PREMIÈRE PARTIE,

_Contenant l'alienation du petit Pré-aux-Clercs_.

Ce fut en l'année 1540 que l'Université passa un premier contrat

d'alienation du petit Pré à M. Pierre Le Clerc, vice-gerant du

conservateur des priviléges apostoliques de la dite Université; mais

la minute et la grosse de ce contrat s'estant trouvées adirées, et le

dit Le Clerc ayant esté troublé, l'Université luy fit un nouveau bail

le 31 mars 1543[167], à la charge du cens et de 18 livres de rente

par arpent.

[Note 167: Huit jours après la signature de ce nouveau

bail, le recteur élevoit déjà une plainte contre le Clerc

pour divers griefs: 1º parcequ'il ne se trouvoit aucune

minute du contrat passé avec lui en 1540; 2º parcequ'il

n'avoit encore rien payé; 3º parcequ'il n'avoit pas encore

commencé à bâtir, ainsi qu'il s'y étoit obligé.--Le

Clerc se défendit de son mieux et donna sans doute de

bonnes raisons, puisque, malgré les plaintes du recteur,

l'assemblée ordonna «que le second contrat confirmatif

du premier seroit exécuté.» Si Le Clerc n'avoit pas bâti

depuis 1540, c'est qu'il avoit trouvé des obstacles de la

part de M. Claude Barbier, de la part surtout du cardinal

de Tournon, _qui_, comme il l'allégua dans sa réponse

aux plaintes du recteur, _qui eum oedificare impeduit_.

«Afin de se mettre en garde à l'avenir contre de pareils

empêchements, afin surtout de se prémunir contre ceux

que pouvoient lui susciter les moines de Saint-Germain,

«il representa, dit du Boulay, qui s'en étonne, que

pour la sûreté de son contract il etoit à propos de le

faire confirmer par le pape ou par des commissaires à ce

deleguez.» L'Université prétendit que le pape n'avoit là

rien à voir; mais Le Clerc, qui tenoit toujours à une

sanction ecclésiastique, «ne laissa pas de presenter son

contract aux grands vicaires de l'evesque de Paris.» Le

4 octobre suivant il avoit obtenu l'homologation et la

ratification qu'il demandoit. V. du Boulay, p. 157-159.]

Ce nouveau preneur commença d'abord par disposer de partie du dit

petit Pré-aux-Clercs en faveur de plusieurs particuliers, à la charge

du cens envers l'Université et d'une rente applicable à son profit à

proportion de la quantité de terre qu'il donnoit.

Ce procedé fit murmurer quelques officiers de l'Université, et, pour

les appaiser, le dit Le Clerc passa un acte le 17 avril 1548, qui

fut suivy d'un contrat d'abandon du dernier octobre 1552, au profit

de l'Université, de tous les emolumens qu'il auroit pu retirer de

ses sous-baux[168], à la charge par l'Université de les entretenir;

et par le mesme contrat le dit Le Clerc se reserva une place qu'il

avoit fait enclorre de murs, à la charge du cens tel qu'il plairoit à

l'Université.

[Note 168: Ramus, qui avoit certainement figuré parmi les

mécontents dont il vient d'être parlé, ne dut pas être

encore satisfait de l'abandon que Le Clerc consent ici.

Ses prétentions, toujours fort intéressées, comme on va

le voir, alloient plus loin: «Le petit Pré, dit-il dans

sa _Harangue_ de 1557 (fol. 9), est tout construict et

basty de beaucoup de belles maisons que ce seroit grand

dommage d'abattre; pourquoy l'Université requiert que le

revenu de chasque année de ces edifices, qui sont tenuz par

quelques particuliers, s'employe aux gages des lecteurs

des quatre facultez, de théologie, de droict, de médecine

et des arts liberaux.» Or, Ramus étoit un de ces lecteurs

royaux.--En faisant et surtout en confirmant par l'acte de

1562 l'abandon mentionné ici, Le Clerc cédoit non seulement

aux murmures d'une partie des maîtres et des écoliers,

mais aussi à leurs violences. A plusieurs reprises, et

principalement en 1548, le Pré avoit été envahi par

ceux des écoles, qui avoient toujours été contraires à

l'aliénation du terrain et aux constructions qui menaçoient

de couvrir tout le champ de leurs promenades et de leurs

jeux. «En juillet 1548, dit du Boulay (p. 166), ils

s'avisèrent de desmolir quelques maisons, tant de celles

qui estoient desjà basties que de celles qu'on bastissoit,

et mesme mirent le feu à quelques unes.» V. aussi Du

Breul, p. 294. On comprend alors que Le Clerc eût certain

empressement à se défaire de terrains dont la possession

étoit aussi périlleuse. En 1552, les écoliers firent pis

encore, et c'est ce qui dut engager Le Clerc à renouveler

sa demande de rétrocession, et l'Université à n'y pas

être contraire. Profitant de ce qu'après la retraite de

Charpentier, le 14 mars 1555, l'Université se trouvoit sans

recteur, et étant d'ailleurs excités par Pierre Ramus et

par Pierre Galland, celui-là, comme huguenot, les animant

surtout contre les religieux de Saint-Germain et leurs

continuels empiétements, celui-ci les lançant de préférence

contre les habitations dont on encombroit le Pré, tous

les mutins des écoles vinrent s'en prendre à la fois aux

moines de Saint-Germain et aux propriétaires des maisons du

grand et du petit Pré-aux-Clercs. Cette sorte d'invasion se

trouve décrite avec tous ses ravages par Félibien (t. 2,

p. 1025) et par du Boulay (p. 167). J. Du Bellay l'a aussi

racontée dans ce passage de sa _Satyre de Maistre Pierre

du Cuignet sur la petromachie de l'Université de Paris_,

déjà citée par M. Ch. Vaddington dans son excellente Vie de

Ramus:

Venez tous esteindre le feu

Que ces Pierres ont excité

Parmi nostre Université.

Qui, n'estant d'un recteur guidée,

Semble une jument desbridée,

Ou une barque vagabonde

Laissée à la merci de l'onde.

Le Pré-aux-Clercs en est temoing

Où il n'y a si petit coing

De muraille qu'à coup de pierre

On ne fasse broncher par terre,

Lapidant les champ fructueux

Et les beaux logis somptueux,

Ausquels la pierreuse tempeste

Gresle sans fin dessus la teste.

