M. Lethois, transfiguré, balbutia:

--L’aube que je ne croyais plus voir...

--Vous la voyez?

--Je vois!

Une émotion poignante les bouleversa.

--Ah! mon ami, que je suis heureux!

L’abbé Taffin ouvrit les bras. Oubliée leur terrible dispute, fini le

cauchemar de cette nuit, où chacun avait révélé ses intimes secrets; en

eux comme au dehors, c’était un réveil ineffable.

En se détachant de l’étreinte de son ami, M. Lethois fut surpris de

retrouver l’abbé Taffin pareil à autrefois; de même l’abbé Taffin

reconnut à peine M. Lethois. Tous deux avaient déjà repris le masque

journalier. Ce fut avec une voix autre que M. Lethois murmura ensuite:

--A propos, puisque ce mauvais rêve est oublié, vous oublierez aussi,

n’est-ce pas, ce que j’ai pu vous dire?

Semblablement, l’abbé Taffin retrouva son accent jovial et son sourire

d’homme heureux pour répliquer:

--Soyez tranquille, je garderai vos confidences, puisque vous ignorez

les miennes!

Il ajouta:

--Maintenant, vous devriez vous reposer. Il est trop tard pour se

coucher, mais en restant sur ce fauteuil, peut-être arriverez-vous à

dormir.

--Volontiers.

Une dernière fois, M. Lethois rendit grâce à la féerie qui incendiait

les crêtes.

--Que c’est beau, la lumière! fit-il en quittant la fenêtre.

--La journée sera plus torride qu’hier, répondit de même M. Taffin.

Il venait de prendre son bréviaire, sans quitter sa place, comme s’il

adorait la nature elle-même. Il commença ensuite:

«_In nomine Patris et Filii..._»

La course folle du réveil-matin scanda le souffle régulier de M.

Lethois. Au loin, un coq chantait.

Le soleil parut.

La vie secrète · 第 35 / 95 题