1
Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le
genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la
terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne
se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les
hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur
progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre
à la perfection à laquelle l'homme tend.
2
Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et
l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les
enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes
enfants le feront.»
C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain
apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une
partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment
n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon
qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La
conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de
Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette
conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des
enfants.
3
Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse
entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle
la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur,
luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore
contre la corruption humaine et contre une infection générale par le
vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance
sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée
vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le
feu, la société humaine.
Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le
nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que
serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus
savants, mais aussi mille fois plus mauvais.
Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le
bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en
permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une
parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges
n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les
hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables.