M.DC.XCIV.

In-4.

Anno Domini 1694, die quarta mensis septembris, habita sunt comitia

ordinaria delegatorum Universitatis apud amplissimum D. Rectorem M.

Edmundum POURCHOT, in collegio Mazarinæo, in quibus inter cætera

dixit ampliss. D. Rector sibi semper summopere cordi et curæ

fuisse ne amplius Academiæ bona in incerto essent, sed tuto loco

collocarentur eaque deinceps citra fraudem administrarentur; ideoque

diplomate regio, ad Prætorem urbanum, jurium Academiæ facultatem

conficiendi librum censualem, quo quincunque in dominio academico

seu _Prato Clericorum_, ut vocant, prædia possident, nomen suum

profiterentur, unde acquisivissent, quidve annui census aut reditus

deberent singuli declararent; rem jam ad exitum esse perductam,

paratamque brevem eorum omnium prædiorum simul et possessorum

descriptionem, ex qua, si modo, et olim jam placuit, publici juris

fieret, documentum commode capiant viri Academici; proinde sibi

videri e re esse Academiæ eum typis mandari.

Re in deliberationem missa, audito prius M. Gilberto HEBERT, pro

procuratore generali Universitatis, qui una cum M. Medardo COLLETET,

Academico quæstore, in eam quoque rem incubuerat, omnes sententiam

dixerunt hoc ordine.

M. Petrus GUISCHARD, sacræ Facultatis Theologiæ decanus, dixit summo

se affici gaudio quod tandem absolutum esset illud opus jam diu a se

expectatum, de quo sæpius ad sacrum ordinem retulisset, nec quicquam

morari se quin statim in lucem prodeat.

M. Vincentius COLLESSON, consultissimæ utriusque Juris Facultatis

decanus, idem censuit, addiditque certissimam esse hanc viam

occurrendi fraudibus hactenus in administratione patrimonii Academici

fieri solitis; atque universam Academiam amplissimas teneri agere

gratias iis omnibus qui in id opus, ex quo tantum emolumenti sperare

liceat, aliquid contulerint; maxime ampliss. D. Rectori, auctori et

suasori hujus consilii, quo res Academiæ restituit.

M. Claudius BERGER, saluberrimæ Facultatis Medicinæ decanus, idem

comprobavit, eoque libentius, quod, ubi, primum jam ab octodecim

mensibus sermonem ea de re fecisset ampliss. D. Rector, palam

testatus fuerit nihil posse fieri utilius ut prospiceretur rebus

Academiæ.

M. Joannes-Baptista FRETEAU, honorandæ Gallorum nationis procurator,

gratias quoque habuit ampliss. D. Rectori de suo in rem Academicam

studio, ejus consilium approbavit, et opus, cui etiam ipse

allaboraverat, protinus in lucem edendum, quasi Academiæ utilissimum

futurum, censuit.

M. Guillelmus JOURDAIN, fidelissimæ Picardorum nationis procurator,

in eamdem sententiam abiit.

Idem olim censuerant M. Joannes DESAUTHIEUX, et M. Cornelus NARY:

ille venerandæ Normanorum, hic constantissimæ Germanorum nationis

procurator; quod etiam ab eorum successoribus fuit confirmatum, atque

ita ab ampliss. D. Rectore conclusum.

_Memoire instructif touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs,

appartenante à l'Université de Paris._

La seigneurie que l'Université de Paris possède au fauxbourg

Saint-Germain s'appelle communement le Pré-aux-Clercs, parce

qu'anciennement ce n'estoit qu'un grand pré qui estoit destiné pour

la promenade des ecoliers. Ce pré estoit divisé en deux parties par

un fossé ou cours d'eau de treize à quatorze toises de large, qui

commençoit à la rivière de Seine, et, traversant sur le terrain des

Petits-Augustins, à peu près à l'endroit où est aujourd'huy l'eglise,

alloit se rendre dans les fossez de l'abbaye, proche la poterne qui y

estoit alors; c'est-à-dire que ce cours d'eau repondoit à peu près au

coin de la rue de Saint-Benoist, à l'extremité du jardin de l'abbaye;

on le nommoit la petite Seine[156]. La partie du Pré la plus proche

de la ville, comme plus petite, fut nommée le petit Pré, et celle qui

s'estendoit vers la campagne, comme plus grande, s'appella le grand

Pré-aux-Clercs.