La grande affaire de l'Université, c'étoit de s'opposer

aux usurpations des moines de Saint-Germain; mais pour

cela il ne lui falloit pas moins que l'accord et l'appui

de tous ses membres. Afin de se les rallier, elle leur fit

une concession: elle souscrivit à la demande de Le Clerc,

reprit ses terrains; et, quoique Ramus fût, au sujet des

maisons déjà construites et louées, de l'avis émis plus

haut, elle n'hésita pas à décider qu'on en feroit table

rase. «L'Université, dit du Boulay (p. 167), se trouva fort

embarrassée dans cette conjoncture d'affaires, et se vit

obligée de defaire ce qu'elle avoit fait, c'est-à-dire de

consentir la demolition des maisons qu'elle avoit stipulé

de faire bastir par le contract faict avec Le Clerc, afin

de reunir par ce moyen tous les esprits à combattre contre

les ennemis communs.»]

* * * * *

_Sous-Baux faits par le sieur Le Clerc._

Le premier, d'un morceau de terre propre à faire maison, par contrat

du 4 octobre 1543, à M. Martin Fretté, clerc au greffe criminel de la

Cour, moyennant 10 deniers parisis de cens, 10 livres tournois de

rente.

Le deuxième, du 9 des dits mois et an, d'une autre petite portion de

terre, à Nicolas Delamarre, moyennant 1 denier de cens et 2 sols de

rente.

Le troisième, du 5 janvier 1544, à Guillaume Maillard, libraire,

d'une pièce de terre contenant 142 toises, moyennant 4 deniers

parisis de cens et 17 livres 15 sols de rente.

Le quatrième, du dit jour 5 janvier 1544, à Husson Frerot, doreur sur

fer, d'une pièce de terre contenant 146 toises, moyennant 4 deniers

de cens et 25 livres 10 sols de rente.

Le cinquième, des dits jour et an, à Richard Carré, brodeur, d'une

pièce de terre contenant 138 toises, moyennant 4 deniers parisis de

cens et 24 livres de rente.

Le sixième, du 18 juin 1545, à Nicolas Baujouen, aussi brodeur, d'une

pièce de terre contenant 157 toises, moyennant 4 deniers parisis de

cens et 15 livres 14 sols de rente.

Le huitième, des mesmes jour et an, à Jean Dupont, sergent à verge

au Chastelet, d'une pièce de terre contenant 168 toises, moyennant 4

deniers parisis de cens et 16 livres 16 sols de rente.

Le neuvième et dernier, du 7 may 1546, à Jean Courjon, marchand

mercier, d'une pièce de terre contenant 380 toises, moyennant 8

deniers de cens et 25 livres de rente.

De manière que le dit sieur Le Clerc avoit disposé de 15 à 16 cens

toises de terre du dit petit Pré avant la retrocession qu'il en fit

après à l'Université, sans y comprendre le jardin qu'il se reserva,

sur lesquelles places sont aujourd'huy baties plusieurs maisons dans

les rues du Colombier et des Marais, dans l'ordre et ainsi qu'il va

estre expliqué.

_Première maison, rue du Colombier_[169].

[Note 169: On l'avoit d'abord appelée le _chemin aux

clercs_; puis le voisinage d'un _colombier_ dépendant

de l'abbaye lui avoit fait donner le nom qu'elle porte

ici. (V. Sauval, t. 1, p. 127; Jaillot, _Quartier

Saint-Germain_, p. 26.) Elle alloit de la rue de Seine à

celle des Petits-Augustins. «C'est maintenant, dit M. J.

Pichon, une portion de la rue Jacob, par suite de cette

manie qu'ont messieurs de la préfecture de changer tous les

noms des rues, souvent aux dépens du bon sens et toujours à

ceux de l'histoire.» (_Notices biographiques et littéraires

sur la vie et les ouvrages de Jean Vauquelin de la Fresnaye

et Nicolas Vauquelin des Yveteaux..._ Paris, 1846, in-8,

p. 41, note.) Nous aurons plus loin à citer souvent cette

curieuse brochure.]

La première maison où se trouve aujourd'huy commencer la censive de

l'Université est la sixième que l'on rencontre à main droite dans

la rue du Colombier, y entrant par la rue de Seine, la gauche et

le commencement de la dite rue estant aujourd'huy de la censive de

l'Abbaye.

Cette maison est bastie sur 64 toises de terre, faisant partie de

138, que M. Pierre Le Clerc donna à cens et rente, par contrat du 5

janvier 1544, à Richard Carré, brodeur, moyennant 4 deniers parisis

de cens et 24 livres de rente, laquelle, par acte du 3 juillet au

dit an, ayant esté reduite à 17 livres 5 sols, il en fut le dit jour

racheté 13 livres 15 sols, et le surplus, montant à 3 livres 10 sols,

declaré non rachetable[170].

[Note 170: Dans le volume de du Boulay, la transaction de

Le Clerc avec Carré est seule mentionnée (p. 163). Il n'y

est point parlé des contrats qui suivirent et qui sont

analysés ici. De même pour les autres maisons. Du Boulay se

contente de relater en peu de mots les actes conclus entre

Le Clerc et les premiers cessionnaires.]

Ces 64 toises de terre furent vendues par le dit Carré au sieur

Adam Godard, marchand au Palais, par contract du 28 aoust 1554; sur

lesquelles ayant fait bastir une maison avec cour et jardin, il la

revendit, par contract du 29 janvier 1556, à François Desprez, commis

à relier les livres de la chambre des comptes[171], et à Catherine

Longis, sa femmes[172].

[Note 171: Il seroit curieux d'avoir la minute de ce

contrat et de voir si François Desprez y a signé. Selon les

exigences singulières de son emploi de relieur à la chambre

des comptes, il n'auroit pas dû pouvoir le faire. On sait,

en effet, d'après Pasquier (_Recherches de la France_, liv.

2, chap. 5), et d'après un document inédit publié par M.

L. Lalanne dans ses _Curiosités bibliographiques_, p. 309,

que, suivant une mesure prise en 1492, lors de la réception

de Guillaume Oger, le «relieur de la dite chambre devoit

affirmer qu'il ne savoit _lire ne escrire_.» Et cela,

dit Pasquier, «afin qu'il ne descouvrist les secrets des

comptes.»]

