M. Lethois haussa les épaules.

--Rien de brutal comme un fait. Je vous répète que ma vie est perdue.

Ceci dit, mettez vos papiers sous clef, laissez-les où ils sont, c’est

très indifférent... ma joie me suffit.

Un lourd silence s’établit. Seul, le réveil-matin, sur la cheminée,

battait la chamade. On eût dit que, pareille à une scie, sa machine

entaillait le temps et faisait tomber des secondes.

Ils se retrouvaient comme auparavant, presque dans la même attitude.

Rien n’avait changé, rien sinon que leurs cœurs tressaillaient

follement.

--Je vous en supplie, dit M. Taffin, expliquez-vous!

Il avait employé, sans y songer, la phrase qui lui servait dans les cas

graves, au confessionnal.

M. Lethois fit le geste harassé d’un homme qui laisse tomber son

fardeau.

--Rien de plus simple. J’étais chez moi; je regardais une lumière; j’ai

cessé de la voir: j’étais aveugle; c’est tout.

--Aveugle! mais vous voyez, pourtant!

--Si voir à travers un brouillard, si voir chaque objet noyé dans la

fumée, s’appelle encore voir, en effet, j’y vois encore.

--Ah! s’écria l’abbé Taffin, vous m’aviez fait peur!

--Que vous faut-il!

--Dieu merci, nous sommes loin de compte. Il s’agit d’un étourdissement,

d’une congestion peut-être; en tout cas, rien qui ne se remette. Dans

vingt-quatre heures, il n’y paraîtra plus.

Et, presque gaiement, l’abbé Taffin acheva:

--Le Seigneur vous avertit: c’est bon signe. Il ne prévient que

lorsqu’il n’est pas pressé.

La vie secrète · 第 29 / 95 题