SECTION II.

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le

typographe ont été corrigées. L'orthographe et la ponctuation d'origine

ont été conservées et n'ont pas été harmonisées. Une note plus détaillée

se trouve à la fin de ce volume.

NOUVEAU MANUEL

COMPLET

DE MARINE.

_PREMIÈRE PARTIE._

GRÉEMENT.

NOUVEAU MANUEL

COMPLET

DE MARINE.

_PREMIÈRE PARTIE._

GRÉEMENT.

Par M. Verdier,

Capitaine de Corvette.

PARIS,

A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET,

Rue Hautefeuille, nº 10 bis.

1837.

AVERTISSEMENT.

En publiant ce Manuel de Gréement, nous avons eu l'intention d'éviter

aux débutans dans le métier de marin, le moment de dégoût et de

découragement qu'ils éprouvent lorsqu'en voyant un navire pour la

première fois, ils cherchent à se faire donner et à retenir le nom des

manoeuvres. Il nous a semblé utile de leur apprendre à classer leurs

idées en suivant une méthode simple et claire dans la description des

diverses parties du gréement.

C'est pourquoi nous avons parlé en premier lieu du dormant, puis de la

garniture et du gréement des vergues, enfin, de la garniture et du

gréement des voiles. En traitant ces diverses parties d'une manière

générale, en les appliquant ensuite à chaque mât, à chaque vergue, à

chaque voile; en expliquant les différences nécessitées par leurs

positions et leurs usages, nous avons pensé que nous nous ferions mieux

comprendre, que si nous avions décrit le gréement, comme on le met en

place lorsqu'on grée un navire.

En marine, pour bien savoir, il faut beaucoup voir et beaucoup faire. Le

grand livre pour apprendre est le navire; mais un guide est nécessaire

au commençant, pour lui enseigner à réfléchir et à classer ses idées

pour voir avec fruit.

C'est le but que nous nous sommes proposé; il aura été atteint, si nous

facilitons à quelques-uns de nos jeunes compatriotes l'étude si utile du

gréement.

MANUEL

DE GRÉEMENT.

On désigne sous le nom général de gréement, toutes les manoeuvres

employées à bord d'un navire. On les classe en manoeuvres dormantes,

manoeuvres courantes et amarres.

Les manoeuvres dormantes sont celles qui tiennent les mâts dans une

position déterminée, et les empêchent de céder aux terribles secousses

qui leur sont imprimées par la mer. Les manoeuvres courantes servent à

manoeuvrer les vergues et les voiles.

Les amarres, à touer et amarrer le navire.

Avant de passer à la description des diverses pièces de gréement, et

assigner le poste qu'elles doivent occuper, il est indispensable de

donner une idée des noeuds et amarrages qui servent à les assujettir.

Nous ne nous dissimulons pas combien ces descriptions sont souvent

insuffisantes, et nous tâcherons d'y mettre toute la clarté et la

briéveté possible, tout en prévenant le jeune marin qu'une heure de

travail dans un atelier de garniture lui en apprendra davantage que la

lecture de ce que nous avons à dire sur ce sujet.

CHAPITRE PREMIER.

SECTION PREMIÈRE.

NOEUDS, AMARRAGES.

_Epissures._

L'épissure sert à réunir les bouts de deux cordages, ou du même cordage,

ou encore à fixer le bout d'un cordage sur lui-même, pour en faire un

oeil ou boucle. Il y a l'épissure courte et l'épissure longue.

La première se fait en détordant, d'une même quantité, les deux bouts du

cordage qu'on veut réunir, et entrelaçant leurs torons de manière qu'ils

se joignent à leurs racines. On fait passer successivement chacun des

torons détordus entre les torons non détordus et correspondans de la

partie opposée. Chaque toron passe de la même manière deux ou trois

fois, après quoi on coupe les bouts restans au bas du cordage. Pour

séparer les torons, on se sert d'un instrument en fer de forme conique

et légèrement recourbé, qu'on appelle épissoir.

Si on veut faire un oeil ou boucle, on détord un bout du cordage, et

l'appliquant sur le cordage lui-même, suivant la grandeur qu'on veut

donner à l'oeil, on entrelace les torons détordus comme nous venons de

le dire plus haut.

L'épissure longue se fait en décomettant un toron des deux cordages

qu'on veut épisser, et substituant, à partir de la moitié de la longueur

que l'on veut donner à l'épissure, le toron de l'un à celui de l'autre.

On coupe la partie excédante, après l'avoir croisée par un demi-noeud

avec le toron correspondant du cordage opposé, et l'avoir passée dans

l'intérieur de ce même cordage. Pour employer les troisièmes torons, on

les fait croiser comme les premiers; on les fixe par un demi-noeud, et

on coupe l'excédant.

_Amarrage à plat._

Cet amarrage sert à réunir, sans les croiser, deux cordages différens ou

deux bouts du même cordage.

On fait, à l'un des bouts de la ligne qui doit servir à l'amarrage, un

oeil au moyen d'une épissure, passant le bout dans l'oeil, on forme un

noeud coulant dont on embrasse les deux cordages qu'on veut réunir, et

on continue à les envelopper ainsi de plusieurs tours aussi rapprochés

les uns des autres que possible, et souqués fortement au moyen d'un

cabillot en fer, qui, appuyé sur le côté opposé d'où vient l'amarrage,

sert de levier. Si on veut une seconde couche de tours, parvenu au

dernier, on fait passer la ligne en dedans des tours, et on recommence

les tours. Avec le bout qui reste on croise, dans le sens de la

longueur, le rang ou les deux rangs qu'on vient de former, et on engage

le bout en faisant un noeud à son extrémité, de manière qu'il ne puisse

se dépasser.

_Amarrage en Étrive._

L'amarrage en étrive est un amarrage plat, mais dont les bouts doivent

se croiser après. Si on veut estroper une cosse ou un cap-de-mouton, on

l'entoure avec le cordage, et au point de rencontre on fait un amarrage

plat; on retrousse le bout excédant le long du cordage principal, pour

l'y fixer au moyen d'un nouvel amarrage plat, et ce premier amarrage

plat reçoit le nom d'amarrage en étrive.

_Cul-de-Porc._

Le cul-de-porc est un noeud qu'on fait à l'extrémité d'un cordage pour

l'empêcher de se dépasser d'un cap-de-mouton ou tout autre objet. On

décomet le bout du cordage, et courbant les torons sur eux-mêmes, on les

enlace de manière que les trois bouts passent en dedans et forment le

centre; on les lie entre eux, ou on les enlace de nouveau, ce qui forme

une tête d'alouette. On coupe les bouts excédans.

_Noeud de Hauban._

Ce noeud, ainsi que son nom l'indique, sert à rapprocher les deux

parties d'un hauban, ou toute autre manoeuvre dormante.

On sépare d'abord, sur une certaine longueur, les torons des deux

parties à joindre, en les croisant comme pour l'épissure; mais au lieu

de les faire passer dans les torons non décomis, on les enlace ensemble,

comme nous l'avons dit pour le cul-de-porc. Les bouts excédans sont

peignés et appliqués sur les haubans, où l'on fait un garni de lusin ou

merlin.

_Aiguilletage._

L'aiguilletage sert à réunir deux cordages garnis d'un oeillet, ou à

fixer une caliorne sur son pendeur, ou une poulie sur son piton. L'un

des deux objets qu'on veut réunir est garni d'un cordage appelé

aiguillette, qu'on fait passer successivement d'un oeillet à l'autre, en

ayant soin de faire les tours également tendus, après quoi on les bride

en travers avec le dernier bout de l'aiguillette qu'on engage dans les

tours.

_Genopes._

Les genopes servent à réunir deux cordages entre eux, ou un cordage sur

une vergue, etc. Ce ne sont que des amarrages plats, avec cette différence

que le premier rang, au lieu d'être en tours simples, est en tours

croisés, passant alternativement de dessus en dessous des deux objets

réunis.

_Noeud plat._

Pour réunir deux cordages par un noeud plat, il faut croiser les deux

extrémités en les tenant, celui de gauche par la main droite, et celui

de droite par la main gauche. Celui qui vient de la gauche ayant passé

de dessus en dessous, on le fait passer de devant en arrière, de

manière que chaque extrémité du cordage se trouve à côté du morceau

auquel il fait suite. C'est le noeud qu'on emploie pour amarrer les

garcettes de ris.

_Demi-Clef._

La demi-clef sert à arrêter immédiatement un cordage sur un objet

quelconque: on passe le cordage sur l'objet, et, le ramenant sur la

partie tendue, on engage le bout entre le cabiot, par exemple, et la

partie qui l'entoure, en faisant soit une genope pour l'arrêter, soit

une nouvelle demi-clef.

_Noeud d'Enfléchures._

Le noeud d'enfléchures, qui sert à fixer les enfléchures sur les

haubans, se compose de deux demi-clefs renversées. Appliquez sur la

partie du hauban qui vous fait face, le quarantenier dont vous voulez

faire l'enfléchure, tournez-le autour du hauban en le faisant passer en

dessous et par-dessus le premier tour; ramenez le bout en dessous après

lui avoir fait faire un second tour en souquant fortement, vous aurez

deux demi-clefs dont les bouts se présenteront l'un sur l'avant, l'autre

sur l'arrière.

_Noeud d'Agui, simple et double._

Le noeud d'agui sert à former une chaise avec un cartahu pour suspendre

un matelot le long d'une manoeuvre qu'il doit réparer, d'une voile ou du

bord. On tourne le cartahu sur lui-même, à quatre ou cinq pieds de son

extrémité, et on fait ainsi une espèce d'oeil dans lequel on fait passer

cette extrémité. On le dirige ensuite sur la partie tendue, de manière à

l'envelopper, et on le ramène dans l'oeil que l'on souque fortement.

C'est le noeud d'agui simple. Si le cordage avec lequel il est fait est

double, ce qui est plus commode pour l'homme qui travaille, puisque,

pendant qu'il est assis dans un des doubles, l'autre le soutient sous

les bras, le noeud est dit, _noeud d'agui double_.

_Noeud d'Écoute._

Ce noeud, dont le nom indique assez le but, et qui sert aussi à frapper

l'orin sur la bouée, la ligne de sonde sur le plomb, etc., se fait en

passant le bout du cordage dans l'oeillet de l'objet auquel on doit le

fixer, en le ramenant sous la partie du même cordage introduite dans

l'oeillet, de manière à embrasser les deux branches de celui-ci. En

tirant ensuite sur le cordage, le bout se trouve tellement souqué qu'il

ne peut se dépasser. Si ce noeud s'emploie sur des amarres pour touer un

navire, il est prudent de fixer le noeud d'écoute par une demi-clef et

un amarrage.

SECTION II.

Nous ne pousserons pas plus loin cette description des noeuds, mais nous

allons donner quelques renseignemens indispensables pour bien saisir ce

que nous avons à dire sur le gréement.

Une manoeuvre est garnie en bitord, lorsqu'elle est recouverte de tours

de bitord bien souqués et rapprochés autant que possible. Cette

opération se fait au moyen d'un maillet, appelé mailloche à fourrer, qui

porte une rainure cylindrique et longitudinale. Le bitord étant frappé

sur le cordage qu'on veut garnir ou fourrer, on en fait deux tours sur

la mailloche et son manche, et on la tourne de dessous en dessus, la

rainure appliquée sur le cordage, tandis qu'un homme, qui tient une

pelote de bitord, la fait mouvoir dans le même sens. Il va sans dire que

le cordage doit être fortement tendu pendant cette opération.

Un cordage est congréé lorsque l'espace vide que laissent les torons

après la torsion est rempli par un cordage d'une dimension suffisante

pour donner au cordage congréé une forme cylindrique. Autrefois on

congréait les étais et quelquefois même les haubans; mais cette méthode

a été abandonnée comme nuisible, parce qu'elle charge le gréement d'un

poids inutile, sans augmenter sa solidité; et en second lieu, parce que

l'eau de pluie séjournait entre le cordage et son congréage, et hâtait

son dépérissement.

Un cordage est garni en toile ou limandé lorsqu'on le recouvre de bandes

de toile goudronnées. Les bandes ont de trois à quatre pouces de largeur

et se roulent de manière à se recouvrir par la moitié. On les fixe par

quelques tours de bitord bien serrés, mais placés à environ un pouce ou

deux de distance.

On garnit quelquefois les cordages en basane ou en peau. Pour cela, on

coupe la peau ou la basane en bandes égales à la circonférence du

cordage, et après les avoir fait macérer dans l'eau pour qu'elles

puissent être travaillées plus commodément, on les coud sur le cordage

qu'on veut garnir.

On appelle paillets, des espèces de nattes confectionnées avec du bitord

ou des torons tressés ensemble. On en fait un fréquent usage à bord pour

empêcher le frottement qui pourrait entraîner la perte de telle ou telle

partie du gréement. Ainsi, on en place sur les haubans et galhaubans, à

l'endroit où les vergues, lors du brasséiage, portent dessus, et qu'on

appelle pour cela paillets de brasséiage. On en place aussi sur les

colliers des étais pour qu'ils ne soient pas ragués par les ralingues

des huniers et des perroquets; sur la partie des ancres placées dans le

porte-haubans, aux bossoirs, et qui peuvent se trouver en contact avec

les écoutes des basses voiles ou toute autre manoeuvre, etc.

Les sangles, faites en fil de carret ou en bitord fin, sont plus légères

et sont employées dans le même but que les paillets. On en garnit

ordinairement les ralingues de bordures des basses voiles et huniers, et

le premier hauban tribord et babord, au grand mât et au mât de misaine,

pour les préserver du frottement des basses voiles.

L'erse est un assemblage de fils de carret ou de bitord liés ensemble

par l'excédant même de ce fil de carret ou de ce bitord. Pour la

former, il faut, ayant deux points fixes, deux taquets par exemple,

faire dormant sur l'un d'eux, et, allant de l'un à l'autre, les

envelopper successivement jusqu'à ce que l'erse ait le nombre de fils

voulus; après quoi on les lie ensemble par le moyen de demi-clefs

espacées de deux à trois pouces. On forme ainsi une espèce de bague qui

sert à soulever les fardeaux. Pour cela, on entoure l'objet avec l'erse,

puis on passe un des bouts dans l'autre, et on croche le palan ou

caliorne sur le bout supérieur.

Lorsque l'erse est faite avec un cordage dont on a réuni les deux bouts

par le moyen d'une épissure à la longue, elle prend le nom d'élingue.

Elle sert aux mêmes usages que l'erse.

Les caps-de-mouton, les cosses et les poulies sont souvent entourés d'un

cordage qu'on a bagué au moyen d'une épissure. Ces cordages, ainsi

préparés, sont appelés estropes, et l'objet est dit estropé. L'estrope

réunit deux objets qui doivent agir ensemble. Ainsi, une poulie de

retour est estropée sur la cosse d'un piton, c'est-à-dire que la même

estrope les enveloppe, et qu'un amarrage placé entre la cosse et la

poulie les empêche de se dégager de leurs goujures. Les estropes faites

au moyen de l'épissure longue doivent être préférées. En général on les

garnit en bitord, toile, peau ou basane.

Un palan est l'assemblage de deux poulies, l'une double et l'autre

simple, réunies par un cordage appelé garant.

On les désigne ordinairement par le nom de l'action à laquelle ils sont

employés, et on dit palans de bouline, palans d'amures. Mais leur

véritable différence est non dans leur force et leur emploi momentané,

mais dans la manière dont la poulie double est estropée.

Les estropes sont à fouet ou à croc. Le fouet est formé par une des

branches de l'estrope qui s'élève au-dessus de la partie supérieure de

la poulie, lorsqu'on a fait l'épissure. Si le cordage n'est pas assez

maniable pour le frapper facilement, on le décomet et on en fait une

garcette.

Le fouet se frappe sur un cordage en l'embrassant par deux tours, en le

croisant ensuite et ramenant le bout du fouet en dessus tourné autour du

cordage, ou on l'arrête par un amarrage.

L'estrope à croc porte, dans son pli supérieur, une cosse à croc.

Tout cordage qui se frappe sur un autre pour s'opposer à son action, est

appelé bosse.

Les bosses sont à fouet ou à aiguillette.

A fouet, elles sont formées par un cordage dont une extrémité porte un

oeillet au moyen duquel on la fixe sur un piton ou tout autre point en

l'y baguant. Son extrémité, décomise ordinairement, est tressée en

garcette pour se frapper plus facilement; ce qu'on fait comme pour le

palan.

A aiguillette, le cordage qui les forme est terminé par un cul-de-porc

double qu'on bride sur le cordage à arrêter par une aiguillette adaptée

en dessous du cul-de-porc. L'extrémité opposée est à cosse ou à croc,

pour se crocher ou s'aiguilleter au lieu convenable.

Le dormant d'une manoeuvre est son point fixe inamovible; son courant

est la partie sur laquelle on agit pour produire l'effet.

CHAPITRE II.

SECTION PREMIÈRE.

MANOEUVRES DORMANTES DES BAS MATS.

_Beaupré, Liûres._

Aussitôt que les bas mâts sont en place on doit s'occuper à les tenir.

Le mât de beaupré portant tous les étais du mât de misaine qui,

lui-même, porte ceux des grands mâts de hune et de perroquet, étant

placé à l'extrémité du navire, où les secousses imprimées par le tangage

sont les plus violentes; supportant, dans ce même instant, presque tout

le poids de la mâture que le mouvement de tangage jette en arrière, a

besoin d'être établi de la manière la plus solide, et sa tenue, d'où

dépend souvent celle du reste de la mâture, doit être l'objet des soins

du second et du maître d'équipage.

Le mât de beaupré est retenu dans son étambraie par les deux apôtres, et

son extrémité inférieure est engagée entre deux fortes pièces de bois ou

montans appelés flasques de beaupré.

Pour faire adhérer autant que possible le beaupré au corps lui-même du

navire, on le lie à la guibre par le moyen d'un ou deux amarrages

appelés liûres de beaupré. Pour que les tours du cordage ne s'allongent

pas une fois l'amarrage fait, on se sert en général d'un cordage qui a

servi, mais sans avoir perdu de sa force. Ordinairement on emploie une

guinderesse. Il y a dans la guibre autant de mortaises qu'il doit y

avoir de liûres. Avant l'opération, on charge le beaupré d'un poids

considérable, en suspendant à son extrémité une embarcation ou une

barrique, etc., afin qu'il s'applique plus parfaitement sur la guibre.

S'il y a plusieurs liûres, on commence par celle d'en dedans. On fixe

par un noeud coulant la guinderesse sur le beaupré, on la fait passer

dans la mortaise, et après avoir fait un tour sur le mât en avant du

dormant, on la fait passer de nouveau dans la mortaise en arrière du

premier tour qu'elle croise. Si l'on a pu se procurer un ponton pour

faire cette opération, la guinderesse vient, de la mortaise, passer dans

une poulie de retour crochée sur le ponton, et se garnit à son cabestan;

sinon on fixe une poulie de retour dans un des trous de sous-barbe de

la guibre, et la guinderesse vient, de là, en passant par le chaumard de

l'amure de misaine, ou l'écubier, se garnir au cabestan. Ce tour bien

raidi, on fait deux ou trois genopes à demeure, et on dévire le cabestan

pour faire un second tour qu'on raidit et genope de la même manière. Le

nombre des tours qu'on veut donner à la liûre étant faits, on les bride

ensemble avec le bout restant entre le mât et la guibre. La seconde

liûre se fait de la même manière.

Autrefois, et quelquefois encore aujourd'hui, on clouait sur le beaupré

et la guibre les tours de la liûre ainsi faite, afin de les empêcher

soit de se desserrer, soit d'avoir un mouvement de l'avant à l'arrière,

soit afin de tenir le mât lors même que l'un des tours viendrait à

casser. Mais cette habitude est abandonnée par tous les marins que la

routine seule ne conduit pas; car il est évident que le clou qui

traverse le cordage le prive d'une partie de sa force et hâte sa

pourriture par l'eau qui le pénètre.

Les liûres faites, on les entoure sur le beaupré de taquets cloués de

l'avant et de l'arrière pour empêcher tout mouvement. On les enveloppe

d'une toile peinte, clouée sur le mât et lacée entre ce dernier et la

guibre. La partie de la liûre qui embrasse la guibre est recouverte par

une feuille de plomb. Après des traversées longues et pénibles, il faut

avoir soin de faire déclouer le plomb et la toile pour visiter les

liûres et les faire sécher et aérer.

_Sous-Barbes, fausses Sous-Barbes, Capelage._

Au milieu de la longueur totale du mât de beaupré, ou plutôt aux deux

tiers de sa partie extérieure, à partir de l'étambraie, on aiguillette

deux moques pour le ridage des étais de misaine. Ces moques sont à

doubles goujures, leur estrope doit donc être double. Elles sont

aiguilletées sur le beaupré, mais sur ses côtés, de manière à laisser

entre elles l'espace nécessaire au passage du bâton de foc. On peut

aussi estroper les deux moques avec le même cordage, en laissant entre

les deux amarrages qui les fixent un espace égal au diamètre du beaupré.

Ces moques sont souvent remplacées par de fortes cosses à doubles

goujures qui en portent une seconde, sur laquelle viennent se fixer les

étais de misaine.

De l'avant et de l'arrière des moques d'étai on aiguillette les moques

des sous-barbes, au-dessous du beaupré. Les sous-barbes sont formées

par un cordage qui passe dans une mortaise pratiquée à la guibre et dont

les deux bouts viennent s'épisser. Dans le pli supérieur on fixe, par un

amarrage plat, une moque semblable à celle du beaupré. On les réunit par

une ride qui va de l'une à l'autre, et dont on a soin de raidir tous les

tours au moyen d'un fort palan; tours qu'on doit genoper l'un à l'autre

toutes les fois qu'on largue le palan pour en passer un nouveau; on les

bride ensuite avec le bout excédant.

D'après la place qu'occupent les sous-barbes, on voit qu'elles doivent

contre-balancer les efforts des étais de misaine; il faut donc les tenir

avec beaucoup de soin, et pendant leur ridage charger la tête du mât

comme nous l'avons dit pour faire les liûres.

Presque à l'extrémité du mât on aiguillette une troisième moque qui sert

au ridage de la fausse sous-barbe, en tout semblable aux sous-barbes que

nous venons de décrire. Celle-ci est destinée par sa position à

contre-balancer l'effort de l'étai du petit mât de hune et de la draille

du petit foc.

Pour éviter que les sous-barbes soient raguées par les câbles-chaînes,

la fausse sous-barbe et la seconde sous-barbe sont elles-mêmes en

chaînes, ou au moins leur partie inférieure est formée par une chaîne

qui, au moyen d'un petit boulon, vient se marier à la cosse qui porte le

cordage qui fait l'extrémité supérieure de la sous-barbe.

Il n'est même pas rare de voir des navires ayant toutes leurs

sous-barbes en chaînes. Mais si le beaupré est tenu par ces dernières

d'une manière plus solide, puisqu'elles n'adonnent pas comme les

sous-barbes en filin, ce manque d'élasticité ne les expose-t-il pas à

une rupture plus facile dans les violens coups de tangage?

En résumant ce que nous venons de dire, on voit que le capelage du

beaupré se compose de l'estrope de la première sous-barbe, et avant

l'estrope ou les deux estropes pour les moques des deux étais de

misaine, les estropes, ou plutôt l'estrope à deux branches pour les

poulies des boulines de misaine; l'estrope de la seconde sous-barbe,

presque à l'extrémité du mât; l'estrope pour la fausse sous-barbe.

Lorsque ce capelage est terminé, pour l'empêcher de tomber sur

l'arrière, en ridant les sous-barbes et les étais, on cloue sur

l'arrière un fort croissant en bois, soutenu par des taquets.

_Haubans._

Quelquefois, avant de prendre la mer, on consolide encore le beaupré au

moyen de deux haubans. Ces haubans sont formés par un cordage double,

dont le pli inférieur porte une cosse et un croc qui se croche à un

piton disposé à cet effet sur la joue du navire. Le pli supérieur porte

un cap-de-mouton, une moque ou une cosse, arrêté par un amarrage plat,

et qui, garni d'une ride, vient se rider sur deux caps-de-mouton, moques

ou cosses, aiguillettes, en avant de la moque de la seconde sous-barbe.

Ces haubans et leurs moques s'enlèvent ordinairement au mouillage.

