VII--_Les enfants servent à l'expiation du péché mortel._

1

Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le

genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la

terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne

se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les

hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur

progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre

à la perfection à laquelle l'homme tend.

2

Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et

l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les

enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes

enfants le feront.»

C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain

apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une

partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment

n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon

qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La

conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de

Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette

conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des

enfants.

3

Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse

entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle

la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur,

luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore

contre la corruption humaine et contre une infection générale par le

vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance

sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée

vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le

feu, la société humaine.

Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le

nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que

serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus

savants, mais aussi mille fois plus mauvais.

Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le

bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en

permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une

parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges

n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les

hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 123 / 513 题