[Note 172: Elle étoit sans doute fille ou soeur du libraire

Jean Longis, dont la Caille a parlé dans son _Histoire de

l'imprimerie et de la librairie_ (in-4, p. 97), sous la

date de 1528 à 1541, et qui, d'après un acte que cite du

Boulay (p. 398), possédoit lui-même dans ces environs «un

quartier six perches de terre, pris en une pièce assise

près le petit Pré-aux-Clercs, tenant d'une part à la grande

rue allant de l'Abbaye, pardessus les fossez, à la rivière

de Seine, et d'autre part audit petit Pré.»]

La dite veuve Desprez, après la mort de son mary, donna, par contrat

du 29 janvier 1557, en contr'échange de la moitié de la dite maison

(l'autre luy appartenant, à cause de la communauté), à Nicolas

Bonfils, à cause de Michelle Desprez, sa femme, et à Raoul Brojard,

à cause de Nicole Desprez, aussi sa femme, filles et heritières du

dit defunt et d'elle, une rente sur la ville, au moyen de quoy la

totalité de la dite maison luy appartint[173].

[Note 173: «Il est à remarquer que derrière cette maison

il y a un petit bassement construit sur 5 toises de terre

en quarré, que le dit Carré vendit à Louis Lemaignan, par

contrat du 2 novembre 1543, que le dit Lemaignan vendit

depuis à M. Charlet, auditeur des comptes, et qui furent

par luy depuis vendues, le 24 janvier 1564, à Helie de

la Faye, duquel M. Jean Petit, procureur, les acquit

conjointement avec une maison sise rue de Seine, par

contract du ........ août 1573. Elles sont chargées d'un

denier de cens...» (_Note de l'auteur._)]

La dite veuve Desprez epousa en secondes noces Christophe Godin,

chirurgien, dont elle eut Jean et Catherine Godin, lesquels, après

sa mort, echangèrent, par contract du 23 juillet 1597, la susdite

maison, avec Jean Petit, procureur au parlement, contre 600 livres

comptans et 100 livres de rente sur un particulier.

Le dit M. Petit racheta, le 22 avril 1598, la rente de 35 sols dont

la dite maison estoit chargée.

Le 8 juillet 1624, damoiselle Anne Petit, sa fille et heritière,

veuve de M. Jerôme Godefroy, procureur au parlement, vendit la dite

maison à M. Michel Pousteau, aussi procureur.

Le 17 septembre 1643, le dit Pousteau la vendit à damoiselle

Marguerite Rollot, veuve de Georges de Bourges, et depuis de Vincent

de la Prime, avocat, dont elle eut Charles de la Prime, sur qui la

dite maison ayant esté saisie reellement, elle fut adjugée, par

sentence du nouveau Chastelet du 14 septembre 1675, à Guillaume de

Voulges, marchand, qui en passa titre nouvel le 6 novembre suivant.

Jeanne Varet, veuve de Guillaume de Voulges, a passé titre nouvel par

devant Baglan et son confrère, notaires à Paris, le 11 septembre 1694.

_Deuxième maison._

Cette maison, joignant la precedente, est bastie sur 69 toises de

terre, faisant moitié des 138 mentionnées en l'article precedent,

données au dit Carré par Le Clerc.

M. Marin Duhuval, prestre habitué à Saint-André-des-Arts, les acquit

du dit Carré, par contract du 22 aoust 1545.

Il y fit bastir une maison, laquelle ses heritiers vendirent après

sa mort à messire Jean de Feu[174], conseiller au parlement, par

contract du ........, chargée de 35 sols de rente et de 4 deniers

parisis de cens envers l'Université.

[Note 174: Il comptoit parmi les plus fameux du Parlement.

«Avant que le marchand y entrast, est-il dit dans

_l'Anti-Caquet de l'accouchée_, il y avoit trop de gravité.

On ne pouvoit, au temps passé, approcher ses conseillers,

Saint-Valerien, la Roche-Tomas, Vignolle, Ruelle, Regnard,

_Feu_, et un tas d'autres des parlements et chambre des

comptes, dont la race est noble jusques à la quatrième

generation.» (_Les Caquets de l'accouchée_, notre édit., p.

254.) Il fut l'un de ceux que les seize proscrivirent au

mois d'avril 1591. (L'Estoille, édit. Michaud, p. 47.)]

Les heritiers du dit sieur de Feu vendirent, par contract du 16

may 1634, la susdite maison à M. Pierre Hardy, controlleur des

fortifications de Picardie, et à damoiselle Marie Barret, sa femme.

La dite maison ayant depuis esté saisie reellement sur les dits

sieur et damoiselle Barret, elle fut sur eux vendue et adjugée, par

sentence des requestes du Palais du 30 may 1646, à M. Claude Noël,

receveur general des finances en Berry, lequel en passa aussitost

declaration au profit de messire Nicolas-Jean Chevalier, seigneur de

Breteville[175], conseiller au grand conseil.

[Note 175: C'est le même que nous avons rencontré dans le

_Caquet de l'accouchée_. Il étoit alors devenu président et

jouoit un grand rôle. V. notre édition, p. 27, note.]

Les heritiers et creanciers du dit sieur de Breteville ont vendu

depuis la dite maison à Gilles Dupont, marchand, par contract du

8 juillet 1671, lequel en a fait declaration au profit de Charles

Gohier, secretaire du roy, par acte du 30 decembre 1675. Le dit sieur

Charles Gohier a passé titre nouvel par devant Baglan, notaire, le

25 octobre 1694.

_Troisième maison._

Cette maison est bastie sur 142 toises de terre bailliées à cens et

rentes le 5 janvier 1544, par le dit sieur Le Clerc, à Guillaume

Maillard, marchand libraire et doreur de livres, moyennant 4 deniers

parisis de cens et 24 livres 10 sols de rente, reduite après à 17

livres 15 sols, dont il en pourroit estre racheté 14 livres 5 sols.

Jean Bonamy, aussi libraire, ayant acquis les droits du dit Maillard,

passa au dit Le Clerc titre nouvel des dites 142 toises de terre le

19 aoust 1545.

Les heritiers du dit Bonamy vendirent par contract du ...........

à messire Jean De Feu, conseiller au parlement, la maison bastie

sur la dite place, chargée seulement de 3 livres 10 sols de rente

et de 4 deniers parisis de cens envers l'Université, dont ses

heritiers passèrent titre nouvel le 1er septembre 1631.

