1
L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.
_Proverbe oriental._
2
Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent
ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par conséquent, si l'homme fait
du mal à son prochain au lieu de lui faire du bien, cela paraît aussi
étrange que si le poisson se mettait à voler et l'oiseau à nager.
3
Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non
pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui
lui est acquis: la faculté de courir.
Le sens le plus précieux pour le chien est son flair. Il est malheureux
lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.
De même l'homme est malheureux, non quand il est impuissant à maîtriser
un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de
plus cher: sa nature spirituelle, sa faculté d'aimer.
On n'a pas à regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa
propriété, sa maison--tout cela n'appartient pas à l'homme. On doit
regretter quand l'homme perd son bien réel, son plus grand bonheur: la
faculté d'aimer.
4
On demanda à un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il
répondit: C'est connaître les hommes.
On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il répondit: C'est aimer les
hommes.
5
Un philosophe hindou disait: «De même qu'une mère soigne son unique
enfant, le dorlote, le garde et l'élève, l'homme doit élever et garder
en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui
vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des
Bouddhistes, des Hébreux, des Chinois, des Chrétiens, des Mahométans.
C'est pourquoi, la chose la plus nécessaire au monde est d'apprendre à
aimer.»
6
Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un
autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.
Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect
de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il
disait: On élève les hommes de façon à ce qu'ils considèrent que la
richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'à
gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les élever de
façon à ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie
quotidienne, ils s'habituent à aimer les hommes et à consacrer toutes
les forces à apprendre à aimer.
Mi-Ti n'a pas été écouté. Mendzé, un élève de Confucius, contredit
Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et
les Chinois suivirent Mendzé. 500 ans s'écoulèrent ainsi, lorsque
Jésus vint enseigner aux hommes ce qu'avait déjà dit Mi-Ti, mais
avec plus de force et de clarté. Bien que personne ne conteste cette
doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son
enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--où les hommes ne
pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son
germe se trouve dans tous les cœurs, alors que la non observation de ses
préceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.