_Garde-Corps._

Sous le chouc du beaupré, qui est placé verticalement et qui est mis en

place avant de mâter, sont deux pitons sur lesquels on épisse un cordage

qui, garni d'une cosse, vient rider sur deux montans en fer fixés sur la

tête des apôtres. Ces cordages, appelés garde-corps, servent aux

matelots pour monter et descendre le long du mât avec facilité.

_Des Haubans et des Étais des bas Mâts._

Les bas mâts sont tenus par des haubans et des étais. Les haubans

tiennent les mâts de l'arrière, et les empêchent d'obéir aux mouvemens

du roulis, c'est-à-dire d'un bord sur l'autre. Pour lier de la manière

la plus favorable le mât au navire, il a fallu, en prenant pour point

fixe le capelage du mât, en avoir un second sur le navire pour raidir le

hauban convenablement, et éloigné autant que possible du pied du mât;

car on conçoit qu'il sera d'autant mieux tenu que l'angle que fera son

axe avec la direction du hauban sera plus grand. Ce point a été trouvé

au moyen du porte-hauban, plate-forme en bois située à l'extérieur, à

partir de la face avant du mât, et continuée de l'arrière, d'une

quantité suffisante pour porter le dernier galhauban de perroquet.

La chaîne de bas hauban se compose d'une barre de fer rond, doublée sur

elle-même, portant à son extrémité supérieure une estrope en fer, qui

remplit la gougure d'un cap-de-mouton; et à son extrémité inférieure,

une barre de fer plat, qui est chevillée et boulonnée sur les

préceintes, les membres et le vaigrage. La partie inférieure de

l'estrope en fer du cap-de-mouton repose dans une échancrure pratiquée

au bord extérieur du porte-hauban, recouverte, après que tous les

caps-de-mouton sont en place, par une forte tringle en bois.

On emploie pour la confection des haubans, du chanvre de premier brin,

commis en aussière, c'est-à-dire à quatre. Ce cordage doit être plus

commis que les manoeuvres courantes, afin d'adonner le moins possible,

et d'éviter par là de rider; opération toujours longue et difficile à la

mer.

Il y a peu d'années encore que plusieurs vaisseaux de guerre et même des

frégates avaient leurs bas haubans en grelin; mais ce commettage a été

abandonné et n'existe que pour les étais.

La longueur des haubans se prend en mesurant la distance du capelage aux

porte-haubans. A bord des bâtimens de guerre, on augmente cette quantité

de trois, quatre ou cinq pieds, suivant le rang du bâtiment, afin que le

hauban puisse être épissé plusieurs fois, s'il est coupé par les boulets

de l'ennemi.

Le nombre des haubans n'est pas déterminé d'après une règle fixe; les

bâtimens de guerre seuls sont soumis à un tarif. Leur grosseur n'est

soumise à aucune règle[1], cependant on leur donne en général les deux

tiers de l'étai du grand mât, qui est lui-même les deux tiers du câble,

lequel a un demi-pouce de circonférence par pied de bau.

[1] Chaque port de guerre ayant un tarif qui détermine la grosseur et

la longueur de toutes les manoeuvres, nous ne parlerons ici que des

navires du commerce.

Le mât de misaine a un hauban de moins que le grand mât; le mât

d'artimon un tiers de moins, et quelquefois il est au-dessous de cette

quantité; car un bâtiment ayant sept haubans au grand mât, n'en porte en

général que quatre à son mât d'artimon.

Avant de couper les haubans, il faut faire élonger à la caliorne, et

même s'il est possible au cabestan, les pièces de cordage qui doivent

servir à leur confection. Il est bon de les laisser ainsi élongées

pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, pour leur faire subir une

première tension et les empêcher de se rouler sur elles-mêmes; ce qu'on

appelle faire des coques.

Les haubans se coupent par paire. A partir d'un piquet ou d'une

épontille, on mesure sur le plancher la distance du capelage au

porte-hauban, à laquelle on ajoute la moitié de la circonférence du mât

pour former l'oeillet du capelage. De cette marque, sur laquelle on fixe

le bout du cordage, des hommes tenant la pièce marchent vers le piquet,

font passer le cordage sur son avant, redescendent vers la marque, et

alors on coupe le cordage à un demi-pied environ au-delà de cette même

marque, parce que cette seconde branche doit être plus longue que la

première, à cause de son obliquité. La première paire du bord opposé se

coupe de la même manière; seulement, comme elle est capelée au-dessus,

elle doit être plus longue du diamètre du cordage, c'est pourquoi en la

coupant on la fait passer sur l'avant de la paire déjà coupée. On

continue pour les autres paires comme on vient de le dire, en ayant soin

de donner à chaque branche un demi-pied environ de plus qu'à celle qui

doit la précéder sur le mât. Lorsque tous les haubans sont coupés, on

marque le point du cordage qui touchait le piquet, non comme le milieu

de la paire des haubans, puisqu'une branche est plus longue que l'autre

d'un demi-pied, mais comme le milieu de l'oeillet du capelage. On

marque aussi, au moyen d'un lusin engagé entre les torons, le numéro de

la paire.

Cela fait, chaque paire est élongée sur les chevalets et raidie avec un

vireveau ou une caliorne. On garnit en bitord l'oeillet du capelage et

chacune des branches jusqu'au point où doivent aboutir les gambes de

revers. Ce point se trouve en portant, de chaque côté du milieu de

l'oeillet du capelage, une distance égale à la longueur du tour du mât.

Les premiers haubans de l'avant au grand mât et au mât de misaine sont

garnis en bitord dans toute leur longueur, pour résister au frottement

des basses voiles; on les couvre outre cela d'une sangle lorsqu'on est à

la mer. Quelquefois, avant de garnir de bitord, on limande le hauban;

mais c'est lourd et inutile.

La garniture faite, on retire les haubans de dessus les chevalets, et

les pliant à partir du milieu de l'oeillet de capelage, on fait, avec

une forte ligne ou quarantenier, un amarrage plat de huit ou dix tours,

qui détermine cet oeillet. Au bout de chaque branche, on fixe, par un

amarrage à faux frais, un cap-de-mouton garni de sa ride.

Si le nombre des haubans est impair, le dernier hauban de chaque bord

est formé avec le même morceau de cordage; l'amarrage qui forme

l'oeillet du capelage est fait en croisant les branches, et en capelant

on en laisse tomber une à tribord et l'autre à babord.

Au lieu de se servir de ce moyen, quelquefois une des branches de la

première paire de chaque bord n'a que le quart de la longueur du hauban,

et portant une forte cosse enveloppée par son extrémité inférieure et

épissée par-dessus, sert de pendeur de caliorne.

Les étais sont destinés à maintenir les mâts sur l'avant en s'opposant à

l'effet du tangage. Ils sont en cordage commis en grelin, c'est-à-dire

qu'après avoir commis trois torons pour en faire un cordage, on commet

ensemble trois de ces cordages et on forme le grelin. Cette espèce de

cordage adonne moins que celui commis en aussière, et c'est pour cette

raison qu'on s'en sert pour la confection des étais.

La pièce de cordage qu'on destine à faire un étai, doit être élongée au

moyen d'une caliorne ou d'un cabestan, et laissée, s'il est possible,

deux ou trois jours dans cette position, en ayant soin de faire virer

plusieurs fois dans cet intervalle sur la caliorne ou le cabestan, pour

abraquer le mou qui doit résulter de cette tension.

Il y a deux manières de préparer l'étai pour le rendre propre à être

capelé: 1º l'étai ayant été coupé à la longueur convenable, on l'élonge

en le raidissant fortement par deux caliornes. A une des extrémités on

fait un oeillet assez grand pour y passer l'étai lorsqu'il aura été

garni. On mesure, à partir de l'oeillet, une longueur égale à celle du

ton du mât, et on marque. A cette marque, on fait, au moyen d'un garni

de bitord, recouvert par un tissu de ligne ou de bitord en queue de rat,

un bourlet appelé pomme d'étai, dont le grand diamètre qui fait face à

l'extrémité inférieure de l'étai, doit être le double de celui de l'étai

et qui se termine en diminuant graduellement vers l'oeillet. Après avoir

garni en bitord toute la partie qui sépare la pomme de l'oeillet, on

passe le bout inférieur dans l'oeillet jusqu'à ce qu'il s'arrête à la

pomme, et on a par ce moyen un vaste collier qui peut embrasser le

capelage. Cette manière de confectionner les étais est en général

abandonnée, on y substitue la suivante:

L'étai étant élongé comme nous l'avons dit, on fait à une de ses

extrémités un oeillet du diamètre de l'étai. On mesure, à partir de cet

oeillet, une longueur égale à celle de la moitié du ton du mât pour

lequel on travaille, et on marque. On prend un morceau du même cordage

qui a servi à faire l'étai, et à une de ses extrémités on fait un

oeillet comme celui dont nous venons de parler. On applique oeillet

contre oeillet, et le morceau de cordage contre l'étai jusqu'à la marque

qui a été faite en portant dessus la demi-longueur du ton, et au-dessous

de cette marque on épisse le morceau de cordage sur l'étai. On a formé

ainsi deux branches égales en longueur et en force, et qui, au moyen

d'une aiguillette frappée sur l'un des deux oeillets, et passant

successivement de l'un dans l'autre, embrassent le capelage et y fixent

l'étai. On garnit en bitord depuis les oeillets jusqu'à un pied environ

au-dessous de l'épissure.

_Capeler les Élongis, les Traversins et les Hunes._

Ordinairement lorsqu'on mâte, surtout avec une machine à mâter, le mât

est mis en place avec ses élongis; dans le cas contraire, on les met en

place de la manière suivante: (la tête de chaque mât doit être garnie de

deux poulies aiguilletées, dans lesquelles passent deux cartahus.)

Supposons qu'on veuille capeler les élongis du grand mât, on les dispose

sur l'avant du grand mât, dans le sens qu'ils doivent prendre sur les

jottereaux. On affale les deux cartahus, et on les frappe sur la partie

avant, en les élongeant extérieurement et les genopant au milieu et sur

la partie arrière. On frappe sur l'avant un cartahu de retenue qui vient

passer au mât de misaine. Les cartahus étant passés dans des poulies de

retour, on fait hisser, en abraquant celui du mât de misaine. Par la

manière dont les cartahus sont frappés, la partie arrière de l'élongis

se présente la première; on les fait emboîter, et coupant la genope on

continue à hisser, ce qui fait prendre à l'élongis une position

horizontale et donne la facilité de le fixer sur les jottereaux à la

place qu'il doit occuper. Les charpentiers mettent les clefs, et on

défrappe les cartahus.

Les élongis de misaine et d'artimon se hissent et se mettent en place de

la même manière.

Les élongis capelés, on dispose, dans le sens qu'ils doivent occuper,

les barres traversières ou traversins; on frappe un cartahu sur chaque

bout, et celui de retenue au milieu; on fait hisser en abraquant la

retenue jusqu'à ce que le traversin soit en dessus des adens pratiqués

sur les élongis, puis on amène en faisant emboîter le traversin dans les

adens, après quoi on les fixe au moyen de chevilles.

La hune est une espèce de plate-forme qui repose sur les élongis et les

traversins. Sa largeur est ordinairement la moitié de celle du navire,

et sa longueur est un peu moindre. Sa face arrière est coupée carrément,

et sa face avant arrondie. Tribord et babord, elle est percée de trous

quadrangulaires pour laisser passer les lattes des caps-de-mouton des

haubans de hune. Dans le milieu est un trou carré, dont le côté a le

tiers de la largeur de la hune, et qui reçoit le nom de trou du chat.

Pour la hisser, on la pose sur le pont, la partie circulaire sur l'avant

et dans sa position naturelle. On frappe sur sa partie arrière en

faisant passer de dessous en dessus, par le trou du chat, deux cartahus,

et on les genope de distance en distance jusqu'à sa partie circulaire,

de manière qu'elle puisse monter dans une position verticale. Un cartahu

venant du mât d'artimon, si on hisse la grande hune, et du grand mât, si

on hisse la hune de misaine, est frappé en patte d'oie sur la partie

arrière, et genopé sur l'avant, afin de l'écarter des élongis.

Lorsqu'après avoir hissé, elle a dépassé les élongis, on mollit la

retenue dont on coupe la genope. Quand la hune qui s'appuie sur le ton

du mât touche les poulies des cartahus, on coupe les premières genopes

en continuant à hisser. La partie avant du trou du chat se trouve

bientôt au-dessus du ton du mât, alors on abraque la retenue, et la

hune, exécutant un mouvement de bascule, prend une position horizontale

et se trouve suspendue par les cartahus genopés sur son milieu; on

l'amène dans la position qu'elle doit occuper sur les barres, et on l'y

fixe par des chevilles à goupille.

CAPELAGE DES BAS MATS.

_Capelage du grand Mât._

Avant de capeler, on fixe des coussins en bois mou sur les élongis, et

on goudronne la partie du ton sur laquelle doit reposer le capelage.

Les haubans sont élongés sur le pont ou dans un canot le long du bord;

on affale le cartahu de tribord, et on le frappe au milieu du hauban

portant le nº 1; on fait ensuite deux genopes, la première à quelques

pieds en dessous de l'amarrage, et la seconde sur l'oeillet du capelage.

On hisse; cette seconde genope étant parvenue à toucher la poulie du

cartahu, on la coupe, et continuant à hisser, l'oeillet du capelage

dépasse le ton du mât; les gabiers le font incliner sur babord, et en

amenant le cartahu il prend le ton du mât. Alors on le fait descendre

sur les coussins des élongis en le forçant à coups de maillet.

Quoiqu'il importe fort peu de quel bord on commence le capelage,

l'habitude est de commencer par tribord au grand mât et au mât

d'artimon, et par babord au mât de misaine.

Lorsque le nombre des haubans est impair, la première paire a pour

seconde branche un pendeur ayant pour longueur le quart du hauban,

lequel pendeur porte à son extrémité une forte cosse, afin de recevoir

l'aiguillette de la caliorne.

Si, le nombre des haubans étant pair, on veut avoir les pendeurs des

caliornes capelés, on les forme du même bout de cordage en croisant

l'amarrage, et commençant le capelage par eux on jette une branche de

chaque bord. Si, outre le pendeur de caliorne, on veut capeler celui de

candelette, alors ils se forment comme nous venons de le dire, et les

deux branches tombent du même bord. Mais en général on ne capelle plus

les pendeurs, et on les met en place lorsqu'ils sont nécessaires, en

faisant un tour mort sur le capelage.

La première paire de haubans étant capelée, on capelle la seconde, qui

devient première du côté de babord, et on lui donne une direction

absolument semblable. On capelle ensuite la troisième paire, et en

faisant descendre son oeillet pour l'appliquer exactement sur celui de

la deuxième, on a soin de le faire un peu biaiser, afin que ses branches

tombent en arrière de celles déjà en place. On capelle ensuite la

quatrième paire à babord, la cinquième à tribord, de manière que, le

capelage terminé, les numéros impairs sont à tribord, et les numéros

pairs à babord. A mesure qu'une paire est capelée, on passe la ride du

cap-de-mouton du hauban dans celui correspondant sur le porte-haubans,

quoiqu'il n'y soit fixé que par un amarrage à faux frais; mais c'est

afin de ne pas les laisser pendre le long du mât.

Pour capeler l'étai, on passe deux cartahus par le trou du chat et en

dehors des élongis, on les frappe à deux pieds environ de l'épissure des

branches de l'étai, et l'on genope ensuite chaque cartahu sur une des

branches. En hissant, elles viennent embrasser les élongis. Quand elles

sont dans la hune, on coupe les genopes et on amarre les cartahus afin

d'avoir plus de facilité à faire l'aiguilletage des deux branches;

lorsqu'il est terminé, on largue les cartahus et on amarre à faux frais

l'étai sur le point où plus tard il sera raidi. Après l'étai, et de la

même manière, on capelle le faux étai; mais, à bord de beaucoup de

navires, au lieu d'un étai et d'un faux étai, on capelle deux étais

égaux. On conçoit alors qu'on a dû diminuer la grosseur de l'étai; c'est

ce qu'on a fait en prenant, en général, pour circonférence de chacun des

étais égaux, la moyenne entre celle du grand étai et de son faux étai.

Le grand étai avait les deux tiers du câble, et le faux étai, les deux

tiers du grand. Un navire de trente pieds de baux avait donc un étai de

10 pouces et un faux étai de 6-2/3; il aura maintenant deux étais de 8

pouces 1/2.

Le grand étai, ou plutôt les grands étais, car, comme nous l'avons dit

déjà, presque tous les navires portent, à leur grand mât et à leur mât

de misaine, deux étais égaux, sont disposés de diverses manières:

A une estrope faite avec un cordage dont la dimension est les deux tiers

de l'étai, est fixée la moque de ridage; et après que l'amarrage à plat

a été fait, les deux branches passent dans des trous garnis en plomb,

pratiqués de chaque côté de l'étrave dans la muraille du navire, puis,

se croisant sur la courbe de capucine, remontent en se fixant sur

elles-mêmes par plusieurs amarrages plats.

On dispose deux moques semblables en les faisant incliner un peu, l'une

sur tribord, l'autre sur babord, pour qu'elles correspondent plus

exactement aux étais qui passent le premier à tribord, le second à

babord du mât de misaine. Ce dernier est garni d'un croissant en bois

tendre, pour ne pas être endommagé par les étais qu'on a soin de fourrer

et de recouvrir en basane à ce point.

Les estropes dont nous venons de parler sont limandés à leur partie

extérieure, qu'on recouvre avec une plaque de plomb clouée. On remplace

quelquefois les moques par des cosses, et les étais, où portent des

moques semblables qu'on réunit par une ride, ou passent dans la cosse.

Quelquefois deux fortes boucles, chevillées et boulonnées sur bau,

tribord et babord du mât de misaine, portent les cosses sur lesquelles

les étais viennent se raidir.

On peut, au lieu de capeler les haubans, comme nous l'avons indiqué plus

haut, les uns sur les autres, les capeler les uns dans les autres;

c'est-à-dire que chaque oeillet de la paire de babord, au lieu de

reposer sur l'oeillet correspondant de tribord, l'embrassera. Il est

évident que pour que cela puisse avoir lieu, il a fallu, en

confectionnant les haubans de babord, augmenter d'une quantité

suffisante le diamètre de l'oeillet du capelage. Cette installation

réduit nécessairement de moitié la hauteur du capelage, et fait paraître

le gréement plus léger.

_Capelage du Mât de Misaine._

Après avoir mis les coussins sur les jottereaux, comme on l'a fait au

grand mât, on capelle une forte poulie, ou mieux, encore une moque à

rouet de fonte, pour le passage de l'étai du grand mât de hune. Elle

doit présenter de l'arrière et dans la direction du milieu du mât. On

capelle ensuite les haubans comme on l'a dit pour le grand mât, avec la

seule différence que le premier est mis à babord, et que le capelage une

fois terminé, les numéros impairs sont à babord, et les numéros pairs à

tribord.

L'observation faite pour les pendeurs des caliornes et des candelettes

du grand mât, s'applique aussi à ceux de misaine.

Les étais ayant été capelés, leurs extrémités vont s'amarrer, à faux

frais, sur les deux moques placées, pour leur ridage, au capelage du mât

de beaupré.

_Capelage du Mât d'Artimon._

Les coussins mis en place, on capelle une poulie double qui doit servir

pour former le palan de la drisse de corne; elle doit donc être de

l'arrière et répondre entre les deux élongis. Cette poulie, au lieu

d'être capelée, est souvent aiguilletée sur le capelage. Souvent aussi

elle est supprimée et remplacée par un chaumart à deux rouets, placé

entre les élongis.

On capelle les haubans en commençant par tribord, après quoi on capelle

l'étai. Le mât d'artimon n'a pas en général de faux étai, à moins qu'on

ne donne ce nom à la manoeuvre qui sert de draille au foc d'artimon;

manoeuvre qui se trouve supprimée de droit, lorsque le foc d'artimon,

ainsi que cela arrive quelquefois, est envergué sur une corne.

L'étai passe dans une moque à rouet de fonte, qui est fixée au grand

mât, à quatre à cinq pieds du pont. L'estrope de cette moque embrasse le

mât, et est aiguilletée sur sa face avant. On la soutient par de petits

taquets cloués à distance de quelques pouces, afin de l'empêcher de

descendre au ridage.

Quelquefois deux boucles sont fixées tribord et babord de l'étambrai du

grand mât. On épisse, sur la cosse d'une de ces boucles, un morceau de

cordage de la même grosseur et espèce que l'étai; puis, après y avoir

passé une cosse, on épisse le second bout sur la boucle du bord opposé.

C'est ensuite sur le milieu de ce cordage, auquel on doit laisser assez

de mou pour qu'il passe au-dessus du râtelier de manoeuvre du grand mât,

que l'étai vient s'amarrer, en enveloppant la cosse qui y a été placée,

avant de faire le dormant sur la deuxième boucle.

Au lieu de faire dormant sur les boucles, avec un cordage qui ne fait

pas partie de l'étai, on peut, en arrière du râtelier de manoeuvre du

grand mât, épisser à l'étai un morceau de cordage de même dimension;

alors l'étai a deux branches qui font dormant sur les deux boucles dont

nous venons de parler.

L'une ou l'autre de ces installations, qui rendent l'étai du mât

d'artimon indépendant du grand mât, nous paraît préférable à la première

qui a été décrite.

Le mât d'artimon n'a pas de caliornes et par conséquent de pendeurs. Il

n'a que des pendeurs de candelettes, auxquelles il faut appliquer les

observations faites pour les candelettes du grand mât.

_Caliornes, Candelettes, Palans d'Etai._

Les caliornes se composent de deux fortes poulies à dez de fonte, l'une

supérieure à trois rouets, et la seconde inférieure à deux rouets. Elles

sont réunies par un cordage appelé garant qui fait dormant sur l'estrope

de la poulie double. Dans l'estrope de la poulie triple est fixée, au

moyen d'un amarrage plat, une cosse portant une aiguillette; on fixe de

la même manière, dans la partie inférieure de l'estrope de la poulie

double, une cosse portant un croc.

La candelette diffère de la caliorne en ce qu'elle n'est formée que par

la réunion d'une poulie double et d'une poulie simple.

Si les pendeurs sont capelés et qu'on veuille se servir de la caliorne

ou de la candelette, on les aiguillette à leur pendeur, en les

soulageant au moyen d'un cartahu, afin de donner au matelot, placé dans

les haubans, la facilité de passer plusieurs tours de l'aiguillette de

la poulie dans la cosse du pendeur.

Si les pendeurs ne sont pas capelés, on les hisse dans la hune au moyen

d'un cartahu, et, les fixant au ton du mât par un tour mort et un

amarrage, on dirige le pendeur dans la direction convenable et on y

aiguillette sa caliorne, comme nous venons de le dire.

Les caliornes et les candelettes servent à soulever de lourds fardeaux;

elles servent aussi, comme nous le verrons bientôt, au ridage du

gréement des bas mâts.

Ordinairement, lorsque l'opération à laquelle elles ont servi est

terminée, on largue l'aiguilletage, en ayant soin, auparavant, de les

soutenir avec un cartahu; puis on les élonge sur le pont, on bride les

garans par des amarrages en fil de carret ou en bitord, et elles sont

envoyées dans la cale. Si les pendeurs ne sont pas capelés, on les

défrappe aussi. Si on voulait les garder en place, il faudrait les

élonger le long des haubans, et crocher la poulie double à un des pitons

des porte-haubans.

Pour embarquer et débarquer les objets d'un moindre poids, on fait usage

du palan d'étai. Il est formé par deux poulies, l'une double et l'autre

simple. La double, ou supérieure, est estropée à un long pondeur qui

s'amarre au ton du grand mât; la poulie simple porte un croc à

émérillon.

Afin de pouvoir diriger le palan d'étai de l'arrière à l'avant, on

frappe une poulie simple sur le pendeur, et on passe dans cette poulie

un cordage qui, après avoir fait dormant sur les élongis de misaine,

vient passer dans une poulie simple qui y est aiguilletée. C'est ce

qu'on appelle le guide du palan d'étai. Lorsqu'il est simple, il fait

dormant sur le pendeur.

On conçoit qu'en halant sur le guide, on peut faire prendre au palan

d'étai une position perpendiculaire sur la grande écoutille. On bague

dans l'estrope de la poulie simple une petite estrope à cosse pour y

crocher le palan de bout de vergue.

On appelle ainsi un palan à long pendeur qu'on frappe sur la basse

vergue et dont le garant, passant sur le pont dans une poulie de retour,

sert avec le palan d'étai à décharger les canots, etc.

