In-8º.
Les anciens payens, bien qu'ilz ne recognoissent le mariage pour un
grand mistère, comme nous, estoient neantmoing en ce subject plus
religieux que nous: car ils estimoient que les mariz estoient les
maistres du corps et de la substance des femmes, pour en disposer à
leurs plaisirs.
Et maintenant l'on voit ordinairement que quelques hommes pensent
prendre des femmes pour en tirer de la compagnie, de l'amitié,
de la consolation en leurs adversitez, et neantmoing, quand ils
mènent leurs femmes en leurs maisons, ils mettent le plus souvent
un enfer pour les tourmenter incessamment et pour combler leur vie
de toutes les misères et tribulations, et ce quy est la cause du
raccourcissement de leurs jours.
Car souventefois il se trouve des femmes quy font honte à des furies
infernales, nées en ce monde pour tourmenter leurs maris; et encore
en ces ames molles d'hommes, quy, trop uxorieux[153] et attendriz
de ce sexe, trouvent estrange que des maris usent quelques fois de
main mise, les quelles à tout le moins doivent recognoistre que les
maris ont autant de puissance sur les femmes que l'esprit sur le
corps en servitude, pour ne perdre la dignité que Dieu luy a donnée,
ce qui occasionne les maris de chastier les femmes quand, au lieu
de fidelles compagnes, elles veulent estre la gêne, la torture et
la croix des maris; que les femmes ostent le ver quy leur ronge les
esprits[154], incessamment plus pernicieux pour elles que ne sont
des lions ou serpens, estant les feux quy leur rongent et devorent
journellement les veines.
[Note 153: C'est-à-dire trop amoureux de leur femme. C'est
le mot latin _uxorius_, employé par Horace, liv. 1er, ode
2, v. 18; par Virgile, _Enéide_, liv. 4, v. 266, etc. Il se
prenoit, comme ici, presque toujours en mauvaise part, en
façon de blâme contre les maris trop foibles.]
[Note 154: On croyoit que certaines maladies cérébrales
venoient d'un ver logé dans la tête. C'est ce qu'on
appeloit l'_avertin_ (voy. Des Perriers, _Contes et
joyeux devis_, nouv. 105 et 125), et ce qu'on nomme
encore aujourd'hui dans les campagnes le _ver coquin_. On
attribuoit la même cause et l'on donnoit le même nom à la
maladie des bêtes à laine que l'on appelle à présent le
_tournis_. V. Olivier de Serres, _Théâtre d'agriculture_,
in-4, t. 2, p. 768, 838.]
Les femmes doivent estre tellement conjointes et obtemperées à la
volonté des maris que, quant bien ils les battroient, les affligeant
de paroles fastidieuses et grossières, elles sont toutefois tenues
de fleschir à leurs maris. Sont-ils subjets au vin? La nature
les a conjoinct ensemble. Sont-ils sevères, cruels, fascheux et
implacables? Ce sont neantmoings leurs membres, voire leur chef,
le plus excellent de leurs membres, comme disoit elegamment sainct
Basile (_Homel. 7, Exameron_).
Les esclaves pouvoient entierement changer de maistre, mesme
auparavant le decès des leurs; mais, quant à la femme, elle est serve
pendant que son mary est en vie, et liée à la loy et volonté de son
mary, ce dit sainct Chrysostome (_Inferm._, _de lib. repud._), et
les humeurs fascheuses des maris ne peuvent excuser les femmes de
se separer d'avec eux. Nous voyons qu'en nostre corps nous avons
plusieurs vices et imperfections: l'un est boiteux, l'autre est
tortu, l'autre a la main sèche, et ainsy des autres defaux, et
neantmoing il ne se treuve personne si imparfait qui prenne en haine
sa propre chair; mais un chacun la nourrit et l'entretient. Il ne se
plaint point, il ne coupe point la partie vitieuse, mais la prefère
le plus souvent à celle quy est la meilleure: car elle est à luy.
Aussy ne faut-il pas que les femmes, quy sont mesme chair avec leurs
maris, et quy sont faictes leurs membres par le mariage, se separent
d'avec eux pour quelques causes et imperfections que ce puisse estre;
tant s'en faut qu'elles les puissent trainer en justice comme une
personne estrangère.
