Florent Fleury, licencié ès lois, fondé de procuration des sieurs
Denis Sanguin, aussi conseiller en la dite cour, Jacques Sanguin,
et d'Antoine Sanguin, enfans et heritiers du dit messire Christophe
Sanguin.
La dite dame veuve du dit sieur de Palluau en a passé titre nouvel le
5 janvier 1688.
A l'egard de l'autre maison, qui est la première et qui fait
l'encoigneure des rues Jacob et Saint-Benoist, elle a esté adjugée
sur la succession dudit Chauvin, par arrest de la Cour du 24 avril
1694, à François Nourry, ancien consul et marchand drapier, à la
charge de payer à l'Université quarante-cinq livres de rente et
quinze deniers de cens personnellement, faisant moitié de la somme de
quatre-vingt-dix livres de rente, et deux sols six deniers de cens, à
prendre solidairement sur la maison dudit sieur Nourry et sur celle
de ladite dame de Palluau. Ledit sieur Nourry a passé titre nouvel
pardevant Baglan, notaire, le 5 may 1694.
_Troisième et quatrième maisons._
Ces deux maisons sont bâties sur trois cens toises de terre données
à cens et rente par les dits Augustins au dit nom à Simon Devaux,
parfumeur, par contrat du ... avril 1613, moyennant quatre-vingt-dix
livres de rente et trois deniers de cens, lequel contrat ayant esté
depuis resolu, lesdits religieux en firent un autre aux mesmes
conditions à Jean de Lespine, charpentier, le 5 octobre 1618[208].
[Note 208: Ce Jehan de l'Espine est sans doute le même qui
fit connoître à l'Estoile le riche parfumeur Devaux, son
ami. V. le passage déjà cité, _Journal de l'Estoile_, édit.
Michaud, t. 2, p. 476.]
Ledit Jean de Lespine et Marie Bigot, sa femme, ayant fait bâtir
deux maisons sur la dite place, vendirent la plus petite, par
contract du 28 septembre 1628, à Robert Gillot, sieur des Periers,
exempt des gardes du corps du roy, sans la charger d'aucune rente,
mais seulement de deux deniers parisis de cens envers l'Université.
Le 2 janvier 1665, Elisabeth de la Planche, veuve du dit sieur des
Periers, passant titre nouvel à l'Université, s'obligea seulement de
luy payer les dits deux deniers de cens, conformément au contract
d'acquisition de ladite maison, et à une transaction passée entre
ladite Université et son defunt mary, le 5 mai 1629, homologuée
par arrest de la Cour, du 19 novembre suivant, rendu entre ladite
Université, ledit defunt sieur des Periers et ledit Delespine et sa
femme, vendeurs, par lequel il fut ordonné que ladite rente de 90
livres par an, seroit assise et perçue sur l'autre grande maison
appartenante audit Delespine et sa femme.
Valentin Drouyn, sieur de Boisimont, et damoiselle Jeanne Gillot
des Periers, sa femme, fille et heritière desdits sieur et dame
des Periers, vendirent ladite maison, par contrat du 14 mars 1671,
à Louis Poncet et à la demoiselle Louise de la Grange, sa femme,
chargée de deux deniers parisis de cens seulement, sur lesquels
Poncet et sa femme ladite maison a été vendue et adjugée au sieur
René le Sourd, marchand drapier, par sentence des requestes du Palais
du 24 juillet 1673.
Ledit le Sourd en a fait donation à damoiselle Marguerite le
Semelier, laquelle estant decedée, M. Thomas le Semelier, notaire au
Chastelet, son père et son heritier, en a passé titre nouvel, par
devant Baglan, notaire, le 15 juillet 1694, à la charge des dits deux
deniers de cens. La dite maison est bastie sur 6 toises de face sur
la rue Jacob, et sur 18 toises de profondeur, y compris le jardin,
qui a 5 toises de largeur. Cette maison avoit esté supprimée dans les
comptes pour couvrir une malversation, et elle y a esté remise par M.
Colletet[209], receveur de l'Université, en 1695.
[Note 209: Ce nom de Colletet, porté par deux poètes qui
l'ont popularisé, étoit très honorablement connu dans la
bourgeoisie parisienne aux XVIe et XVIIe siècles. Il en
étoit de lui à peu près comme de celui de Scarron: c'étoit
une espèce de noblesse dans la roture. Une maison de la rue
de la Mortellerie s'appeloit maison Colletet, et paroît
avoir été très fameuse dans le quartier. V. Félibien,
_Preuves_, t. 2, p. 34. Félibien parle d'un Colletet qui
étoit dans les ordres. (_Id._, 1, 685.) Enfin nous savons
que cette famille tenoit par alliance à celle de Boileau
(Berriat Saint-Prix, _Oeuvres de Boileau_, t. 4, p. 456),
ce qui rend moins justifiables encore les attaques du
satirique contre François Colletet.]
