Au second rang des édifices de ce pays, et parmi les plus beaux, sont

ceux de _Tiho_, qui sont d’une si haute antiquité qu’il n’y a pas non

plus mémoire de leurs fondateurs: ils existent à treize lieues d’Yzamal

et à huit de la mer, ainsi que les autres, et l’on voit entre les deux

villes les restes d’une chaussée, qui paraît avoir été fort belle[211].

Les Espagnols établirent ici une cité qu’ils appelèrent Mérida, à cause

de la singularité et de la grandeur des édifices; j’en ferai connaître

ici le principal, aussi bien que je le pourrai, comme pour celui

d’Izamal, afin qu’on puisse mieux comprendre ce que c’est.

TEMPLE N.— 2.

Nº 1 et 2.—Cour (_patio_).

Nº 3.—Chapelle (_capilla_).

Nº 4.—Cour fort belle (_patio hermosisimo_).

Nºˢ 5, 6.—Passages.

Nºˢ 7, 8, 9, 10, 11.—Cellules (_estas eran celdas de una parte

y otra, y el de en medio era transito y asi lo era lo de la

parte del poniente_).

Nº 12.—Appartement partagé en deux (_este quarto es largo,

partido en dos pieças_).

Nºˢ 13 et 14.—Escaliers (_escaleras_).

Nº 15.—Palier principal (_descanso de mas de treinte pies_).

Nºˢ 16 et 17.—Autres paliers intermédiaires (_otro descanso

adonde se subia por esta escalera_).

C’est ici l’esquisse que j’ai pu tracer de l’édifice: pour le comprendre,

il faut se mettre dans l’idée que c’est un grand plan carré qui a bien

deux courses de cheval en extension[212]. Du côté de l’orient commence

l’escalier qui, du sol à la première esplanade, a sept degrés de la

hauteur de ceux d’Izamal. Les trois autres faces du midi, du couchant

et du nord consistent en une muraille forte et très-large. Après cette

première masse, toute carrée et de pierre sèche, au sommet aplani,

recommence un second escalier du même côté oriental, faisant retrait

au-dessus du premier, autant qu’il m’a paru, de vingt-huit à trente

pieds, composé de tout autant de degrés et aussi grands que les autres.

Le même retrait a lieu au nord et au midi, mais pas au couchant, où

le mur arrive à la hauteur des escaliers, faisant un massif de pierre

sèche dont la hauteur et la grandeur remplissent d’étonnement, tant la

main-d’œuvre est considérable. Sur le plan supérieur commencent alors

les édifices de la manière suivante: du côté de l’orient, comme à six

pieds environ de l’escalier, s’étend, d’un bout à l’autre, un appartement

tout bâti en pierre, parfaitement travaillée, partagé en cellules de

douze pieds de long, sur huit de large. Les portes de chacune d’elles

sont au centre, sans aucune apparence de battants ni de gonds pour les

fermer, sinon que les linteaux sont de pierres fort bien travaillées et

admirablement jointes, les portes toutes fermées par le haut de moellons

d’une seule pièce.

Au milieu, il avait un passage comme un arc de pont[213], et au-dessus

des portes des cellules s’avançait une corniche de pierre, entièrement

sculptée dans son étendue; sur la corniche se trouvaient un certain

nombre de petits pilastres ronds, enclavés à demi dans le mur, et

s’élevant jusqu’à la hauteur où commençaient les voûtes qui fermaient les

cellules par le haut; au-dessus de ces pilastres s’avançait une autre

corniche tout autour des chambres. Le sommet était en terrasse, fait à la

chaux et d’une grande force, comme tout ce qui se fait dans ce pays, où

ces ciments se préparent avec l’eau d’une certaine écorce d’arbre[214].

Du côté du nord, il y avait une autre suite de cellules semblables,

sauf qu’elles étaient de moitié moins larges que les précédentes. Au

couchant, il y en avait d’autres, et après quatre ou cinq il se trouvait

une arcade qui traversait l’ensemble de l’édifice, comme celui du milieu

de la rangée orientale; puis un édifice de forme ronde assez élevé,

puis un autre arc et ensuite des cellules comme le reste. Cette rangée

de bâtiments traverse toute la cour principale, laissant de côté bien

moins que la moitié; de sorte qu’il y a deux cours, l’une derrière au

couchant, et l’autre au levant, qui se trouvent ainsi renfermées par

quatre rangées de bâtiments. Mais la dernière est fort différente, car

c’est un appartement érigé au midi, comprenant seulement deux chambres

voûtées tout le long comme les autres, ayant par devant une galerie

formée de fort gros piliers et fermée du haut avec de très-belles pierres

d’une seule pièce. Au milieu s’étend un mur sur lequel s’appuie la voûte

des deux chambres, avec deux portes pour entrer de l’une dans l’autre, de

manière que par le haut le tout se ferme en forme de harnais(?).

A quelque distance de cet édifice, comme à deux bons jets de pierre,

il y a une autre fort belle cour en terrasse; il s’y trouve trois

monticules de pierre, bien travaillés, au sommet desquels s’élèvent de

bonnes chapelles avec leurs voûtes, telles qu’ils les savaient et étaient

accoutumés de faire. Assez loin de là, il y a une autre grande et belle

pyramide, qui, bien qu’ayant servi de carrière à une grande partie des

habitants de la cité, établis à l’entour, n’a pas l’air toutefois de

devoir jamais disparaître[215]. Quant au premier édifice, comprenant

les quatre rangées de cellules, il nous fut donné par l’adelantado

Montejo: comme il était couvert de bois et de broussailles[216], nous

le nettoyâmes et nous y bâtîmes, de la pierre même qu’il nous fournit,

un monastère passable et une bonne église que nous nommâmes de la Mère

de Dieu. On en tira tant de pierres que, quoique nous eussions laissées

entières celles du côté méridional et une partie des corps de logis des

côtés, nous pûmes en donner encore aux Espagnols pour construire leurs

maisons, en particulier les portes et les fenêtres, tant le matériel

était en abondance[217].

Les édifices de la ville de _Tikoh_ ne sont pas tout à fait aussi

somptueux que quelques-uns de ceux-ci, quoiqu’ils fussent assez beaux et

assez remarquables; je n’en ferais, d’ailleurs, ici aucune mention, si

ce n’était pour la grande population qu’il y a eu dans ce pays, et dont

j’aurai nécessairement à parler[218]; c’est pourquoi je laisserai ce

sujet pour le moment. Ces édifices existent à trois lieues d’Izamal à

l’orient et à sept de _Chichen-Itza_.

Chichen-Itza est dans une situation fort bonne, à dix lieues d’Izamal et

à onze de Valladolid. C’est là, à ce que disent les anciens d’entre les

Indiens, que régnèrent trois princes frères, qui, d’après les souvenirs

que ceux-là ont recueillis de la bouche de leurs ancêtres, vinrent du

côté du couchant à ce pays et réunirent en ces diverses localités des

populations nombreuses, que les trois princes gouvernèrent en paix et

justice durant plusieurs années. Ils honoraient leur dieu avec beaucoup

de dévotion; c’est pourquoi ils érigèrent un grand nombre d’édifices

magnifiques, un entre autres, et le plus haut dont je ferai ici

l’esquisse, comme je l’ai dessiné, m’y trouvant, afin qu’on m’entende

davantage.

Ces princes vécurent, à ce qu’on dit, sans femmes, et dans une entière

honnêteté, et, tout le temps qu’ils demeurèrent ainsi, ils furent tenus

en grande estime et obéis de tous. Mais, avec le temps, l’un d’eux vint

à manquer, soit qu’il fût mort, soit, comme les Indiens le disent, qu’il

se fût retiré du pays du côté de Bac-halal[219]. Quoi qu’il en soit

de son absence, elle se fit promptement sentir à l’égard de ceux qui

gouvernèrent après lui; ils se firent des partis dans la nation, adoptant

les mœurs les plus dissolues et les plus effrénées, et les choses

allèrent au point que le peuple les ayant pris en horreur, les mit à

mort: les charges que l’on remplissait furent délaissées, et la ville,

dont le site est si beau et si agréable pour n’être qu’à dix lieues de

la mer, fut abandonnée[220]. Il y a tout à l’entour des terres et des

provinces fort fertiles, et voici la figure de l’édifice principal.