[Note 156: Du Boulay, dans son grand travail cité plus haut

(_Fondation de l'Université_, etc., p. 130, 139, etc.),

explique ainsi les raisons qui, selon lui, obligèrent les

moitiés à établir par cette tranchée une communication

entre la Seine et les fossés de leur abbaye: «Ce fut,

dit-il, sous la date de 1368, par une necessité d'estat qui

obligea les moines de faire de grands fossez tout autour de

leur enclos, avec une espèce de citadelle pour y soutenir

le siége en cas d'attaque par les ennemis, qui estoient

lors en grand nombre repandus par toute la France, et

speciallement contre les Anglois, qui vouloient se remparer

de la Normandie... Pour faire venir l'eau de la rivière

dans les fossez, on fut obligé de tirer une tranchée au

travers du pré jusques à la rivière; et la partie d'entre

ladite tranchée et l'hostel de Nesle fut dès lors appelée

le _Petit-Pré_, et l'autre au dessus, vers Chaillot, le

_Grand-Pré_.» Ce passage est fort curieux; mais, comme nous

le prouverons, du Boulay auroit dû dire que le fossé de la

petite Seine ne fut pas creusé, mais seulement élargi, en

1368. D'après l'_Advertissement de M. Oronce Finé_, etc.,

que du Boulay reproduit plus loin, p. 246, voici quelle

étoit la situation de cette tranchée, dite la petite Seine:

«Commençoit lors à l'endroit de deux piliers et colonnes de

l'encoignure d'icelle abbaye (_Saint-Germain-des-Prés_)...

et suivoit à droite ligne le fossé d'icelle abbaye qui est

devant la porte murée jusques à la rivière de Seine...

l'embouchure duquel fossé estoit sur la rivière de Seine,

entre la fosse Saint-Bon et le Chemin-Vieux. Laquelle fosse

Saint-Bon estoit sur le dos de l'embouchure du dit fossé

du costé du petit Pré, où il n'y avoit qu'un petit sentier

au long dudit fossé finissant à l'endroit de ladite fosse

Saint-Bon.» Pour rendre cette description comprehensible

pour ceux qui ne connoissent que le nouveau Paris, nous

ajouterons que l'ancienne rue des _Petits-Augustins_

représentait à peu près, comme direction et comme longueur,

le cours de la petite Seine. Ce fossé seulement étoit un

peu plus vers la droite en montant à l'abbaye, de sorte que

la rue actuelle, en lui supposant un peu plus de largeur,

pourroit représenter à la fois et la petite Seine, qu'on

appeloit le Chemin-Creux quand elle étoit à sec, et le

Haut-Chemin, qui la longeoit. La prise d'eau de cette sorte

de chenal se trouvoit donc un peu au dessous du pont des

Arts et du pavillon ouest du palais de l'Institut, tandis

que son embouchure dans les fossés de l'abbaye avoit

lieu au point d'intersection de la rue _Jacob_ et de la

rue _Bonaparte_. Le prolongement de celle-ci jusque vers

la rue _Taranne_ tient, en effet, la place de celui des

fossés de l'abbaye qui sembloit être la continuation en

droite ligne de la petite Seine. M. Berty a rendu cette

disposition topographique fort claire par le plan annexé

à son _Etude... sur les deux Prés aux Clercs et la petite

Seine_ (_Revue archéologique_, 15 octobre 1855). M. Berty

n'a connu ni le _Mémoire_ que nous publions ni le travail

de du Boulay; mais, guidé par des documents manuscrits, il

arrive à peu près aux mêmes conclusions. Il varie seulement

d'opinion avec du Boulay pour la date où dut être établie

cette _noue_, comme la petite Seine est appelée dans les

vieux titres. Il croit avec raison la trouver indiquée déjà

dans une charte de 1292. Selon lui, on se seroit contenté,

en 1368, de remanier ce fossé et de l'élargir, et ce

nouveau travail auroit suffi pour faire désigner, dans un

acte de cette même année 1368, la petite Seine par le nom

de _Fossé-Neuf_. Ce qu'on lira plus loin donne en partie

raison à M. Berty contre du Boulay.]