A l'egard de l'autre grande maison, elle fut vendue et adjugée sur le
dit Delespine et sa femme, par arrest du 28 novembre 1640, à M. Louis
Cochon, avocat, à la charge des dites 90 livres de rente et 5 deniers
de cens envers l'Université.
Dame Denise de Roques, sa veuve, en passa titre nouvel, conjointement
avec ses enfans, le 12 janvier 1669, pardevant Boucher et Levesque,
notaires.
_Cinq, six et septième maisons._
Ces trois maisons sont basties sur 100 toises de terre d'une part,
données à cens et rentes par les dits Augustins, par contracts du 13
avril 1613, à Jacques Rousseau, brodeur, moyennant 30 livres de rente
et 1 denier de cens, et 100 toises de terre d'autre part, données par
les dits Augustins aux mesmes conditions, par contract du 18 des dits
mois et an, à Jean Dubut.
Ledit Rousseau ayant fait bastir une maison sur la dite place, elle
fut sur luy saisie, et adjugée à Charles Gazeau, masson, le 20
septembre 1617.
Le 21 juillet 1624, le dit Gazeau la vendit à Jean de la Jarrie,
boulanger.
Le 5 aoust 1638, le dit de la Jarrie et Marguerite Lorillier, sa
femme, la revendirent à damoiselle Marguerite Regnouet, femme separée
de biens de M. Jean Baptiste Mathieu[210], historiographe de France.
[Note 210: Fils de P. Matthieu, dont il publia l'_Histoire
de France_, Paris, 1631, 2 vol. in-fol. Il y avoit joint
l'_Histoire de Louis XIII_. La femme qu'on lui donne ici
n'auroit pas été sa seule épouse, s'il falloit en croire la
_Biographie universelle_, qui le marie avec Louise de la
Cochère, d'une famille noble de Florence. Toujours d'après
le même recueil, il en avoit eu deux fils et une fille, qui
se fit religieuse dans le tiers ordre de Saint-François, et
y vécut d'une manière très édifiante. Sa vie a été publiée
par le P. Alexandre, récollet. _La Vie de la venerable M.
Matthieu_, Lyon, 1691, in-8.]
A l'egard des autres 100 toises de terres acquises par le dit Dubut,
il en vendit 50, le 18 octobre 1618, à Julien le Charetier.
Le dit le Charetier en retroceda depuis dix au dit Dubut, et n'en
retint que 40, chargées de 12 livres de rente.
Le 18 janvier 1633, le dit Dubut et Charlotte Ladam, sa femme,
vendirent à Jean Amy, bourgeois de Paris, une maison bastie sur 60
toises de terre, chargée envers l'Université de 18 livres de rente.
Le 14 may 1640, le dit Amy eschangea avec la dite damoiselle Mathieu
la dite maison.
Le 22 decembre 1617, Innocent Loison acquit du dit le Charetier les
dites 40 toises de terre, sur lesquelles il fit bastir une maison.
Le 19 novembre 1640, Anne Cochon, veuve du dit Loison, et Jean
Desmarests, à cause de Catherine Loison, sa femme, et fille et
heritière du dit defunt Loison, vendirent à la dite damoiselle
Mathieu la dite maison, chargée de 12 livres de rente envers
l'Université.
Au moyen de quoy la dite damoiselle Mathieu fut proprietaire des
dites trois maisons, basties sur les dites 200 toises de terre,
desquelles elle disposa par donnation entre vifs, du 23 fevrier 1674,
en faveur des religieux de la Charité, lesquels, pour l'indemnité,
payèrent, en 1675, 9,000 livres et 600 livres pour le rachapt de la
rente de 30 livres. Les dits religieux ont passé titre nouvel le
6 juin 1687, et encore le 1er mars 1695, pardevant le dit Baglan,
notaire.
_Huitième maison._
Cette maison est bastie sur 200 toises de terre baillées à cens et
rente par les dits Augustins au dit nom, par contracts des 13 avril
et 18 mai 1613, à Mathieu Ladam et Mathieu Hautecloche, brodeurs,
moyennant 60 livres de rente et quatre deniers de cens.