Ces mesmes heritiers vendirent, par contract du 16 may 1634, la dite

maison avec ses appartenances, à M. Pierre Hardy, controleur des

fortifications de Picardie, et à damoiselle Marie Barret, sa femme.

Elle fut dans la suite, conjointement avec la precedente, sur eux

saisie réellement, et enfin adjugée au dit M. Noël, qui en passa

declaration au profit du dit sieur de Breteville.

Gilles Dupont, marchand, qui avoit acquis des heritiers du dit sieur

de Breteville la precedente maison, acheta encore celle-cy par le

mesme contract.

Elle appartient presentement au dit sieur Charles Gohier, secretaire

du Roy, qui a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire, le 25

octobre 1695.

_Quatrième maison._

Cette maison est batie sur partie de 146 toises de terre données à

cens et rentes, par contract du 5 janvier 1544, par le dit sieur Le

Clerc, à Husson Frerot, doreur sur fer[176], moyennant 4 deniers

parisis de cens et 25 livres de rente, reduite après à 18 livres. M.

René Reignier, ayant acquis les droits du dit Frerot, fit bastir deux

maisons sur la dite place, et, après sa mort, Marguerite Lespicier,

sa veuve, ayant fait saisir reellement la dite maison sur M. Pageot,

tuteur des enfans mineurs du dit défunt Reignier et d'elle, par

sentence des requestes du palais du 31 mars 1628, elle fut adjugée à

M. Athanase Amy, avocat en la Cour, chargée de 9 livres de rentes et

de 4 deniers parisis de cens envers l'Université. Le dit sieur Amy en

passa titre nouvel le 25 juillet 1631; damoiselle Marie Prevost, sa

veuve, en passa encore titre nouvel le 21 decembre 1661, et depuis

les heritiers des dits sieurs et damoiselle Amy en ont passé titre

nouvel pardevant Baglan, le 26 may 1695, savoir: M. Athanase Amy,

prestre; M. Gilles Amy, avocat en parlement; damoiselle Magdelaine

Rousseaux, veuve de Bon Charles Amy, bourgeois de Paris.

[Note 176: Comme celle des brodeurs, dont il sera parlé

plus loin, la confrérie des doreurs sur métaux étoit de

création récente. Elle ne devoit même être tout à fait

constituée que par règlement de Charles IX, en 1573. Chose

nouvelle, elle prenoit pied dans les quartiers nouveaux,

où elle n'avoit pas à craindre le contact hostile des

communautés plus anciennes. Il paroît qu'elle fut nombreuse

dans ces parages, car elle avoit choisi pour paroisse

l'église voisine des Grands-Augustins. V. _Mélanges d'une

grande bibliothèque_, ch. 5, p. 68, et _Guide du corps des

marchands_, 1766, in-8, p. 232.]

_Cinquième maison._

Cette maison est batie sur l'autre moitié des dites 146 toises de

terre mentionnées en l'article precedent; elle fut vendue par le

sieur Reignier, comme estant aux droits du dit Frerot, à M. Estienne

Bonnetz, procureur en la Cour, chargée de 4 deniers parisis de cens

et de 9 livres de rente, par contract du 4 aoust 1607.

Le dit sieur Bonnet, mariant Marguerite Bonnet, sa fille, avec M.

Pierre Calluze, principal commis au greffe criminel de la Cour, luy

donne la dite maison par son contract de mariage du 7 octobre 1629.

La dite veuve Calluze, après la mort de son mary, vendit la dite

maison à M. Henry Mouche, avocat, par contract du 25 janvier 1658;

le dit sieur Mouche, par son codicille du 27 aoust 1678, passé par

devant Savigny, notaire, substitua à M. Theodore Raffou, son neveu,

la dite maison, chargée de 2 deniers de cens et 9 livres tournois de

rente foncière; le dit sieur Raffou a passé titre nouvel pardevant

Baglan, notaire, le 6 may 1695.

_Sixième et septième maison._

Ces deux maisons, qui en faisoient autrefois trois, sont basties sur

157 toises de terre données à cens et rente par le dit Le Clerc à

Robert Sourdeaux, praticien, par contract du 18 juin 1545, moyennant

10 deniers parisis de cens et 15 livres 14 sols de rente foncière.

Le 27 janvier 1547, le dit Sourdeau echangea la dite place avec M.

Jean Mallet, prestre habitué de Saint-André-des-Arcs.

André Mallet, son frère et heritier, vendit les trois maisons basties

sur la dite place à M. Ambroise Amy, procureur, par contract du 20

decembre 1559, lesquelles il fit après reduire en deux.

M. Athanase Amy, aussi procureur en la dite Cour, fils et heritier du

dit defunt, eut les dites deux maisons.

Elles echurent après en partage à M. Ambroise et Jean Amy, auxquels

M. Guillaume Amy, substitut de M. le procureur general du parlement,

ayant succedé, il en a fait donation entre vifs, par contract passé

pardevant Garnier, notaire, et son confrère, le 30 mars 1689, à

damoiselles Jeanne et Marie-Magdelaine Amy, soeurs, lesquelles en ont

depuis vendu une, sçavoir:

La sixième, à M. Jean Prarcos, avocat en la Cour, le 28 may 1687, par

contract passé par devant Le Roy et Taboüé, notaires, de laquelle le

dit Prarcos en a passé titre nouvel par devant Lorimier, notaire, le

1er janvier 1692.

La septième appartient aujourd'huy à damoiselle Jeanne Amy, fille

majeure, comme donataire du dit Guillaume Amy, laquelle en a passé

titre nouvel le dit jour, premier janvier 1692, pardevant Lorimier,

notaire.

_Huitième et neuvième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 168 toises de terre baillées à

cens et rente par le dit le Clerc à Jean Dupons, sergent à verge au

Chastelet de Paris, par contract du 18 juin 1545, à la charge de 16

livres 16 sols de rente et quatre deniers parisis de cens.

Le 13 mai 1582, Louis et Marie Dupont, enfans et heritiers du dit

Jean Dupont, vendirent à M. Guillaume Guyon, procureur en la cour, la

susdite place.

Le 17 mai 1605, Nicole Hardricourt, veuve du dit Guyon, vendit

conjointement avec ses enfans une maison bastie sur partie de la dite

place à M. Estienne Tricot.