_Ridage du Gréement des Bas Mâts._

La tenue du gréement d'un mât doit toujours commencer par l'étai.

Si on veut tenir le grand mât, il faut aiguilleter les caliornes sur

leurs pendeurs, si elles ne le sont pas; brider fortement les pendeurs

au mât, et crocher, aussi loin que possible sur l'avant, les poulies

doubles des caliornes. Cela fait, on enlève tous les coins des

étambraies, de manière que le mât ne porte plus que sur son emplanture.

On range les matelots sur les garans des caliornes, en les faisant,

autant que possible, haler en marchant et sans secousses, on porte le

mât de l'avant. Quand il est dans la position qu'on veut lui donner, on

tourne les garans des caliornes et on les genope en plusieurs endroits.

On frappe sur le milieu de chaque étai une caliorne de braguet, dont la

poulie croche la ride, si l'étai est à ride, ou le trésillon du bout de

l'étai, si on raidit sur l'étai lui-même. On passe les deux garans des

caliornes dans des poulies coupées, crochées au fronteau d'avant, et on

fait haler sur ces caliornes jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que celles qui

sont sur le mât mollissent. Alors on tourne les garans et on les genope.

Si l'étai est à ride la ride est genopée, passe deux tours en dessus de

la moque et bride ensuite tous les tours. Si on raidit sur l'étai

lui-même, on s'occupe immédiatement de faire les amarrages en arrière

de la cosse. Lorsqu'ils sont terminés, on défrappe les caliornes de

braguet, on largue la bridure des pendeurs, et on les élonge le long des

haubans.

Nous avons dit qu'après avoir capelé les haubans, on passait la ride de

chaque cap-de-mouton dans celui qui lui correspondait sur le

porte-hauban. Les haubans ainsi tenus à faux frais, on marque, en

appliquant sur eux une ligne horizontale, la hauteur où doit être le

cap-de-mouton de chaque hauban, et l'on travaille aussitôt à l'y fixer

par un amarrage en étrive, puis on retrousse le bout du hauban lui-même

en l'y retenant par deux amarrages plats.

Ces amarrages faits, ainsi que ceux des étais, on raidit les haubans

soit au moyen des caliornes, soit avec de forts palans frappés à

l'avance sur le milieu de chaque hauban. Le ridage doit commencer par le

hauban de l'avant de chaque bord, en observant de les haler ensemble, et

de continuer ainsi, de deux en deux, jusqu'à ceux de l'arrière.

Pour rider, on frappe sur le croc de la caliorne, ou du palan, la ride,

et, faisant ranger les hommes sur les garans qui passent dans des

poulies de retour, on les fait marcher ou haler sans secousses. Pendant

ce temps, ceux placés de chaque bord dans les porte-haubans suivent la

ride et embraquent sur la partie la moins tendue, afin de rendre égal le

mouvement de ridage. Lorsque les deux haubans qu'on hale ainsi en même

temps, ont une tension égale et convenable, on genope la ride, on fait

deux tours sur le hauban, et le bout excédant, tombant entre le hauban

et le bord, s'enveloppe sur les tours intérieurs.

Pendant le ridage, celui qui dirige cette opération doit apporter le

plus grand soin à la tenue du mât. Il doit savoir de combien de lignes

par pied il est nécessaire que le mât incline sur l'arrière; mais avec

les étais il lui fait dépasser cette position sur l'avant, parce que le

ridage des haubans le fera tomber. Il veille à ce que le mât ne soit pas

porté plus sur un bord que sur l'autre, et cela au moyen d'un fil à

plomb venant de la tête du mât.

Le ridage terminé, on coince le mât dans ses étambraies, on cloue les

braies de mât, et on recouvre les caps-de-mouton et les rides de chaque

hauban avec un paillet qu'on lace par derrière. On aligne les bouts des

haubans en les coupant tous à même hauteur; on applique sur l'extrémité

un morceau de bois rond épais de une ou deux lignes, qu'on recouvre avec

une coiffe en toile peinte qu'on retient par un petit amarrage. Ce que

nous avons dit pour le ridage du gréement du grand mât, s'applique

exactement aux mâts de misaine et d'artimon. Ce dernier n'ayant pas de

caliornes, on le porte de l'avant au moyen de ses candelettes.

Lorsque les chaînes de bas haubans, au lieu de porter des

caps-de-mouton, portent des moques ou des cosses, le bout des haubans

passe dans ces moques, et après avoir été raidis comme nous venons de le

voir, sont fixés au-dessus par deux amarrages plats. Cette installation,

plus légère que celle des caps-de-mouton à ride, a le grand inconvénient

de rendre plus long et plus difficile, surtout à la mer, le ridage des

haubans. Cette considération est bien importante, particulièrement pour

les bâtimens de commerce qui ont des équipages peu nombreux.

Nous renvoyons à la fin de cet ouvrage pour donner la description des

rides en fer, appelés rides à la _Pinchau_, du nom de l'inventeur.

Plusieurs grands navires du commerce en ont adopté l'usage, ainsi

qu'une partie des vaisseaux et frégates de la marine de l'état.

_Enfléchures, Trelingages, Gambes de revers._

Les haubans raidis, on fait les enfléchures qui servent d'échelons aux

matelots pour monter dans la mâture. On suspend de chaque côté des

haubans, au moyen d'un cartahu à patte d'oie, un espar qui sert de

marche-pied aux gabiers chargés de les faire. Ils les commencent

au-dessous du point où doit être fixé le trelingage et leur donnent

treize pouces d'intervalle. Ils sont munis d'un morceau de bois de cette

longueur, qu'ils portent successivement sur chaque hauban pour marquer

le point où doit être fait l'amarrage et le noeud.

Au bout des quaranteniers ils forment un petit oeillet qui est fixé sur

le hauban de l'arrière par un amarrage en fil de carret, ou mieux en

lignerole. Le quarantenier embrasse, par le noeud d'enfléchure, chaque

hauban, et, par un second oeillet et un amarrage, se fixe sur le second

de l'avant. Le premier hauban de l'avant étant indépendant du

trelingage, ne porte jamais d'enfléchures. A bord des grands navires,

on n'en fait que sur ceux du milieu.

Le trelingage sert de point d'appui aux gambes de hune ou de revers, qui

font, pour les haubans des mâts de hune, l'office des chaînes de haubans

pour les bas haubans. Le trelingage se compose de quenouillettes et de

morceaux de cordages portant à chaque extrémité un oeillet; c'est ce

qu'on nomme les branches du trelingage.

La quenouillette est une barre de fer rond, de deux à six pouces de

circonférence, suivant la force du navire. Après avoir été limandée et

garnie, elle s'amarre en dedans des haubans, en faisant sur chacun d'eux

un amarrage. Il faut en excepter celui de l'avant qui, étant dans l'axe

du mât, ne peut faire partie du trelingage; on rapproche ensuite les

haubans au moyen de palans qu'on frappe sur les quenouillettes

elles-mêmes, et on aiguillette les branches sur le hauban et son

correspondant à l'autre bord. Larguant les palans, les branches se

trouvent raidies. Mais il ne faut pas qu'elles forcent les haubans à se

rapprocher, c'est-à-dire à se couder, car, dans les mouvemens de roulis,

les haubans du vent soutenant tout l'effort de la mâture et n'étant

plus bridés par le trelingage, parce que les haubans sous le vent ont

alors du mou, ils allongent de toute la quantité dont on les aura bridé

ou fait couder, et tiendront moins la mâture.

Nous avons dit que, dans les côtés des hunes, étaient pratiqués des

trous quadrangulaires en nombre égal à celui des haubans de hune. Dans

ces trous on fait passer une barre de fer plat (appelé latte de hune)

portant à son extrémité supérieure un cap-de-mouton ou une cosse, et

ayant sa partie inférieure terminée en anneau. La gambe de hune ou de

revers, qui est un morceau de cordage double ou simple, garni d'un croc

à bec plat, se croche dans cet anneau et va se raidir sur la

quenouillette; le bout excédant s'amarre le long du bas hauban.

On peut supprimer le trelingage, et dans ce cas on fixe sur le mât en

dessous des jottereaux, une forte estrope qui en porte de plus petites

dans lesquelles sont fixées des cosses, où viennent se raidir et

s'amarrer les gambes de hune.

On remplace quelquefois l'estrope par un cercle en fer garni de pitons

sur lesquels s'amarrent les gambes. Il est inutile de dire que dans

l'un et l'autre cas les cosses et les pitons sont en nombre égal à celui

des gambes.

Quelques navires suppriment les gambes, et passant les haubans de hune

dans des trous pratiqués comme ceux des lattes, raidissent et amarrant

les haubans sur les cosses de l'estrope, ou les pitons du cercle.

_Capeler les Choucs des Bas Mâts._

Le gréement des bas mâts étant tenu, il faut capeler les choucs. On

place le chouc que l'on veut hisser de l'avant de son mât, et dans la

position qu'il doit avoir étant sur son tenon. On frappe de chaque côté

un fort cartahu à patte d'oie, et un cartahu de retenue sur la face

avant. Ce cartahu passe au ton du mât de misaine, s'il s'agit du chouc

du grand mât; à l'extrémité du beaupré, s'il s'agit de celui du mât de

misaine, et enfin au grand mât, s'il faut hisser celui du mât d'artimon;

pesant sur les deux cartahus, et halant à propos sur la retenue, on le

fait monter au-dessus de la hune, et on le présente entre les élongis,

de manière que le mâtereau qui doit servir à le capeler puisse le saisir

en passant entre les élongis.

Ce mâtereau, on le guinde le long du bas mât par le moyen d'une

guinderesse, qui, passant dans une poulie autour du mât, et dans le clan

du mâtereau, ou, s'il n'a pas de clan, dans une poulie qu'on estrope et

bride à sa partie inférieure, va faire dormant sur l'élongis du bord

opposé. Quand le mâtereau, en le hissant, a dépassé le chouc de quelques

pieds, au moyen d'une bridure ou de deux palans, on le lie à l'extrémité

du mâtereau en continuant alors à hisser. Le chouc parvient au-dessus du

ton, on amène alors en douceur de manière à faire emboîter la mortaise

dans le tenon du mât. On largue la bridure et on dépasse le mâtereau.

Avant de capeler le chouc, on ne doit pas, oublier de garnir le tenon du

mât d'une coiffe en toile goudronnée. On force le chouc à coups de

masse, car il faut qu'il n'ait pas le plus petit mouvement dans son

tenon.

SECTION II.

_Manoeuvres dormantes des Mâts de Hune._

Les mâts de hune se hissent le long des bas mâts; ils passent entre les

élongis dans la partie avant du chouc qui, ainsi, les lie aux bas mâts,

et reposent sous les élongis par le moyen d'une cheville carrée en fer,

appelée clef, qui traverse la partie inférieure ou caisse du mât de

hune.

Ils sont tenus par des haubans qui se capellent et se rident sur les

caps-de-mouton des lattes de hune. Mais ces haubans n'offrant pas assez

d'empature, vu le peu de largeur de la hune, et ne pouvant, à cause de

sa position, être suffisamment portés de l'arrière, on se sert des

galhaubans qui, capelés après les haubans, descendent sur les

porte-haubans; ce qui permet de les diriger de l'arrière et de soutenir

le mât dans cette direction. Enfin, un étai et un faux étai les assurent

contre les mouvemens du tangage. Ces derniers servent de draille à une

voile d'étai.

Les haubans de hune se coupent et se garnissent comme nous l'avons dit

pour les bas haubans. On leur donne en général pour grosseur les deux

tiers de celle des galhaubans, qui sont eux-mêmes les deux tiers des bas

haubans.

Si le nombre en est impair, on forme la première paire avec un pendeur

qui sert à la candelette; mais, comme on le supprime ordinairement, et

qu'on ne le met en place, en le frappant sur le ton du mât, que

lorsqu'on veut s'en servir, la dernière paire, dont on croisera les

branches, en jettera une de chaque côté.

Le premier hauban est entièrement garni: à la mer on le couvre encore

avec une sangle pour le préserver du frottement de la vergue.

Les galhaubans se placent, l'un à l'extrémité arrière du porte-hauban;

un second, autant que possible, dans celle de l'axe du mât; le troisième

et le quatrième, s'il y en a, entre les deux premiers, mais de manière

que l'un d'eux soit en arrière de la hune.

Celui qui est placé dans l'axe du mât gênant le brasséiage des vergues,

on le largue pendant cette opération en mollissant le palan qui lui sert

de ride, et on le porte de l'arrière de la hune. Il reçoit le nom de

galhauban volant, et est aiguilleté et non capelé, comme nous le

verrons. Les navires qui portent quatre galhaubans en ont deux volans et

deux fixes; ceux qui n'en portent que trois en ont un volant et deux

fixes.

En même temps qu'on passe le galhauban volant sous le vent pour aider le

brasséiage, on donne plus d'empature à celui du vent, en le poussant

avec un arc-boutant placé dans la hune, qu'on fait mouvoir par un petit

palan manoeuvré par les gabiers.

Les galhaubans fixes sont coupés par paire comme les haubans; les volans

sont coupés un à un et sont aiguilletés et non capelés. Ils sont garnis

en bitord au portage des vergues, et en prenant la mer on recouvre ce

garni avec un paillet, une sangle, ou de la peau de vache.

Les étais sont confectionnés comme nous l'avons dit pour les bas mâts.

_Capelage du grand Mât de Hune._

Les capelages des mâts de hune reposent sur les barres de perroquet, qui

sont portées sur l'épaulement de la noix du mât. Pour les capeler, on

les place sur les choucs des bas mâts, de manière que le mât de hune en

guindant passe son ton dans le trou carré des barres.

Les mâts de hune se hissent au moyen d'un cordage en grelin, appelé

guinderesse, dont la grosseur est égale à celle des bas haubans. Lorsque

le mât est le long du bord et qu'on veut le présenter, on passe le bout

de la guinderesse dans la poulie crochée au piton du chouc du bord où se

trouve le mât; on l'affale, on la frappe sur le trou de la clef, et on

fait une forte bridure en dessous de la noix. On vire la guinderesse

garnie au cabestan, et le mât monte en présentant son ton; lorsque la

caisse est sur le point de parer le bastingage, on frappe dessus une

retenue pour en modérer le mouvement; on continue à virer et on le

dirige le long du mât. Lorsqu'il y est, on fait dévirer pour faire

reposer la caisse sur le pont, et on le bride dans cette position pour

passer la guinderesse. On largue la bridure de la noix, on la défrappe

du trou de la clef, et on la passe dans le clan, si le mât n'en a qu'un,

ou dans celui le plus arrière, si le mât en a deux. Dans le premier cas

la guinderesse va passer entre les élongis et fait dormant au piton du

chouc du bord opposé à la poulie.

Dans le second cas, après avoir passé dans le clan le plus arrière, elle

vient entre les élongis, et, passant dans la poulie de guinderesse du

bord opposé, redescend entre les élongis, passe dans le second clan, et,

remontant encore entre les élongis, fait dormant à un piton placé à côté

de la première poulie de guinderesse.

Le dormant fait, on vire jusqu'à ce que les barres de perroquet reposent

sur l'épaulement de la noix; alors on bosse la guinderesse, on bride le

mât de hune au bas mât en passant plusieurs tours d'un bon filin dans le

trou de la clef, et on dégarnit au cabestan, ou on fait une croisure sur

la guinderesse, c'est-à-dire que, ramenant le bout abraqué par le

dernier tour sur celui qui vient de la poulie, on les saisit par un fort

amarrage croisé.

On peut alors travailler au capelage; nous allons capeler le grand mât

de hune.

Après avoir mis sur les élongis des coussins d'un bois mou, et goudronné

la partie du ton qui doit recevoir le capelage, on capelle les deux

poulies d'itague de hune. La première présente à tribord et la seconde à

babord. Vient ensuite la première paire de haubans; si elle a un pendeur

de candelette, le pendeur doit être sur l'avant; puis la seconde paire

qui se capelle à babord, la troisième à tribord, et ainsi des autres.

Si, le nombre étant impair, le pendeur de candelette ne fait pas partie

de la première paire, alors la dernière paire doit avoir une de ces

branches de chaque bord.

Tous les haubans capelés, on aiguillette le galhauban volant de tribord,

ensuite celui de babord, et on capelle une paire de chaque bord, ce qui

fait trois galhaubans. S'il doit y en avoir un quatrième, il est

volant, et on l'aiguillette entre le volant et le premier fixe. On

embrasse les élongis et le capelage avec les deux branches de l'étai, et

on les aiguillette sur l'arrière. Puis on capelle le chouc du mât.

Cet étai va passer dans une poulie, ou une moque, que nous avons capelée

à cet effet au mât de misaine, et descend le long de ce mât au pied

duquel il trouve un piton sur lequel il se raidit et s'amarre. Au lieu

de prendre cette direction, il remonte quelquefois vers le ton du mât,

et se raidit sur une moque ou cosse aiguilletée sur le ton. Cette

installation n'offre pas une solidité assez grande et ne doit être

employée qu'à bord des petits bâtimens.

Le faux étai se capelle comme l'étai, passe en dessous, et servant de

draille à la grande voile d'étai, se dirige au-dessus du trelingage de

misaine, pour aller passer dans une moque ou cosse, dont l'estrope qui

entoure le mât est aiguilletée en dessous des jottereaux; de là, il

remonte vers le ton et se raidit au moyen d'une cosse fixée au capelage.

On peut appliquer au capelage de hune le moyen que nous ayons donné pour

diminuer de moitié ceux des bas mâts. Dans tous les cas on peut

aiguilleter les galhaubans volans en embrassant les oeillets des

haubans, et non en les posant par-dessus.

_Guinder un Mât de Hune._

Le capelage terminé, on garnit la guinderesse si elle a été dégarnie, ou

on largue la croisure qui y a été faite; on largue la bridure qui

retient le mât de hune contre le mât, et on vire. Lorsque la caisse du

mât va s'engager entre les jottereaux, on la soutient avec un cordage

appelé braguet, de la grosseur des haubans, qui fait dormant au

capelage, et qui, après avoir passé dans une goujure pratiquée tous la

caisse du mât, passe dans une poulie qui est aiguilletée du côté du

capelage opposé à son dormant, et vient se frapper sur une caliorne qui

sert à l'abraquer. Le but du braguet n'est pas seulement de soulager la

guinderesse, mais d'empêcher la chute du mât, si cette dernière cassait

pendant l'opération. Aussitôt que le trou de la clef paraît au-dessus

des élongis, on y engage une pince, et lorsqu'il est entièrement

découvert on y introduit la clef en retirant la pince. On dévire au

cabestan, on dépasse la guinderesse, qui généralement n'est en place que

dans les rades peu sûres, où on peut avoir besoin de caler fréquemment

les mâts de hune; on décroche les poulies, et on s'occupe à tenir le

mât.

Pour remplacer le braguet, en renforce l'avant de la hune, et on

cheville sur les élongis et la barre traversière de l'avant, un fort

cabrion en chêne, portant un crapaud à boulon, sur lequel se meut un

linguet qui ne peut faire avec la hune un angle moindre de 45 à 50°, car

alors son extrémité inférieure porte sur le crapaud. Ce cabrion est

placé de manière à tangenter presque la face avant du mât de hune. Cette

face avant, dans toute la longueur qui correspond au ton du bas mât,

porte un soufflage, dans lequel on a fixé une crémaillère à dents.

Lorsque la première dent de cette crémaillère est à hauteur du cabrion,

la tête du linguet s'appuie dessus; mais le mouvement d'ascension du mât

le fait mouvoir sur son boulon, il se porte de l'avant, et retombe sur

la deuxième dent, quand il trouve le vide qui existe entre celle-ci et

la première. Si dans cette circonstance la guinderesse cassait, il est

évident que le linguet engagé entre deux dents de la crémaillère

empêcherait la chute du mât de hune.

Cette installation, qui n'est pas encore générale, a été adoptée pour

les mâts de perroquet, à bord de presque tous les navires de l'état.

Le moment le plus difficile, et celui où il faut employer la plus grande

force dans les mouvemens des mâts de hune, étant lorsqu'il faut placer

la clef en les guindant, ou l'enlever lorsqu'on est obligé de les caler,

on a imaginé un système qui rend ces opérations faciles et sans danger.

_Clefs mobiles._

Nous allons transcrire le rapport fait par la commission que M. le

ministre de la marine chargea de l'examiner:

«Ce système des clefs, dites mobiles, se compose de deux leviers en fer

forgé, dont le petit bras est renforcé. Chaque levier est muni de deux

tourillons adaptés à sa face supérieure et d'un talon saillant

au-dessous de sa face inférieure.»

«Au commencement de son action, le levier s'appuie par ses tourillons

sur des flasques qui l'élèvent au-dessus d'une plaque de fer fondu, et

ensuite par son talon sur cette plaque même, qui est fixée sur les

élongis, vis-à-vis le passage du mât à manoeuvrer.»

«Pour guinder ce mât, on l'élève au moyen de la guinderesse, jusqu'à ce

que le trou de la clef puisse recevoir les bouts des leviers qu'on a

abaissés; on agit ensuite à l'aide d'un palan sur les extrémités

opposées de ces leviers, pour les ramener à leur position horizontale;

lorsqu'ils y sont arrivés, on les fixe par des clavettes, et alors ils

remplacent les clefs du mât, qui lui-même se trouve dans la position

qu'il doit occuper.»

«Lorsqu'on veut caler, on enlève les clavettes, après avoir pesé un peu

sur les leviers; ils s'abaissent sous le poids du mât, qui descend sans

qu'il soit nécessaire de mollir les haubans et galhaubans, ni de les

soulever ainsi que le mât, comme l'exige le déplacement des clefs

ordinaires.»

«Dans chaque levier, le grand bras a sept fois la longueur du petit; et,

le premier restant constant, le petit bras diminue de plus en plus de

moitié, à mesure qu'il s'engage dans le trou de la clef du mât. La force

nécessaire pour établir l'équilibre dans cette machine, n'est ainsi

d'abord que le septième de la résistance, et se réduit ensuite à moins

d'un quatorzième de la résistance.»

«Dans un cabestan de vaisseau, la puissance étant de multiplier par

quatre fois et demi, ou cinq, la force opposée à la résistance, la

puissance des leviers est donc à celle du cabestan comme 11 est à 4-1/2

ou 5, c'est-à-dire plus que double.»

«Indépendamment de cet excès de puissance, les leviers ont l'avantage

d'éprouver un frottement peu considérable, et qui n'augmente pas

beaucoup pendant leur grande action. Tandis que les frottemens du

cabestan dans son étambraie, ceux qu'éprouve la guinderesse dans les

poulies, et souvent ailleurs, sont toujours bien plus grands, et

augmentent avec la pression que cause la résistance.»

«Enfin, la disposition des machines fait que les hommes agissent plus

également et plus efficacement sur les leviers que sur les barres du

cabestan. On ne doit donc pas être étonné de voir les clefs mobiles

manoeuvrées par vingt hommes, produire plus d'effet que les poulies de

guinderesse et le cabestan mus par quatre-vingts ou cent hommes.»

«Les expériences ont conduit à la conclusion suivante: les clefs mobiles

paraissent moins propres à guinder les mâts qu'à les caler; elles

peuvent cependant, au moyen de quelques _modifications faciles à

exécuter_, soulager la guinderesse dans des derniers et plus pénibles

efforts; mais ces clefs facilitent considérablement rabaissement des

mâts, avantage précieux qui, en accélérant le remplacement d'un mât de

hune, peut exercer une influence favorable sur les chances d'un combat,

et même sauver un bâtiment surpris par un coup de vent, en abrégeant la

durée du danger.»

Le grand mât de hune guindé, on tient son gréement. La direction que

doit prendre ce mât est donnée par celle du bas mât que nous avons déjà

tenu.

On frappe un fort palan sur l'étai en crochant la poulie simple à une

erse qui embrasse le capelage du mât de misaine; on passe le garant dans

une poulie de retour crochée à la même erse, et on l'envoie sur le pont

pour qu'on puisse peser dessus. On frappe un second palan sur la partie

de l'étai comprise entre la poulie du capelage et le pont, et dont la

poulie simple fait dormant sur le bout de l'étai qui passe dans le

piton situé au pied du mât de misaine. On frappe aussi un palan sur le

faux étai, la poulie simple se croche à une erse qui embrasse le mât

sous les jottereaux. Avant de rider, on a dû passer dans le faux étai

les bagues qui serviront plus tard à enverguer la grande voile d'étai,

puisqu'il lui sert de draille. On hale sur les palans, ayant grand soin

de faire travailler l'étai et le faux étai de la même manière. Lorsque

la tête du mât de hune a dépassé d'une quantité suffisante la direction

du bas mât, car les galhaubans le rappelleront dans cette direction, on

genope les palans, on tourne leurs garans, et on fait les amarrages de

l'étai et du faux étai.

