-- Soyez le bienvenu, Monsieur, dit-il avec un sincère abandon; si
vous êtes connu des Wilson, vous ne m'êtes pas non plus tout à
fait étranger! Je sais les services que vous avez rendus à notre
marine, et j'ai suivi avec un vif intérêt le dernier voyage que
vous venez d'accomplir autour du monde!...
-- Vous êtes mille fois trop bienveillant, dit Gaston de Pradelle,
en saluant de nouveau.
-- Il n'y a pas longtemps que vous êtes de retour en France?
-- Quelques mois à peine.
-- Et vous ne songez pas à nous quitter tout de suite?
-- Oh! je ne reprendrai pas la mer avant un an.
-- À la bonne heure, et pendant cette année, au nom des Wilson et
en celui des Beaufort, veuillez bien considérer cette maison comme
la vôtre, et croyez que nous serons toujours heureux de vous y
recevoir.
Et comme Gaston allait s'éloigner, M. de Beaufort ajouta, en
présentant Edmée qui n'avait cessé de regarder le jeune officier.
-- Ma fille aînée, mademoiselle de Beaufort!
Ce fut comme un coup de théâtre.
Jusqu'alors, Gaston n'avait point pris garde à la jeune fille;
mais dès qu'il eut levé les yeux sur elle, il ne put se défendre
d'un mouvement de stupéfaction profonde et retenir un cri prêt à
lui échapper.
-- Étrange! c'est étrange!... balbutia-t-il, fortement ému et
incapable de se contenir.
-- Quoi donc? fit M. de Beaufort, surpris.
-- Pardonnez-moi.
-- Eh! à quel propos!
-- Cette ressemblance...
-- Vous avez connu quelqu'un qui ressemblait à mon Edmée?
-- Oui, Monsieur.
-- À Paris?
-- Non, non, bien loin de France, au contraire.
-- Où cela?
--En Amérique.
-- Ah!
-- Près du fleuve Saint-Laurent.
-- Que dites-vous?...
-- Vous voyez! je suis fou. D'ailleurs, la jeune femme dont je
parle, il y a huit années que je l'ai vue, et elle avait bien près
de trente ans à cette époque.
M. de Beaufort ne répondit pas, il était devenu comme inquiet; un
pli soucieux s'était creusé sur son front.
Gaston s'aperçut qu'il allait être indiscret, il s'empressa de
couper court à l'incident et s'adressant à Edmée:
-- Mademoiselle, lui dit-il d'un ton plus calme, voici que les
premiers accords du quadrille se font entendre, et si vous vouliez
bien m'accepter pour cavalier...
Edmée regarda son père.
-- Eh! sans doute, sans doute, chère enfant, dit ce dernier. C'est
la première fête à laquelle tu assistes, et ta mère et moi nous ne
pouvons que nous réjouir du plaisir que tu y prendras.
La jeune fille passa alors son bras sous celui de Gaston et ils se
dirigèrent tous les deux pour aller prendre place dans le
quadrille qui se formait.