L'Université tient incontestablement ce patrimoine de la libéralité

de nos rois. L'opinion la plus commune est que l'empereur Charlemagne

le demembra de la couronne sur la fin du huitième siècle, pour le

donner à l'Université, qu'il avoit etablie. Mais, quand mesme elle ne

le tiendroit que de quelqu'un de ses plus proches successeurs, elle

peut toujours se vanter avec asseurance qu'elle n'a point eu d'autres

fondateurs que nos rois, temoin le nom illustre de leur _fille

aînée_, dont ils ont bien voulu l'honorer.

Elle possède donc ce domaine en pleine propriété et seigneurie,

sans aucune servitude, et comme une terre de franc-aleu, et tous

les procès qui luy ont esté faits sur ce sujet en divers temps ont

plutost regardé l'étendue que la propriété du fond[157].

[Note 157: Nous ne nous étendrons pas ici au sujet du

plus ou moins d'antiquité et de validité des droits de

l'Université sur le Pré-aux-Clercs. De tout temps on en

douta, et ils furent combattus et défendus à outrance.

Pour qu'on juge pièces en main de cet important procès,

nous renverrons au _Théâtre des antiquités de Paris_,

par J. Du Breul, Paris, 1639, in-4, p. 294, et aux

_Nouvelles annales de Paris_ de T. Duplessis, 1753, in-4,

p. 211, livres où l'opinion favorable aux prétentions des

religieux de Saint-Germain-des-Prés est soutenue; pour la

cause contraire, nous nous en référerons à l'_Histoire

de l'Université_ de du Boulay, et surtout à son livre

déjà cité tout à l'heure, et dont l'histoire plus ou

moins authentique de la donation faite par Charlemagne et

confirmée par ses successeurs occupe toute la première

partie. Nous nous contenterons de citer quelques phrases

assez sceptiques de Sauval sur le même sujet, et d'extraire

aussi d'un _Discours_ fort rare de P. Ramus, dont nous

devons la communication à l'obligeance de M. L. de Lincy,

un passage très curieux et plus positif en faveur de

l'Université, mais très intéressé à l'être, il est vrai.

Voici ce que dit Sauval (_Antiquités de Paris_, t. 2, p.

367): «Pour ce qui est du Pré-aux-Clercs, l'Université le

fait commencer près de l'abbaye Saint-Germain, et de là, le

continuant de plus en plus, le conduit si avant qu'il se

va perdre bien loin dans la campagne, assurant de plus en

plus, sans autre preuve, qu'elle le tient de la libéralité

de Charlemagne ou de Charles le Chauve, et que, sous leur

règne, c'étoit un lieu où les ecoliers s'en alloient

divertir les jours de congé.» Ramus lui-même, quoique

défenseur juré des droits de l'Université, n'ose risquer,

au sujet de la première donation, qu'une affirmation

timide: «_On dit_, écrit-il, que Charlemagne, fondateur

de l'Université, luy donna ce pré de grande estendue, qui

contenoit depuis l'isle Maquerelle, tout du long du rivage

de Seine, jusques aux rivages de Neelle et muraille de

la ville et porte des Cordeliers, boucherie et abbaye de

Saint-Germain, et, de là, qu'il se bornoit à l'alignement

droict, depuis la chapelle de Saint-Martin-des-Orges

jusqu'à ladicte isle, et que ce pré estoit divisé par un

grand chemin qui passoit au travers...» (_Harangue de

Pierre de la Ramée touchant ce qu'ont faict les deputez

de l'Université de Paris envers le roy, mise de latin

en françois_; à Paris, chez André Wechel, 1557, _avec

privilége du roy_ (donné à Reims l'unziesme de juing 1557),

in-8 fol. 8.)]

