M.DC.XIX.

In-8º.

Les anciens payens, bien qu'ilz ne recognoissent le mariage pour un

grand mistère, comme nous, estoient neantmoing en ce subject plus

religieux que nous: car ils estimoient que les mariz estoient les

maistres du corps et de la substance des femmes, pour en disposer à

leurs plaisirs.

Et maintenant l'on voit ordinairement que quelques hommes pensent

prendre des femmes pour en tirer de la compagnie, de l'amitié,

de la consolation en leurs adversitez, et neantmoing, quand ils

mènent leurs femmes en leurs maisons, ils mettent le plus souvent

un enfer pour les tourmenter incessamment et pour combler leur vie

de toutes les misères et tribulations, et ce quy est la cause du

raccourcissement de leurs jours.

Car souventefois il se trouve des femmes quy font honte à des furies

infernales, nées en ce monde pour tourmenter leurs maris; et encore

en ces ames molles d'hommes, quy, trop uxorieux[153] et attendriz

de ce sexe, trouvent estrange que des maris usent quelques fois de

main mise, les quelles à tout le moins doivent recognoistre que les

maris ont autant de puissance sur les femmes que l'esprit sur le

corps en servitude, pour ne perdre la dignité que Dieu luy a donnée,

ce qui occasionne les maris de chastier les femmes quand, au lieu

de fidelles compagnes, elles veulent estre la gêne, la torture et

la croix des maris; que les femmes ostent le ver quy leur ronge les

esprits[154], incessamment plus pernicieux pour elles que ne sont

des lions ou serpens, estant les feux quy leur rongent et devorent

journellement les veines.

[Note 153: C'est-à-dire trop amoureux de leur femme. C'est

le mot latin _uxorius_, employé par Horace, liv. 1er, ode

2, v. 18; par Virgile, _Enéide_, liv. 4, v. 266, etc. Il se

prenoit, comme ici, presque toujours en mauvaise part, en

façon de blâme contre les maris trop foibles.]

[Note 154: On croyoit que certaines maladies cérébrales

venoient d'un ver logé dans la tête. C'est ce qu'on

appeloit l'_avertin_ (voy. Des Perriers, _Contes et

joyeux devis_, nouv. 105 et 125), et ce qu'on nomme

encore aujourd'hui dans les campagnes le _ver coquin_. On

attribuoit la même cause et l'on donnoit le même nom à la

maladie des bêtes à laine que l'on appelle à présent le

_tournis_. V. Olivier de Serres, _Théâtre d'agriculture_,

in-4, t. 2, p. 768, 838.]

Les femmes doivent estre tellement conjointes et obtemperées à la

volonté des maris que, quant bien ils les battroient, les affligeant

de paroles fastidieuses et grossières, elles sont toutefois tenues

de fleschir à leurs maris. Sont-ils subjets au vin? La nature

les a conjoinct ensemble. Sont-ils sevères, cruels, fascheux et

implacables? Ce sont neantmoings leurs membres, voire leur chef,

le plus excellent de leurs membres, comme disoit elegamment sainct

Basile (_Homel. 7, Exameron_).

Les esclaves pouvoient entierement changer de maistre, mesme

auparavant le decès des leurs; mais, quant à la femme, elle est serve

pendant que son mary est en vie, et liée à la loy et volonté de son

mary, ce dit sainct Chrysostome (_Inferm._, _de lib. repud._), et

les humeurs fascheuses des maris ne peuvent excuser les femmes de

se separer d'avec eux. Nous voyons qu'en nostre corps nous avons

plusieurs vices et imperfections: l'un est boiteux, l'autre est

tortu, l'autre a la main sèche, et ainsy des autres defaux, et

neantmoing il ne se treuve personne si imparfait qui prenne en haine

sa propre chair; mais un chacun la nourrit et l'entretient. Il ne se

plaint point, il ne coupe point la partie vitieuse, mais la prefère

le plus souvent à celle quy est la meilleure: car elle est à luy.

Aussy ne faut-il pas que les femmes, quy sont mesme chair avec leurs

maris, et quy sont faictes leurs membres par le mariage, se separent

d'avec eux pour quelques causes et imperfections que ce puisse estre;

tant s'en faut qu'elles les puissent trainer en justice comme une

personne estrangère.