Le 10 juin 1619, Barbe Guyon, veuve de Louis de Vezines, et

Magdeleine Guyon, sa soeur, filles et heritières du dit feu Guyon,

vendirent par echange à M. Jean Boyer et à Marthe le Prestre, sa

femme, les deux tiers à elles appartenant sur une autre maison bastie

sur le restant de la dite place.

Les 21 janvier 1631 et 28 decembre 1635, Philippes Demontgé,

tailleur, et Jeanne Dubreuil sa femme, acquirent de Hugues Macquerel

et de Barbe Lebassy l'autre tiers de la dite maison.

Les 7 aoust et 7 octobre 1645, Charles Tricot, secrétaire de la

chambre du Roy, fils et heritier du dit Estienne Tricot, et les dits

Demontgé et sa femme vendirent à messire Charles Loiseau, conseiller

en la Cour des aydes, les dites deux maisons basties sur les dites

168 toises de terre, dont il passa titre nouvel le 27 novembre au

dit an.

M. Charles Loiseau, conseiller en la cour, fils et heritier du dit

feu sieur Loiseau, a passé titre nouvel et reconnoissance pardevant

Baglan et son confrère, notaires à Paris, le 29 juillet 1694, au

terrier de l'Université.

_Dixième maison._

Cette maison est bastie sur la petite place et jardin que le dit

sieur Le Clerc s'estoit reservée par le contract de retrocession

qu'il fit à l'Université, le dernier octobre 1552, du bail qu'elle

luy avoit fait de tout le petit Pré-aux-Clercs, moyennant deux sols

parisis de cens.

Monsieur le cardinal de Givry acquit des héritiers du dit Le Clerc la

dite place et jardin, et les vendit à M. Guillaume Lusson, docteur en

la faculté de médecine, par contract du 9 avril 1604, dont messire

Guillaume Lusson, son fils, president en la Cour des monnoyes, passa

titre nouvel le 2 may 1646.

Le dit sieur Loiseau, conseiller en la Cour des aydes, a, depuis,

acquis cette maison des heritiers du dit sieur Lusson, par contract

du 23 septembre 1658.

M. Charles Loiseau, conseiller en la Cour, fils et heritier de M.

Charles Loiseau, conseiller en la Cour des aydes, en a passé titre

nouvel, et ensemble des deux precedentes maisons, pardevant le dit

Baglan, notaire, le 29 juillet 1674.

_Onzième et douzième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 380 toises de terre, données à

cens et rente, le 7 mars 1546, par le dit sieur Le Clerc à Jean

Courjon, bourgeois de Paris, moyennant 8 deniers parisis de cens et

25 livres de rente.

Le 24 janvier 1547, Jean Beddon, ayant les droits cedez du dit

Courjon, racheta 19 livres de la sus dite rente, laquelle fut, par ce

moyen, reduite à 6 livres.

Le 2 aoust 1582, François Coquet, sieur de Pontchartrain, et

damoiselle Heleine de Servient, son epouse, acquirent de Jeanne

Beddon, fille et heritière du dit Beddon, une grande maison sur

partie des dits 380 toises.

Le 12 novembre au dit an, les dits sieur et damoiselle de

Pontchartrain echangèrent la dite maison et le restant des dites 380

toises avec Jean Honore, sieur de Bagis.

Damoiselle Marie Honoré, sa fille et heritière, epouse de M. Claude

Thiballier, ecuyer, sieur d'Anglurre, en passa titre nouvel le 11

novembre 1645.

Dame Marie Thiballier, fille et heritière du dit feu sieur Thiballier

et de la dite dame Marie Honoré, ayant acquis du sieur François

Thiballier, son frère, la dite maison et place, comme luy estant

eschue en partage, elle la fit abattre, et en fit construire deux

neuves au lieu d'icelle.

Elle en vendit une[177], le 16 may 1665, à M. Georges Baudouin,

controlleur de la maison du roy, sur lequel l'Université l'ayant fait

saisir reellement, faute de payement des lods et ventes, elle fut

adjugée par sentence des requestes du palais du 18 aoust 1666, à M.

Guillaume Le Juge, secretaire du Roy, et à damoiselle Marie Haslé,

veuve de Michel Petit, controlleur des decimes, dont la dite veuve

Le Juge et les heritiers de la dite damoiselle Haslé, veuve Petit,

ont passé titre nouvel le 17 mars 1688, pardevant Baglan et Le Sec de

Launay, notaires.

[Note 177: Cette maison a son entrée par la rue des Marais,

derrière celle qui appartient aujourd'huy à M. Thuault,

procureur en la Cour. (_Note de l'auteur._)]

Et à l'egard de l'autre maison, ayant esté saisie reellement sur la

dite dame Thiballier, elle fut adjugée par sentence des requestes du

palais du dernier fevrier 1672, à M. Jacques Pannart, avocat, qui en

passa declaration au profit de M. Jean Thuault, procureur en la Cour,

le ......... juin 1695.

Le dit M. Thuault, par sentence des requestes du palais du ..........

aoust 1694, a esté condamné, de son consentement, à payer seulement

10 deniers de cens, la dite sentence portant au surplus titre nouvel.

Et a le dit sieur Thuault passé titre nouvel, le 28 juin 1695,

pardevant Baglan et son compagnon[178], notaires.

[Note 178: Les notaires ne s'appeloient pas autrement entre

eux. Celui des _Femmes savantes_ (act. V, sc. 3), refusant

d'introduire dans son acte les termes pédantesques que

désire Philaminte, lui dit:

... Si j'allois, madame, accorder vos demandes,

Je me ferois siffler de tous _mes compagnons_.]

_Treizième et quatorzième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 59 perches de terre, données à

cens et rente par l'Université à Alexandre Papin, par contract du 21

fevrier 1565, moyennant 12 livres de rente et deux sols parisis de

cens.

Le 25 fevrier 1584, le dit sieur Papin vendit à Christophle

Lemercier, masson[179], les dites 59 perches de terre, à la charge

du cens et de la rente envers l'Université; sur lesquelles le dit

Lemercier fit bastir une maison, qui est la quatorzième, faisant

l'encoignure des rues Jacob et des Petits-Augustins.

[Note 179: Peut-être est-ce le père de Jacques Lemercier,

né en 1590, et qui construisit la Sorbonne, le palais

Cardinal, l'Oratoire et Saint-Roch.]