Ceux qui ont le plus souvent inquiété l'Université pour raison de

ce bien ont esté messieurs les abbés et religieux de l'abbaye de

Saint-Germain-des-Prez, parceque, leurs murailles touchant, pour

ainsi dire, au grand et petit Pré-aux-Clercs, ils le trouvoient

fort à leur bienseance, et ils auroient bien voulu l'incorporer à

leur domaine, ou du moins en empieter la meilleure partie; mais les

ecoliers y alloient trop frequemment pour ne pas s'appercevoir des

entreprises qu'ils y auroient pu faire; c'est ce qui engageoit ces

religieux à leur susciter tous les jours de nouvelles querelles,

afin de les degouter tout-à-fait de cette promenade et pouvoir plus

aisement s'etendre sur l'un et l'autre pré, ou s'en emparer dans la

suite, comme d'un bien abandonné.

En l'année 1254, messire Raoul d'Aubusson, chanoine d'Evreux, ayant

acheté de ces messieurs de l'abbaye une pièce de terre de 160 pieds

en quarré, moyennant 4 sols de redevance annuelle, cette place[158]

luy parut tout-à-fait propre à faire un chemin commode aux ecoliers

pour aller à leur pré, et, jugeant que c'estoit le veritable moyen

de leur oster le pretexte de se quereller avec les domestiques de

l'abbaye, il en disposa quatre ans après en faveur de l'Université.

[Note 158: Cette place, dite d'Aubusson, estoit

située entre les rues que l'on nomme aujourd'huy rues

Neuve-des-Fossez et des Mauvais-Garçons (_note de

l'auteur_). Elle se trouvait donc un peu plus haut que le

carrefour Buci, entre la rue des _Fossés-Saint-Germain_

ou de _l'Ancienne-Comédie_ et la rue _Grégoire-de-Tours_,

pour substituer le nom tout moderne de cette rue à celui

des _Mauvais-Garçons_, que les écoliers, ses passants

ordinaires, lui avoient si bien mérité autrefois, comme on

le voit par un très curieux passage du volume de du Boulay,

p. 183. Ces 160 pieds, selon le même du Boulay (p. 47),

partoient de la porte Saint-Germain ou des Cordeliers,

longeoient le mur en dehors jusqu'à la porte de Buci, et de

là gagnoient le pré «par derrière les jardins de l'hostel

de Nesle, où sont aujourd'huy plusieurs tripots et jeux de

courte paume.» V. encore p. 394.]

Cette pièce de terre fut dans la suite l'origine et la source, ou

du moins le pretexte, de bien des chicanes et des troubles; car

messieurs de l'abbaye, fachés de la voir au pouvoir de l'Université,

n'oublièrent rien pour la luy oster, et, ne pouvant en venir à

bout par les voyes de droit, parce qu'ils l'avoient alienée sans

contrainte, ils mirent en usage les voyes de fait, jusques là mesme

que, dans une querelle qui s'emeut en l'année 1278[159] entre les

ecoliers et les domestiques des moines, il y eut deux ecoliers de

tués, sans compter un grand nombre de blessez dangereusement[160]; de

quoy l'Université ayant porté ses plaintes devant Philippe-le-Hardy,

lors regnant, ce prince, après avoir fait soigneusement informer de

la verité, rendit, au mois de juillet de cette année 1278, un arrest

celèbre par lequel il ordonna, entr'autres choses, qu'il seroit fondé

deux chapelles aux depens de l'abbaye, l'une dans la vieille chapelle

de Saint-Martin-des-Orges, joignant les murailles de l'abbaye, et

l'autre dans l'eglise du Val-des-Ecoliers, où les deux qui avoient

esté tuez estoient inhumez; lesquelles deux chapelles seroient

rentées de 20 livres parisis chacune, et que, vacance avenant,

les chapellenies d'icelles seroient à la nomination du recteur de

l'Université[161].

[Note 159: V. sur cette querelle, qu'il place en 1277,

Félibien, t. 1er, p. 436.]

[Note 160: «Gerard de Moret, abbé de Saint-Germain, dit

Piganiol, qui résume le plus brièvement cette affaire,

ayant fait batir sur le propre fonds de l'abbaye quelques

murailles et autres edifices aboutissant sur le chemin qui

conduit au Pré-aux-Clercs, les ecoliers trouvèrent mauvais

qu'on eût rendu ce chemin plus etroit, et demolirent les

batiments qui avoient été construits. Estienne de Pontoise,

religieux et prevôt de l'abbaye, à la tête de leurs

domestiques, alla aussitôt sur le lieu pour faire cesser ce

desordre; mais ils l'augmentèrent, au lieu de l'apaiser.

Gerard Dolé et le fils de Pierre le Scelleur, escoliers,

furent tués, et il y en eut plusieurs de blessés. Dolé fut

inhumé dans l'eglise du Val-des-Escoliers, et le Scelleur

dans l'ancienne chapelle de Saint-Martin-des-Orges.»

(Piganiol, t. 8, p. 88.)--Du Boulay, dans son _Hist. de

l'Université_, donne de très longs et très curieux détails

sur cette rixe, t. 3, p. 490.]

[Note 161: V. Egasse du Boulay, _Fondation de

l'Université_, etc., p. 173.--D'après l'_Avertissement_

d'Oronce Finé, reproduit par du Boulay, p. 240, cette

chapelle de _Saint-Martin-des-Orges_, qui, selon D.

Bouillart, se trouvoit vers l'angle du jardin de l'abbaye

sur le Pré-aux-Clercs, c'est-à-dire, par conséquent, tout

près de l'embouchure de la petite Seine dans les fossés

(voy. plus haut), auroit été différente de la chapelle de

_Saint-Martin-le-Vieux_, et n'auroit dû sa fondation qu'à

la circonstance relatée ici. C'est une double erreur.]

Cependant, comme l'Université vit qu'il luy seroit assez difficile de

se conserver cette place d'Aubusson, messieurs de l'abbaye temoignant

trop d'empressement pour la r'avoir, elle aima mieux la leur ceder,

à la charge neanmoins qu'ils y souffriroient un grand chemin de 18

pieds de large, pour que les ecoliers pussent aller commodement au

Pré-aux-Clercs; et comme le chemin creux ou cours d'eau[162] qui

faisoit la separation du grand et petit pré pouvoit encore donner

occasion à quelque nouvelle querelle et qu'il accommodoit fort

messieurs de l'abbaye, parce qu'outre qu'il conduisoit l'eau dans

leurs fossez, il estoit encore fort poissonneux, l'Université, par la

transaction qu'elle passa alors avec eux, eut la facilité de le leur

abandonner avec le droit de pêche, qui luy appartenoit comme seigneur

du lieu, le tout moyennant 14 livres de rente annuelle, ce qu'ils

acceptèrent avec joie, et firent mesme confirmer par lettres-patentes

du roi Philippe le Hardy.

[Note 162: C'est ce passage qui donne pleine raison à M.

Berty pour son opinion mentionnée plus haut à propos de

l'existence de la petite Seine avant 1368.]

L'Université, pensant avoir acquis la paix par la cession qu'elle

venoit de faire à messieurs de l'abbaye de la place d'Aubusson et

du fossé de separation d'entre le grand et le petit pré, crut ne

devoir plus songer qu'à l'entretenir religieusement; mais elle se

vit bientost tombée dans de nouveaux troubles: car, quoy qu'il fût

specialement porté par la transaction qui avoit esté faite que les

ecoliers auroient sur cette place d'Aubusson un chemin libre de la

largeur de 18 pieds, pour aller au Pré-aux-Clercs, cela n'empêcha

pas qu'on ne les insultât toutes les fois qu'ils y passoient, et que

mesme on ne les maltraitât. L'Université eut beau deputer de ses

officiers vers l'abbaye, elle n'en eut pas plus de satisfaction; et

comme elle apprehendoit avec assez de raison qu'il n'arrivât encore

quelque affaire pareille à celle de l'année 1278, elle s'adressa au

pape, qui nomma, par son rescrit du 15 juin 1317, les evêques de

Senlis et de Noyon, pour informer des voyes de fait que l'Université

alleguoit avoir esté pratiquées ou du moins autorisées par les

religieux contre ses supposts et ecoliers[163].