Premierement, la loy de Dieu, qui veut que les femmes laissent pères
et mères pour suivre leurs maris (_Genes._, chap. 1), et donne
puissance au mary des voeux de sa femme (_Numer._, chap. 30), qui luy
est subject comme les membres sont à leur chef (_Ester._, cap. 1, 1;
_Corint._, 2 et 1; _Petr._, 3 chap.); c'est pourquoy que la langue
saincte, qui a nommé toute chose selon la vraye nature et proprieté,
appelle le mary Basal, c'est le seigneur et maistre, pour monstrer
que c'est aux maris à commander, et de chastier les femmes quand
elles leur desplaisent et sont desobeissantes à leurs commandements.
Mais, pour abreger les descriptions des femmes, usant des termes
de ce que dit un certain poète, sans toutesfois y mettre au nombre
d'ycelles celles quy ont la prudence et la sagesse en recommandation,
comme estant chose très contraire,
Le premier père Adam, prestre, par l'Eternel,
Dès sa creation fut rendu immortel.
Tout le temps qu'il fut seul, sa vie fut heureuse;
Mais lorsque de sa chair la femme s'anima,
Elle ravit son coeur, et luy si fort l'aima
Qu'il mourust pour l'amour de sa faim malheureuse.
Ouy, femme, ô que ton coeur est faux et enragé!
Les plus sainctz et devotz tu as trop outragé;
Tu as remply les coeurs de rage et de furie.
Ce grand poète, grand roy, ce grand prophète sainct,
De la crainte de Dieu ne fut jamais atteinct
Quand il perdit pour toy son capitaine Urie.
L'on ne voit animaux soubz la voute des cieux
Plus cruels et felons et tant pernicieux
Qu'est ce genre maudit, o très maudites femmes!
Les dieux, nous punissant, vous logèrent çà bas
Pour cizailler nos coeurs d'un eternel trepas.
Des damnez malheureux plus saintes sont les ames.
Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruit,
Ny les affreux demons quy volent jour et nuit,
Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère,
Ny du Cocyte creux la rage et le tourment,
Ny du Père eternel le sainct commandement,
Ne sçauroit empescher la femme de mal faire.
_Memoire touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs, appartenante à
l'Université de Paris, pour servir d'instruction à ceux qui doivent
entrer dans les charges de l'Université._[155]
_A Paris, chez la veuve de Claude Thiboust et Pierre Esclassan,
libraire-juré et imprimeur ordinaire de l'Université, place de
Cambray, vis-à-vis le collége Royal._
[Note 155: Ce _Mémoire_, fort rare et fort curieux, est,
comme on le verra, l'oeuvre d'Edme Pourchot, professeur
de philosophie au Collége des Grassins, et à plusieurs
reprises recteur de l'Université de Paris. Il mourut âgé
de 83 ans, le 22 juin 1734, après avoir mérité de tout
point ce que dit de lui dans son _Dictionnaire historique_
l'abbé Ladvocat, qui l'avoit beaucoup connu: «Il fut sept
fois recteur de l'Université et travailla avec zèle _à la
défense de ses droits_ et au maintien de sa discipline.»
Le long travail qui suit, touchant une propriété d'autant
plus chère et plus précieuse à l'Université qu'elle lui fut
contestée davantage, est une preuve qu'Edme Pourchot ne
négligea rien pour être digne du premier de ces éloges. Il
trouva les principaux éléments de son _Mémoire_ dans celui,
plus important et plus rare encore, qu'Egasse du Boulay
avoit publié neuf ans auparavant sous ce titre: _Fondation
de l'Université de Paris par l'empereur Charlemagne, de la
propriété et seigneurie du Pré aux Clercs_, 1675, in-4.
C'est à l'extrême obligeance de M. Le Roux de Lincy que
nous devons de connoître ce remarquable volume, dont nous
avons vu dans son cabinet le seul exemplaire connu. Il a
bien voulu nous permettre, dis-je, de prendre toutes les
notes qui pouvoient compléter ou éclaircir différents
passages de la pièce reproduite ici.]