Le 11 novembre 1584, le dit Lemercier en vendit la moitié à Baptiste

Androuet, sieur du Cerceau[180], architecte du roy.

[Note 180: La Croix du Maine, dans sa _Bibliothèque

françoise_ (1584, in-fol., p. 175), explique ainsi comment

il ne faut pas voir ici autre chose qu'un surnom donné au

célèbre architecte: «Jaques Androuet, Parisien, surnommé

du Cerceau, qui est à dire cercle, lequel nom il a retenu

pour avoir un cerceau ou cercle pendu à sa maison, pour la

remarquer et y servir d'enseigne (ce que je dis en passant,

pour ceux qui ignoreroyent la cause de ce surnom).»]

Le 23 mars 1602, Marguerite Raguidier, sa veuve, la revendit à

Jacques Androuet, aussi sieur du Cerceau[181].

[Note 181: Ce passage nous a fort embarrassé. Baptiste du

Cerceau, qualifié ici architecte du roi, est celui que

l'Estoille appelle du Cerceau le jeune, et qui, suivant

le même écrivain, donna le plan et dirigea les premières

constructions du Pont-Neuf. Lorsque après sa mort,

dont nous trouvons pour la première fois ici une date

approximative, sa veuve, Marguerite Raguidier, vendit sa

maison du Pré-aux-Clercs, quel est le Jacques Androuet

qui l'acheta? Est-ce un frère du défunt, qui seroit

resté inconnu jusqu'ici, ou bien est-ce le père même de

Baptiste, le célèbre architecte protestant? Cette dernière

opinion est la plus probable, d'autant plus qu'elle

s'accorde jusqu'à un certain point avec ce que l'Estoille

a dit de la maison possédée par Androuet le père dans le

Pré-aux-Clercs. Voici ce qu'il écrit à la date du mois de

décembre 1585: «André (_Androuet_) du Cerceau, architecte

du roy, homme excellent et singulier en son art.... aima

mieux enfin quitter et l'amitié du roy et ses biens que de

retourner à la messe. Et, après avoir laissé là sa maison

qu'il avoit nouvellement bastie avec un grand artifice et

plaisir au commencement du Pré-aux-Clercs, et qui fut toute

ruinée sur lui, prist congé de Sa Majesté, la suppliant ne

trouver mauvais qu'il demeurast aussi fidèle au service de

Dieu, qui estoit son grand maistre, comme il avoit toujours

esté au sien, en quoi il persevereroit jusqu'à la fin de sa

vie.» Jacques du Cerceau fut donc propriétaire d'une maison

au _commencement du Pré-aux-Clercs_. L'Estoile et notre

_Memoire_ sont d'accord sur ce point. En décembre 1585 il

la quitte, toujours d'après l'Estoile. Or c'est ici qu'il

se trouve en contradiction avec notre _Memoire_, d'après

lequel la maison acquise par Baptiste en 1584 n'auroit

été cédée par sa veuve à Jacques du Cerceau qu'en mars

1602. N'y auroit-il pas, dans le _Memoire_ de Pourchot,

une erreur dans la manière dont les noms sont placés, et

ne pourroit-on pas tout concilier en substituant l'un à

l'autre, en faisant de Jacques le premier propriétaire

et de Baptiste le second acquéreur, chose d'autant plus

rationnelle que Jacques est le père et Baptiste le fils?

L'auteur des _Architectes françois du XVIe siècle_,

M. Callet, avoit eu en main un manuscrit «échappé de

l'incendie de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés»,

et concernant, d'après ce qu'il en dit, les titres de

propriété de la maison de du Cerceau; il s'y trouvoit même

annexé une vue et un plan de cette belle demeure, qu'il

reproduisit l'un et l'autre dans son ouvrage (2e édit., p.

95). Les détails trop succincts que donné M. Callet, et

qu'il lui eût été si facile de rendre complets avec les

pièces alors à sa disposition, confirment à peu près ce

que nous venons d'avancer. Suivant lui, Jacques du Cerceau

eût laissé deux fois sa maison à son fils Baptiste: la

première en 1585, lors de son exil volontaire, rappelé

par l'Estoille; la seconde lorsqu'il partit pour Turin,

où, toujours d'après M. Callet, il serait mort en 1592.

Resterait à savoir comment il se fit que, cette dernière

date étant admise et notre hypothèse maintenue, la maison

ne passa aux mains de son nouveau propriétaire qu'en 1602,

et pourquoi la transmission si directe du père au fils

n'eut pas lieu, et pourquoi enfin c'est la veuve qui fut

investie du droit d'aliéner la maison. Ces questions sont

encore plus inextricables pour nous que les autres.--Le

médecin des Fougerais, qui, comme mari de la fille de du

Cerceau, se trouva propriétaire de cette maison, n'est

autre que celui dont Molière s'est moqué dans _l'Amour

médecin_, sous le nom de Desfonandrès, _tueur d'hommes_. V.

Cizeron-Rival, p. 25.]

Damoiselle Marie Androuet, sa fille et heritière, epousa Elie Beddée,

sieur des Fougerais, docteur en medecine.

Et damoiselle Marie Beddée, leur fille, veuve de M. André Colombet,

possède aujourd'huy la dite maison, qui est la quatorzième, et elle

en a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire, le 6 juillet 1687.

Le 11 juillet en l'an 1602, Marin Bricard et Antoinette Delaistre, sa

femme, veuve auparavant du dit Lemercier, vendirent l'autre moitié

de la dite place à M. Jean Beddée, sieur de la Gourmandière, avocat

au parlement, sur laquelle il fit bastir une maison, qui est la

treizième, de laquelle David et Elie Beddée, ses enfans et donataires

universels, passèrent titre nouvel le 29 aoust 1669.

M. Alexandre Simon Bolé, seigneur de Champlay, a acquis, par contract

du 29 fevrier 1669, la dite maison de Benjamin Beddée.

M. Louis Jules Bolé, marquis de Champlay[182], marechal des camps et

armées du roy, fils unique et seul heritier du dit feu sieur Bolé et

donataire entre vifs de dame Marguerite Lemaçon, sa mère, possède

aujourd'huy la dite maison, lequel a esté condamné, par sentence

du Chastelet du 9 fevrier 1695, à passer titre nouvel à la dite

Université.

