VI.--_L'amour seul donne le bonheur réel._

1

Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles

le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.

2

«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie

pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le

monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De

même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du

corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles,

et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de

leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est

toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?»

3

Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est

encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure

dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son

frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il

va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la

parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que

nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs.

1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN.

4

Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le

savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que

je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis

en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour

augmente mon bonheur.

5

Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions

pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de

nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de

satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi

consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise

que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas

assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne

cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire.

Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de

la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous

aurions compris où est notre bonheur.

Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin:

l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit

intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous

aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 87 / 513 题