I COR., VII, 1-2.

2

La doctrine chrétienne ne donne pas les mêmes règles pour tout et pour

tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut

tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est

la chasteté absolue. Tout effort vers la chasteté absolue constitue une

observation plus ou moins grande dé la doctrine.

3

Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De même pour que le

mariage soit indissoluble et les deux époux fidèles l'un à l'autre, il

faut que tous deux tendent à la chasteté.

4

Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, même entre

époux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera sûrement dans le

vice.

5

La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour résultat

est le mariage réel; toutes les cérémonies extérieures ne font pas le

mariage, mais ne s'emploient que pour reconnaître comme mariage une

seule union entre beaucoup d'autres.

6

La véritable doctrine chrétienne ne contient aucune allusion à

l'institution du mariage. Aussi, les chrétiens de notre temps qui s'en

aperçoivent, mais ne voient pas l'idéal du Christ (qui est la chasteté

absolue) parce qu'il leur est voilé par l'Eglise, demeurent, quant au

mariage, sans aucune règle de conduite. C'est à cela que tient le fait,

étrange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines

bien moins élevées que le christianisme, mais possédant une définition

exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidélité conjugale sont bien

plus développés que chez les soi-disant chrétiens.

Les peuples qui professent des doctrines inférieures au christianisme

admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines

limites, mais ils évitent en revanche la dépravation qui se révèle par

le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui régnent parmi les

chrétiens et sont masqués par la monogamie apparente.

7

Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:

_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument

se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est préférable de rester

pur pour que rien ne nous empêche de consacrer toutes nos forces à

servir Dieu.

_Secundo_: Considérer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble.

(MATTH., XIX, 4-7).

_Tertio_: Ne pas considérer le mariage comme un encouragement à la

satisfaction des désirs charnels, mais comme un péché qui doit être

expié par l'accomplissement des devoirs de famille.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 122 / 513 题