[Note 182: Louis de Champlais, qui devint marquis par suite

de l'érection de la baronnie de Courcelles en marquisat

(1667). Son fils devint le mari de cette fameuse marquise

de Courcelles dont M. P. Pougin a publié avec tant de soin

les _Mémoires_ dans la _Bibliothèque elzevirienne_.]

_Rue des Marais_[183].

[Note 183: On trouve la première mention de cette rue

en 1540, selon La Tynna, en 1543, selon M. Berty (_Rev.

archéolog._, octobre 1855, p. 391). La Tynna veut qu'elle

doive son nom aux _marais_ qui l'infectaient, et M. Berty,

au contraire, lui donne pour parrain un certain Nicolas

Marets, «qui, en 1529, possédoit une pièce de terre d'un

arpent et demi et quinze perches, s'étendant le long du

chemin creux, entre le petit Pré-aux-Clercs et la Seine.»

L'opinion de La Tynna est la meilleure. Elle se trouve

confirmée par ce passage du mémoire de du Boullay, p. 68:

«Le costé de la rivière, y est-il dit, n'etoit pas haut

comme il l'est à present, et ainsi beaucoup plus sujet

aux inondations, pour si peu que la rivière fut grosse;

et, parce que l'on y portoit et deschargeoit la plupart

des gravois et immondices de la ville, il s'y faisoit des

bourbiers et des marecages qui ne se dessechoient que dans

les grandes chaleurs, et c'est assurement de là que la rue

des Marais porte le nom qu'elle porte.»]

Il n'y avoit anciennement dans cette rue qu'une grande maison et

jardin, bastie sur deux places données à cens et rentes par le dit

sieur Le Clerc, par contracts des 4 et 9 octobre 1543, à Mathurin

Fretté[184] et à Nicolas de la Marre, à la charge de 6 livres de

rente et de 2 sols parisis de cens.

[Note 184: Ce Martin, et non pas Mathurin Fretté, eut

une grande part, en 1559, aux premières mesures prises

contre les Huguenots, en raison même de la position de

sa maison, qui le faisoit le voisin d'un grand nombre

d'entre eux: car ils affluoient, comme on sait, dans le

Faubourg-Saint-Germain, et surtout dans cette rue des

Marais, «que nous autres, dit d'Aubigné, appelons le

Petit-Genève». (_Le baron de Foeneste_, liv. 3, chap.

13.)--Fretté étoit donc en lieu commode pour les bien

épier, et sa qualité de _clerc au greffe criminel de la

cour du parlement_ ne répugnoit pas à cet emploi. Regnier

de la Planche (_Hist. de l'estat de France_, etc., in-8, t.

1, p. 51) le donne même pour «caut et rusé en ces matières,

s'il en fut oncques. Aussi, dit-il, estoit-il dressé de

la main du feu president Lizet, en sorte que, quand on

ne pouvoit tirer tesmoignage et confession suffisante

des accusez de ce crime (de religion), on mettoit ce

fin Freté aux cachots avec eux, lequel savoit si bien

contrefaire l'Evangeliste que le plus subtil avisé tomboit

dans ses filets.» Ce qu'on cherchoit surtout, c'étoit à

surprendre quelques uns des Huguenots «mangeant de la

chair aux jours defendus». On savoit qu'en cette même

rue des Marais un nommé Le Visconte, dont nous n'avons

pu retrouver la maison, «retiroit coustumierement pour

cela les allans et venans de la religion». Ses voisins,

et Fretté tout le premier, l'avoient dénoncé. C'est donc

chez les _accusateurs_, et nommément chez notre clerc du

greffe, qu'on résolut «de dresser des embûches un jour de

vendredy..... Freté, dit Regnier de la Planche, alleché de

la depouille de ses voisins pour les avoir de longtemps

remarquez, retire chez soy quarante ou cinquante sergentz

en sa part, qui estoyent entrés à la file. Et sur les onze

heures estans arrivés Thomas Bragelonne, surnommé le Camus,

conseiller au Chatelet..., avec deux ou trois commissaires

des plus envenimez contre cette doctrine, la maison du

Viconte fut incontinent environnée et rudement assaillie.»

La lutte fut longue; «Bragelonne et ses commissaires furent

en grand danger d'estre tuez.» Si bien que ceux qu'on

vouloit prendre «eurent loisir de se sauver, et les autres

de la religion des maisons prochaines eurent aussi temps

de se retirer, quittant leurs maisons à la merci des juges

et sergens, qui y trouvèrent richesses d'or et d'argent

monnoyé, principalement chez ce Viconte, où ses hostes

avoient laissé leur argent en garde.» La Planche cite parmi

ceux de cette rue qui avoient aussi quitté la place un

gentilhomme nommé La Fredonnière.]

Ces deux places furent, quelque peu de temps après, acquises par

Thomas de Burgensis, qui y fit bastir la dite maison, qui avoit deux

corps de logis en aile avec cour au milieu et jardin au derrière,

dont Jeanne de Burgensis, sa fille, veuve de Hierome Berzeau,

herita, et dont elle fit ensuite donation entre vifs, par acte du 5

septembre 1576, à Hierome de Berzeau, sieur de la Marcillière, son

fils.

Le 2 juillet 1583, Guillaume Taveau, bourgeois de Paris, fondé de

procuration du dit sieur de la Marcillière du 25 juin precedent,

vendit la dite maison à Jean Robineau, sieur de Croissy-sur-Seine,

secretaire du roy.

Le 11 janvier 1602, le dit sieur Robineau vendit la susdite maison à

Claude Lebret.

Le 28 mars 1607, le dit Lebret la revendit à M. Nicolas le Vauquelin,

seigneur des Yveteaux et de Sacy, conseiller d'estat, laquelle il fit

decreter sur le dit Lebret, et s'en rendit adjudicataire par sentence

du Chastelet du 19 septembre au dit an.

Le dit sieur des Yveteaux la donna à M. Nicolas le Vauquelin,

seigneur de Sacy, son neveu, et à dame Marguerite Dupuis, son epouse,

en faveur de leur contract de mariage du 17 octobre 1644.