Les 18 juin et 4 juillet au dit an, les dits Hautecloche et Ladam
cedèrent leurs droits à Mathieu Labbé, marchand.
Le 12 juin 1614, le dit Labbé vendit la dite place à M. Robert
Frissard, avocat, sur laquelle il fit bastir la dite maison.
Le 5 decembre 1637, le dit sieur Frissard ceda la dite maison à
damoiselle Marie Frissard, sa fille, pour demeurer quitte envers elle
de ce qu'il luy devoit par son compte de tutelle.
La dite damoiselle Frissard epousa Claude Arnoullet, sieur de Bezons,
controleur provincial du regiment de Champagne[211].
[Note 211: Un autre M. de Bezons, qui fut membre de
l'Académie françoise, demeuroit au faubourg Saint-Germain.
(Tallemant, in-12, t. 8, p. 31.)]
Damoiselles Angelique et Louise Arnoullet de Bezons, leurs filles
et heritières, en ont passé titre nouvel le 6 juin 1687, pardevant
Baglan et son confrère, notaires.
_Neuf et dixième maisons._
Ces deux maisons sont basties sur 150 toises de terre données à cens
et rente par les dits Augustins, au dit nom, à Pierre Hanon[212],
par contract du 18 mars 1613, moyennant 45 livres de rente et 2 sols
six deniers de cens.
[Note 212: Il étoit sans doute le fils de l'entrepreneur
Pierre Hannon, qui bâtit, en 1550, le _cloître des
Célestins_ (Piganiol, t. 4, p. 253), et comme lui, il
devoit être maçon. On a dû remarquer que ce sont souvent
des entrepreneurs, charpentiers ou maçons, qui prennent à
cens les terrains du Pré-aux-Clercs, afin d'y construire
et de revendre ensuite, comme on fait aujourd'hui dans les
quartiers neufs.]
Le 5 mars 1616, le dit Hanon en ceda 30 toises à Didier Deschamps et
à Catherine Dudoigt, sa femme, à la charge de 9 livres de rente et de
2 deniers de cens.
Le 27 decembre 1617, les dits Deschamps et sa femme en vendirent 15
toises à André Millois.
Le 12 avril 1618, le dit Deschamps et sa femme vendirent à Nicolas de
Hene, charpentier, une petite maison bastie sur les autres 15 toises
de terre.
Le cinquième janvier 1622, le dit Millois vendit au dit de Hene une
maison bastie tant sur les dites 15 toises à luy cedées par le dit
Deschamps que sur autres 13 toises qu'il avoit depuis acquises du dit
Hanon.
Le 17 may 1623, Arnaud de Lassaignes acquit du dit Hanon le restant
des dites 150 toises, montant à 107 toises, lesquelles, avec les
30 qu'il avoit vendues au dit Deschamps et les 13 qu'il avoit
pareillement vendues au dit Millois, faisoient les 150 qu'il avoit
prises à cens et rente des dits Augustins.
Le dit de Lassaignes en passa aussi tost declaration au profit des
religieux de la Charité.
Le 6 mars 1624, les dits de Hene et sa femme vendirent aux dits
religieux les deux petites maisons par eux acquises des dits
Deschamps et Millois, lesquelles les dits religieux firent decreter
et s'en rendirent adjudicataires par sentence du Chastelet du 22 may
au dit an.
Le 2 mars 1637, les dits religieux furent condamnez, par sentence des
requestes du Palais, à payer et continuer à l'Université les dites 45
livres de rente, avec le cens et le droit d'indemnité.
Et le sixième jour de septembre 1647, Messieurs de l'Université
estant convenus avec les dits religieux de la Charité de faire
mesurer et arpenter tant les places que ces religieux possedoient
de leur chef dans la censive de la dite Université que comme estant
aux droits des nommez Hanon et Scourjon sur les rues Jacob, des
Deux-Anges et du Colombier, il s'est trouvé, par l'arpentage qui a
esté fait des dites places par le Mire, juré arpenteur, le dit jour,
que l'ancienne place que les dits religieux avoient acquise des dits
Augustins par contract du 12 juillet 1613 contenoit 1359 toises deux
tiers, sçavoir: 28 toises de face sur la rue Jacob[213], 48 toises
2 pieds 8 pouces et 7 lignes du costé des dits Hanon et Scourjon,
et 48 toises 4 pieds de face sur la dite rue des Saints-Pères, et
qu'en deduisant 84 toises pour continuer, le cas y echeant, la rue
des Deux-Anges[214], au travers de l'hôpital, jusqu'à la rue des
Saints-Pères, ils possedoient reellement en la censive de la dite
Université, non comprises les maisons qu'ils ont acquises depuis,
1291 toises 2 tiers de terre, et un peu plus, revenant en tout, à
raison de 6 sols par toise, à 387 livres 11 sols 1 denier de rente
par chaque an, laquelle rente a esté depuis rachetée par quittance
du.... Les dits religieux ont passé titre nouvel pardevant Baglan,
notaire, le 1er mars 1669.
