--Je vous ai prévenue, je me sens malade.
--C’est donc sérieux?
--A mon âge, tout peut le devenir.
--Avez-vous consulté?
--Inutile: d’ailleurs je ne crois pas aux médecins.
Encore Thérèse hésita; au moment de dire ce qu’elle avait sur les
lèvres, elle n’osait plus. Résolue enfin, elle regarda M. Lethois:
--Savez-vous à quoi je pense? j’ai peur, en étant venue ainsi, au
premier signal, d’avoir été... indiscrète. Pourquoi ne pas l’avouer, si
c’est exact?
Il fit «non» d’un signe de tête.
--Ne craignez pas de me blesser: il y a tant de choses qu’on devine...
pour les avoir connues soi-même.
--Vous ne devinez pas! riposta M. Lethois sèchement.
Il prit ensuite la carafe, se versa un grand verre d’eau, le but
avidement, et sans qu’on pût saisir s’il parlait avec ironie ou pour
exprimer un sentiment vrai:
--Vous êtes la jeunesse. Ce voisinage suffira pour me remettre!
Des voix l’interrompirent. Le courrier de Saint-Julia apportait les
bagages de Thérèse. La femme de ménage les recevait. Puis l’homme
approchait de la fenêtre:
--Quand faudra-t-il vous reprendre, Mademoiselle?