1
Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de
chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il
est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa
conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes
peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter
davantage.
2
Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit
dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté
de jouir des bienfaits de la vie.
3
Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne
trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action
qu'ils qualifient de châtiment.
4
On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus
d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger
le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et
repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela
dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même
lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne
puissent être plus raisonnables qu'un ours?