Cet édifice a quatre escaliers regardant aux quatre points du monde:

ils ont chacun trente-trois pieds de large et quatre-vingt-onze degrés,

et c’est un supplice que de les gravir. Les degrés ont la hauteur et

la largeur que nous donnons aux nôtres: de chaque côté des escaliers,

il y a une rampe basse, de niveau avec les degrés, de deux pieds de

large et de bonne pierre de taille, comme le reste de l’édifice. Cet

édifice n’a pas d’angles; car, à commencer du sol, le massif, entre les

rampes, s’élève en diminuant par intervalles, sous une forme cubique,

en se rétrécissant avec l’édifice, jusqu’en haut d’une manière fort

élégante, comme on peut le voir ici. A l’époque où je le vis, il y avait

au pied de chaque rampe une gueule de serpent féroce, tout d’une pièce,

admirablement travaillée[221]. En haut des escaliers, se trouve, au

sommet, une plate-forme sur laquelle s’élève un édifice composé de quatre

corps de logis; trois d’entre eux en font le contour sans empêchement,

ayant chacun une porte au milieu, et fermés en haut par une voûte. Le

quatrième, qui est au nord, a une forme spéciale avec une galerie de

gros piliers. Le centre de cet édifice, qui devait présenter comme une

petite cour, enfermée entre les différents corps de logis, a une petite

porte qui sort à la galerie du nord, dont le sommet, fermé avec du bois,

servait de local à brûler des parfums. A l’entrée de cette porte ou de

la galerie, se trouve comme un écusson, sculpté sur une pierre, mais que

je n’ai pu bien entendre. Tout à l’entour de cet édifice, il y en a un

grand nombre d’autres de grande et belle construction, et l’intervalle

est recouvert de ciment qui subsiste entier en bien des endroits et qui

paraît tout neuf[222], tant est dur le mortier dont on le faisait. A

quelque distance en avant de l’escalier du nord, il y avait deux petits

théâtres de pierre équarrie, à quatre escaliers, pavés au sommet de

belles pierres, où l’on dit que se représentaient des farces et des

comédies pour le plaisir du public[223].

