UNE OEUVRE D'ALBERT BESNARD «ÉTUDE»

Nous avons enregistré ici le très franc succès qu'obtint, l'été dernier,

l'exposition d'ensemble de l'oeuvre de M. Albert Besnard ouverte, en mai

et juin, aux galeries Georges Petit. Même ceux qui connaissaient le

mieux et aimaient l'artiste, ceux qui avaient suivi, depuis tant

d'années, ses attachantes recherches, demeurèrent émerveillés devant

l'opulente souplesse de ce talent personnel, délicat et fort. Et quant à

ceux qui souriaient jadis, devant le _Portrait de Mme Roger Jourdain_ et

plaisantaient si spirituellement cette «femme jaune», comme on l'appela,

ils s'étonnaient, confus un peu, d'avoir quelque temps méconnu et

malmené un si beau peintre. Ce fut l'éclatante réparation, survenant à

temps, cette fois, par exception.

«L'oeil, écrivions-nous alors, rendant compte de l'exposition, est

enveloppé de caresses oubliées depuis que Rubens, Goya, Delacroix ont

cessé de peindre.» Et ces rapprochements n'apparurent à personne

excessifs ou impies.

Devant la blonde et claire figure que nous avons reproduite ici, ceux

qui n'ont pu voir l'exposition dernière, où vingt autres, cent autres,

toutes fraîches et saines, et lumineuses à l'envi, se groupaient,

pourront comprendre l'enthousiasme qui se fit jour alors. Car cette

_Etude_, dorée de tièdes rayons, caressée d'air fluide, cette soyeuse

chevelure où jouent les reflets, ces épaules frissonnantes, où la vie

circule, ces joues duvetées, avivées par l'afflux d'un sang jeune et

généreux, ce beau décor de verdure luxuriante et d'eaux fraîches qui

forme fond, tout cela caractérise et résume les qualités maîtresses de

M. Albert Besnard, le culte passionné de la couleur, la délicatesse, de

la vision, la séduisante élégance du dessin, l'harmonie et la

distinction, enfin.

L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905 · 第 9 / 35 题