[Note 163: Ceux-ci, du reste, avoient bien su rendre

violences pour violences. V. Félibien, t. 2, p. 539, et le

travail de M. Berty, p. 388.]

Messieurs de l'abbaye ne se trouvèrent pas dans la disposition de se

soumettre à la jurisdiction des commissaires nommez par le pape, et,

pour l'eluder avec plus de pretexte, ils soutinrent que la justice

sur le Pré-aux-Cleres leur appartenoit, et qu'elle leur avoit esté

usurpée par l'Université; sur quoy, ayant presenté leur requeste à

la cour, ils eurent l'adresse de la faire sequestrer par arrest du 2

may 1318, pendant la contestation (_debato durante_).

Enfin, après vingt-sept années de chicane, l'Université, fatiguée

de tant de traverses pour un terrain qui luy estoit infructueux,

et voulant acheter la paix à quelque prix que ce fût, souscrivit

à une nouvelle transaction avec les dits religieux, par laquelle

elle leur ceda de nouveau la place d'Aubusson avec le fossé ou

bras d'eau de la rivière de Seine, et les religieux payèrent de

leur part à l'Université la somme de 200 livres parisis pour les

arrerages qui pouvoient estre dus de la rente de 14 livres qu'ils

s'estoient obligez de leur payer cinquante-trois ans auparavant,

lors de la première transaction qu'ils passèrent avec elle; et,

pour mieulx confirmer cette paix et pour avoir mieulx l'amour et

la faveur de l'Université, les dits religieux perpetuellement

donnèrent, delaissèrent et transportèrent tout ce qu'à eux appartient

ou appartenir pourroit au temps advenir à la dite Université ès

patronages des eglises, c'est à sçavoir de Saint-André-des-Arcs et de

Saint-Cosme et Saint-Damien à Paris, ce qu'ils firent approuver par

une bulle de Clément VI l'an 1345.

En 1368, les religieux, ayant eu ordre de fortifier leur abbaye et

d'abattre les maisons qui en estoient proches, pour en faire une

espèce de citadelle qui pût resister aux incursions des Anglois, la

chapelle de Saint-Martin-des-Orges[164] avec la maison du chapelain,

qui estoient sur le fonds de l'Université, se trouvant estre du

nombre de celles qu'il falloit demolir, ils donnèrent à l'Université,

par forme de dedommagement tant du patronage de cette chapelle que de

la maison du chapelain, le patronage qui leur appartenoit de la cure

de Saint-Germain[165]-le-Vieil, avec 8 livres de rente, à prendre

en une de 10 livres qui leur estoit due sur une maison sise dans la

ville près du couvent des Augustins; et, comme ils avoient encore

besoin de terrain pour élargir leurs fossez et faire des tranchées,

l'Université leur accorda deux arpens dix verges de terre à prendre

dans l'un et l'autre pré, et eux s'obligèrent de luy en rendre deux

arpens et demi joignant le petit pré vers la rivière.

[Note 164: On comprend, d'après la situation de cette

chapelle à l'angle des fossés de l'abbaye et de la petite

Seine, qu'elle dut être démolie quand on voulut leur donner

plus de largeur.]

[Note 165: Cette petite église, qui avoit servi de refuge

aux religieux de Saint-Germain-des-Prés à l'époque

des Normands, étoit située rue du Marché-Neuf, en la

Cité. C'est la similitude de son nom avec celui de

Saint-Martin-le-Vieil qui a fait l'erreur d'Oronce Finé

dont j'ai parlé plus haut, et dans laquelle il persévère

quand il dit: «Il est vraisemblable que laditte chapelle

fondée à Saint-Martin-des-Orges fut translatée à laditte

chapelle vieille de Saint-Martin, à cause de la susdite

demoliture d'icelle chapelle de Saint-Martin desdits

Orges.»]

