SECTION III.

HUNIERS.

_Garniture des Huniers._

Les huniers se garnissent à peu près comme les basses voiles; cependant

il est des différences qu'il est nécessaire d'indiquer.

Aux cosses d'envergure et d'empointure on fixe, comme nous l'avons dit

pour les basses voiles, un raban disposé de la même manière, mais dont

le bout est amarré sur celui qui lui est supérieur; en sorte que,

lorsque le premier raban a servi pour prendre la première empointure, le

bout de celui de la seconde puisse être amarré sur la vergue, afin que

le matelot qui doit la prendre puisse la saisir pour soulager la toile,

aussitôt qu'il est sur la vergue.

Si l'itague du palanquin de ris a une poulie sur la vergue, on la fixe à

la patte du palanquin qui est en dessous de celle du dernier ris.

Les branches de boulines portent une cosse pour le dormant de la bouline

comme pour la misaine, ces manoeuvres étant toujours simples.

On bague au-dessus des points d'écoute une poulie simple pour les

cargues-points.

A chacune des cosses des points d'écoute, on estrope une moque qui sert

au passage des écoutes. Quelques navires fixent la moque dans le point

même de l'écoute en faisant servir la ralingue comme estrope; mais on

concevra facilement que cette installation est vicieuse; car estropée de

cette manière, le clan de la moque regarde de l'avant à l'arrière,

tandis que celui de la poulie capelée au bout de vergue, ou le clan qui

la remplace, regarde de tribord à bâbord. De sorte que lorsque les

écoutes sont à joindre, l'écoute et la ralingue sont tordues pour

appeler convenablement et fatiguent assez pour rompre facilement, ainsi

que nous l'avons vu souvent; avarie qui peut être bien dangereuse, car

s'il vente frais et que la ralingue du hunier casse, presque toujours il

est déchiré.

_Gréement des Huniers._

Les huniers, ayant leur ralingue de bordure établie sur les basses

vergues, n'ont point d'amures, puisqu'ils suivent les mouvemens de ces

vergues qui les présentent au vent; mais ils ont en plus des palanquins

de ris. Leur gréement se compose de

Deux écoutes;

Deux boulines;

Deux cargues-points;

Deux cargues-boulines;

Deux cargues-fonds;

Deux palanquins à itagues.

_Ecoutes des Huniers._

Les écoutes, lorsqu'elles sont doubles, font dormant aux bouts de la

vergue par un noeud de bouline, vont de là passer dans la moque du

point, reviennent au bout de la vergue, passer dans les poulies qui y

sont capelées, ou dans les clans qui les remplacent, élongent l'arrière

de la vergue pour passer dans les poulies de sous-vergues aiguilletées

près de l'estrope de suspente, descendent de l'avant du mât pour

traverser le clan d'un bitton ou montant, sur la tête duquel on les

amarre à un cabillot en fer qui le traverse.

Si les écoutes sont simples, leur dormant se fait aux points d'écoute où

elles sont arrêtées par un cul-de-porc double. Elles passent après cela

comme nous venons de le dire.

Lorsque les poulies sont remplacées par des clans, on doit avoir le soin

d'arrondir les angles, et de garnir les clans en entier, en cuivre ou en

basanne.

Les écoutes du perroquet de fougue sont généralement simples; comme ce

mât n'a pas ordinairement de montans, le retour des écoutes se fait dans

des poulies aiguilletées à des pitons boulonnés sur le pont à l'aplomb

des poulies de sous-vergues. On les amarre à des taquets fixés au mât

par deux roustures. Quelquefois le clan de retour est pratiqué dans ces

taquets mêmes; mais comme alors tout l'effort de l'écoute se fait sur le

taquet, cette méthode offre peu de solidité, et ne peut être employée

que pour des navires d'une faible dimension.

Il est des bâtimens du commerce qui ont leurs écoutes en chaînes. Alors

le clan de la vergue doit être garni en tôle; la poulie de sous-vergue

est remplacée par une chape en fer, portant un rouet de fonte. Elles

sont manoeuvrées avec un palan, ou ce qui vaut mieux, avec un vireveau

qui remplace de chaque côté le montant d'écoute. Ce vireveau, sur lequel

elles s'enveloppent, sert à les border avec facilité et à les filer peu

à peu pour carguer le hunier.

Mais si on est obligé de se décharger promptement d'un hunier, dans une

rafale non prévue, ou dans un grain, auxquels cas il faut filer l'écoute

en bande, on concevra facilement combien il est à craindre que son poids

agisse sur le hunier qui bat violemment par la force du vent, et ne le

fasse déchirer, et même quelquefois ne fasse craquer la vergue.

_Boulines des Huniers._

Les boulines des huniers font dormant à la cosse des branches de

bouline, elles passent ensuite:

Celles du grand hunier dans des poulies dont les estropes, d'un seul

cordage, forment un long pendeur qui embrasse le mât de misaine sous les

jottereaux; elles descendent le long des haubans, passent dans des

poulies de retour fixées sur les serre-gouttière, et s'amarrent à un

cabillot en à bord.