On aligne les haubans de hune et les galhaubans entre eux, et on marque

le point où l'on doit estroper les caps-de-mouton; on fait les

amarrages, et on coiffe les bouts comme nous l'avons dit pour les bas

haubans. On ride les galhaubans, avec lesquels le mât doit être mis dans

une position convenable, c'est-à-dire former le prolongement du bas mât.

On ride enfin les haubans avec la candelette de hune.

Au lieu d'être garnis de caps-de-mouton, les haubans de hune peuvent

passer dans des cosses portées par les lattes. Quelquefois aussi le

hauban lui-même traverse la hune, et servant de gambe de revers, se

raidit sur la quenouillette ou sur l'estrope, qui remplace le

trelingage.

Cette installation, qui offre peu de solidité, ne doit être employée

qu'à bord des petits bâtimens.

_Trelingage, Enfléchures._

Le gréement raidi, on travaille au trelingage. On place une

quenouillette sur les haubans, vis-à-vis le point du mât où commence le

renflement de la noix; on la fixe par un amarrage sur chacun d'eux, en

laissant, comme aux bas mâts, le premier hauban indépendant. On bride

les haubans avec un palan, et on amarre les branches de trelingage;

après quoi on largue le palan et on le défrappe.

Si on supprime le trelingage, on aiguillette en dessous de la noix une

estrope garnie de cosses, sur lesquelles viendront se raidir les haubans

de perroquet.

Les enfléchures des haubans de hune se font de la même manière que

celles des bas haubans.

_Capelage du petit Mât de Hune._

Le petit mât de hune étant présenté, comme nous l'avons dit pour le

grand mât de hune, on capelle d'abord les poulies d'itague, ensuite les

haubans en commençant par babord, puis les galhaubans fixes, sur

lesquels on aiguillette le ou les galhaubans volans, suivant que le mât

en porte deux ou quatre, et enfin l'étai et le faux étai. L'étai passe

dans le violon de beaupré à tribord, s'élonge sous ce mât; à son

extrémité, on estrope une poulie double, qui forme, avec une poulie

simple crochée sur un piton placé sur l'apôtre, un palan qui sert à le

raidir. On peut aussi passer le bout même de l'étai dans le piton.

Le faux étai se dispose de la même manière, il passe dans le violon de

babord.

On tient le gréement du petit mât de hune dans le même ordre, et de la

même manière que nous l'avons expliqué pour le grand mât de hune.

On doit observer que, d'après l'installation de l'étai et du faux étai,

tout l'effort se fait au portage, sur le rouet du violon; il faut donc,

non-seulement les garnir avec soin à ce point, mais frapper une forte

bosse au-dessus, toutes les fois qu'on prend la mer.

Cette observation doit aussi s'appliquer à l'étai et au faux étai du

grand mât de hune; c'est l'estrope de la poulie dans laquelle ils

passent qui porte tout l'effort; il faudra les bosser au-dessus de ces

poulies, en embrassant le mât avec la bosse.

_Capelage du Mât de Perroquet de Fougue._

On capelle au mât de perroquet de fouque, d'abord une poulie d'itague,

mais on la supprime lorsque l'itague de la drisse, qui est toujours

simple, passe dans un clan pratiqué dans la noix du mât; ensuite les

haubans en commençant par tribord, les galhaubans fixes, le galhauban

volant, et enfin l'étai et le faux étai qui sert de draille au

diablotin.

L'étai passe dans une poulie aiguilletée au capelage du grand mât, et,

remontant vers le ton se raidit à une cosse qui y est aiguilletée. Le

faux étai passe dans une cosse dont l'estrope entoure le grand mât en

dessous des jottereaux, et se raidit sur une seconde cosse fixée au

capelage. On doit, avant de tenir ce dernier à demeure, y passer les

bagues qui serviront à enverguer le diablotin.

_Gréement du bout-dehors de Grand-Foc._

Le bout-dehors de grand-foc, ou bâton de foc, repose sur la partie

supérieure du beaupré, passe entre les moques des étais de misaine, et

traverse le chouc du beaupré placé verticalement. Quelquefois il passe

dans les estropes des moques des étais de misaine, et enfin d'autres

fois, le chouc du beaupré étant incliné sur tribord de 45°, le

bout-dehors de foc s'appuie sur le côté tribord du mât, sur lequel il

est retenu par deux fortes bridures.

La première de ces installations est la plus généralement suivie.

Le gréement du bout-dehors se compose de deux haubans de chaque bord et

d'une sous-barbe.

Les haubans se coupent par paire et se capellent au-dessus de la noix du

mât; ils passent ensuite dans des cosses estropées, la première au

sixième de la vergue de civadière, et la deuxième à deux pieds de

celle-ci. Ils portent à leur extrémité une poulie double, qui forme,

avec une poulie simple crochée à un piton placé à l'avant du bossoir,

un palan par le moyen duquel on les raidit. Il est évident qu'en

brassant la civadière sous le vent on raidit les haubans du vent, et que

par conséquent on appuie le bout-dehors.

Cette considération doit donc faire préférer cette méthode à celle qui,

supprimant la civadière, fait passer les haubans dans un arc-boutant en

fer placé sur les bossoirs. Dans ce cas, les haubans, après avoir passé

dans des trous pratiqués dans les arcs-boutans, se raidissent à des

pitons placés de l'arrière des bossoirs.

A bord des petits bâtimens, on supprime même les arcs-boutans, et les

haubans se raidissent sur les pitons à l'avant du bossoir.

La sous-barbe a, à sa partie supérieure, un oeillet qui se capelle

par-dessus les haubans. On fixe sur la face arrière et inférieure du

chouc de beaupré, un arc-boutant; la sous-barbe passe dans le clan

supérieur pratiqué à l'extrémité de l'arc-boutant, et de là, venant

passer dans une cosse estropée, entre les estropes des moques des étais

de misaine, se raidit avec un palan qui élonge le mât.

Il vaut mieux rendre l'arc-boutant mobile, en le crochant à un piton, ou

en le terminant en mâchoire qui s'applique à la partie inférieure du

mât; on supprime alors les clans et on le termine par une tête. La

sous-barbe, après avoir été capelée par-dessus les haubans, vient se

fixer à cette tête, d'où partent deux haubans qui se dirigent vers les

bossoirs, où on les raidit au moyen de deux palans.

On peut aussi former la sous-barbe avec le double d'un cordage: un

amarrage plat forme l'oeillet du capelage, les deux branches

s'appliquent l'une contre l'autre, viennent passer tribord et babord de

la tête de l'arc-boutant; on les y arrête par deux amarrages, l'un de

l'avant et l'autre de l'arrière, et les deux bouts restans forment les

haubans de l'arc-boutant.

Afin que le gréement du bout-dehors adonne le moins possible, ce qui est

non-seulement nécessaire à sa solidité, mais encore à celle du petit mât

de perroquet dont il porte l'étai, on le confectionne avec du cordage

qui, ayant déjà servi, est peu susceptible de s'allonger.

_Capelage du bout-dehors de grand Foc._

Avant de capeler le bout-dehors de grand foc, on le fait passer dans le

chouc du mât de beaupré par le moyen d'une guinderesse, qui fait dormant

à un des pitons de ce chouc, passe dans un clan pratiqué à l'extrémité

inférieure du bout-dehors, et dont le courant, passant dans une poulie

fixée à un piton du bord opposé du dormant, vient se manoeuvrer sur le

gaillard d'avant.

On passe d'abord un grand anneau en fer, appelé rocambeau, qui, devant

porter la draille du grand foc, comme nous le dirons plus tard, doit

avoir assez de jeu pour monter et descendre sur le bout-dehors. On

capelle une poulie à trois rouets pour l'étai du petit mât de perroquet

et les boulines du petit hunier; la paire des haubans de babord, celle

des haubans de tribord, la sous-barbe et deux marche-pieds qui sont

fixés à la face avant du chouc de beaupré. Le capelage terminé et bien

souqué, on hale sur la guinderesse; lorsque le bout-dehors dépasse le

chouc de la quantité convenable, on le fait porter sur deux taquets, qui

reposent sur le beaupré, et on le lie à ce dernier par deux roustures

qu'on bride entre le bout-dehors et le mât, et qu'on souque en y

introduisant des coins à coups de masse.

Pour le consolider encore et l'empêcher de rentrer au tangage, on appuie

sa partie inférieure sur un fort taquet cloué sur le beaupré, ou, en lui

donnant plus de longueur, on le fait reposer sur le fronteau d'avant, ce

qui permet, en cas de rupture, de le pousser en dehors d'une quantité

convenable; ou enfin on applique à sa partie inférieure une pièce de

bois ou morceau de bout-dehors qui s'appuie sur le fronteau d'avant.

_Du bout-dehors de Clinfoc et de son Capelage._

Si le bout-dehors de grand foc doit porter un bout-dehors de clinfoc

indépendant, son extrémité est terminée par un tenon auquel on capelle

un petit chouc en fer, incliné sur babord, dans lequel doit passer le

bout-dehors de clinfoc, dont l'extrémité inférieure s'appuie sur le

chouc de beaupré: bien entendu qu'au moyen d'un taquet on les éloigne

assez l'un de l'autre, pour que le rocambeau du grand foc ne soit pas

gêné dans ses mouvemens.

Plus ordinairement les bouts-dehors de grand foc et de clinfoc sont

faits de la même pièce de bois.

Dans les deux cas, le gréement du bout-dehors de clinfoc se compose d'un

hauban de chaque bord, qui passe dans une cosse estropée sur la vergue

de civadière, en dehors de celles des haubans du bout-dehors du grand

foc et d'une sous-barbe qui fait dormant sur la tête de l'arc-boutant.

Pour le capeler, on passe d'abord le rocambeau de clinfoc, qui doit

porter la draille de cette voile, mais qu'on peut supprimer, comme nous

le dirons en parlant du gréement du clinfoc. On capelle une poulie à

trois rouets pour l'étai du mât de catacois ou la flèche qui le

remplace, et les boulines du petit perroquet; les haubans, un de chaque

bord, et enfin la sous-barbe.

Le bout-dehors de clinfoc n'est pas coupé au ras de son capelage, il

porte encore une flèche en bois mort.

SECTION III.

_Des Mâts de Perroquet._

Les mâts de perroquet se hissent le long des mâts de hune. Ils reposent

sur les élongis des barres capelées sur la noix de ces mâts au moyen

d'une clef qui traverse leur caisse, prolongent le ton de ces mêmes

mâts, et, passant dans leur chouc, s'élèvent au-dessus d'une quantité

déterminée. Ces mâts sont de deux espèces: ou coupés au-dessus de leur

capelage, et alors on les nomme vulgairement mâts de perroquet d'hiver;

ou portant une flèche qui sert à établir la voile de catacois. On

appelle ces derniers, mâts à flèche.

Dans le premier cas on est obligé d'établir un mât supplémentaire pour

porter la voile de catacois. Ce mât, appelé de bome ou de flèche,

élongeant la partie arrière du mât de perroquet, repose son pied sur le

chouc du mât de hune où il est retenu par un taquet, et, passant dans le

chouc en fer du mât de perroquet, s'élève au-dessus d'une quantité

convenable au guindant du catacois.

Autrefois quelques grands navires portaient, et portent encore, mais

rarement, des mâts de catacois à clef.

C'est-à-dire que sur la noix des mâts de perroquet on capelait des

barres, ordinairement en fer; que ces mâts avaient un ton proportionné à

leur longueur; que ce ton était terminé par un chouc aussi en fer, et

que le mât de catacois, passant entre les barres, reposant sur elles par

le moyen d'une clef qui traversait sa caisse, passait dans le chouc et

s'élevait au-dessus de la quantité nécessaire à rétablissement de sa

voile.

Il est clair que cette installation, lourde et sans solidité, n'offre

aucun avantage, et doit être abandonnée.

Les navires de la plus grande dimension, les vaisseaux de guerre, comme

les bâtimens du commerce, se servent de mâts de perroquet à flèches,

comme plus légers, plus faciles à tenir, en un mot, plus _marins_.

Souvent, en raison de la saison et des parages dans lesquels on doit

naviguer, on se munit de deux jeux de mâts, l'un à flèche et l'autre

d'hiver, qu'on met en place suivant les circonstances.

A bord des bâtimens de guerre, les mâts de perroquet ont quelquefois une

deuxième flèche qui porte la voile de contre-catacois, mais qui plus

souvent sert à élever et faire distinguer les signaux. Cette

augmentation de longueur rendait plus longue, et souvent difficile à la

mer, l'opération de passer et dépasser ces mâts. On y a obvié par une

nouvelle construction des barres, qui permet d'engager le bout de la

flèche entre elles, le mât étant passé sur l'avant de la hune et de la

vergue de hune.

_Gréement des Mâts de Perroquet._

Comme le gréement des mâts de hune, celui des mâts de perroquet se

compose de haubans, galhaubans et étais.

Les haubans sont au nombre de trois, de chaque bord, pour les plus

grands navires, et de deux pour ceux d'un rang inférieur.

Ils portent deux galhaubans, un fixe, celui de l'arrière, et un volant,

celui du travers.

Ils ont un étai et pas de faux étai.

Les haubans se coupent par paires. Si le mât a six haubans, la troisième

paire, après avoir été capelée, jette une de ses branches de chaque

bord. Ils passent dans des trous pratiqués à l'extrémité des barres

traversières, et, formant la gambe sur les quenouillettes, élongent les

haubans de hune et vont se raidir à des cosses estropées en dedans des

lattes de hune. Si le trelingage a été supprimé, ils se raidissent sur

les cosses de l'estrope qui entoure le mât de hune en dessous de sa

noix.

Les galhaubans se dirigent sur les porte-haubans, où ils trouvent celui

du travers, une poulie et celui de l'arrière, un cap-de-mouton, où ils

se raidissent. Quelquefois le galhauban volant du vent, après avoir été

raidi, est poussé par un arc-boutant établi sur les barres.

L'étai du grand mât de perroquet passe dans une poulie aiguilletée au

capelage du petit mât de hune, et se raidit sur un moque ou cosse

aiguilletée sur le capelage du mât de misaine. On peut aussi le faire

passer dans une poulie fixée au ton du petit mât de hune, et alors la

cosse où il se raidit est au capelage de ce mât. On le fait aussi passer

dans le clan du milieu d'un chaumard à trois rouets, chevillé entre les

élongis des barres du petit mât de perroquet. L'étai du petit mât de

perroquet passe dans le clan du milieu de la poulie triple, capelée au

bout-dehors du grand foc et élongeant ce mât, et celui de beaupré vient

se raidir sur un palan ou une cosse fixée sur le fronteau d'avant.

Quelques navires le font passer dans un clan pratiqué dans le

bout-dehors, et, lui faisant remplir l'office de sous-barbe, le brident

sur l'arc-boutant et le raidissent en dessous du mât de beaupré.

L'étai du perroquet d'artimon, vulgairement appelé perruche, passe dans

le clan du milieu d'une poulie triple, aiguilletée à un piton sur la

face arrière du chouc du grand mât, et se raidit sur une cosse fixée au

capelage de ce mât.

A bord de la plupart des navires de guerre et de plusieurs navires du

commerce, on adapte aux mâts et aux barres de perroquet le système de

linguets et de crémaillères dont nous avons parlé pour les mâts de hune.

On fait aussi un fréquent usage des clefs mobiles dont nous avons donné

la description.

GUINDER ET CAPELER LES MATS DE PERROQUET.

_Capelage du grand Mât de Perroquet._

Pour présenter les mâts de perroquet au-dessus des choucs des mâts de

hune afin de les capeler, on les hisse avec une guinderesse (cordage en

aussière) qui passe dans une poulie crochée au ton du mât de hune, et

qui fait dormant au trou de la clef; on la bride ensuite au-dessus de la

noix. Lorsqu'en le hissant et faisant passer sa flèche entre les barres,

elle est engagée dans le chouc du mât de hune, on le saisit contre ce

mât, on largue la bridure de la noix, on défrappe la guinderesse du trou

de la clef, on la passe dans le clan que chacun de ces mâts porte à sa

caisse, et on en fait le dormant à un piton du côté opposé à celui où

est crochée la poulie de guinderesse. On le hisse ensuite de la

quantité nécessaire pour faciliter l'opération du capelage aux gabiers.

Ordinairement, avant de capeler, on passe dans le mât un manchon en

basane, qui s'applique parfaitement au-dessus de la noix et sur lequel,

par conséquent, viendront se placer les haubans, galhaubans et l'étai.

Le but du placement de ce manchon est de conserver sur le chouc,

facilement et dans l'ordre convenable, le gréement du mât, lorsqu'on

dépasse ce dernier; et lorsqu'on le guinde, de capeler avec une grande

promptitude, puisque le mât s'engage dedans en montant et que les

gabiers n'ont qu'à le maintenir jusqu'à ce qu'il repose sur la noix.

On capelle en commençant par tribord, la première paire de haubans, la

seconde et enfin la troisième, une branche de chaque côté. Puis, les

galhaubans fixes, on aiguillette les galhaubans volans et on embrasse le

tout avec les branches de l'étai.

Lorsque le mât a été mis en clef en pesant sur la guinderesse, on le

tient, en raidissant d'abord son étai au moyen duquel on le porte de

l'avant de la direction de son mât de hune, parce qu'en raidissant les

galhaubans, aussitôt que l'amarrage de l'étai est fait, le mât tombe

sur l'arrière dans la position convenable; on raidit ensuite les

haubans.

Afin de ne pas arrêter pour larguer la bridure de la noix et faire le

dormant de la guinderesse sur le piton lorsqu'on guinde les mâts de

perroquet, on donne à la guinderesse trois fois la longueur du mât au

pont, et on y passe une cosse à estrope. Après avoir passé la

guinderesse dans sa poulie, dans le clan, et fait le dormant, on frappe

le fouet de l'estrope sur la noix du mât. On voit que cette cosse sert

de bridure et qu'il ne reste plus qu'à la larguer lorsque l'extrémité du

mât est engagée entre les barres.

_Capelage du petit Mât de Perroquet._

Le capelage du petit mât de perroquet s'exécute comme celui du grand mât

de perroquet, et se compose du même gréement. Seulement on capelle en

commençant par babord: on le tient aussi dans le même ordre.

_Capelage du Mât de Perruche._

Le mât de perruche n'a jamais qu'une paire de haubans de chaque bord, et

souvent qu'un galhauban qui est alors fixe. On le capelle et on le tient

comme les autres mâts de perroquet.

_Gréement des Mâts de Catacois, de Bome ou Flèche._

Si le mât de perroquet doit porter un mât de catacois, il faut, avant de

capeler, mettre en place les barres sur lesquelles ce mât repose. On les

présente au-dessus du chouc au moyen d'une guinderesse disposée comme

celle des mâts de perroquet, et son capelage, qu'on exécute alors, se

compose d'un ou deux haubans, suivant que les barres sont à un ou deux

traversins. Ces haubans, après avoir passé dans le trou de l'extrémité

des barres, s'amarrent, en dessous de la noix du mât de perroquet, d'un

galhauban qui se dirige sur l'extrémité arrière du porte-hauban et d'un

étai.

Ces mâts de catacois portent une flèche qui sert quelquefois à établir

la voile de contre-catacois, comme nous l'avons dit, et alors on leur

capelle un galhauban et un étai. Enfin, au-dessus de ce nouveau

capelage, est une petite flèche en bois mort qui porte une pomme où

passent dans deux rouets les drisses de flamme.

Si le mât de perroquet porte un mât de bome, son gréement ne se compose

alors que d'un galhauban et de l'étai.

Enfin, si le mât de perroquet est à flèche, le gréement de cette

dernière est le même que celui du mât de bome.

Dans les trois installations, les étais se raidissent, pour le grand, au

capelage du petit perroquet; pour le petit, dans le clan du milieu d'une

poulie à trois rouets, capelée au bout-dehors de clinfoc, et pour celui

de perruche, au capelage du grand mât de hune.

_Pataras, Haubans diagonaux, Etai de tangage._

Pour terminer ce que nous avons à dire du gréement des mâts, nous avons

à faire connaître les manoeuvres accidentelles qu'on place pour les

consolider dans les circonstances extraordinaires.

Si on craint la rupture des bas haubans, soit par un temps forcé, soit

par leur état, on renforce le mât par des pataras qui ne sont autre

chose que des haubans, qui, ayant déjà servi, ont acquis tout leur

allongement. Une des branches passe entre le ton du bas mât et le mât de

hune, on les réunit ensuite sur le capelage par un amarrage plat. On les

passe entre les gambes de revers, et après les avoir garnis de

caps-de-mouton, on les raidit sur des caps-de-mouton correspondans,

estropés en filin et aiguilletés à des boucles placées sur les

préceintes en dessous des porte-haubans, ou à deux chaînes des bas

haubans.

Le grand mât et le mât de misaine portent quatre pataras, deux de chaque

bord; le mât d'artimon n'en a pas.

Pour soutenir les gambes de revers et par conséquent les haubans de

hune, lorsque, les bas haubans ayant du mou, le temps ou les

circonstances ne permettent pas de les raidir, on frappe de chaque bord,

aux extrémités des quenouillettes, un fort cordage qu'on a fait

préalablement passer dans une cosse, sur laquelle est épissé un hauban

dont le cap-de-mouton correspond à un second cap-de-mouton aiguilleté

sur un des pitons de la serre-gouttière du bord opposé. On les raidit

fortement, et, au point où ces deux haubans se croisent, on les bride

par un amarrage.

Ces haubans, qu'on appelle diagonaux à cause de leur position, ne sont

mis en place qu'au grand mât et au mât de misaine.

Lorsque les bas haubans ont un mou trop considérable, qui ne peut être

suffisamment abraqué par les haubans diagonaux, on les bride entre eux,

au tiers de leur hauteur, à partir du capelage, par deux forts palans;

on place ensuite, d'un bord à l'autre, des palans renversés qui font

l'office de branches de trelingage, on en genope les garans, après

avoir, par leur moyen, rapproché les haubans autant que possible, et on

soutient ce faux trelingage en aiguilletant, à la hauteur des palans qui

servent de quenouillettes, deux ou quatre caliornes de bas mât, qu'on

fait croiser en crochant leurs poulies doubles aux pitons de la

serre-gouttière du bord opposé à leur aiguilletage.

Pour préserver le mât de misaine des violens coups de tangage qui le

fatiguent si souvent dans les grosses mers, on se sert d'un cordage de

la grosseur des haubans, qu'on appelle étai de tangage.

On le hisse avec un cartahu sur la face avant du mât, on l'aiguillette

au capelage et on le bride ensuite sur le mât pour qu'il ne gêne pas

les mouvemens de la vergue de misaine. On le raidit ensuite au moyen de

la poulie triple qu'il porte et d'une poulie semblable dont l'estrope

embrasse le mât de beaupré en avant de son étambraie.

CHAPITRE III.

GRÉEMENT DES VERGUES.

SECTION Ire.

_Gréement des Basses Vergues._

Les vergues servent à déployer et établir les voiles. Ce sont des pièces

de bois travaillées sur leur milieu à huit pans, prenant ensuite la

forme cylindrique, ou plutôt conique, jusqu'aux taquets d'empointure

(espèce de coche taillée dans la vergue même pour y retenir, ainsi que

l'indique leur nom, le raban d'empointure); la partie qui suit les

taquets est ronde, ensuite coupée carrément.

Les vergues se hissent le long des mâts et s'y fixent comme nous le

verrons. Celles qui s'adaptent aux bas mâts reçoivent le nom général de

basses vergues, et sont distinguées par les noms particuliers de grande

vergue pour le grand mât, vergue de misaine pour le mât de misaine,

vergue sèche ou barrée pour le mât d'artimon, vergue de civadière pour

le mât de beaupré.

Ces basses vergues sont placées de l'avant des mâts à la hauteur des

trelingages; elles y sont suspendues par une estrope dite de suspente.

Les drosses les retiennent contre le mât; pour soutenir les extrémités

on se sert de balancines qui peuvent aussi leur donner un mouvement de

haut en bas; les bras leur communiquent le mouvement de l'avant à

l'arrière, et les marche-pieds facilitent aux matelots les moyens de se

porter sur la vergue lorsque la manoeuvre des voiles l'exige; enfin, le

palan de roulis, dont le nom indique assez l'emploi, s'oppose aux

mouvemens que la vergue pourrait prendre malgré ses drosses.

Ainsi, le gréement d'une basse vergue, c'est-à-dire ce qui lui est

nécessaire pour la tenir en place et la manoeuvrer, se compose:

D'une ou deux estropes de suspente, suivant les dimensions de la

vergue;

Une ou deux drosses;

Deux balancines;

Deux bras;

Deux marche-pieds;

Deux palans de roulis.

Nous allons décrire successivement ces diverses pièces.

_Suspentes et Estropes de Suspente._

Pour que la basse vergue puisse être suspendue à ses bas mâts par le

moyen des estropes de suspente, on aiguillette au capelage, ou au-dessus

du ton, deux suspentes. Elles sont formées par un cordage de la grosseur

des bas haubans, dont on épisse les bouts; on le garnit en bitord ou en

basane, ou le plie sur lui-même, et dans le pli on fixe, par un amarre

plat, une forte cosse; on réunit ensuite les branches qui forment un

oeillet à leur partie supérieure.

Les deux suspentes ainsi confectionnées, on les passe dans un trou

pratiqué dans la hune entre les élongis, de l'avant de la barre

traversière, on les dirige l'une à tribord et l'autre à babord du ton du

mât, et on les aiguillette au-dessus du capelage.

Comme, dans cette position, la barre traversière porterait tout le poids

de la basse vergue, on les aiguillette plus ordinairement sur le grand

chouc, et on les bride au ton pour les empêcher de s'en écarter.

On prend ensuite deux morceaux de cordage de la même grosseur que la

suspente; chacun d'eux doit avoir, en longueur, deux fois la grande

circonférence de la vergue et de la cosse, plus la quantité nécessaire à

épisser les deux bouts. L'épissure faite, on les garnit en bitord ou en

basane, on les plie en deux parties inégales; dans le pli on fixe une

cosse par un amarrage plat, et, embrassant la vergue avec ces deux

branches inégales, de manière que la cosse soit sur la partie

supérieure, on aiguillette les deux branches ensemble, et l'on a, sur le

milieu de la vergue, deux cosses qui correspondent aux deux cosses de la

suspente. Si maintenant, par un moyen quelconque, on hisse la basse

vergue, jusqu'à ce que les cosses de la suspente et celles des estropes

soient à petites distances, et qu'on passe de l'une à l'autre une

aiguillette qu'on bride ensuite pour la fixer, la basse vergue se

trouvera suspendue.

C'est afin que la vergue ne tourne pas dans ses estropes, qu'on la

taille à pans carrés dans son milieu.

Généralement les suspentes en cordage sont remplacées par des suspentes

en chaînes.

On plie la chaîne en deux, on passe le double sous la vergue, on le

ramène sur la partie supérieure, et on y passe les deux bouts. Elle se

trouve ainsi baguée sur la vergue. On passe les deux bouts dans le trou

appelé cheminée, où nous avons déjà fait passer la suspente, et qu'on

doit garnir en tôle, et, embrassant le ton du bas mât qu'on a entouré

également d'une feuille de tôle, on les boulonne sur ce capelage où on a

établi un bourrelet.

Cette installation ayant le même inconvénient que celui que nous avons

signalé pour la suspente en corde, lorsqu'elle passe d'une manière

semblable, on y obvie en crochant ou boulonnant les deux bouts de la

chaîne tribord et babord du chouc.

Les bâtimens de rang inférieur n'ont qu'une estrope de suspente placée

sur le milieu de la vergue, et alors ils n'ont qu'une suspente dont les

branches embrassent le ton pour l'aiguilleter soit sur le capelage, soit

sur le chouc.

_Drosses._

Les drosses servent à retenir la vergue contre le mât. Tous les bâtimens

de grande dimension en portent deux pour la grande vergue et la vergue

de misaine, une pour la vergue barrée.

A une des extrémités du cordage qui doit servir de drosse on fixe une

cosse, et on le garnit en basane dans toute sa longueur. On forme à

l'autre extrémité un petit oeillet. Avec le bout qui porte la cosse on

fait, sur la vergue à toucher les estropes de suspente, un tour mort

qu'on arrête par un amarrage. La drosse, dont le tour mort est à

tribord, embrasse le mât en passant sur son arrière, où elle est

soutenue par un petit taquet à gueule qui y est fixé; et, passant dans

la cosse de celle de babord de dessous en dessus, vient crocher son

oeillet à la poulie simple d'un palan, appelé palan de drosse, dont la

seconde poulie est fixée à un piton placé sur la partie arrière de

l'élongis de babord.

Cette poulie est ordinairement remplacée par un chaumard chevillé contre

l'élongis. La drosse, dont le tour mort est à babord, passe de la même

manière dans la cosse de tribord et a son palan à tribord, ou son

chaumard contre l'élongis du même bord.

Lorsque la vergue n'a qu'une drosse, alors la drosse ne porte pas de

cosse à son extrémité; mais il faut en estroper une du côté opposé au

dormant. Alors le dormant fait, la drosse embrasse le mât, passe dans la

cosse estropée sur la vergue et vient, par son oeillet, se crocher à la

poulie du palan de drosse. Il n'y a, dans ce cas, qu'un palan de drosse

établi du bord opposé au dormant.

Au lieu d'avoir les palans des drosses sous la hune, ainsi que nous

venons de le dire, on peut les crocher sur le pont, sur des pitons au

pied du mât. Mais alors, au lieu de passer la drosse dans la cosse de

dessous en dessus, il faut la passer de dessus en dessous. Le bout de la

drosse, dans ce cas, forme l'estrope de la poulie du palan. Mais la

première installation nous paraît préférable.

Quelques navires remplacent les drosses par un mécanisme en fer, qui se

compose de deux cercles en fer, l'un sur le milieu de la vergue, bombé

sur la face arrière pour recevoir un boulon qui se joint au cercle placé

sous les jottereaux par une bande de fer ayant en avant une charnière

horizontale, et en arrière une verticale. Le boulon permet à la vergue

de se mouvoir de bas en haut en tournant sur son centre, la charnière

horizontale de l'avant à l'arrière, et la verticale, d'obéir aux

mouvemens de tangage.

Il est inutile de dire que ce système doit être enlevé lorsqu'on doit

passer ou dépasser un mât de hune.

_Balancines._

Les balancines soutiennent les extrémités de la vergue et lui

communiquent un mouvement d'apiquage.

Elles sont passées de diverses manières, simples, doubles, ou même

triples.

Simples, elles se capellent au bout de la vergue par le moyen d'un

oeillet, passent, l'une à tribord, l'autre à babord, dans des poulies

fixées au chouc, descendent par le trou du chat le long des bas haubans,

et forment l'estrope de la poulie double d'un palan, dont la poulie

simple se croche sur le porte-hauban, en arrière du premier hauban.

On peut aussi les faire passer sur l'avant du chouc, sur lequel on fixe

un morceau de bois demi-circulaire garni de deux profondes goujures

portant de petits rouets; elles descendent alors au pied du bas mât et

sont croisées.

On estrope sur un même pendeur deux poulies simples ou doubles, suivant

que les balancines doivent être doubles ou triples; on passe le pendeur

par-dessus le chouc en arrière du mât de hune, et on fait une bridure en

dessous, entre le ton du bas mât et le mât de hune, de manière que les

poulies soient au ras du chouc. Sur la poulie d'écoute est estropée une

poulie simple, qu'on capelle au bout de vergue, s'il n'y a pas de poulie

d'écoute.

Si elles sont doubles, elles font dormant sur l'estrope de la poulie du

chouc, passent dans la poulie de la vergue, et viennent passer dans la

poulie du chouc, d'où elles descendent par le trou du chat le long du

premier hauban.

Si elles sont triples, elles font dormant sur l'estrope de la poulie de

la vergue, passent dans la poulie du chouc, de là dans celle de la

vergue, pour revenir dans le second rouet de celle du chouc et descendre

de là le long du premier hauban.

Lorsque les poulies d'écoute et de balancine sont faites sur la même

pièce de bois, la partie supérieure de cette dernière porte un excédant

de bois perçé d'un trou au moyen duquel on fait le dormant en y passant

le bout de la balancine et l'épissant sur lui-même.

La balancine de la vergue barrée est toujours simple.

_Bras._

Les bras servent à faire mouvoir la vergue de l'avant à l'arrière. Ceux

des basses vergues sont toujours doubles, c'est-à-dire qu'ils ont une

poulie sur la vergue, appelée poulie de bras.

On établit sur l'arrière du bâtiment, en dessous des bossoirs

d'embarcation, une vergue qu'on fixe par des mains de fer et qu'on

soutient par deux arcs-boutans aussi en fer, allant le premier de

l'avant à l'arrière, du bout de la vergue au-dessus du jardin de la

bouteille, et le second de dessus en dessous, du bout de la vergue sur

la face avant du tableau. Ce dernier est aussi remplacé quelquefois par

un hauban.

Les grands navires remplacent avantageusement cette vergue par deux

forts arcs-boutans en bois, soutenus comme nous venons de le dire.

Les bras de la grande vergue, ou plutôt les grands bras, font dormant à

l'extrémité de l'arc-boutant, passent dans les poulies dites de bras,

capelées au bout de la vergue, descendent parallèlement à eux-mêmes pour

venir passer dans les poulies de retour, capelées et aiguilletées à côté

du dormant, et viennent à bord en traversant un clan pratiqué dans le

prolongement des bossoirs d'embarcation, et s'amarrent à un taquet cloué

en à bord.

A bord des bâtimens à dunette, les grands bras, en sortant du clan des

bossoirs, reposent sur des rouleaux placés sur le fronteau d'arrière et

sont manoeuvrés sur le gaillard. Les frottemens considérables qu'ils

éprouvent, et le changement de direction qu'on est obligé de leur

donner, nous font penser qu'il serait plus avantageux de les laisser en

dehors du navire en sortant de la poulie de retour de l'arc-boutant, de

toute la longueur de la dunette, et de ne les faire entrer à bord que

par des chaumards pratiqués dans la muraille, à peu de distance de la

face arrière de la dunette.

Les bras de misaine font dormant chacun sur un des étais du grand mât,

au-dessus de la réunion des branches, passent dans la poulie de bras,

se dirigent ensuite vers les jottereaux du grand mât, où ils passent

dans une poulie double qui y est aiguilletée de chaque côté, descendent

le long du mât pour passer dans le clan extérieur du montant du râtelier

de manoeuvre, ou d'une poulie double estropée sur un piton, et

s'amarrent sur des taquets cloués sur le pont.

Le dormant peut aussi se faire sur les jottereaux près de la poulie de

retour, soit sur le piton qui y est fixé, soit en baguant le bras autour

du grand mât.

Les bras de la vergue barrée, au lieu d'être appliqués comme pour les

autres basses vergues de l'avant à l'arrière, le sont de l'arrière à

l'avant. Ils font dormant au dernier hauban du grand mât, à la hauteur

du trelingage, passent dans les poulies de bras, qui souvent sont à long

pendeur bridé sur la vergue par un amarrage, vont passer dans une poulie

double aiguilletée sur le dernier hauban au-dessus du dormant, et

descendent le long de ce hauban pour s'amarrer en à bord à un cabillot

de tournage.

Le dormant et la poulie de retour se fixent aussi sur la branche arrière

du trelingage, ou sur la face arrière du mât en dessus du trelingage;

dans ce cas les bras s'amarrent au râtelier de manoeuvre du pied du mât.

_Marche-Pieds._

Les marche-pieds d'une vergue se composent de deux morceaux de cordage

qui, par un oeillet pratiqué à leur extrémité, se capellent aux bouts de

la vergue, et viennent se réunir sous son milieu par un aiguilletage;

mais préalablement chaque marche-pieds a passé dans des cosses estropées

sur des bouts de cordage appelés étriers, qui sont fixées sur la vergue

à des distances égales.

L'aiguillette qui les réunit sert à les allonger ou à les raccourcir;

mais alors il faut allonger ou raccourcir les étriers dans le même

rapport.

_Palans de Roulis._

Le but des palans de roulis est d'empêcher les vergues d'obéir à ce

mouvement que les drosses seuls ne peuvent paralyser.

Les palans de roulis sont des palans ordinaires, dont les poulies

simples se crochent à des cosses estropées et aiguilletées au tiers de

la vergue, à partir des bouts, et dont les poulies doubles se fixent à

des cosses tribord et babord du mât, qui sont retenues par des amarrages

plats, dans une estrope qui entoure le mât à hauteur de la vergue. Les

garans s'amarrent à un des cabillots du cercle du mât.

_Fausses Balancines._

Lorsqu'on se sert des basses vergues pour élever de lourds fardeaux, les

balancines ne sont point suffisantes pour les maintenir. On les renforce

alors par de fausses balancines, qui se capellent par un oeillet au

bout de la vergue et qui estropent la poulie simple d'un palan, dont la

poulie double se croche à un des pitons du chouc. Le garant descend le

long du mât et passe dans une poulie de retour.

Il est évident que si on décroche la poulie double de la fausse

balancine du piton du chouc, et qu'on la fixe à la cosse de l'estrope

aiguilletée au mât pour le palan de roulis, la fausse balancine

s'élongeant sur la face arrière de la vergue remplacera le palan de

roulis. C'est ce qu'on fait ordinairement, et alors on supprime la cosse

et l'estrope qui servaient à la poulie simple de ce palan.

La vergue barrée n'a pas de fausses balancines.

_Faux Bras._

Les faux bras se placent au capelage des vergues[2], dans un mauvais

temps, pour soulager les bras en partageant leur effort; et lorsqu'on se

prépare au combat, pour les remplacer, s'ils sont coupés par les boulets

de l'ennemi.

[2] On appelle capelage d'une vergue, la portion cylindrique qui

s'étend depuis le taquet d'empointure jusqu'au carré du lien de

bout-dehors.

Les faux bras des basses vergues sont doubles.

Ceux de la grande vergue se passent de deux manières. Dans le mauvais

temps, ils font dormant à un piton fixé extérieurement en avant des

bouteilles, passent ensuite dans la poulie crochée ou aiguilletée sur la

cosse à estrope qui est au capelage de la vergue, et, se dirigeant sur

l'arrière, passent dans une poulie de retour fixée sur la vergue et

l'arc-boutant, d'où ils entrent dans le bord par un chaumard percé à

côté de celui du bras.

Le faux bras de combat se dirige sur l'avant. Le dormant se fait sur le

trelingage, ou plutôt sur le mât de misaine à hauteur des jottereaux,

passe dans la poulie du bout de vergue, dont nous venons de parler, et

qu'on dévire sur l'avant, passe ensuite dans une poulie aiguilletée au

ton du mât de misaine en dessus du dormant, et descend le long de ce

mât.

A bord des grands navires, on se sert souvent des faux bras de grande

vergue passés ainsi, afin d'accélérer le changement des voiles de

l'arrière, lorsqu'on a à louvoyer dans une passe étroite; mais dans ce

cas on les met ordinairement simples, pour avoir moins à abraquer. Le

dormant est alors au capelage de la vergue.

Les faux bras de misaine font dormant à un piton placé extérieurement en

avant des grands porte-haubans, et après avoir passé dans la poulie du

capelage de la vergue, traversent le clan d'un chaumard pratiqué dans la

muraille et s'amarrent sur un taquet en à bord.

La vergue barrée n'a généralement pas de faux bras.

Les pièces du gréement que nous venons de décrire ne sont pas les seules

que portent les basses vergues. Puisqu'elles servent à établir et serrer

les voiles, elles doivent aussi porter les poulies nécessaires à ces

deux opérations.

Ces poulies sont: les poulies d'écoute de sous-vergues, plus brièvement

appelées poulies de sous-vergues; poulies d'écoute de bout de vergues;

poulies de cargues-points, poulies de cargues-fonds, et poulies de

cargues-boulines.

Si nous joignons aux pièces du gréement et aux poulies dont nous venons

de parler, une filière pour enverguer la basse voile, la réunion de

toutes ces parties formera ce qu'on appelle la garniture de la basse

vergue; et les disposer convenablement sur la vergue, est ce qu'on

appelle les garnir.

_Garniture de la Grande Vergue._

La grande vergue étant supposée à l'eau le long du bord à babord, on

aiguillette les caliornes sur leurs pendeurs, si elles ne le sont pas;

on affale celle de babord et on la croche sur une élingue baguée et

bridée sur la vergue, au tiers de la moitié qui doit être sur tribord.

On pèse sur la caliorne, et la vergue monte le long du bord. Lorsque

l'élingue est au-dessus du plat-bord, on y croche la caliorne de

tribord, on décroche celle de babord et on l'accroche à une seconde

élingue bridée de la même manière, au tiers de la seconde moitié. Pesant

alors sur cette caliorne, la moitié inférieure se soulage, le bout

supérieur pare le plat-bord, et la vergue guidée par une retenue placée

sur l'avant, est conduite ainsi dans une position horizontale à l'aplomb

des caliornes. On la laisse ainsi suspendue pour la garnir.

On aiguillette d'abord les estropes ou l'estrope de suspente, ensuite

les poulies de sous-vergues qu'on en éloigne d'un demi-diamètre du mât,

puis les poulies de cargues-points qui sont au sixième de la moitié. Si

la fausse balancine ne sert pas de palan de roulis, on place au tiers, à

partir du bout, l'estrope dans la cosse de laquelle on doit le crocher.

On capelle en premier lieu la filière d'envergure, qui se compose de

deux morceaux de cordage, se capelant par un oeillet et se réunissant

sur le milieu de la vergue par une aiguillette qui les raidit, en

passant successivement dans les cosses que porte leur extrémité

inférieure. On les place un peu sur l'avant du milieu de la partie

supérieure de la vergue, et on les maintient dans cette position, en

les embrassant par de petits morceaux de basane dont les bouts sont

réunis et cloués sur la vergue. On les maintient encore par quelques

crampes dont les branches les embrassent et qu'on enfonce dans la

vergue.

On capelle ensuite les marche-pieds, puis les poulies d'écoutes des

huniers; si les basses vergues sont à clans pour passer les écoutes, on

les supprime; puis les estropes à cosses pour les faux-bras; les poulies

de bras, et enfin les balancines, si elles sont simples. Dans le cas

contraire, la poulie d'écoute porte, comme nous l'avons dit plus haut,

la poulie de balancine.

Les poulies de cargues-fonds et de cargues-boulines se suppriment

souvent; nous y reviendrons en parlant de ces manoeuvres. D'ailleurs

elles s'aiguillettent au-dessus de la filière d'envergure.

Ordinairement les cercles des blins des bouts-dehors sont mis en place

dans le lieu où on travaille les vergues. Dans le cas contraire, il faut

le faire aussitôt que la vergue est disposée pour être garnie. Nous

parlerons plus bas de leur usage.

La vergue ainsi garnie, on passe les balancines et les bras.

Pour la hisser à son poste, c'est-à-dire à hauteur du trelingage, on se

sert de deux caliornes dont les pondeurs sont frappés au chouc du mât.

Leur poulie double se croche à deux fortes élingues baguées sur la

vergue contre les estropes des poulies de sous-vergues; les garans

passent dans des poulies de retour sur le pont. On hisse en abraquant

les balancines. Lorsque la cosse de l'estrope de suspente est presque à

toucher celle de la suspente, on tourne et genope les garans des

caliornes, et on fait l'aiguilletage de la suspente, ou on place la

suspente en fer. Lorsque l'une de ces deux opérations est terminée, on

largue les genopes des caliornes, on les affale; la vergue porte alors

sur sa suspente et ses balancines, on décroche et on défrappe les

caliornes.

On fait le dormant des drosses, on les passe de l'une des manières que

nous avons indiquées, et la vergue peut recevoir sa voile.

Autrefois on hissait les basses vergues avec un appareil composé de

quatre poulies triples, et de deux garans appelés drisses de basses

vergues.

Deux de ces poulies étaient aiguilletées sur la vergue, entre l'estrope

de suspente et celle de la poulie de sous-vergue; les deux autres de

chaque côté des élongis, en faisant passer leurs estropes qu'on

aiguilletait au ton du mât en avant de la barre traversière. On les

réunissait ensuite par la drisse dont le dormant était sur l'estrope de

la poulie du mât.

Souvent ce lourd et inutile appareil était laissé en place à la mer;

puis on s'en débarrassa et on ne le mit plus que sur les rades pour être

disposé à amener les basses vergues dans un mauvais temps; enfin, on ne

le mit plus en place qu'au moment même de s'en servir. Mais on s'aperçut

bientôt qu'il était très-long à disposer, et on l'a remplacé par les

caliornes.

_Garniture de la Vergue de Misaine._

La vergue de misaine se garnit et se hisse absolument de la même manière

que la grande vergue; il est donc inutile de répéter ce que nous venons

de dire pour cette vergue.

_Garniture de la Vergue Barrée._

La vergue barrée ne portant pas de voile, sa garniture est beaucoup plus

simple que celles de la grande vergue et de la misaine.

On la dispose en avant du mât pour la garnir au moyen des candelettes du

mât d'artimon.

On aiguillette d'abord l'estrope de suspente au milieu de la vergue,

puis, à la distance d'un demi-diamètre du mât, les poulies de

sous-vergues pour les écoutes du perroquet de fougue. Le capelage se

compose du marche-pied, de la poulie d'écoute, qui est ordinairement

supprimée parce que la vergue est garnie d'un clan pour le passage de

l'écoute, du pendeur de la poulie de bras et de la balancine.

On aiguillette aussi sur la vergue, à tribord ou à bâbord, la cosse pour

la drosse, si, comme cela arrive le plus souvent, elle n'en a qu'une.

Les balancines capelées, on passe les bras et on hisse la vergue à son

poste pour faire l'aiguilletage de la suspente avec deux forts palans

bridés au chouc du mât d'artimon, enfin on passe la drosse.

_Gréement de la Vergue de Civadière._

Cette vergue dont la place est sous le beaupré, ne portant plus de

voiles, n'a d'autre but que celui de supporter et raidir les haubans

des bouts-dehors de grand foc et de clinfoc.

Son gréement se compose: d'un palan appelé palan de bout qui la retient

au mât de beaupré; d'un racage par lequel elle y est suspendue; des

estropes à cosses pour le passage des haubans du grand foc et du

clinfoc, de bras et de balancines.

Le palan de bout est un palan ordinaire dont la poulie double, qui

généralement est à violon, se croche à un piton fixé en dessous et à

l'extrémité du beaupré; la poulie simple est fixée à une cosse estropée

sur le milieu de la vergue.

Ce palan est souvent remplacé par un cordage ayant un croc à chaque

extrémité.

Le racage est confectionné avec un cordage garni en basanne, dont les

deux extrémités sont terminées par un oeillet ou une cosse. On embrasse

la vergue avec les deux moitiés inégales, et à l'endroit où elles se

joignent on fait un amarrage; on en fait un second à l'extrémité la plus

courte; on entoure le mât avec ces deux branches ainsi unies; enfin la

plus longue embrasse la vergue et vient s'aiguilleter sur l'autre.

Les marche-pieds sont confectionnés et établis comme nous l'avons vu

pour les basses vergues.

Les bras, s'ils sont doubles, font dormant sur une des branches des

étais du mât de misaine, passent dans la poulie de bras au bout de la

vergue, de là dans une poulie frappée sous l'avant de la barre de la

hune de misaine, ou sur la branche avant du trelingage, ou aux

jottereaux, et descendent le long du mât. S'ils sont simples, le dormant

est au capelage de la vergue, et alors quelquefois la poulie de retour

est aiguilletée sur la branche extérieure de l'étai de misaine, mais

peut aussi être fixée comme nous l'avons dit pour le bras double. On les

amarre soit au râtelier de manoeuvre en à bord, soit à un des cabillots

du cercle du mât.

Les balancines sont simples, elles se capellent à la vergue, passent

dans une poulie aiguilletée au chouc du beaupré, et descendant le long

de ce mât, s'amarrent au râtelier du gaillard d'avant.

Si, par extraordinaire, on voulait les passer en double, alors il

faudrait une poulie au capelage de la vergue, et le dormant se ferait à

côté de la poulie du chouc.