De la cour qui précède ces deux théâtres s’étend une chaussée large

et belle jusqu’à un puits, qui en est éloigné comme de deux jets de

pierre. Ils avaient eu relativement à ce puits et ils avaient encore la

coutume d’y jeter des hommes tout vivants en sacrifice à leurs dieux,

dans les temps de sécheresse, bien persuadés qu’ils ne mouraient point,

quoiqu’ils ne les vissent plus. Ils y jetaient aussi une grande quantité

d’autres choses, comme des pierres de prix et des objets d’une grande

valeur pour eux. Aussi est-il certain que si ce pays avait été riche en

or, c’est ce puits qui en aurait la plus grande part, tant les Indiens

y avaient de dévotion. Ce puits a sept stades de profondeur jusqu’à

l’eau[224]; il est rond, et sa largeur est de plus de cent pieds, taillé

qu’il est dans la roche jusqu’à l’eau, d’une façon merveilleuse. L’eau

a l’apparence d’être fort verte, mais je crois que ce sont les bocages

environnants qui lui donnent cette couleur, et il est d’ailleurs fort

profond. Au sommet, tout contre le bord, existe un édicule où je trouvai

des idoles, faites en honneur de tous les édifices[225] principaux du

pays, juste comme le Panthéon à Rome. Je ne sais si c’était là une

invention ancienne ou bien des Indiens actuels, pour avoir occasion de se

retrouver avec leurs idoles, en venant avec des offrandes à ce puits. J’y

trouvai des lions sculptés, des vases et autres objets façonnés de telle

manière, que personne ne serait tenté de dire que ces gens les eussent

travaillés sans aucun instrument de métal. J’y trouvai aussi deux hommes

sculptés en pierre, d’un seul morceau chacun, de haute stature, et les

parties recouvertes, suivant l’usage des Indiens. Ils avaient la tête

d’une manière particulière, avec des pendants aux oreilles, selon l’usage

du pays, formant un épi derrière le col, qui s’enchâssait dans un trou

profond, fait à dessein dans ce même col, et ainsi enchâssée la statue

était complète.

FIN DE L’OUVRAGE DE LANDA.

NOTES

[1] Aujourd’hui on connaît sous le nom de _baie de l’Ascension_, celle

qui est entre 18° 50´ et 19° de lat. puis le _golfe Amatique_, au

fond duquel se trouve le _Rio-Dulce_ qui unit le golfe du même nom

ou _Golfete_ à la mer: il serait possible que le nom de golfe Dulce

s’appliquât à cette époque au _golfe Amatique_, ou _baie de Honduras_, et

celui de l’Ascension à tout l’ensemble du golfe.

[2] La _Desconocida_ est une pointe de terre au 20° 50´ lat. formée par

un grand estuaire qui s’allonge du sud au nord, à l’ouest de la péninsule.

[3] _Puerto-Real_ est le nom de la plus orientale des deux îles qui

ferment la lagune de _Terminos_. D’après une carte en ma possession,

celle de Bailey, _Dos Bocas_ est une barre de Tabasco au 93° 10´ long.

[4] C’est un rameau détaché de la _Sierra de Tekax_, la seule chaîne qui

existe au Yucatan; elle commence au Pueblo de _Kambul_, arrondissement

de _Peto_ (19° 40´ lat.), court au N.-O., laissant à droite _Tekax_ et

_Ticul_, à la gauche _Ɔul_ et _Nohcacab_ jusqu’à la ville de _Maxanú_, où

elle tourne au sud jusqu’à _Campêche_, pour s’interner ensuite dans les

terres vers la république de Guatémala (_Pequeño Catecismo de Geografia,

arreglado para el uso de los niños_, por J. S. C. Y. G. M. R. Merida de

Yucatan, 1851.)

[5] Les connaissances géographiques de cette époque étaient loin d’être

complètes. Voici ce que dit l’auteur de la petite géographie cité dans la

note précédente: Le Yucatan se trouve entre le 18° 21´ de latitude nord

et 18° 20´ et 18° 24´ de longitude occidentale de Cadix.

[6] _Taiza_ serait ici au lieu de _Taizal_ ou _Tayazal_, nom qu’on

donnait alors à la capitale du Peten.

[7] La Saint-François tombe au 4 octobre.

[8] Peten signifie une île ou une presqu’île; les Mayas savaient fort

bien que leur pays tenait à la terre ferme; preuve, les cartes dressées

par eux et dont Montejo et les autres Espagnols se servirent pour

reconnaître le Yucatan. Ils savaient du reste qu’ils avaient été envahis

plus d’une fois par des populations venues du sud par les montagnes.

[9] Ceci n’est pas complet. Ils disaient aux Espagnols: «_Conex

c’otoch_», c’est-à-dire: Venez à nos maisons.

[10] Cette région n’ayant été jusqu’ici que fort peu explorée, il est

difficile de déterminer les rivières dont parle l’auteur: car celles qui

descendent du Taiza ou Peten sont le _San-Pedro_ à l’ouest, dont il parle

un peu plus bas, et le _Zacchich_ avec les autres affluents, formant le

cours du _Rio-Hondo_ qui se jette à l’est dans la lagune de Bacalar.

[11] _Xicalanco_ était une ville importante pour son commerce, située à

l’extrémité d’une langue de terre en face de la pointe occidentale de

l’île de _Carmen_, formant une des entrées de la lagune de Terminos.