Pour les haler, lorsqu'on est au plus près, on se sert d'un petit palan

qu'on fouette sur le courant supérieur et dont la poulie simple se

croche sur la serre-gouttière; pendant qu'on hale sur son garant on

abraque la bouline sur son cabillot, où on l'amarre lorsqu'elle est

assez raidie. On défrappe le palan et on le fouette sur le hauban le

plus voisin.

Les poulies que nous avons placées en dessous des jottereaux, peuvent

s'aiguilleter sur l'arrière du chouc du mât de misaine, ou bien encore

embrasser par leur pendeur le capelage de ce mât. Dans ces cas les

boulines descendent par le trou du chat. On peut aussi remplacer ces

poulies par des clans pratiqués dans les élongis ou le traversin de

l'arrière de la hune de misaine. Mais on fatigue la hune inutilement et

sans résultat avantageux.

Les boulines du petit hunier, après avoir fait dormant, passent, l'une à

tribord l'autre à bâbord, dans les clans extérieurs de la poulie à trois

rouets, capelée à cet effet, comme nous l'avons dit, au bout-dehors de

grand foc. Elles élongent ce mât et celui de beaupré et entrent sur le

gaillard d'avant, d'où on les manoeuvre par deux clans du fronteau, à

côté desquels on les amarre.

Celles du perroquet de fougue passent dans le second clan de la poulie

double que nous avons placée pour le passage des bras de la vergue de

perroquet de fougue, descendent le long des haubans, et s'amarrent à

côté de ces mêmes bras.

_Cargues-Points des Huniers._

Les cargues-points des huniers sont passés comme ceux des basses voiles,

c'est-à-dire qu'après avoir fait dormant sur la vergue, ils se dirigent

sur l'arrière de la voile, pour aller passer dans la poulie baguée aux

points, remontent vers la vergue, passent dans le clan arrière des

poulies doubles de sous-vergues, descendent par le trou du chat pour

faire retour dans les poulies fixées sur les serre-gouttière et

s'amarrer à des cabillots en à bord.

Si les cargues-points sont simples, ils font dormant au-dessus de

l'amarrage des points d'écoute.

_Cargues-Boulines des Huniers._

Les cargues-boulines des huniers font dormant sur les pattes supérieures

des branches de bouline, se dirigent ensuite sur l'avant des voiles pour

passer dans des poulies frappées sur la vergue, au tiers de sa moitié à

partir du milieu, vont sous les barres du perroquet, où elles passent

dans les clans extérieurs de deux poulies doubles, fixées, l'une à

tribord l'autre à bâbord, sur la barre avant des perroquets, et

descendent le long du mât, au pied duquel elles s'amarrent au râtelier

de manoeuvre.

Le perroquet de fougue n'a généralement pas de cargues-boulines.

_Cargues-Fonds des Huniers._

Les cargues-fonds des huniers font dormant aux pattes de la ralingue de

bordure, montent sur l'avant de la voile pour passer dans les poulies

que nous avons frappées, en garnissant les vergues tribord et bâbord de

la poulie d'itague; de là elles montent sous les barres de perroquet,

où elles passent dans les clans intérieurs des poulies doubles que nous

venons de placer pour le passage des cargues-boulines; elles descendent

ensuite le long du mât, au pied duquel elles s'amarrent à côté et en

dedans des cargues-boulines.

Si le perroquet de fougue n'a qu'une cargue-fond, ce qui arrive pour les

petits navires, elle est à patte d'oie, comme nous le verrons pour les

perroquets.

_Palanquins de Ris._

Les palanquins de ris sont à itagues. L'itague fait dormant sur la

ralingue de chute, à une patte placée en dessous de celle de

l'empointure du dernier ris. Elle va de là passer dans un clan pratiqué

au bout de la vergue, passe dans le second clan de la poulie vierge

fixée entre le premier et le deuxième hauban de hune, et descend le long

du mât. Elle se termine par une cosse à laquelle on croche la poulie

double d'un palan, ou elle forme l'estrope de la poulie double de ce

palan, dont la poulie simple se fixe au ton du bas mât, ou sur les

élongis de la hune. Le garant de ce palan descend le long du bas mât et

s'amarre à son pied au râtelier de manoeuvre.

Pour augmenter la puissance du palanquin, les grands navires portent, à

la patte où nous venons de faire le dormant, une poulie dans laquelle

passe l'itague qui alors fait son dormant au bout de la vergue, à côté

du clan où elle passe.

Les bâtimens de petite dimension, au contraire, n'ayant pas besoin d'une

aussi grande force, passent bien l'itague comme nous venons de le dire,

mais ils suppriment le palan, et l'itague descend alors sur le pont au

pied du mât.