_Garniture de la Vergue de Civadière._

On aiguillette au milieu de la vergue l'estrope à cosse qui doit servir

au palan de bout, ou à la petite suspente qui le remplace. A la distance

d'un demi-diamètre du beaupré de cette dernière on fait le premier

amarrage du racage, et ensuite le second pour qu'il puisse être employé

aussitôt la vergue haute. Au sixième de la longueur de la vergue, à

partir du bout, on aiguillette l'estrope de la cosse où doit passer le

premier hauban du grand foc; à deux pieds de celle-ci, celle du second,

et entre la première et le capelage de la vergue, celle où on fera

passer le hauban du clinfoc.

On capelle d'abord le marche-pied, les poulies de bras et les

balancines, ou leurs poulies si elles sont doubles.

Dans cet état, la vergue est conduite sous le mât de beaupré, dans une

embarcation ou à l'eau. On passe les bras et les balancines; on

aiguillette ensemble et on met à cheval sur le beaupré, en les bridant,

deux palans dont les garans sont envoyés sur le gaillard d'avant, et

dont les poulies sont crochées à deux élingues baguées sur la vergue. On

hisse en abraquant les balancines et les bras. Lorsque les poulies de

palans sont à joindre, on met en place le palan de bout ou les suspentes

qui le remplacent, on aiguillette le racage et on défrappe les palans.

Autrefois quelques navires portaient au bout-dehors du grand foc une

vergue semblable, appelée contre-civadière; mais elle est généralement

supprimée.

Si, comme nous l'avons dit en parlant du gréement du bout-dehors du

grand foc, quelques navires suppriment la vergue de civadière, le

bout-dehors est moins bien tenu, puisque les haubans n'ont plus autant

d'empature, et on le prive sans raison d'une vergue de rechange qui peut

être d'une grande utilité lorsqu'on fait des avaries. La vergue de

civadière est de la même dimension que la vergue barrée, et peut ainsi

la remplacer en cas de rupture, le navire n'en ayant pas de rechange. Il

faut, avant de prendre la mer, se munir des arcs-boutans en fer qui

remplacent la civadière dans le cas où cette dernière prendrait la place

de la vergue barrée.

Des navires entreprenant une longue campagne ont quelquefois mis une

vergue de hune pour civadière, afin d'augmenter leur rechange sans

grossir leur drôme.

_Gréement et garniture du Gui._

Le gui se place horizontalement de l'arrière du mât d'artimon, auquel il

s'adapte au moyen d'une mâchoire qui repose sur un taquet circulaire

cloué sur le mât de trois à six pieds du pont, suivant l'espèce de

navire. Il se repose ensuite sur le couronnement, sur un taquet disposé

à cet effet, ou sur un chandelier en fer, et se prolonge au-delà d'une

quantité égale au tiers de la longueur totale.

Une des branches de la mâchoire est traversée par un cordage qui s'y

arrête par un cul-de-porc, et va se fixer de la même manière sur la

seconde, après avoir entouré la face avant du mât.

Si la mâchoire est remplacée par un piton, il se fixe dans l'oeillet

d'un cercle en fer qui embrasse le mât. Le piton peut aussi se remplacer

par une double charnière qui réunit le cercle à l'étrier qui embrasse

l'extrémité du gui.

Pour soutenir la partie extérieure qui dépasse le couronnement, on se

sert de balancines qui servent aussi à le soulever en conservant son

point d'appui sur le mât.

Deux poulies réunies par un cordage servent à le porter sur le centre du

navire ou à le retenir au vent; c'est ce qu'on appelle l'écoute du gui

ou plus ordinairement la grande écoute.

Pour lui donner le mouvement circulaire du centre à toucher les haubans

de l'arrière, on y adapte l'itague d'un palan appelé palan de retenue,

qui se trouve en dehors du bord et se manoeuvre en faisant rentrer son

garant par un des chaumards du gaillard en arrière des grands

porte-haubans.

Nous allons décrire successivement les diverses manières dont on peut

passer les balancines.

Doubles, on les confectionne avec le même morceau de cordage; à son

milieu on fait un oeillet arrêté par deux amarrages diamétralement

opposés, on capelle cet oeillet au bout du gui, les amarrages étant

tribord et bâbord; les deux extrémités du cordage se dirigent ensuite

vers le mât d'artimon, passent dans des poulies fixées de chaque côté du

ton, suivent le hauban de l'arrière en estropant les poulies doubles de

deux palans, dont les poulies simples sont crochées sur des pitons

placés sur la partie arrière des porte-haubans d'artimon.

Pour rapprocher le point de suspension et soutenir d'autant mieux la

vergue, au quart environ de sa partie extérieure, à partir du

couronnement, on l'entoure avec un cordage dont les extrémités portent

des cosses dans lesquelles on fait passer les balancines avant de les

diriger vers le mât d'artimon. Ces cordages, appelés étriers, ne peuvent

glisser sur l'arrière des balancines, étant retenues par des pommes.

Pour supprimer les étriers, on fait le capelage aux deux tiers de la

partie extérieure.

Les balancines, après avoir passé dans les poulies du ton du mât

d'artimon, peuvent revenir sur le gui, passer dans des joues de vaches

bridées à peu de distance en avant du couronnement, et s'élonger le long

de la vergue, ainsi que leurs palans dont les garans se tournent alors

sur des taquets rousturés sur l'arrière.

S'il n'y a qu'une balancine, elle se capelle au bout de la vergue, passe

dans un clan qui, comme nous le verrons, est pratiqué à l'extrémité de

la corne, vient passer dans une poulie aiguilletée sur le ton, ou dans

un des rouets de la poulie que nous placerons bientôt pour la drisse du

pic, et descend le long du mât au pied duquel se croche son palan.

Au lieu de se diriger vers le ton du mât d'artimon, elle passe

quelquefois dans une poulie aiguilletée au capelage du mât de perroquet

de fougue.

On peut aussi faire le dormant soit au capelage du mât de perroquet de

fougue, soit au ton du mât d'artimon; alors on capelle au bout de la

vergue, ou à un tiers de sa partie extérieure, l'estrope de la poulie

double dont le garant passe sur le couronnement et s'amarre sur le gui.

Si les balancines ne sont pas du même morceau de cordage, on peut faire

leur dormant tribord et bâbord des jottereaux, les faire passer dans les

joues de vaches dont nous avons déjà parlé; alors elles élongent le gui

ainsi que leurs palans.

Enfin le dormant des deux balancines étant fait aux jottereaux, leurs

poulies doubles se fixent soit au bout du gui, soit au tiers de sa

partie extérieure.

Les écoutes de gui, ou grandes écoutes, se composent de deux poulies à

deux rouets réunies par un cordage. Les poulies sont aiguilletées sur la

vergue, un peu en arrière du couronnement, et leurs correspondantes sur

des mains de fer fixées dans le tableau.

Les cosses qui servent à aiguilleter les poulies sur la vergue sont dans

la même estrope, aiguilletée elle-même pour pouvoir s'enlever facilement

ainsi que les poulies. Les écoutes n'agissant que vers le milieu du gui,

la partie extérieure doit fléchir lorsqu'on hale sur une d'elles pour

porter la brigantine au vent. Pour la soutenir, on capelle à son

extrémité deux itagues dont les palans se crochent à des pitons placés

près de chacun des bossoirs. Toutes les fois qu'on se sert d'une des

écoutes, on hale sur le palan du même bord.

Ces palans à itague reçoivent le nom de moustaches.

Les retenues sont aussi des palans à itague. Les itagues sont à crocs et

se fixent à deux cosses, dont les estropes sont aiguilletées de

l'arrière de celles des poulies d'écoute. Les palans ont leurs poulies

simples sur l'arrière des grands porte-haubans, et les garans rentrant

par un chaumard se manoeuvrent sur le gaillard d'arrière.

Lorsqu'on hale sur la retenue pour porter le gui sous le vent, celle du

vent se décroche, et se place extérieurement.

Quelques navires suppriment le gui et le remplacent par deux

bouts-dehors traversant des blins fixés sur le couronnement à hauteur

des bossoirs, et retenus dans ces blins par une clavette. Le gréement de

ces bouts-dehors se compose d'une poulie pour l'écoute de brigantine, où

ils ont un clan pour son passage, et de deux moustaches qui servent à la

fois de retenue et de grande écoute.

On n'établit quelquefois qu'un seul bout-dehors, qu'on place alors au

milieu du couronnement. Le blin doit tourner dans son pivot pour

permettre à la partie qui porte le point d'écoute de la brigantine de

s'éloigner du centre du navire. Une poulie ou un clan pour cette écoute,

deux moustaches et une sous-barbe qui, après avoir été capelées, passent

dans un piton du tableau et viennent s'amarrer sur l'arrière, composent

son gréement.

Il est inutile de faire observer combien ces différentes installations

sont loin de remplacer le gui avec avantage; elles n'offrent aucune

solidité et doivent obliger de carguer la brigantine lorsque cette voile

pourrait encore être utile.

_Gréement de la Corne d'Artimon._

La corne d'artimon se hisse sur le mât au moyen de deux drisses; elle

s'y adapte par sa mâchoire, et se place immédiatement au-dessous du

trelingage, faisant, avec le prolongement du mât, un angle de 45°. Ces

drisses, que nous allons décrire, la maintiennent dans cette position;

un racage qui traverse les deux branches de la mâchoire la fixe au mât,

et deux palans à itague, ou gardes, limitent ses mouvemens de roulis.

La première de ces drisses, appelée drisse du mât de corne et plus

ordinairement grande drisse, se compose de deux poulies à deux rouets,

dont l'une, la supérieure, a été déjà capelée au mât d'artimon, ou

aiguilletée sur le capelage, ou enfin remplacée par un chaumard chevillé

entre les deux élongis. L'inférieure se croche à un piton placé près de

la mâchoire. Le garant qui réunit ces deux poulies descend le long du

mât où il s'amarre.

La seconde drisse, appelée drisse du pic, fait dormant au capelage de la

vergue, passe dans un des rouets d'une poulie double fixée à la face

arrière du chouc du mât d'artimon, se dirige ensuite vers une poulie

frappée au tiers de la longueur totale à partir du capelage, vient

passer dans le second rouet de la poulie du chouc, et descend le long

des haubans de l'arrière à tribord ou à bâbord, suivant le clan où passe

le dernier tour.

On peut rendre la drisse du pic simple, en fixant au capelage et au

point où nous avons placé une poulie, un cordage en patte d'oie garni

d'une cosse, sur laquelle la drisse vient se fixer. La poulie du chouc

est alors simple.

Les gardes, destinées à empêcher la corne d'obéir aux mouvemens du

roulis, et à se porter sous le vent lorsque la brigantine est établie,

se composent de deux pendeurs à palans, capelés au bout de la vergue et

dont les poulies simples se fixent à des pitons placés extérieurement

au-dessus des bouteilles.

On les forme aussi en capelant deux poulies au bout des vergues, et

faisant passer dans chacune d'elles un cordage qui fait dormant à un

piton au-dessus de la bouteille et vient passer dans une poulie de

retour crochée près du dormant.

On supprime les poulies en se servant du même cordage, qu'on bague au

capelage et dont les bouts passent dans les poulies de retour placées

sur les bouteilles.

A bord des grands navires où la brigantine est une voile de beau temps,

où l'on ne prend jamais de ris, où la corne ne s'amène que dans de rares

circonstances, on la considère presque à demeure une fois en place, et

on substitue à la grande drisse une suspente crochée au piton de la

poulie de drisse et aiguilletée sur le capelage du mât d'artimon.

Au contraire, dans les bricks où la brigantine est une voile principale,

dont la manoeuvre est de tous les instans, on la rend plus facile en

passant les deux drisses à itagues.

L'itague de la grande drisse fait dormant au piton qui est près de la

mâchoire, passe dans un des rouets de la poulie fixée à l'arrière du

chouc du mât d'artimon, et vient établir son palan le long de ce mât.

Celle de la drisse du pic fait dormant à la cosse d'une patte d'oie

fixée au capelage et au tiers de la longueur de la vergue, passe dans le

second rouet de la poulie du chouc, et vient former son palan au pied du

mât du bord opposé à celui de la grande drisse.

_Garniture de la Corne d'Artimon._

La corne, outre la longueur qui lui est nécessaire pour l'établissement

de la brigantine, porte un bout de bois mort à l'extrémité duquel est

une petite poulie pour les drisses des pavillons et signaux. Le capelage

est au point où la corne coupée à pans carrés s'amincit pour former le

prolongement qui ne fait pas partie de la longueur de la vergue; il est

souvent remplacé par un arc-boutant en fer servant au même usage, et

dont le bout alors porte un et même deux rouets pour les drisses des

pavillons.

La brigantine s'enverguant ou s'établissant sur la corne au moyen d'une

draille, la garniture de cette vergue doit éprouver des changemens

suivant la méthode qu'on emploie.

Si la brigantine est enverguée, on aiguillette à deux pitons placés

tribord et bâbord de la mâchoire, deux petites poulies triples pour le

passage des cargues de cette voile; au milieu de la longueur de la

vergue on fixe, par deux roustures, deux joues de vaches à rouets pour

le passage de deux de ces cargues; un peu en arrière du tiers on en fixe

deux autres pour celui des deux autres cargues; au tiers on passe

l'estrope dans laquelle on fixe, par un amarrage plat, la poulie qui

sert à la drisse du pic; au milieu de la distance qui sépare cette

estrope du capelage, on fixe les poulies ou les pendeurs des gardes,

puis on capelle l'oeillet du dormant de la drisse du pic.

Si la brigantine est à draille, avant de capeler le dormant de la drisse

du pic, on capelle la draille garnie de ses anneaux, et on la fait

passer dans une poulie fixée en dessous de la mâchoire, pour pouvoir la

raidir avec un palan placé au pied du mât d'artimon.

Dans ce cas l'artimon est envergué, et les joues de vaches rousturées

sur la corne servent au passage de ses cargues.

Il est des navires qui portent la brigantine et l'artimon envergués sur

la corne. Nous en parlerons à l'article qui traitera du gréement de ces

deux voiles.

Pour terminer ce qui a rapport aux vergues qui se hissent sur les bas

mâts, il faudrait décrire le gréement des cornes sur lesquelles quelques

navires établissent le foc d'artimon et la grande voile d'étai. Mais

comme cette méthode est plus exceptionnelle que générale, nous le

donnerons en traitant du gréement de ces voiles.

SECTION II.

_Gréement des Vergues de Hune._

Les vergues de hune se distinguent par le nom du mât qui les soutient et

de la voile qu'elles portent. Celle du grand mât de hune s'appelle

vergue du grand hunier; celle du petit mât de hune, vergue du petit

hunier, et celle du mât de perroquet de fougue, vergue du perroquet de

fougue.

Elles sont taillées à huit pans dans leur milieu, portent quatre taquets

pour les empointures des ris des huniers, et sont ordinairement percées

de deux clans, l'un pour le palaquin des huniers, et le second pour les

écoutes de perroquet.

Ces vergues s'adaptent au mât de hune; mais n'y étant pas à demeure

comme les basses vergues le sont aux bas mâts, on n'a pu les y fixer de

la même manière. Il faut qu'elles puissent monter et descendre le long

de leurs mâts lorsqu'il est nécessaire de diminuer ou d'augmenter la

surface de la voile qu'elles portent, et d'ailleurs au mouillage elles

reposent sur les choucs des bas mâts.

On leur communique ces mouvemens par une drisse à itague; des balancines

les tiennent dans une position horizontale, ou les apiquent s'il est

nécessaire; les bras les dirigent de l'avant sur l'arrière en tournant

sur l'avant du mât où elles sont retenues par un racage, et des

marche-pieds facilitent aux matelots le moyen de s'y porter quand la

manoeuvre l'exige.

Le gréement d'une vergue de hune se compose donc de:

Deux drisses à itague;

Deux bras;

Deux balancines;

Un racage;

Deux marche-pieds;

Deux palans de roulis.

_Drisses à itague._

L'itague est faite avec un cordage de la force des galhaubans de hune,

garni en bitord dans toute la longueur qui doit passer dans les poulies

de la vergue et du capelage.

Les vaisseaux ont deux itagues; elles font dormant au capelage du mât de

hune, descendent ensuite le long de ce mât pour passer de dedans en

dehors dans une poulie qu'elles trouvent sur la vergue, remontent le

long du mât pour passer de l'avant à l'arrière dans les poulies

correspondantes, que nous avons capelées au mât de hune; de là, se

dirigeant chacune d'un bord, sur l'arrière de la hune, elles vont

s'épisser à la cosse des estropes de deux poulies doubles, ou former

l'estrope des palans de deux poulies doubles qu'on réunit au moyen d'un

garant à deux poulies simples à émérillons, crochées à des pitons placés

hors le bord en arrière des porte-haubans. Ces palans ainsi formés se

nomment drisses.

Pour les manoeuvrer avec plus de facilité, on décroche les poulies

simples, on les croche sur des pitons fixés sur la serre-gouttière et

on passe les garans dans des poulies de retour, en ayant soin de les

développer de l'arrière à l'avant pour les drisses de la vergue du grand

hunier, et de l'avant à l'arrière pour celles du petit hunier.

Lorsque les itagues sont d'un même cordage, c'est-à-dire qu'il n'y a

qu'une même itague pour les deux drisses, on ne place sur la vergue

qu'une poulie. L'itague, après avoir passé dans cette poulie, envoie ses

bouts passer l'un à tribord, l'autre à bâbord, dans les poulies du

capelage, et se dirigeant comme nous l'avons dit, vont s'épisser, ou

former les estropes des poulies doubles des deux drisses.

Les bâtimens qui n'ont qu'une drisse font le dormant de l'itague au

capelage où ils n'ont alors qu'une seule poulie. L'itague, après avoir

fait dormant, passe dans la poulie sur la vergue, de là dans la poulie

du capelage, qui est du bord opposé à celui où le dormant a été fait, et

vient estroper sa poulie de drisse.

Dans ce cas la drisse du grand hunier se place à tribord, et celle du

petit hunier à bâbord.

C'est de cette manière qu'on établit les itagues du perroquet de fougue

à bord des vaisseaux.

Les petits bâtimens suppriment la poulie du capelage en pratiquant à la

noix du mât de hune un clan dedans lequel passe l'itague. Quelquefois

même ils suppriment celle de la vergue, et alors l'itague fait dormant

sur son milieu.

Ces mêmes bâtimens diminuent quelquefois la dimension de l'itague et

s'en servent pour drisse. Alors la vergue porte une poulie double, et le

capelage une poulie de chaque bord. L'itague fait dormant au capelage,

et allant successivement de chacun des clans de la poulie de la vergue à

celle du capelage, descend ensuite de l'arrière de la hune et va passer

dans une poulie de retour fixée à la serre-gouttière.

_Bras._

Les bras des vergues de hune sont doubles.

Ceux du grand hunier font dormant au capelage du mât de perroquet de

fougue, passent dans les poulies de bras, de là dans des poulies à

pendeurs qui embrassent le mât d'artimon en dessous des jottereaux, et

dans les poulies de retour qui sont au pied du mât ou crochées sur la

serre-gouttière. Leur développement se fait de l'arrière à l'avant. Ils

s'amarrent à des taquets cloués sur la muraille ou le pont.

Le dormant se fait aussi aux jottereaux du mât d'artimon, et alors les

poulies à pendeurs sont au capelage du mât de perroquet de fougue. Si

par cette installation la vergue du grand hunier est mieux appuyée et

apique moins au brasséiage, d'un autre côté le mât de perroquet est plus

fatigué.

Les bras du petit hunier font dormant au capelage du grand mât de hune,

de là vont dans leurs poulies de bras, et se dirigeant vers le grand mât

passent dans les seconds rouets des poulies où passent déjà les bras de

la vergue de misaine; descendent le long du mât et passent de l'avant à

l'arrière dans les montans du râtelier de manoeuvre en dedans et à côté

des bras de misaine. Ils s'amarrent comme eux à des taquets cloués sur

le pont.

Le dormant peut se faire sur l'étai du grand mât, à l'épissure des

branches, et alors les poulies de retour sont au capelage des grands

mâts de hune.

Les bras du perroquet de fougue font dormant sur les derniers haubans de

l'arrière du grand mât, au-dessus du trelingage, ou sur la branche

arrière du trelingage lui-même ou à des pitons fixés aux jottereaux, et

après avoir passé dans leurs poulies de bras viennent dans des poulies

fixées un peu au-dessus et à côté du dormant, et descendent soit le long

du mât pour s'amarrer au râtelier de manoeuvre, soit le long des haubans

pour s'amarrer au cabillot fixé sur la muraille.

A bord des petits navires les bras du perroquet de fougue sont simples.

_Balancines._

Les balancines des vergues de hune sont simples. Après avoir été

capelées au bout de la vergue, elles passent dans les rouets inférieurs

des poulies vierges à trois rouets, qui sont fixées par quatre amarrages

entre le premier et le second hauban; descendent le long du mât, passent

par le trou du chat, et, élongeant les bas haubans, se fixent par un

amarrage à un piton placé sur les porte-haubans entre le premier et le

deuxième hauban. Lorsqu'on fait cet amarrage la vergue doit reposer sur

le chouc du bas mât.

Les trois vergues de hune ont leurs balancines passées de la même

manière. Les poulies vierges, fixées au hauban du mât de perroquet de

fougue, n'ont que deux rouets.

_Racage._

Le racage des vergues de hune se compose de pommes et de bigots; ou est

formé par un cordage garni en basanne, ainsi que nous l'avons expliqué

pour la vergue de civadière; ou se remplace par un taquet à mâchoire

fixé sur la vergue.

Les racages à pommes se composent de quatre rangs de pommes séparées

l'une de l'autre par des bigots; les bouts de filin qui enfilent les

pommes et les bigots, et s'appellent bâtards de racage, ont à leur

extrémité un oeillet et un bourrelet qui empêche les pommes de se

dépasser, et sont d'une longueur suffisante pour faire trois fois le

tour de la vergue. Les oeillets doivent être placés alternativement l'un

sur tribord, l'autre sur bâbord.

Ce racage ainsi fait étant placé sur l'arrière du mât, le bout de chaque

bâtard croise la vergue en passant sur son avant, passe dans l'oeillet

de l'autre bâtard, repasse sur l'avant de la vergue, entoure le mât sur

les bigots, entoure encore la vergue et le mât, puis on les bride entre

eux, entre ce dernier et la vergue.

Le racage simple, comme nous l'avons dit pour la civadière, se fait avec

un cordage garni en basanne, ayant à ses deux extrémités une cosse. On

embrasse la vergue avec les deux moitiés inégales, et on fait un

amarrage sur la face arrière; on en fait un second pour réunir les deux

branches, à toucher la cosse de la plus courte. L'excédant de la seconde

branche entoure la vergue et vient s'aiguilleter sur la cosse de la

première.

Dans un cabrion en chêne, ayant en hauteur le diamètre d'une vergue de

hune, on creuse un demi-cylindre dont le diamètre est un peu plus fort

que celui de son mât. A deux, trois ou quatre pouces du cylindre on

évide le cabrion en le taillant en sifflet, et on gouge sa partie

opposée dans le sens horizontal pour pouvoir l'appliquer sur la vergue.

Lorsqu'il y est, milieu sur milieu, on le saisit par deux fortes

roustures et par un cercle en fer qui embrasse le cabrion et la vergue.

(Le cercle peut porter un piton qui sert alors à aiguilleter la poulie

d'itague.) On arrondit légèrement les angles de cette mâchoire qu'on

perce d'un trou, et on la garnit en basanne.

La vergue étant sur le chouc, la mâchoire embrasse le mât et y est

retenue par un cordage qui passe dans les trous pratiqués dans la

mâchoire et dont les bouts s'aiguillettent l'un sur l'autre.

Cette installation non-seulement dispense de se servir des palans de

roulis, mais elle offre l'inappréciable avantage d'empêcher l'apiquement

de la vergue lorsqu'une balancine casse pendant que les matelots sont

dessus, et peut ainsi sauver la vie à plusieurs de ces hommes précieux.

Quoique la mâchoire soit garnie en basanne, il est prudent, en prenant

la mer, d'introduire entre elle et le mât un paillet fin ou une sangle

bien suivée qu'on lace à faux frais sur la vergue.

_Marche-pieds._

Les marche-pieds des vergues de hune sont confectionnés et placés

absolument comme ceux des basses vergues.