[12] Ce lieu était probablement consacré à la déesse de la médecine et

des accouchements; le nom se compose de _ti_, in, apud, et de _Ixchel_,

nom de cette divinité.

[13] Voir la note 1ʳᵉ, §1.

[14] Cette ile, aujourd’hui _Cozumel_, est appelée aussi _Acuzamil_ et

_Ah-Cuzamil_, c’est-à-dire des hirondelles, du mot _cuzam_, hirondelle.

On y adorait dans un temple superbe une divinité du nom de _Teel-Cuzam_.

Aux pieds d’Hirondelle, dont la statue était représentée avec les pieds

de cet oiseau. Elle était de terre cuite, grande et revêtue des ornements

royaux. Comme elle était creuse et adossée à la muraille, un prêtre s’y

renfermait pour répondre au nom du dieu aux demandes des pèlerins qui

s’y rendaient en grand nombre des diverses provinces du Yucatan; car

_Cozumel_ était un des lieux les plus vénérés de la péninsule. En face de

l’île se terminait à la ville de Ppolé la chaussée qui venait d’Izamal et

autres villes principales du pays. (Cogolludo, _Hist. de Yucatan_, lib.

IV, cap. 7.)

[15] _Mugeres_, d’après la carte du Yucatan de l’ouvrage de Stephens

entre 21° 30´ et 22° de latitude nord. Le nom d’_Ekab_ ne se trouve sur

aucune carte que je connaisse; mais sur celle de Stephens on signale des

ruines en plusieurs endroits sur la côte opposée à Cozumel et à Mugeres.

[16] _Vivora_, rescifs de la mer du nord, situés à 15 lieues au sud de

l’île de la Jamaïque, qui ont 42 lieues de long E.-O., fort dangereux

pour les embarcations qui naviguent de ce côté... La tête se trouve par

27° 10´ de long. et par 17° lat. nord (Alcedo, _Diccionario geogr. hist.

de las Indias-Occidentales_, etc.)

[17] Suivant Ordoñez, le nom de _Maya_, qu’il applique à tout le Yucatan,

viendrait de _ma-ay-ha_, exactement _non adest aqua_, terre sans eau.

[18] _Sulamanca_ de Yucatan fut fondé en 1544, près d’une ancienne ville

indienne nommée _Bakhalal_ (enceinte de joncs ou de bambous), et la

province est appelée par les uns _Vaymil_, par les autres _Chetemal_;

peut-être y avait-il deux petites provinces indigènes continant près de

_Bakhalal_, aujourd’hui _Bacalar_, au fond de la lagune de _Chetemal_,

à l’est du Yucatan. Dans le document en langue maya qui suit cette

relation, la province où se trouve Bacalar est appelée _Zyan-Caan_.

[19] _Campêche_ était appelé _Kimpech_ par les indigènes, d’après

Cogolludo.

[20] _Champoton_ s’appelait auparavant _Potonchan_, qui parait un nom de

la langue mexicaine plutôt que maya; on le fait venir de _potoni_, puer,

sentir mauvais, et _chan_, demeure; ce qui serait la _maison-puante_,

sans doute à cause des marécages qui entouraient cette ville.

[21] _Ulua_ pour _Culua_ ou _Culhua_, noms qu’on donna à l’ile où

se trouve le fort de San-Juan, auprès de la Vera-Cruz; on désignait

ainsi la puissance mexicaine, à cause de _Culhuacan_ d’où les rois de

Mexico-Tenochtitlan tiraient leur titre.

[22] Il y a, par erreur, dans la copie espagnole Campêche; il faut Cotoch.

[23] Ces barbares paraissent avoir été de race différente des autres

populations indigènes du Yucatan, peut-être de descendance caraïbe.

Serait-ce parce qu’ils mangeaient quelquefois les membres de leurs

ennemis sacrifiés aux dieux?

[24] Les Yucatiques adoraient déjà la croix; Hernandez de Cordova et

Grijalva en avaient trouvé dans plusieurs de leurs temples; il n’était

donc pas bien difficile de leur en faire admettre une autre.