Le dit sieur de Sacy, tant en son nom, comme donataire du dit sieur

des Yveteaux, son oncle, de la moitié de la dite maison, que comme

tuteur de damoiselle Charlotte Gabrielle le Vauquelin, sa fille

et de la dite defunte dame Marguerite Dupuis, vendit la totalité

d'icelle, par contract d'echange du 30 decembre 1658, à M. Jacques

Lemaçon, seigneur de la Fontaine, intendant et controlleur general

des gabelles de France.

Le dit sieur de la Fontaine fit après construire trois maisons au

lieu de celle qu'il avoit acquise du dit sieur de Sacy, et, depuis,

ses creanciers ayant vendu ses biens, les dites trois maisons ont

esté partagées en sept, desquelles:

_Première maison._

La première, ayant face sur la rue des Petits-Augustins, bastie

sur .... toises de terre, appartient à M. Edme Robert, cy-devant

intendant et tresorier de feu Son Altesse Royale Mademoiselle de

Montpensier, lesquelles il a acquises de Pierre Sinson, charpentier,

et de Marie Bequet, sa femme, sous le nom de Martin de la Croix, par

contract du 6 mars 1672, dont il a passé titre nouvel le 13 février

1691, pardevant Baglan, notaire.

Au derrière de laquelle maison il y a joint vingt-quatre toises et

demie de terre qu'il a acquises des heritiers de feu M. le president

Le Boulanger, par contract du .............., qui les avoit acquises

de M. le president Thevenin ou de ses heritiers, à qui dame Claude de

la Roue de Gallardon les avoit vendues, laquelle les avoit acquises

de Gabriel Montagne, par contract du 14 mai 1606, qui les avoit aussi

acquises de Nicolas Beaujouen, lequel les avoit pris à cens et rentes

du dit sieur Le Clerc, par contract du 18 juin 1645[185], moyennant 8

deniers de cens et 49 sols de rente.

[Note 185: Cette petite portion de terre cédée par Le Clerc

à Baujouen étoit une de celles sur lesquelles on n'avoit

pas construit, «à cause, dit du Boullay, p. 260, que l'on

apprehendoit les desordres et insultes des escoliers.» Les

mêmes craintes étoient préjudiciables aux maisons bâties.

«Et ceux mesmes, dit encore du Boullay, qui y avoient des

maisons ne trouvoient pas bien souvent à qui les louer, et

ainsi l'Université ne pouvoit estre payée de ces cens et

rentes.»]

_Seconde maison._

La seconde, faisant face sur la rue des Augustins, joignant la

precedente, avec issue à porte cochère dans la rue des Marais, bastie

sur.... toises de terre, a esté acquise par M. Jean de Joncoux,

avocat au parlement, de M. Jacques Lemaçon, seigneur de la Fontaine,

par contract passé pardevant Plastrier, notaire, le 10 juin 1659.

_Troisième maison._

Cette maison, qui est bastie sur 161 toises de terre, a esté acquise

par le mesme sieur de Joncoux, du dit sieur de la Fontaine, par

contract du dernier septembre 1672, passé pardevant le dit Plastrier,

notaire, lesquelles deux maisons ont esté vendues par damoiselle

Françoise Marguerite de Joncoux[186], fille majeure, seule et unique

heritière du dit M. Jean de Joncoux, à M. Jean Chastelier, avocat en

parlement, par contract passé pardevant Couvreur et son compagnon,

notaires, le 24 may 1695, lequel sieur Chastelier en a passé titre

nouvel pardevant Baglan, notaire, le 7 juin 1695.

[Note 186: Françoise Marguerite Joncoux, fille du

gentilhomme auvergnat qui vient d'être nommé, et de qui

elle tenoit la maison de la rue des Marais désignée ici,

s'est distinguée parmi les écrivains jansénistes. C'est

elle qui a traduit les notes de Wendrock (Nicole) sur les

_Provinciales_. Elle étoit née en 1668, et mourut le 27

septembre 1715.]

_Quatrième maison._

Cette maison appartient aux sieurs Le Doux, procureur au Chastelet,

et Domillier, comme l'ayant acquise de M. Charles Sinson, avocat en

la cour, et autres, par contract passé pardevant Lebeuf et Boindin,

notaires, le 2 septembre 1688.

_Cinquième maison._

La cinquième maison, bastie sur.... toises de terre, appartenante à

M. François Commeau, avocat, comme l'ayant acquise des creanciers et

directeurs des creanciers du dit sieur de La Fontaine, par contrat

passé pardevant Baglan et son confrère, notaires, le 31 janvier 1682.

_Sixième maison._

La sixième maison, bastie sur.... toises de terre, acquises par M.

Antoine de Massanes, secretaire du roy, des creanciers et directeur

des creanciers du sieur de La Fontaine, par contrat passé par devant

Prieur et Baglan, notaires, le 17 janvier 1682.

M. Thomas Hardy, ecuyer, seigneur de Beaulieu, oncle et tuteur

d'Auguste et de Jacques de Massanes, enfans et heritiers de M.

Antoine de Massanes, ecuyer, lequel estoit fils et heritier du dit

sieur de Massanes, secretaire du roy, en a passé titre nouvel le 20

février 1691 par devant Baglan, notaire.

_Septième et dernière maison._

La septième et dernière maison, bastie sur.... toises de terre,

acquises par M. Augustin de Louvancourt, conseiller du roy, maistre

ordinaire en sa chambre des comptes, et l'un des quatre secretaires

d'icelle[187], des creanciers et directeurs des creanciers du

dit sieur de La Fontaine, par contrat passé par devant Dettoyes

et Baglan, notaires, le 27 février 1682, dont le dit sieur de

Louvancourt a passé titre nouvel par devant Barbar et Baglan,

notaires, le 20 fevrier 1691.

[Note 187: Il avoit pour fille Mlle Marie de Louvencourt,

qui eut une sorte de réputation poétique vers 1680. On

trouve de ses vers dans la _Nouvelle Pandore_ de M. de

Vertron et dans les _Entretiens de morale_ de Mlle de

Scudéry.]

Toutes ces sept maisons, basties sur les dites places données à cens

et rentes aus dits Fretté et Delamarre par le dit Le Clerc, ne sont

aujourd'huy chargées que de 2 sols 6 deniers de cens, la rente de 6

livres ayant esté rachetée par le dit sieur Hercules de Vauquelin,

par quittance passée par devant Baglan et son collègue, notaires, le

8 mars 1690.

Variétés Historiques et Littéraires (04/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 14 / 83 题