On éprouve souvent à la mer le besoin de renforcer et d'aider le

palanquin. On se sert alors d'une manoeuvre supplémentaire à laquelle on

donne le nom de faux-palanquin. La plus convenable, nous croyons, et

celle qu'on a toujours à sa disposition, est la drisse de la bonnette de

hune. Dans le cas où on la destine à servir de faux-palanquin, il faut

qu'elle soit à croc; alors on la croche au ris qu'on doit prendre, et en

halant dessus en même temps que sur le palanquin, elle rend

l'empointure, tandis que le palanquin soulage la toile.

Le premier ris, ou ris de chasse, étant un ris de précaution, n'a pas

besoin de l'aide du faux-palanquin. Mais lorsqu'il a été pris, si les

bonnettes ne sont pas appareillées, on croche la drisse à l'empointure

du second ris pour aider à la prendre. Après l'avoir prise, on la croche

à celle du troisième, et ainsi des autres.

Avant d'enverguer un hunier, nous ferons une observation que nous

croyons très-utile à la promptitude si nécessaire dans cette opération,

lorsqu'on l'exécute à la mer.

Nous avons dit, en gréant un hunier, que le dormant des cargues-boulines

et cargues-fonds se faisait sur les pattes des ralingues, et celui des

boulines sur la cosse des branches de boulines. Lorsqu'il faut enverguer

ou déverguer les huniers, il est toujours long de faire et défaire tous

ces dormans, et il est bien plus simple de les remplacer par des

estropes à cabillots qu'on frappe sur les ralingues et auxquelles on

capelle les cargues-fonds, cargues-boulines, et boulines terminées par

une ganse.

_Enverguer un Hunier._

Avant d'enverguer un hunier, il faut que toutes ses manoeuvres soient

passées et frappées dans la hune. Les cargues-fonds et cargues-boulines

sur la poulie d'itague, les boulines sur l'avant de la hune, les

cargues-points arrêtés à leurs poulies par un noeud, les écoutes aux

pitons du chouc, les palanquins et drisses de bonnette élongés sur la

vergue, prêts à être frappés.

Au ton du mât de hune on aiguillette une poulie dans laquelle on passe

un fort cartahu, un garant de capon par exemple, qui sert à hisser le

hunier. Il doit être serré de manière que les ralingues de têtière et de

bordure soient dégagées et présentent leurs pattes ou cabillots.

Lorsqu'il est serré ainsi, on l'élingue par son milieu, mais sans baguer

l'élingue. On le passe sous le hunier et on le ramène par-dessus en deux

plis inégaux, celui de l'avant le plus court. Dans ce dernier on passe

une garcette qu'on amarre par les deux bouts, on passe le cartahu dans

le pli arrière de l'élingue et dans la garcette, et on l'amarre.

Sur l'avant on frappe un cartahu de retenue pour faire parer de la hune,

et si l'on est à la mer et qu'elle soit grosse, on bride les deux

extrémités du hunier ainsi élingué avec un cartahu qu'on passe dans une

poulie de retour, qu'on amarre à un taquet et qu'on ne mollit qu'à la

demande de la drisse et de la retenue.

Lorsqu'en hissant, les extrémités du hunier sont parvenues au-dessus de

la hune, on frappe les palanquins et on croche les drisses de bonnette

(nous les supposons à croc) à des cosses placées sur la têtière à une

brasse de celles d'empointure. On capelle à leurs cabillots les

cargues-boulines, cargues-fonds et boulines, on passe les écoutes dans

les moques et on en fait le dormant.

On pèse sur les palanquins et les drisses de bonnette en mollissant de

la drisse, et le hunier s'élonge le long de la vergue; alors on coupe la

garcette de l'élingue, qui reste ainsi suspendue à la drisse.

Les matelots répandus sur la vergue saisissent les ralingues de têtière,

les rabans d'empointure, et coupent les bitords qui serraient la voile.

Elle déferle, et on peut la border si le temps le permet, ou la carguer

pour terminer l'opération et la serrer.

Lorsqu'on place les huniers dans les soutes à voiles, ils doivent être

garnis et serrés pour monter dans la hune immédiatement.

On se sert aussi de la drisse de hune pour cette opération. Alors on

abraque celle du bord opposé, de manière que la poulie simple puisse

s'élever au-dessus de la hune pour y déposer le hunier.

Dans ce cas on le hisse paqueté et élingué, et lorsqu'il est parvenu

dans la hune on le dispose sur son avant pour y frapper les cargues.

On peut aussi le hisser comme une basse voile; ou bien encore le hisser

plié en double, supporté par les cargues-fonds et cargues-boulines qu'on

fait travailler ensemble. On l'élève ainsi au-dessus de la vergue, on

frappe les palanquins pour élonger la têtière.

La première méthode dont nous avons parlé, nous paraît la plus prompte

et la moins sujette aux accidens, puisque le hunier n'est déferlé que

lorsqu'on a tous les moyens de le carguer et de le serrer.

Nouveau manuel complet de marine, première partie: gréement · 第 2 / 5 章