[25] Le texte espagnol est souvent difficile à entendre; il l’est ici

particulièrement, le copiste de Landa ayant probablement passé quelques

mots ou mal écrit les autres. Voici ce que Lizano écrit au sujet des

premiers habitants du Yucatan. «Ils surent... que la race de ce pays-ci

vint, partie du couchant, partie du levant. Ainsi dans leur ancienne

langue ils appellent le levant d’une autre manière qu’aujourd’hui.

Actuellement ils appellent l’Orient _Likin_, ce qui revient à dire que

d’où se lève le soleil sur nous. Et le Couchant ils le nomment _Chi-kin_,

ce qui est la même chose que chute ou fin du soleil, ou bien où il se

cache par rapport à nous. Mais dans l’antiquité ils disaient de l’orient

_Cen-ial_, petite descente, et du couchant _Nohen-ial_, la grande

descente et le peu de gens, d’un côté, la grande multitude, de l’autre,

quels qu’ils puissent être les uns et les autres. Je remets le lecteur

qui voudrait en savoir davantage au Père Torquemada, dans son Histoire

Indienne (_Monarquia Indiana_), et il verra là comment les Mexicains

vinrent du Nouveau-Mexique, et de là par ici. Et comme l’île Espagnole

(Haïti) fut peuplée de Carthaginois, que de ceux-ci se peupla Cuba, et

cette terre, du côté de l’Orient, comme gens de tant de raison et de

valeur, ils purent connaître l’art d’édifier de si somptueux monuments

et de s’assujettir les autres nations; sinon que, comme la communication

avec Carthage leur manqua avec le temps, ils seraient devenus avec le

climat des gens rudes et barbares. (Lizana, _Hist. de Nuestra Señora de

Yzamal_, Part. 1, cap. 3.)

[26] Comme on le voit, _Chectemal_ (écrit ailleurs _Chetemal_) et

_Bakhalal_ sont donnés comme ne faisant qu’une province.

[27] Cette circonscription commençait au bord de la mer en face de

Mugeres où était _Ekab_ et terminait vers le centre de la péninsule.

[28] Mérida da Yucatan fut fondé sur les ruines de _Tihoo_ ou _T’hoo_,

capitale de l’antique province de _Cehpech_, prononcez _Qehpech_, le _c_

maya étant dur dans tous les mots.

[29] Le pays ne produisait peut-être aucun métal; mais il est indubitable

qu’il en tirait d’ailleurs: on sait, du reste, que les Mayas, ainsi que

les autres populations civilisées du Mexique, travaillaient la pierre

avec des instruments en cuivre et en bronze trempé et avec d’autres en

pierre dure.

[30] Ces lignes sont répétées à peu près mot pour mot au § XLII.

[31] Landa, tout en donnant des notions fort précieuses sur le Yucatan,

ne s’est guère préoccupé de l’histoire ancienne du pays. Ce que Lizana

d’un côté, et Cogolludo de l’autre, ont recueilli, complète ce que

dit Landa. Au rapport du second, le prêtre Zamná, venu des régions

occidentales, aurait été le premier civilisateur de cette contrée. Nous

en parlerons plus en détail dans un autre §. Quant aux édifices d’Izamal,

des onze ou douze que compte notre auteur, il n’en restait déjà plus que

cinq du temps de Lizana, environ soixante ans après; et de ces cinq, deux

étaient consacrés à Zamnà, à qui l’un avait été érigé comme sépulture

après sa mort. Ce sont ces édifices que les Espagnols nommèrent _Cu_ et

au pluriel _cues_ ou _cuyos_, du mot maya _ku_, saint, sacré. A cause

de leur forme massive et pyramidale, les indigènes les désignaient sous

celui d’_omul_ ou _homul_, qui donne l’idée d’une élévation artificielle

ou d’une taupinière.

