1
Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles
le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.
2
«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie
pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le
monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De
même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du
corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles,
et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de
leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est
toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?»
3
Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est
encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure
dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son
frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il
va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la
parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que
nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs.
1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN.
4
Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le
savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que
je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis
en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour
augmente mon bonheur.
5
Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions
pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de
nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de
satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi
consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise
que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas
assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne
cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire.
Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de
la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous
aurions compris où est notre bonheur.
Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin:
l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit
intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous
aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur.