Nous publiions, il y a moins d'un an, sous ce titre. Roses d'Amérique,
la reproduction d'un délicieux portrait de jeune fille de Charles
Chaplin, et nous disions alors toute l'admiration que nous éprouvions
pour le talent du maître éminent. Aujourd'hui, cette précieuse carrière
est terminée. L'artiste admirable n'est plus, en effet, qui avait,
durant de longues années, répandu dans le monde une vision nouvelle de
la grâce féminine, et qui avait su enrichir, en quelque sorte, cette
grâce féminine d'un charme de rêve aux harmonieuses nuances roses et
pâles.
Charles Chaplin, né en 1825 aux Andelys (Eure) de parents anglais,
naturalisé français peu après la guerre, avait eu des débuts assez
difficiles. Ce fut d'abord à la gravure qu'il s'adonna. Il laisse un
grand nombre de lithographies et d'eaux-fortes, et, parmi ces dernières,
un Embarquement pour Cythère, d'après Watteau, qui est fort remarquable.
Puis, s'affranchissant peu à peu de la gravure, il commença à peindre.
On connaît ses premières toiles, et on sait notamment qu'il est arrivé à
l'une d'elles d'avoir été attribuée à J.-F. Millet et frauduleusement
signée de ce nom illustre. Cet incident a fait du bruit il y a quelques
années.
Mais Chaplin ne laissa pas longtemps aux falsificateurs de signatures
l'occasion de le confondre avec Millet. Bientôt, sa personnalité
s'affirma dans quelques portraits de femme qu'on a revus à l'Exposition
universelle, et qu'on a très justement admirés, au milieu des plus
belles oeuvres du siècle.
Artiste d'une distinction exquise, il avait plus que tout autre le sens
de l'élégance et de l'aristocratie des femmes. Il les peignait avec
joie, avec passion.
Et dans cette recherche de la vérité, telle qu'il la comprenait, telle
qu'il la voyait, il rivalisait avec la nature de finesse et de
sensibilité.
Chaplin avait eu de nombreux succès aux expositions annuelles de
peinture. Il avait été médaillé en 1851, en 1852 et en 1865. Nommé
chevalier de la Légion d'honneur en 1865, il fut promu officier en 1877.