Les choses demeurèrent paisibles, du moins en apparence, jusques vers

l'année 1538, que, Paris commençant à s'augmenter et à s'aggrandir,

les religieux de l'abbaye alienoient tous les jours de leur fonds,

qu'ils donnoient à cens et rentes; et, comme il estoit contigu au

Pré-aux-Clercs, il leur estoit fort facile d'en demembrer toujours

quelque morceau, l'Université ne pouvant pas, à cause de ses

occupations continuelles, estre toujours presente ny aller toiser les

places que messieurs de l'abbaye vendoient aux particuliers.

Cependant, comme sur la fin de l'année 1539 l'Université s'apperçut

que le petit Pré-aux-Clercs, outre qu'il diminuoit tous les jours,

ne luy estoit qu'à charge, elle fut conseillée de le bailler aussi

à cens et rentes pour y bastir des maisons[166], ce qu'elle a aussi

fait dans la suite d'une bonne partie du grand Pré.

[Note 166: Du Boulay, dans son volume cité, p. 336,

s'explique avec plus de détails sur les causes qui

amenèrent cette résolution de l'Université: «Les procez

continuels qu'elle avoit tantost contre les moines, tantost

contre les particuliers qui remplissoient d'immondices

une partie du petit Pré, et la peine qu'elle avoit aussi,

outre la depense continuelle où elle se trouvoit engagée,

pour faire oster le gravois et autres choses que l'on y

dechargeoit nuitamment, luy ayant fait prendre resolution,

en l'an 1537 et 1538, de bailler ledit petit Pré à cens

et rente, au lieu de le faire entourer de fossés et de

murailles, ce qui eust encore cousté beaucoup, elle

fit faire les publications et solennitez en tel cas

requises...» Plus haut il avoit dit (p. 148): «Cette terre

étant ainsi exposée au pillage de toutes parts, elle prit

resolution, vers l'an 1538, de vendre du moins le petit

Pré, comme le plus exposé à l'usurpation et à la decharge

des gravois et immondices du faubourg et de la ville.»]

Mais, pour plus aisement concevoir comment ce domaine, qui de son

origine n'estoit qu'une grande place vague et infructueuse, a changé

de nature dans la suite des temps, nous le diviserons en trois

parties par rapport aux trois differens temps qu'il a esté donné à

cens et rentes par l'Université, tant pour empescher les usurpations

qui se faisoient journellement que pour en retirer quelque profit.

La première partie sera composée de ce qui est communement appellé

petit Pré-aux-Clercs, donné à cens et rentes par l'Université à

M. Pierre le Clerc, vice-gerent du conservateur des privileges

apostoliques de l'Université, par contract du dernier mars 1543, à la

charge de 2 sols parisis de cens et de 18 livres de rente par arpent,

aux droits duquel l'Université a esté subrogée dans la suite au moyen

d'un acte passé par le dit le Clerc le 17 aoust 1548, qu'il confirma

par un contract de retrocession du 31 octobre 1552.

La seconde partie fera mention des six arpens de terre dependans

du grand Pré, donnez à cens et rentes par l'Université à la reine

Marguerite par contract du dernier juillet 1606, contre lequel

l'Université s'estant pourveue aussi bien que contre l'arrest du

parlement qui l'avoit homologué, intervint arrest contradictoire de

la dite cour, le 23 octobre 1622, par lequel il fut ordonné que, sans

s'arrester au dit contract du dernier juillet 1606, ny à l'arrest

d'homologation d'iceluy, les baux faits par la dite reine Marguerite

ou par les Augustins, ses donataires, retourneroient au profit de

l'Université.

Et la troisième partie consistera au surplus du dit grand

Pré-aux-Clercs, donné à différens particuliers aussi à cens et

rentes, depuis le 31 aoust 1639 jusqu'à présent.

* * * * *

Variétés Historiques et Littéraires (04/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 13 / 83 题