Premierement, la loy de Dieu, qui veut que les femmes laissent pères

et mères pour suivre leurs maris (_Genes._, chap. 1), et donne

puissance au mary des voeux de sa femme (_Numer._, chap. 30), qui luy

est subject comme les membres sont à leur chef (_Ester._, cap. 1, 1;

_Corint._, 2 et 1; _Petr._, 3 chap.); c'est pourquoy que la langue

saincte, qui a nommé toute chose selon la vraye nature et proprieté,

appelle le mary Basal, c'est le seigneur et maistre, pour monstrer

que c'est aux maris à commander, et de chastier les femmes quand

elles leur desplaisent et sont desobeissantes à leurs commandements.

Mais, pour abreger les descriptions des femmes, usant des termes

de ce que dit un certain poète, sans toutesfois y mettre au nombre

d'ycelles celles quy ont la prudence et la sagesse en recommandation,

comme estant chose très contraire,

Le premier père Adam, prestre, par l'Eternel,

Dès sa creation fut rendu immortel.

Tout le temps qu'il fut seul, sa vie fut heureuse;

Mais lorsque de sa chair la femme s'anima,

Elle ravit son coeur, et luy si fort l'aima

Qu'il mourust pour l'amour de sa faim malheureuse.

Ouy, femme, ô que ton coeur est faux et enragé!

Les plus sainctz et devotz tu as trop outragé;

Tu as remply les coeurs de rage et de furie.

Ce grand poète, grand roy, ce grand prophète sainct,

De la crainte de Dieu ne fut jamais atteinct

Quand il perdit pour toy son capitaine Urie.

L'on ne voit animaux soubz la voute des cieux

Plus cruels et felons et tant pernicieux

Qu'est ce genre maudit, o très maudites femmes!

Les dieux, nous punissant, vous logèrent çà bas

Pour cizailler nos coeurs d'un eternel trepas.

Des damnez malheureux plus saintes sont les ames.

Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruit,

Ny les affreux demons quy volent jour et nuit,

Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère,

Ny du Cocyte creux la rage et le tourment,

Ny du Père eternel le sainct commandement,

Ne sçauroit empescher la femme de mal faire.

_Memoire touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs, appartenante à

l'Université de Paris, pour servir d'instruction à ceux qui doivent

entrer dans les charges de l'Université._[155]

_A Paris, chez la veuve de Claude Thiboust et Pierre Esclassan,

libraire-juré et imprimeur ordinaire de l'Université, place de

Cambray, vis-à-vis le collége Royal._

[Note 155: Ce _Mémoire_, fort rare et fort curieux, est,

comme on le verra, l'oeuvre d'Edme Pourchot, professeur

de philosophie au Collége des Grassins, et à plusieurs

reprises recteur de l'Université de Paris. Il mourut âgé

de 83 ans, le 22 juin 1734, après avoir mérité de tout

point ce que dit de lui dans son _Dictionnaire historique_

l'abbé Ladvocat, qui l'avoit beaucoup connu: «Il fut sept

fois recteur de l'Université et travailla avec zèle _à la

défense de ses droits_ et au maintien de sa discipline.»

Le long travail qui suit, touchant une propriété d'autant

plus chère et plus précieuse à l'Université qu'elle lui fut

contestée davantage, est une preuve qu'Edme Pourchot ne

négligea rien pour être digne du premier de ces éloges. Il

trouva les principaux éléments de son _Mémoire_ dans celui,

plus important et plus rare encore, qu'Egasse du Boulay

avoit publié neuf ans auparavant sous ce titre: _Fondation

de l'Université de Paris par l'empereur Charlemagne, de la

propriété et seigneurie du Pré aux Clercs_, 1675, in-4.

C'est à l'extrême obligeance de M. Le Roux de Lincy que

nous devons de connoître ce remarquable volume, dont nous

avons vu dans son cabinet le seul exemplaire connu. Il a

bien voulu nous permettre, dis-je, de prendre toutes les

notes qui pouvoient compléter ou éclaircir différents

passages de la pièce reproduite ici.]

Variétés Historiques et Littéraires (04/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 12 / 83 题