M. Taffin avança la tête, inquiet.

--S’agirait-il de votre mariage? fit-il avec un rire forcé.

M. Lethois qui avait gagné l’extrémité de la terrasse revint lentement

sur ses pas.

--Pas tout à fait.

--Alors?...

--Tout de même, je crains presque d’avoir commis une bêtise.

--Encore faut-il vous expliquer!

--Eh bien, voilà! J’ai invité Mlle Wimereux à passer une quinzaine chez

moi. Elle aussi arrive demain.

Il ajouta, effrayé par l’effet produit, et s’efforçant de plaisanter

pour cacher son inquiétude:

--Comme vous le disiez tout à l’heure, c’est signe de vacances.

Il y eut un moment de stupeur. Devenue écarlate, Mlle Peyrolles semblait

chercher des mots qui ne venaient pas. Effaré, M. Taffin regardait tour

à tour Mlle Peyrolles et Lethois. Celui-ci, les yeux baissés, souriait

d’un air contraint.

--Cette fille vient chez vous?

Résigné, M. Lethois fit un signe d’assentiment, puis se mit à tracer

avec sa canne des cercles sur le sable.

--Vous plaisantez, n’est-ce-pas?

--Je ne plaisante pas.

--Et... elle accepte?

--Pourquoi pas? je ne suis plus d’âge à compromettre personne.

Mlle Peyrolles eut un geste coupant:

--Jolies mœurs!

--Ah! permettez, s’écria M. Lethois exaspéré soudain par cette

mercuriale, elle a le droit, je pense, de venir si ça lui plaît...

D’ailleurs, j’ai connu son père.

--Un père qui la valait!

--Un savant!... qui, de plus, était, vous l’oubliez, membre de

l’Institut.

--Triste savant! Que Dieu ait son âme!

S’adressant à l’abbé Taffin, Mlle Peyrolles acheva d’une voix sifflante:

--Vous ne remerciez pas? Voilà pourtant une belle recrue pour la

paroisse!

Celui-ci ploya les épaules sous la rafale:

--Excusez-moi! bégaya-t-il, je ne sais plus bien; serait-ce la même avec

qui l’abbé Salomon eut des ennuis?

Stupéfaits, M. Lethois et Mlle Peyrolles s’étaient tournés vers lui:

--Vous en êtes là!

--Rêvez-vous?

Furieuse, Mlle Peyrolles jeta:

--La même, parfaitement! la fille de ce Wimereux abominable,

révolutionnaire, athée, que les libres penseurs ont enfoui avec tant de

tapage, et dont les œuvres, Dieu merci, sont déjà oubliées! La même,

venue à Saint-Julia, après la mort de son père, trop heureuse de trouver

là intacte la masure des grands-parents, pour y cacher sa ruine!

Toujours ardent, l’abbé Salomon songe que c’est une âme à sauver, va dès

l’arrivée lui faire une visite de politesse: non seulement elle

l’accueille avec des sottises, mais, parce que les fournisseurs refusent

du crédit, c’est lui qu’elle en accuse!

La vie secrète · 第 12 / 95 题