[Note 213: C'est la partie dont il est parlé ainsi dans le
_Supplément_ de Dubreul (1639, in-4, p. 42): «Sur le devant
est un autre bastiment regardant le Pré-aux-Clercs, où sont
de belles salles hautes et convenantes, et par bas des
galeries en forme d'arcades ou de cloistres, et un beau,
grand et spacieux preau qui sera au milieu.»]
[Note 214: Ce projet de prolongation de la rue des
_Deux-Anges_, qui eût été si préjudiciable à l'hospice de
la Charité, ne fut pas réalisé. Aujourd'hui cette rue, qui
étoit très sale et peu habitée, est fermée par une porte
du côté de la rue Jacob, et par une maison assez récemment
bâtie du côté de la rue Saint-Benoît.]
_Onze, douze, treize et quatorzième maisons._
Ces quatre maisons, sçavoir, deux dans la rue Saint-Benoist et deux
dans la rue des Deux-Anges, sont basties sur 199 toises de terre,
données à cens et rente par les dits Augustins à Philipes Bacot,
peintre, par contract du 24 octobre 1613, moyennant 59 livres 14 sols
de rente et 2 deniers parisis de cens.
Le dit Bacot ayant fait bastir sur ladite place et ne payant point
ladite rente de 59 livres 14 sols, le bastiment et la place furent
sur luy saisis reellement, et adjugez, par sentence des requestes du
Palais du 6 novembre 1632, à M. Jean Lemoyne, contrôleur des guerres,
lequel, par son testament du 19 novembre 1632, fit ses légataires
universels M. Philippe Jolly, secretaire du roy, et damoiselle Jeanne
Cressé, sa femme[215].
[Note 215: Elle étoit sans doute de la même famille que
la mère de Molière, _Marie Crissé_, et que ce médecin
_Crissé_, dont Beffara a prouvé la parenté avec le grand
comique, et auquel il arriva une si singulière aventure,
racontée par Gui Patin (lettre du 21 nov. 1669). V.
Taschereau, _Vie de Molière_, 2e édition, p. 151, 208.]
Le dit sieur Jolly fit abattre la maison construite par le sieur
Bacot, et en fit faire quatre à sa place, dont la première, dans la
rue Saint-Benoist, est à porte cochère; la seconde, tenante à la
precedente, est aussi à porte cochère, avec une petite porte; les
troisième et quatrième sont la première et seconde à gauche de la rue
des Anges, en y entrant par la rue Saint-Benoist.
La dite damoiselle veuve Jolly en passa titre nouvel le 16 juillet
1661. Jeanne-Françoise Ranquet, veuve de Louis Jolly, fils et
heritier de la dite damoiselle Jolly, au nom et comme tutrice des
enfans mineurs du dit defunt et d'elle, en a passé titre nouvel
pardevant Baglan le 5 mars 1696.
_La quinzième maison._
Cette maison est bastie sur 49 toises de terre, vendues, par contract
du 11 septembre 1620, à Philippes Leber, par Pierre Hanon, faisant
partie de 205 toises qu'il avoit prise à cens et rentes des dits
Augustins, par contract du 12 juillet 1613, moyennant 61 livres 10
sols de rente.
Les religieux de la Charité ont depuis acquis les droits des enfans
et heritiers du dit Leber par contract du..., et ont passé titre
nouvel le 1er mars 1695, pardevant Baglan, notaire.
_La seizième maison._
Celle maison est bastie sur 36 toises de terre, derrière laquelle il
y avoit un grand jardin contenant 120 toises, faisant en tout 156
toises, lesquelles, avec les 49 mentionnées en l'article precedent,
font les 205 toises prises à cens et rente par le dit Hanon des dits
Augustins.