[32] Le monastère des franciscains d’Yzamal fut bâti sur l’_omul_ appelé

encore aujourd’hui par les indigènes _Ppapp-hol-chac_, c’est-à-dire la

Maison des Têtes et des Eclairs, et l’église de San-Antonio sur l’omul

de Hunpictok ainsi nommé du dieu de la guerre qui avait là son temple

(Lizana, _Hist. de N. S. de Yzamal_, lib. 1, cap. 3.)

[33] Je trouve ailleurs ce nom de _Tikoch_ écrit _Ticoh_ et _Tecoh_,

comme on le voit aujourd’hui.

[34] Ce fait que Herrera a tiré de Landa, se trouve ici isolément, sans

qu’il soit possible de déterminer à quelle époque il peut appartenir;

mais il paraît assez évident qu’il s’agit d’une sorte de réaction

religieuse.

[35] Voir le § XLII.

[36] Cet abîme, situé au centre de la cité, était environné de toutes

parts d’épais bocages, dont le silence et la solitude le mettaient

à l’abri des bruits profanes du monde. L’aspect qu’il offre encore

aujourd’hui est celui d’un précipice circulaire d’environ cent pieds de

diamètre, aux parois raboteuses et perpendiculaires, au-dessus desquelles

se penche le sombre feuillage du bois voisin. Un escalier circulaire

taillé dans la roche calcaire, invisible au premier abord, descend

jusqu’au bord de l’eau, et jadis il s’arrêtait au pied d’un autel où

l’on offrait des sacrifices à Cukulcan. (Stephens, _Incidents of travel

in Yucatan_, vol. II, chap. 17.—_Relation du Lic. Lopez Medel_, trad. de

Ternaux-Compans, dans les Nouv. Annales des Voyages, tom. 1. 1843.)

[37] _Cuculcan_, écrit quelquefois _Kukulcan_, vient de _kuk_, oiseau

qui paraît être le même que le quetzal; son déterminatif est _kukul_ qui

uni à _can_, serpent, fait exactement le même mot que _Quetzal Cohuatl_,

serpent aux plumes vertes, ou de Quetzal.

[38] Qui étaient les _Izaes_, ou _Itzaex_, c’est ce qu’il est difficile

de déterminer. Ils étaient maîtres de _Chichen-Itza_, lorsque les

Tutul-Xius les en chassèrent au XIIIᵉ _Ahau-Katun_, c’est-à-dire vers

l’an 270 de notre ère, et le document que nous publions plus loin les

appelle _kuyen uinkob_, des hommes saints. Si nous pouvions hasarder

ici une conjecture, nous dirions qu’ils pourraient être des restes de

la grande famille des Xibalbaïdes, réfugiés dans le Yucatan, après la

victoire des _Nahoas_, de la race desquels étaient les Tutul-Xius.

Parlant des princes de Xibalba, le Livre Sacré les appelle _Ah-Tza_,

_Ah-Tucur_, mot à mot: ceux du mal, ceux des hiboux; mais ces mots sont

plutôt des dénominations anciennes de peuples, de qui ceux de _Tucurub_,

dans la Vérapaz, et ceux du Peten-Itza seraient descendus. _Peten-Itza_,

ou l’île des _Itzas_, dans le lac de _Tayazal_, aurait été peut-être

le dernier refuge de cette antique nation, dont les Espagnols ne

s’emparèrent qu’en 1697.

[39] _Cezal-couati_, c’est Quetzalcohuatl, le _c_ maya, ainsi que nous

l’avons dit, devant se prononcer dur comme _q_ devant toutes les voyelles

indistinctement.

Relation des choses de Yucatan de Diego de Landa Texte espagnol et traduction française en regard, comprenant les signes du calendrier et de l'alphabet hiéroglyphique de la langue maya; accompagné de documents divers historiques et chronologiques, avec une grammaire et un vocabulaire abrégés français-maya, précédés d'un essai sur les sources de l'histoire primitive du Mexique et de l'Amérique Centrale, etc., d'après les monuments égyptiens, et de l'histoire primitive de l'égypte d'après les monuments américains par l'abbé Brasseur de Bourbourg · 第 30 / 47 段