_Palans de Roulis._

Les palans de roulis sont des palans ordinaires, dont la poulie simple

est crochée à une cosse estropée sur la vergue au tiers de sa longueur,

et dont la poulie double se fixe à une estrope qui entoure le mât. Le

garant s'amarre dans la hune, ou descend le long du bas mât pour

s'amarrer à un des cabillots du cercle qui l'embrasse.

Outre le gréement dont nous venons de parler, les vergues de hune

portent encore les poulies nécessaires à la manoeuvre de leurs voiles et

de celles des perroquets, qui, avec la filière d'envergure et les blins

des bouts-dehors complètent leur garniture.

_Garniture de la Vergue du grand Hunier._

Les vergues de hune se garnissent à bord, sur le pont, où on les dispose

convenablement pour cette opération.

Bien au milieu de la vergue, si elle n'a qu'une itague, ou à une

distance d'un demi-diamètre du mât si elle en a deux, on aiguillette la

ou les poulies d'itagues, de manière que le rouet soit dans le sens de

la vergue. Ces poulies sont ordinairement à double goujure; leur estrope

est double, les branches en sont inégales, et l'aiguilletage se fait sur

le côté.

De chaque côté de la vergue, à une distance de son milieu, égale au

douzième de sa longueur, on aiguillette une poulie double dont le rouet

de l'avant servira pour l'écoute du grand perroquet, et celui de

l'arrière pour la cargue-point du grand hunier. Cette poulie est placée

sous la vergue. Au milieu de chaque moitié et dans la même position, on

place une poulie simple pour le passage des cargues-boulines. De chaque

côté sur l'estrope de la poulie d'itague ou sur chacune des estropes des

poulies d'itague s'il y en a deux, on fixe une poulie pour le passage

des cargues-fonds du grand hunier. Mais comme presque toujours en rade

on pèse les fonds bien au-dessus de la vergue pour serrer la voile avec

plus de facilité, ces poulies sont à fouet pour pouvoir être défrappées.

On aiguillette au tiers, à partir de chaque bout, l'estrope pour le

palan de roulis.

On capelle d'abord la filière d'envergure, confectionnée et placée comme

nous l'avons dit pour les basses vergues; puis les marche-pieds

semblables et semblablement disposés encore à ceux de ces vergues.

Si la vergue n'est pas percée d'un clan à son carré pour le passage de

l'écoute de perroquet, on capelle une poulie pour le remplacer. Puis on

capelle la poulie de bras et la balancine. On met en place les blins

des bouts-dehors.

_Garniture de la Vergue du petit Hunier._

La garniture de la vergue du petit hunier est en tout semblable à celle

du grand hunier.

_Garniture de la Vergue du Perroquet de fougue._

Si la vergue de perroquet de fougue n'a pas de poulie d'itague, on

aiguillette sur son milieu l'estrope d'une cosse, sur laquelle l'itague

se croche si elle est à croc, ou se frappe si elle n'a pas de croc.

Si les bras sont simples, on les bague, ou on les capelle à la place

qu'auraient occupée les poulies.

_Croiser les Vergues de Hune._

Les vergues de hune garnies, on les place, pour plus de facilité, sur

l'avant de leurs mâts respectifs pour les hisser.

On passe un fort cordage dans une des poulies d'itague, on le frappe sur

le milieu de la vergue, on l'élonge sur une de ses moitiés en faisant

au tiers et aux deux tiers de bonnes genopes. Cette drisse, après avoir

élongé le mât, se dirige dans une poulie de retour. Il faut, autant que

possible, passer les balancines, et si elles sont trop courtes on fait

ajut avec un autre filin; on fait de même pour les bras. On pèse sur le

cordage qui sert de drisse en guidant la vergue par une retenue pour

qu'elle pare la hune. Lorsque son extrémité supérieure a dépassé le

chouc, on passe les balancines et les bras s'ils ne le sont pas. On

continue à hisser en abraquant un peu les bras, et on coupe la première

genope lorsqu'elle paraît sur le chouc. On commence alors à abraquer la

balancine sous le vent, et continuant à hisser on coupe la dernière

genope, en pesant la balancine sous le vent, filant celle du vent, et

abraquant les bras du même bord.

La vergue tenue ainsi carrément par ses bras et ses balancines, on fait

le racage; on passe et on épisse l'itague; on défrappe le cartahu qui a

servi de drisse; on la soulage un peu du chouc du bas mât pour placer

entre elle et lui le paillet sur lequel elle doit porter, et on amarre

les balancines sur les pitons des porte-haubans.

_Faux bras des Vergues de Hune._

Les vergues de hune, comme les basses vergues, portent des faux bras

dans les temps forcés, ou lorsqu'on se prépare au combat. Mais dans ces

deux cas leurs installations différent totalement.

Dans les deux cas les bras sont simples; mais dans le premier ceux du

grand hunier, après avoir fait dormant au capelage de la vergue, passent

dans un des rouets du chaumard en arrière des haubans d'artimon; et dans

le second cas, dans des poulies frappées sur les haubans d'arrière du

petit mât de hune à hauteur du trelingage, ou aiguilletées au ton de ce

mât.

Les faux bras de la vergue du petit hunier, pour le mauvais temps, après

avoir fait dormant au capelage de la vergue, passent dans un des rouets

du chaumard en avant du grand mât, ou dans une poulie frappée sur les

branches du grand étai. Pour le combat ils passent dans des poulies

aiguilletées sur le bout-dehors de grand foc, et se manoeuvrent du

gaillard d'avant.

La vergue de perroquet de fougue n'a ordinairement pas de faux bras;

cependant lorsqu'on porte le perroquet de fougue avec gros temps,

quelques capitaines en font placer qui passent dans des poulies

fouettées sur la corne et s'amarrent le long du bord.

SECTION III.

_Gréement des Vergues de Perroquet._

Les vergues de perroquet s'établissent sur les mâts de perroquet d'une

manière semblable à celle qui vient de nous servir à établir les vergues

de hune sur leurs mâts.

Elles reçoivent le nom de vergue de grand perroquet, vergue de petit

perroquet, vergue de perruche.

Leur gréement se compose des mêmes manoeuvres que celui des vergues de

hune, mais simplifié à cause de leurs moindres dimensions. Il se compose

de:

Une drisse simple ou à itague;

Deux bras simples, et doubles seulement

pour les vaisseaux et frégates;

Deux balancines;

Deux marche-pieds;

Une estrope pour la drisse;

Un racage.

_Drisse._

La drisse simple se frappe sur la cosse que nous placerons en garnissant

la vergue; passe dans un clan pratiqué à la noix du mât, et descend en

arrière de la drisse de la vergue de hune, pour passer dans une poulie

de retour fixée sur la serre-gouttière.

Pour faciliter la manoeuvre de la vergue de perroquet, on frappe sur la

drisse, à une hauteur convenable et au moyen d'un cabillot, une poulie

double dont l'estrope porte une cosse; et passant successivement la

drisse elle-même dans une poulie double fixée sur la serre-gouttière, et

dans celle qui fait dormant sur le courant de la drisse, on forme un

palan qui permet de hisser la vergue avec une grande facilité.

On aiguillette quelquefois une poulie simple sur l'estrope de la vergue,

on fait dormant de la drisse au capelage, on la passe dans la poulie de

la vergue, de là dans le clan du mât, et elle descend soit pour passer

dans la poulie de retour, soit pour former un palan comme nous venons de

le dire.

Si la drisse est à itague, l'itague se croche à la cosse de l'estrope

de la vergue, passe dans le clan de la noix du mât, et estrope une

poulie simple. La drisse passe dans cette poulie, va faire dormant à un

piton placé en arrière de la drisse de la vergue de hune, et vient de

l'autre bord passer dans la poulie de retour.

L'itague, à bord des grands navires, porte quelquefois une poulie

double; la drisse qui vient alors au pied du mât forme le garant d'un

palan, dont la poulie simple est fixée dans la hune sur l'arrière du

mât.

_Bras._

Les bras de grand perroquet se capellent au bout de la vergue, passent

dans des poulies fixées sur les premiers haubans du perroquet de fougue,

ou dans les clans d'un chaumard chevillé entre les barres, se rendent de

là dans le trou du chat, où, suivant le premier hauban du mât d'artimon,

ils s'amarrent à un cabillot le long du bord.

S'ils sont doubles, le dormant se fait au-dessus de la poulie placée

sous le premier hauban du perroquet de fougue, ou au capelage de mât

au-dessus du clan du chaumard des barres. Après avoir passé dans la

poulie de bras, ils passent dans la poulie ou le clan au-dessous du

dormant et vont s'amarrer comme nous l'avons dit.

Les bras de la vergue du petit perroquet, après avoir été capelés au

bout de vergue, passent dans les poulies aiguilletées sur les premiers

haubans du grand mât de hune à hauteur du trelingage, ou dans le clan du

chaumard fixé entre les barres du grand perroquet. Ils descendent par le

trou du chat, et suivant les haubans de l'arrière s'amarrent le long du

bord à un cabillot.

S'ils sont doubles on les fait passer comme ceux du grand perroquet,

c'est-à-dire que le dormant se fait alors au-dessus de la poulie ou du

clan qui sert au courant.

Les bras de la vergue de perruche, après avoir été capelés, passent dans

des poulies aiguilletées de chaque côté de la face arrière du chouc du

grand mât, ou dans des poulies aiguilletées sur les derniers haubans du

grand mât à hauteur du capelage.

Ces bras sont ordinairement simples, même à bord des plus grands

vaisseaux; cependant si on voulait les passer en double, il est clair

que, comme pour les autres vergues de perroquet, il faudrait faire le

dormant au-dessus de la poulie où passe le courant.

Les navires qui ont les bras de perroquet en double, les font passer en

simple lorsqu'ils doivent rester sur rade, afin de gréer et dégréer avec

plus de promptitude.

_Balancines._

Les balancines des perroquets passent dans la ganse fixée sur la vergue,

et se capellent après les bras. Elles passent ensuite dans le clan

inférieur d'une poulie vierge à deux rouets, fixée entre les haubans de

perroquet, et descendent ensuite pour s'amarrer ordinairement dans la

hune. Quelquefois aussi elles passent par le trou du chat et s'amarrent

le long du bord, entre le premier et le deuxième hauban. De cette

manière le nombre des hommes à envoyer dans la hune pour gréer et

dégréer les vergues est moins considérable.

Les poulies vierges où passent les balancines sont simples, ou à un seul

rouet pour la perruche.

_Marche-pieds._

Les marche-pieds sont en tout semblables à ceux des autres vergues.

_Estrope._

La cosse où l'on croche l'itague est retenue par un amarrage plat dans

une estrope qu'on aiguillette sur le milieu de la vergue; plus

généralement l'estrope est faite en bague. On fixe la cosse par un

amarrage et on passe, en la faisant entrer de force, l'estrope dans la

vergue. Quand elle est parvenue au milieu, on l'y fixe par de petits

taquets cloués de chaque côté.

L'estrope doit être garnie en bitord ou en basanne.

_Racage._

Le racage des vergues de perroquet est absolument semblable à celui que

nous avons décrit pour les vergues de civadière, et qui sert aussi

fréquemment pour les vergues de hune.

_Garniture de la Vergue de grand perroquet._

On aiguillette, ou on passe l'estrope de la cosse de drisse bien au

milieu de la vergue et la cosse au centre.

On capelle la filière sur laquelle on enverguera la voile; on la fixe

comme sur les autres vergues.

On fait l'amarrage qui réunit les deux branches inégales du racage, et

on le fait glisser sur la vergue jusqu'à ce qu'il soit à peu de distance

de l'estrope de drisse.

Au sixième de la longueur, à partir de l'estrope, on place de chaque

côté une poulie double pour le passage des cargues-points, et dont le

second rouet servira, comme nous le verrons, à l'écoute des catacois.

Sur l'avant de la vergue, et sur l'estrope même, on aiguillette une

poulie pour la cargue-fond, qui est formée par une patte d'oie. S'il en

était autrement, il faudrait deux poulies de cargue-fond, qu'on

placerait alors, une de chaque côté, à mi-distance entre la poulie du

point et l'estrope de la drisse.

On capelle les marche-pieds. Ces vergues, portant toujours un clan,

n'ont pas de poulie d'écoute pour le catacois. On sent que si elles n'en

avaient pas, il faudrait les capeler.

On fixe sur le carré du capelage de la vergue, la ganse où doit passer

la balancine. On devrait capeler les bras et les balancines; mais ces

manoeuvres ne se mettent en place qu'en gréant la vergue.

_Garniture de la Vergue de petit Perroquet._

La garniture de la vergue de petit perroquet est absolument semblable à

celle du grand perroquet.

_Garniture de la Vergue de Perruche._

La garniture de la vergue de perruche est semblable à celle des autres

perroquets, avec cette seule différence que souvent elle n'a pas de

cargue-fond, et qu'alors la poulie aiguilletée à l'estrope de drisse est

supprimée.

_Gréer les vergues de Perroquet._

Gréer les perroquets, c'est les envoyer à leurs mâts respectifs, c'est

les avoir prêts à être établis aussitôt que le besoin s'en fait sentir.

Les voiles de perroquet s'enverguent sur le pont; en gréant les

perroquets, nous supposons qu'elles sont en place.

Si la drisse est simple, on en affale le bout sur le pont, ou dans les

bas haubans où se trouvent ordinairement les vergues lorsqu'elles sont

garnies. La vergue de grand perroquet et de perruche à tribord, celle de

petit perroquet à bâbord.

Si la drisse est à itague, on défrappe le dormant fait au piton dans le

porte-hauban; c'est ce dormant qui sera amarré sur l'estrope de la

vergue, et on hale sur l'itague de manière que sa poulie soit rendue au

clan. On le croche alors à un erse bagué sur les barres.

Mais si l'itague est à palan, c'est-à-dire si la poulie est double,

alors on fouette au capelage du perroquet une poulie où passera une

manoeuvre appelée drisse volante, qui servira à hisser le perroquet.

Le bout de la drisse affalé, on la frappe sur la cosse de l'estrope, on

l'élonge sur la moitié de la vergue qui doit monter la première, et on

la genope aux deux tiers à partir du milieu.

On pèse sur la drisse en faisant parer la vergue de la hune; lorsqu'elle

est rendue dans les haubans de hune, on capelle les bras et les

balancines, qu'on passe dans les ganses, et on continue à hisser jusqu'à

ce que le milieu de la vergue soit sur le chouc du mât de hune. Alors on

coupe la genope, on appuie sur le bras du même bord en pesant fortement

sur les balancines du bord opposé, et la vergue vient horizontalement

sur le chouc. On fait aussitôt le racage pour l'y maintenir.

On la met carrément sur ses bras et balancines, et on la garnit,

c'est-à-dire qu'on frappe les manoeuvres qui servent à établir les

voiles et hisser les vergues.

On défrappe la drisse; on croche l'itague; on passe la drisse dans la

poulie d'itague, et on en fait le dormant. Les cargues-points sont

amarrées sur les barres, on les passe dans les poulies sur la vergue, et

on les frappe au-dessus des cosses où l'on fait le dormant des points

d'écoute. On passe dans la poulie aiguilletée sur l'estrope, la

cargue-fond qu'on frappe sur sa patte d'oie; enfin on capelle l'oeil des

boulines aux cabillots des branches de boulines.

Il faut avoir soin, en capelant les bras et balancines, de faire passer,

au large du mât, de manière à l'entourer sur l'avant, le bras et la

balancine du bord opposé à celui où se trouve la vergue dans les haubans

de hune.

Pour faciliter cette manoeuvre, le bras et la balancine sont sur la même

bague et se capellent en même temps. Mais nous ne parlerons pas des

escamotages, si souvent mis en usage par les bâtimens de guerre, pour

rendre cette manoeuvre plus prompte à l'oeil; escamotages plus nuisibles

qu'utiles, car pour la mer, où il faut gréer réellement, ils n'ont rien

appris aux matelots.

Lorsqu'on grée le perroquet à la mer avec du roulis ou du tangage, ce

qui arrive presque toujours, il serait imprudent de livrer la vergue à

elle-même lorsqu'on la hisse, elle pourrait s'endommager en frappant sur

la hune, et crever les voiles appareillées. Pour la guider on frappe au

bout inférieur, au piton qui y est fixé pour porter, comme nous le

verrons, la poulie de drisse de la bonnette, un cordage qu'on passe dans

une poulie de retour, ou un piton, qu'on tourne à un cabillot, et qu'on

ne file qu'à la demande de la drisse. De cette manière la vergue

sollicitée par ses deux extrémités n'a que peu ou point de mouvement.

Lorsqu'elle est parvenue dans les haubans de hune, on l'y saisit pour

capeler les bras et balancines, et on ne défrappe la retenue que

lorsqu'on est prêt à couper la genope.

A défaut de retenue, on peut saisir la vergue par le moyen de son racage

au galhauban arrière du mât de hune. Lorsque son bout inférieur a

dépassé la hune, on mollit le racage et le saisit dans les haubans, et

on continue les manoeuvres comme nous l'avons dit.

_Dégréer les Vergues de Perroquet._

Dégréer les vergues de perroquet, c'est les placer sur le pont ou dans

les bas haubans, pour les soustraire à la force du vent et soulager la

mâture; c'est le contraire de l'opération que nous venons de décrire.

Pour dégréer un perroquet, on défrappe les écoutes, on les amarre sur

les barres; on défrappe également les cargues-points et la cargue-fond,

on les dépasse de leurs poulies et on les amarre, les cargues-points aux

pitons du chouc du mât de hune, la cargue-fond sur l'avant; on décapelle

les boulines de leurs cabillots, et on les fixe tribord et bâbord sur la

barre de l'avant.

Si la drisse est simple, on l'affale, on l'élonge sur la vergue du bord

opposé à celui où on veut l'amener, et on fait une genope au tiers. A la

mer, où il faut nécessairement envoyer la vergue au vent, la genope se

fait sous le vent.

Si la drisse est à itague, on décroche l'itague, on la croche à un erse

sur les barres; la poulie doit être alors rendue au clan; on largue le

dormant de la drisse dans le porte-hauban, et on hale sur le courant,

pour que le dormant monte à la hauteur de la vergue.

Enfin, si l'itague est à palan, il faut, comme nous l'avons dit pour

gréer, passer une drisse volante.

La genope faite, on largue le racage, on pèse fortement sur la drisse

qui, par le moyen de la genope, fait apiquer la vergue; on aide à ce

mouvement en pesant sur la balancine du même bord et mollissant l'autre;

en même temps on mollit le bras du côté de la genope, et on abraque

l'autre pour diriger le bout de la vergue dans les haubans de hune. On

amène la drisse, et lorsque le bout supérieur de la vergue est à hauteur

du chouc, on décapelle les balancines et les bras, et on amène la vergue

au poste qu'on lui a assigné.

Les bras et balancines sont amarrés sur les barres et raidis.

Si la mer est forte, aussitôt que la vergue est dans les haubans de

hune, on l'y saisit pour décapeler les bras et les balancines, après

quoi on entoure les galhaubans de l'arrière avec le racage et on amène

la vergue sur ce galhauban.

SECTION IV.

_Gréement des Vergues de Catacois._

Les vergues de catacois s'établissent sur les mâts de catacois, les mâts

de bome qui les remplacent, ou sur les flèches des mâts de perroquet, de

la même manière que les vergues de perroquet sur leurs mâts.

Ces vergues reçoivent le nom de grand catacois, petit catacois, et

catacois de perruche. Leur gréement, absolument semblable à celui des

vergues de perroquet, se compose comme celui de ces dernières, de:

Une drisse simple;

Deux bras;

Deux balancines;

Deux marche-pieds;

Une estrope de drisse;

Un racage.

_Drisse._

La drisse, toujours simple, fait dormant sur la cosse de l'estrope de

drisse, passe dans un clan pratiqué en dessous du capelage, et se

dirigeant en arrière de la hune, descend s'amarrer contre le bord, en

arrière de la drisse du perroquet.

_Bras._

Les bras du grand catacois, après avoir été capelés, passent, l'un à

tribord l'autre à bâbord, dans des poulies ou des cosses aiguilletées

sur le hauban d'en avant du mât de perruche, ou près de son capelage, et

descendant par le trou du chat vont s'amarrer contre le bord, en arrière

et à côté des bras du grand perroquet.

Ceux du petit catacois, après avoir été capelés, se dirigent sur

l'arrière au capelage du mât du grand perroquet, passent dans les

poulies ou les cosses qui sont aiguilletées sur le hauban d'en avant, et

descendant par le trou du chat s'amarrent contre le bord en arrière et à

côté des bras du petit perroquet.

Enfin ceux du catacois de perruche, après avoir été capelés, passent

dans des poulies ou des cosses aiguilletées sur le hauban d'en arrière

du grand mât de perroquet, descendent par le trou du chat, et s'amarrent

en à bord, en avant et à côté des bras de perruche.

_Balancines._

Les balancines, après avoir passé dans la ganse fixée au carré de la

vergue, et avoir été capelées, passent dans des poulies et plus

généralement dans des cosses aiguilletées au capelage. Elles s'amarrent

et se manoeuvrent des hunes.

Les marche-pieds sont comme ceux des vergues de perroquet.

L'estrope de drisse est faite aussi de la même manière. On la supprime

quelquefois, et alors la drisse fait dormant sur le milieu de la vergue

qu'elle entoure.

Le racage est semblable à ceux des vergues de perroquet.

Les haubans de perroquet n'ayant souvent pas d'enfléchures, pour

faciliter aux matelots les moyens de monter pour la manoeuvre des

catacois, on aiguillette au capelage des perroquets une échelle dont les

branches se fixent sur l'arrière des choucs des mâts de hune.

_Garnir et gréer les Vergues de Catacois._

On fixe d'abord l'estrope de drisse au milieu de la vergue, où on la

retient en clouant des deux bords de petits taquets, ou en ayant

pratiqué sur les vergues, en les confectionnant, deux petites mortaises.

A petite distance de l'estrope, on aiguillette de chaque côté une poulie

pour les cargues-points.

On capelle les marche-pieds.

Comme pour les vergues de perroquet, les bras et balancines ne se

capellent que lorsqu'on grée les vergues; pour celles-ci, lorsqu'elles

sont parvenues dans les haubans de perroquet. On les garnit ensuite en

faisant le racage, frappant les écoutes et les cargues-points, et en

filant les boulines aux cabillots des branches.

Les navires qui portent leurs catacois au plus près sont les seuls qui

les établissent comme nous venons de le dire. Quant à ceux d'une moindre

dimension qui ne les portent que sur le largue, ils suppriment le

racage, les bras et les boulines, et le catacois s'oriente alors en

brassant le perroquet sur lequel sont les écoutes.

Dans ce cas on frappe sur le milieu de la vergue un cordage appelé

hâle-bas, qui vient sur l'avant. Lorsqu'on veut se débarrasser du

catacois, on largue les écoutes qui sont amarrées sur les barres de

perroquet, on mollit la drisse, et pesant sur le hâle-bas, la voile

passe sur l'avant des autres voiles appareillées, et se serre sur le

pont. On les place après dans les bas haubans du bord opposé à celui où

se trouvent les perroquets.

Les bâtimens ayant des mâts de perroquet à doubles flèches, portent

quelquefois, mais bien rarement, des vergues de contre-catacois, qui

s'établissent comme nous venons de le dire pour les catacois, qui n'ont

ni bras, ni balancines, ni racage, ou catacois volans.

CHAPITRE IV.

SECTION PREMIÈRE.

_Des Voiles._

Les voiles se divisent en deux espèces distinguées par les noms de

voiles carrées et de voiles auriques ou latines.

La première espèce comprend les basses voiles, ou voiles portées par les

basses vergues; les huniers, voiles portées par les vergues de hune; les

perroquets, portés par les vergues de perroquet; les catacois, par les

vergues de catacois. On range aussi parmi les voiles carrées les

bonnettes.

Ces voiles prennent le nom des vergues sur lesquelles elles sont fixées

ou enverguées.

Ainsi pour les basses vergues: la grande voile, la misaine, la

civadière; mais cette dernière est rarement et même jamais enverguée. La

vergue barrée n'a pas de voiles.

Pour les vergues de hune: grand hunier, petit hunier, perroquet de

fougue.

Pour les vergues de perroquet: grand perroquet, petit perroquet,

perruche.

Pour les vergues de catacois: grand catacois, petit catacois, catacois

de perruche.