Le dit Hanon fit bastir cette maison, laquelle fut vendue, le
cinquième novembre 1644, par Pierre de Lespine et Françoise Belier,
sa femme; Jean Belier et Germaine Merceau, sa femme; Denis des Hayes
et Geneviève Belier, sa femme; Jean Lambert, tuteur de Jean, son fils
et de Barbe Belier, sa femme, tous heritiers de Marguerite Lasseré,
leur mère et ayeulle, troisième femme du dit Hanon, à Charles de
Luppé et Barbe Hanon, sa femme, à laquelle Barbe Hanon le surplus de
la dite place appartenoit, comme fille et heritière du dit Hanon.
Le 5 novembre suivant, les dits de Luppé et sa femme vendirent à
Jacques Nau[216], secrétaire de la chambre du roy, et à Marie de la
Lende, sa femme, le jardin, contenant 120 toises, estant derrière la
dite maison.
[Note 216: Ce M. Jacques Nau ne seroit-il pas le même que
Mlle de Montpensier s'étoit attaché, comme conseiller,
pour débrouiller ses procès, et dont Richelieu l'avoit
ensuite forcée de se défaire, parcequ'il le soupçonnoit de
lui être contraire dans son esprit et de la pousser à des
intrigues hostiles à sa politique? V. _Mémoires de Mlle de
Montpensier_, coll. Petitot, 2e série, t. 41, p. 447-491.
Nous avons déjà vu Edme Robert, intendant de Mademoiselle,
acheter des terrains de ce côté (V. plus haut, p. 128),
et nous savons d'ailleurs que Gaston y recherchoit de
pareilles acquisitions pour les personnes attachées
à la maison de sa fille, et que, pour leur obtenir
une préférence sur tous autres acheteurs, il usoit de
l'influence de son nom auprès du recteur de l'Université.
Voici, entre autres, une lettre qu'il lui écrivit à ce
sujet. Nous la trouvons dans le curieux _mémoire_ de du
Boulay (p. 316-317):
«_A monsieur le recteur de l'Université de Paris._
«Monsieur le recteur de l'Université de Paris, m'ayant
été promis par vos predecesseurs en vostre charge la
preferance de places qui vous restent encore à vendre au
Pré-aux-Clercs, par la dame marquise de Saint-Georges,
gouvernante de ma fille, je vous escris cette lettre
pour vous faire la mesme prière en sa faveur que je
leur ay faite, et vous assure que vous me ferez en cela
un singulier plaisir. Je sçay qu'il vous sera d'autant
plus aisé qu'il vous doit estre indifferend à quelles
personnes vous bailliez les dittes places, pourvu que le
prix en soit esgal. Et toutefois, quand je verray que ma
recommandation aura prevalu en faveur de la ditte dame
marquise de Saint-Georges, j'en tiendray l'effect à une
particulière defference que vous y aurez voulu rendre,
qui me conviera à vous en tesmoigner mon ressentiment aux
occasions qui s'en pourront offrir, et comme je suis,
«Monsieur le recteur de l'Université de Paris,
«Votre bien bon amy,
«GASTON.»]
Et, le 11 février 1645, ils vendirent aus dits sieur et damoiselle
Nau la dite maison, laquelle les dits sieur et damoiselle Nau
revendirent, avec le dit jardin, aux religieux de la Charité, par
contract du 4 juin 1646, lesquels, au moyen de ce et de l'acquisition
qu'ils avoient faite des droits du dit Leber, furent possesseurs et
proprietaires des dites 205 toises de terre, chargées de 61 livres
dix sols de rente, qu'ils furent condamnez à payer à l'Université
par sentence des requestes du Palais du 20 decembre 1647, laquelle
rente a depuis esté rachetée par quittance du...; et ont passé titre
nouvel comme dessus.
_Dix-sept et dix-huitième maisons._
Ces deux maisons sont basties sur 105 toises de terre baillées à cens
et rente par les dits Augustins à Jean Hovalet[217], par contract du
12 juillet 1613, moyennant 31 livres 13 sols de rente et 1 denier de
cens.
[Note 217: La maison Hovalet se trouve indiquée sur le plan
de Gomboust.]
Le dit Hovalet céda ses droits à Pierre Corrup par acte du 8 novembre
suivant.
Le 29 septembre 1614, le dit Corrup vendit la moitié desdites 105
toises à Timothée Pinet.
Les dits Corrup et sa femme firent bastir une maison sur l'autre
moitié des dites 105 toises de terre, après la mort duquel Corrup
la moitié qui luy appartenoit en la dite maison ayant esté
saisie reellement, elle fut vendue et adjugée sur sa succession,
par sentence du Chastelet du 21 juin 1628, à Gabriel Le Clerc,
cabaretier, lequel, le 29 janvier 1630, acquit l'autre moitié de la
dite maison de Suzanne Guesnard, veuve du dit Corrup.