Toutes ces voiles ont la forme d'un trapèze régulier. La base

supérieure, la moins étendue, est fixée sur la vergue; la base

inférieure, ou la plus étendue, est fixée sur le pont pour les basses

voiles, sur la vergue inférieure pour les autres.

En confectionnant ces voiles, on coud sur les côtés un cordage peu

commis, appelé ralingue. Celle de la base supérieure, beaucoup plus

faible que les autres, s'appelle ralingue de faix, de têtière, ou

d'envergure; celles qui partent de la ralingue d'envergure prennent le

nom de ralingues de chute, et celles de la base inférieure, celui de

ralingues de bordure.

Ces expressions servent à déterminer les dimensions d'une voile; on dit:

elle a tant d'envergure, de chute et de bordure.

Les voiles, en sortant de l'atelier de la voilerie, doivent être

pourvues des oeillets, cosses, pattes, margouillets, nécessaires à sa

manoeuvre. Nous allons assigner les places que ces différens objets

occupent.

On pratique, à toucher la ralingue de têtière, des petits oeillets faits

à l'aiguille, dans lesquels passeront les bouts de bitord ou de ligne,

qui serviront plus tard à fixer la voile sur la filière d'envergure, ou,

à défaut de celle-ci, sur la vergue.

Aux angles que la ralingue de têtière fait avec celle de chute, on forme

un oeillet qu'on garnit d'une cosse; c'est ce qu'on appelle la cosse

d'empointure. Aux angles inférieurs, c'est-à-dire à ceux qui sont formés

par la rencontre des ralingues de chute et de celles de bordure, on

forme pareillement un oeillet garni d'une cosse retenue par un amarrage.

Ce sont les points d'écoutes.

Pour diminuer la surface des voiles carrées, lorsqu'on y est obligé par

la force du vent, on place sur ces voiles des bandes de ris.

Ces bandes de ris sont d'étroites bandes de toile, cousues sur l'avant

et l'arrière de la voile, parallèlement à la têtière, dans toute sa

largeur; elles sont percées, de distance en distance, de trous sur les

bords desquels on coud des bagues formées par un petit cordage; ces

trous, appelés oeils-de-pies, servent à passer les garcettes qui fixent

sur la vergue la portion de la voile diminuée.

Les huniers des grands navires portent quatre bandes de ris espacées de

manière que lorsque le dernier est pris, le hunier puisse se soulager

encore de deux ou trois pieds sur le chouc de son bas mât. Les bâtimens

d'un rang inférieur n'en ont que trois, enfin quelques-uns deux.

Les basses voiles ont toujours un ris; les perroquets souvent un, mais

on s'en sert si rarement, qu'ordinairement on n'y passe pas de

garcettes.

A chaque extrémité des bandes de ris on forme sur les ralingues de

chute, des pattes au moyen d'un toron qui, après avoir passé dans ceux

de la ralingue, est tordu sur lui-même. Dans ces pattes en engage des

cosses, ce sont les cosses d'empointures, ou plus simplement les

empointures.

Au-dessous de ces pattes d'empointures, et à peu de distance de celles

du dernier ris, on en forme, de la même manière, une nouvelle pour le

dormant de l'itague du palanquin. Aux basses voiles, elles servent à

crocher la poulie du cartahu qui remplace le palanquin.

On fixe ensuite, suivant la dimension de la voile, les deux ou trois

pattes où doivent s'amarrer les branches des boulines.

A la ralingue de bordure on frappe les hersiaux pour les dormans des

cargues-fonds; aux ralingues de chute, ceux pour les cargues-boulines.

On concevra qu'il est impossible d'assigner exactement la place que doit

occuper chacun de ces hersiaux, puisqu'elle dépend entièrement du nombre

de cargues que porte la voile. La basse voile d'un vaisseau ayant quatre

cargues-fonds et quatre cargues-boulines, les hersiaux ne peuvent être

placés comme ceux d'un navire qui n'en a que deux.

Les bonnettes sont des voiles supplémentaires qui augmentent la surface

des voiles carrées auxquelles elles sont adaptées. Nous parlerons de la

manière de les établir en traitant de leur gréement.

Les voiles qui portent des bonnettes, sont:

La misaine; on les appelle bonnettes basses.

Le grand et le petit hunier; on les distingue sous le nom de bonnettes

de grand ou de petit hunier.

Le grand et le petit perroquet, désignés semblablement par le nom de

bonnettes de grand ou de petit perroquet.

Quelquefois le grand et le petit catacois portent des bonnettes.

On en met aussi une, mais rarement, à la brigantine; enfin on donne le

nom de bonnette de sous-gui à une voile qu'on plaçait sous le gui en

arrière du couronnement.

Les bonnettes des huniers ont un ris, afin de pouvoir être établies

lorsque les huniers ont le premier ris ou ris de chasse pris.

Les voiles auriques ou latines sont triangulaires ou trapézoïdes.

Lorsqu'elles sont triangulaires, les deux ralingues qui partent de

l'angle supérieur sont les ralingues de chute; celle qui les réunit est

la ralingue de bordure.

Les voiles latines qui s'établissent sur le mât de beaupré et son

bout-dehors, prennent le nom général de focs et se désignent plus

particulièrement sous ceux de petit foc, faux foc, grand foc, clinfoc.

Ces voiles sont triangulaires: elles sont fixées au mât de beaupré par

l'angle extérieur, appelé point d'amure, s'élèvent le long d'un cordage

qui leur sert de vergue et qui se nomme draille, par le moyen d'une

drisse; sont ramenées sur le mât par un hâle-bas, et portent à l'angle

intérieur une écoute qui raidit leur ralingue de chute et de bordure.

Les voiles latines qui s'établissent sur le mât de misaine, mais qui

reçoivent le nom de voiles d'étai du grand mât et sont plus généralement

désignées sous le nom de voiles d'étai, sont:

La pouillouse, ou voile d'étai du grand mât;

La grande voile d'étai, ou voile d'étai du grand hunier;

La contre-voile d'étai;

La voile d'étai de grand perroquet;

La voile d'étai de grand catacois.

Celles qui s'établissent sur le grand mât, et qui sont les voiles d'étai

du mât d'artimon, sont:

Le foc d'artimon, ou voile d'étai du mât d'artimon;

Le diablotin, ou voile d'étai du perroquet de fougue;

La voile d'étai de perruche.

Celles du mât d'artimon, sont:

La brigantine qui s'établit sur les vergues de gui et de corne que

nous avons déjà mises en place en parlant des vergues des bas mâts;

Le flèche-en-cul.

Ces voiles ont la forme d'un trapèze irrégulier, dont les côtés

parallèles se placent verticalement, le moins étendu au mât. L'un et

l'autre reçoivent le nom de ralingue de chute. Le côté supérieur qui se

développe sur la drisse qui sert de vergue, est la ralingue de têtière,

et le côté inférieur celle de bordure.

Comme aux voiles carrées, les angles formés par les ralingues portent

des cosses qui servent à les établir sur les manoeuvres.

Le point supérieur de la ralingue de têtière, est le point de drisse;

l'inférieur le point d'amure supérieur, pour le distinguer du point

d'amure formé par la ralingue de chute au mât, et celle de bordure;

celui formé par cette dernière et la ralingue de chute arrière, est le

point d'écoute.

SECTION II.

_Gréement des Voiles carrées._

Nous avons dit plus haut que lorsqu'une voile sortait de l'atelier de

la voilerie, elle avait les cosses, pattes, hersiaux, nécessaires à

l'établir et la manoeuvrer. Placer dans ces cosses, pattes, hersiaux,

les rabans, garcettes, poulies nécessaires, est ce qu'on appelle garnir

une voile, et ce dont nous allons nous occuper.

_Garniture des basses Voiles._

La voile étant étendue sur le pont, on fixe à chaque oeillet de la

ralingue de têtière un bout de bitord pour enverguer sur la filière. Si

on envergue sur la vergue, le bitord devra être assez long pour en faire

deux fois le tour et joindre ses bouts par un amarrage. Aux cosses

d'empointures et à celles placées aux extrémités de la bande de ris, on

fixe, en les épissant sur eux-mêmes aux deux tiers de leur longueur, des

morceaux de quarantenier de plusieurs brasses, suivant les dimensions de

la vergue, et qu'on appelle rabans d'empointures. Dans chaque

oeil-de-pie de la bande de ris on passe une garcette qu'on retient sur

l'avant par un noeud; on fait un noeud semblable sur l'arrière pour

l'empêcher de se dépasser. Ces garcettes doivent avoir assez de

longueur pour embrasser la vergue, la portion de toile du ris, et

s'amarrer par un noeud plat.

Elles seront, comme on l'imaginera facilement, d'une grande longueur, et

par conséquent d'un poids considérable pour les grands navires. Pour

obvier à cet inconvénient, on peut prendre le ris des basses voiles sur

filière, comme nous l'expliquerons plus tard. Alors les garcettes sont

très-courtes, elles sont à oeil. On les passe dans les oeils-de-pie de

l'arrière à l'avant, on fixe sur une des ralingues de chute un cordage

de moyenne grosseur, qu'on passe successivement dans tous les oeils des

garcettes et qu'on amarre sur la ralingue de chute opposée. Sur l'avant

de la voile et de la même manière, on passe dans tous les oeils des

garcettes un quarantenier fixé sur les deux ralingues de chute, afin

qu'elles ne puissent se dépasser.

Au-dessus de l'amarrage que bride la cosse du point d'écoute, on bague

l'estrope d'une poulie simple, qui sert au passage de la cargue-point.

A ces mêmes points d'écoute on bague l'estrope d'une cosse, pour fixer

une bosse qui renforce l'amure lorsque la voile est établie.

Dans une longue estrope on fixe, par deux amarrages plats, deux fortes

poulies; on plie ensuite l'estrope dans la partie qui reste libre entre

les deux amarrages des poulies; on forme un oeillet au pli par un bon

amarrage, et on passe cet oeillet dans la cosse des points d'écoute, où

on le retient par un burin en bois. Cette réunion de poulie, appelée

bouquet, sert à passer l'amure et l'écoute des basses voiles.

Sur la plus élevée des trois pattes placées sur les ralingues de chute

pour les boulines, on fixe, par un noeud dit de bouline, un cordage qui

passe, avant de s'amarrer sur la seconde patte, dans une cosse que porte

un second bout de cordage semblable, et qui fait dormant sur la

troisième patte. Dans ce dernier passe une cosse sur laquelle on estrope

la poulie de bouline. Pour la misaine cette poulie n'existe pas.

Tout ce dont nous venons de parler étant mis en place, les basses voiles

sont garnies; nous allons nous occuper de leur gréement.

La garniture des basses voiles et leur gréement sont absolument les

mêmes; seulement, en parlant de ce dernier, nous indiquerons les

différences que la position de ces deux voiles exige dans le passage et

la direction de leurs manoeuvres.

_Gréement des basses Voiles._

La manoeuvre des voiles consiste à les déferler et les présenter à

l'action du vent dans la position la plus convenable; à les carguer et

serrer pour les soustraire à sa violence.

Ces deux opérations tout-à-fait différentes ont nécessité l'action de

manoeuvres dont les effets pussent se détruire réciproquement.

Les basses voiles sont déferlées et présentées au vent par les amures et

les écoutes; l'amure tend et raidit la partie au vent, l'écoute celle

sous le vent. S'il est nécessaire d'effacer la voile plus que la vergue

qui la porte, c'est-à-dire lui faire faire avec la quille un angle plus

aigu, on se sert de la bouline.

Les cargues disposées sur les ralingues de chute et de bordure la

ramassent sous la vergue, lorsque leur effet n'est plus contrarié par

celui des amures, écoutes et boulines.

Le gréement d'une basse voile se compose donc de:

Deux écoutes;

Deux amures;

Deux boulines;

Deux cargues-points;

Quatre ou deux cargues-fonds; } suivant la dimension

Quatre ou deux cargues-boulines; } de la voile.

_Ecoutes._

Les écoutes de la grande voile, après avoir fait dormant à des pitons

fixés extérieurement en avant des porte-haubans d'artimon, passent dans

la poulie arrière du bouquet, élongent ensuite l'extérieur du navire

pour y rentrer par le clan des chaumards placés dans la muraille, en

avant des haubans d'artimon, et s'amarrent à de forts taquets chevillés

dans la muraille et connus sous le nom de grands taquets.

Dans les grands navires, les écoutes, au lieu de venir directement des

poulies du bouquet aux clans des chaumards, passent dans des poulies de

retour à longues estropes, supportées par des mains de fer placées à

l'avant des haubans d'artimon.

Les écoutes de la misaine font dormant à des pitons fixés extérieurement

à l'avant des grands porte-haubans, passent dans les poulies des

bouquets, reviennent extérieurement pour passer dans les clans des

chaumards placés de l'avant des grands porte-haubans; elles s'amarrent à

des taquets chevillés dans la muraille, ou sur les serre-gouttières.

On garnit les écoutes en bitord à leur partie extérieure, c'est-à-dire à

la partie qui reste hors du bord lorsque la voile est établie.

Quelquefois ces manoeuvres sont commises en grelin; mais il nous semble

que c'est plutôt nuisible qu'utile, puisqu'on augmente par là la

difficulté de border la voile, sans en retirer aucun avantage pour la

solidité; car un cordage en aussière sera aussi fort qu'un cordage en

grelin composé du même nombre de fils de carret; seulement il sera un

peu moins gros et adonnera moins; mais cette dernière considération

n'est d'aucun intérêt pour une manoeuvre courante.

_Amures._

Les amures de la grande voile font dormant à deux boucles fixées sur les

serre-gouttière par le travers de l'arrière des porte-haubans de

misaine, passent dans les poulies des bouquets et viennent passer

ensuite dans des poulies de retour placées un peu sur l'arrière des

boucles des dormans. Elles s'amarrent non loin de là sur de forts

taquets cloués sur les serre-gouttière ou sur le pont.

Ces poulies de retour pour l'amure, à bord des bâtimens à batterie, sont

à longues estropes doubles, qui traversent le pont et sont aiguilletées

sur des boucles triangulaires, dont les pitons sont à bouts perdus dans

la muraille de la batterie.

Pour empêcher l'eau de tomber dans les batteries par les trous où

passent ces estropes, on leur donne un peu de longueur au-dessus du

pont, de manière à pouvoir y clouer une hiloire circulaire de deux ou

trois pouces de hauteur, sans gêner les mouvemens des poulies.

Pour établir les amures de misaine, on place dans la construction deux

arcs-boutans qui font avec le mât de beaupré un angle de 30° environ[3].

Ces arcs-boutans, qui sont appelés minots ou porte-lofs, sont assujettis

extérieurement par deux haubans formés par un cordage double, dont le

pli supérieur estrope un cap-de-mouton, une cosse ou une moque, et dont

le pli inférieur est garni d'une cosse à croc, qui se croche pour ceux

de l'avant dans des pitons chevillés sur le taille-mer, et pour ceux de

l'arrière dans des pitons chevillés dans la joue du navire, un peu en

avant de la direction des bossoirs. A l'extrémité des minots on capelle

deux caps-de-mouton, moques ou cosses, sur lesquels se raidissent les

haubans.

[3] C'est l'angle le plus aigu que forme la basse vergue avec la

grille, quand elle est orientée au plus près.

Les amures de misaine font dormant sur l'extrémité des minots, passent

dans les poulies des bouquets, passent ensuite dans des poulies à talon

dont les estropes sont capelées sur le bout des minots, passent ensuite

dans des clans ou conduits garnis en plomb dans la muraille du fronteau

d'avant, et s'amarrent à des taquets cloués sur le pont par le travers

du mât de misaine.

Les navires qui portent les écoutes et amures des basses voiles simples,

les forment avec le même cordage dont le double est engagé dans les

cosses des points d'écoute; alors on supprime les bouquets. Le dormant

se trouve sur le point même de la voile et ne se fait plus sur les

pitons placés extérieurement.

Quelquefois ces écoutes sont doubles et les amures simples. Dans ce cas,

les écoutes passent comme nous venons de le dire, et les amures formées

par un cordage indépendant font dormant par leur extrémité, qu'on engage

par un cul-de-porc double dans la cosse du point d'écoute.

_Boulines des basses Voiles._

Les boulines de la grande voile ne sont pas à demeure. Celle du vent est

seule passée; on la largue et on la dépasse toutes les fois qu'on cargue

la voile, ou qu'on change d'amures.

La bouline de grande voile n'est donc qu'un cordage de grosseur et

longueur convenables, qui est toujours disposé sur le gaillard d'avant;

lorsqu'on doit s'en servir, on le passe dans la poulie estropée sur la

cosse que portent les branches; on fait le dormant sur le montant du

râtelier de manoeuvre du mât de misaine, on passe le courant dans une

poulie coupée crochée à une estrope qui embrasse le mât de beaupré en

arrière du fronteau d'avant, et on l'amarre à un taquet ou au montant du

bord opposé au dormant.

C'est ordinairement par le dormant qu'on la largue lorsqu'on veut la

dépasser.

Les boulines de misaine font dormant à la cosse de leurs branches,

passent dans les poulies que nous avons aiguilletées pour cet usage au

capelage du mât de beaupré, élongent ce mât, et passent dans des clans

du fronteau d'avant, où on les amarre sur des taquets cloués sur le

gaillard.

_Cargues-Points des basses Voiles._

Les cargues-points des basses voiles sont destinées à ramener les points

des voiles presque au centre et sur l'arrière de la voile; elles sont

doubles, font dormant à peu de distance du centre de la vergue, passent

sur l'arrière de la voile pour se diriger dans les poulies frappées aux

points d'écoute, au-dessus des bouquets, remontent vers la vergue pour

passer dans les poulies que nous avons aiguilletées à cet effet,

descendent ensuite sur le pont pour passer dans un clan des montans des

écoutes de hune, ou plus ordinairement dans des poulies placées sur la

serre-gouttière; on les amarre alors à des cabillots le long du bord.

Si les cargues-points étaient simples, elles feraient dormant sur les

points d'écoute au-dessus de l'amarrage qui bride la cosse.

_Cargues-Fonds des basses Voiles._

Les basses voiles portent quatre ou deux cargues-fonds, suivant la

dimension des navires auxquels elles appartiennent. Si elles sont au

nombre de quatre, on les distingue par les dénominations de

cargues-fonds d'en-dedans, et cargues-fonds d'en-dehors.

Leur destination est de porter la ralingue de bordure de la voile à

hauteur et de l'avant de la vergue.

Leur dormant se fait aux hersiaux placés en garnissant la voile, de là

elles se dirigent sur l'avant de la voile, dans des poulies frappées sur

l'avant de la vergue, puis dans des poulies aiguilletées à des pitons

sur les traversins de l'avant de la hune, et descendent le long du mât,

où elles s'amarrent aux cabillots du râtelier de manoeuvre, après avoir

passé dans les marionnettes.

Généralement on supprime, et avec raison, les poulies sur la vergue,

afin de pouvoir élever les fonds au-dessus et faciliter le serrage de la

voile.

Souvent, lorsque les basses voiles ont quatre cargues-fonds, les deux en

dedans de la grande voile sont formées par un même cordage ainsi

disposé: il est passé dans une poulie dont la caisse porte deux rouets

bout à bout; les deux bouts de ce cordage passent, l'un à tribord

l'autre à bâbord, dans les clans intérieurs des deux poulies doubles,

aiguilletées aux pitons du traversin avant de la hune, puis se dirigeant

sur l'avant de la voile ils vont faire dormant sur les deux hersiaux

inférieurs correspondans. Dans le second rouet de cette poulie on passe

un cordage semblable dont les bouts se dirigent dans deux marionnettes

du râtelier de manoeuvre du mât de misaine, où on les amarre. On se

trouve ainsi avoir deux des cargues-fonds de la grande voile sur le

gaillard d'avant.

On voit qu'on pourrait ne haler que sur un des bouts en laissant l'autre

amarré, mais le mouvement serait plus long.

_Cargues-Boulines des basses Voiles._

Les cargues-boulines sont en même nombre que les cargues-fonds, deux ou

quatre, suivant les dimensions des voiles; elles prennent le nom de

cargues-boulines d'en-dehors, ou cargues-boulines d'en-dedans, pour les

distinguer.

Elles servent à porter les ralingues de chute sur l'avant et le long de

la vergue. Avant de les passer, on aiguillette de chaque côté de la

vergue, à des distances égales de la poulie de cargue-point et de

l'empointure, une poulie pour chaque cargue.

Les cargues-boulines d'en-dehors font dormant aux pattes supérieures

placées au tiers des ralingues de chute; de là, se dirigeant par l'avant

de la voile, elles passent dans les poulies extérieures placées sur la

vergue et dans les rouets intérieurs de nouvelles poulies doubles,

aiguilletées sur les traversins, en dehors de celles qui servent au

passage des cargues-fonds, descendent le long du mât, au pied duquel on

les amarre au râtelier de manoeuvre.

Celles d'en-dedans passent de la même manière, les pattes de leur

dormant sont au milieu des branches de boulines.

Lorsque la voile n'a qu'une seule cargue-bouline de chaque côté, son

dormant est au milieu de la ralingue de chute.

_Enverguer une basse Voile._

On la place de l'avant du mât auquel elle appartient, en travers et

dans le sens qu'elle doit avoir sur la vergue. On passe et on frappe les

cargues-fonds et les cargues-boulines, et on les genope sur la ralingue

de têtière; on passe aussi les cargues-points, mais en simple, le

dormant se fait après avoir envergué la voile. Les amures et les écoutes

ne sont aussi passées qu'après l'opération. Aux cosses des empointures

on frappe de chaque côté un cartahu qui passe dans une poulie au bout de

la vergue, de là dans une poulie au chouc, descend le long pour mât pour

passer dans une poulie de retour placée à son pied.

Les cargues et cartahus frappés, on serre la voile, de manière que les

deux ralingues soient au-dessus, et celle de têtière sur l'arrière pour

être appliquée immédiatement sur la vergue.

On pèse sur les cartahus et les cargues; aussitôt que les matelots

répandus sur la vergue peuvent saisir la têtière, ils coupent les

bitords qui serraient la voile, et lorsqu'elle est élongée sur la

vergue, les genopes des cargues. Comme elles ont été amarrées, la voile

se trouve carguée.

On amarre les empointures l'une après l'autre, en ayant soin de mettre

le milieu de la voile sur celui de la vergue.

Si la voile est neuve, et que par cette raison les empointures ne

puissent venir aux taquets, quoiqu'on ait employé un palan pour les

faire rendre, on fait peser dessus les matelots de tout leur poids; il

faut les mettre à distance égale.

Les empointures prises, on amarre sur la filière s'il y en a une, et

dans le cas contraire, sur la vergue, les bitords ou rabans qui

garnissent les oeillets de la têtière.

On fait le dormant des cargues-points, on passe les amures et les

écoutes, et la voile peut être établie si on est à la mer, et serrée si

on est en rade.

Pour la serrer on prend la toile pli par pli sur l'avant de la vergue;

de la manière dont elle est carguée, les ralingues de chute et de

bordure tenues par les cargues-boulines et les cargues-fonds se

trouveront en dedans de ces plis, dont le dernier qui recouvre le tout

est fait avec la toile qui touche la têtière.

Pour les maintenir dans cette position, on a conservé sur l'arrière de

la voile, à son milieu, à deux ou trois pieds de la têtière, une cosse à

patte d'oie, faite avec de larges tresses. Un cartahu qui passe dans

une poulie sous la hune, et qui descend sur le pont au pied du mât, a

son bout supérieur au-dessus de la vergue. Quand on est aux derniers

plis de la toile, on frappe le cartahu sur la cosse, et pesant fortement

dessus on soulage et on soutient les fonds, où se trouve la plus grande

partie de la toile. Celle élongée sur les deux côtés de la vergue y est

maintenue par des rabans appelés de ferlage, qui sont fixés sur la

filière ou sur la vergue par un noeud coulant. Ils embrassent la voile

et la vergue par deux ou trois tours, et le bout s'engage dans les tours

mêmes.

Ces rabans ne sont employés qu'à la mer, et lorsqu'on serre les voiles

en rade on les cache dans la voile. Ils sont tressés et jetés sur

l'avant de la voile, lorsqu'elle est appareillée.

On les remplace par de larges morceaux de sangle, fixés sur la filière

et dont la branche arrière porte un anneau. Lorsque la voile est serrée,

on passe la branche de l'avant dans l'anneau, et on souque fortement en

engageant l'excédant dans le tour de l'avant.

Nouveau manuel complet de marine, première partie: gréement · 第 1 / 5 章