Les religieux de la Charité ont depuis acquis les droits du dit Le
Clerc par contract du..., et ont passé titre nouvel comme dessus.
A l'egard de la place vendue au dit Timothée Pinet par le dit Corrup,
il y fit bastir une maison, qu'il vendit à messire Paul Hurault de
l'Hospital, archevêque d'Aix, par contract du 11 may 1619, chargée
de 16 livres 16 sols 6 deniers de rente envers l'Université, lequel
sieur archevêque la fit decreter et s'en rendit adjudicataire par
sentence du Chastelet du 19 decembre 1620.
La dite maison fut encore depuis saisie reellement sur le dit sieur
archevêque d'Aix, et adjugée, par arrest de la cour du 1 mars 1626, à
Jean Cheron, apotiquaire.
L'Université, par l'arrest d'ordre des deniers provenus de ladite
maison, du 21 juillet 1628, fut colloquée pour la somme de 316 livres
16 sols, faisant le principal des dites 16 livres 16 sols 6 deniers
de rente qui luy estoit dû sur icelle.
Marguerite Laurent, veuve du dit Cheron, vendit, conjointement avec
ses enfans, la dite maison, par contract du 31 mars 1646, à Louis
de Riancourt, huissier, lequel en passa le même jour declaration au
profit des dits religieux de la Charité.
_Dix-neuvième maison._
Cette maison est bastie sur 54 toises, faisant moitié de 108 données
à cens et rente par les dits Augustins, par contract du 12 juillet
1613, à Pasquier Ruelle, boulanger, moyennant 32 livres 9 sols 6
deniers de rente et 2 deniers de cens.
Ces 54 toises de terre furent vendues par contract du 22 juin 1614,
sur lesquelles y ayant fait bastir la dite maison, ils la vendirent
après, par contract du..., à M. Gervais Aubay, M{e} queux de la
reine, et à Charlotte Dubois, sa femme.
_Vingtième maison._
A l'egard des autres 54 toises de terre, le dit Ruelle y ayant fait
bastir une maison, Pierre de Poulain, ecuyer, sieur de la Folie, tant
en qualité de donataire des dits Ruelle et sa femme, par acte du
27 janvier 1631, de la moitié de la sus dite maison, qu'à cause de
l'acquisition par luy faite de l'autre moitié d'icelle, par contract
du 16 juin 1635, de Pierre Mercadier, postulant[218] au Palais, et de
Catherine Veillon, sa femme, veuve auparavant de Nicolas Mergerie,
auquel la sus dite moitié appartenoit, comme fils et seul heritier de
Marie Herisson, sa mère, veuve auparavant du dit Ruelle, vendit la
dite maison aux religieux de la Charité par contract du 19 juin 1636.
[Note 218: Le postulant étoit un avocat ou un procureur qui
plaidoit dans les justices inférieures.]
_Vingt-une et vingt-deuxième maisons._
Ces deux maisons sont basties sur 110 toises et demie données à cens
et rente par les dits Augustins, par contract du 12 juillet 1613,
moyennant 33 livres 3 sols de rente, à Hubert le Sueur, lequel les
ceda à Thomas Nepvot, qui les vendit, par acte du 10 mars 1616, à
Jacques Rolland, lequel en retroceda la moitié au dit Nepvot le 27
juillet suivant.
Le dit Rolland fit bastir une maison sur les dites 55 toises un
quart, qu'il vendit depuis aux religieux de la Charité par contract
du 21 janvier 1625.
Le dit Nepvot vendit le 4 aoust 1616 à Jean le Gay les dites 55
toises un quart, que le dit Rolland luy avoit retrocedées.
Le dit le Gay les revendit le 18 novembre suivant à Jean de Lespine,
charpentier, sur lesquelles il y fit bastir une maison qu'il vendit à
Laurent Nota par contract du 16 octobre 1619.
Le dit Nota la vendit par echange, le 21 may 1624, à Joseph le
Virelois, greffier au baillage de Tresnel, lequel la vendit après aux
religieux de la Charité, par contract du 4 juin 1626.
Les religieux de la Charité ont passé un seul titre nouvel de toutes
les places et maisons mentionnées cy-dessus qu'ils possèdent dans la
censive de l'Université, moyennant douze deniers de cens par chacun
arpent, pardevant Baglan, notaire, le 1er mars 1695.