Donc quand la femme d'Obadiah accoucha, Obadiah rendit graces à Dieu.--

--«A présent, dit Obadiah, j'aurai bientôt un veau.» Et tous les jours

Obadiah rendoit visite à sa vache.--

«Elle fera veau lundi ou mardi,--ou mercredi au plus tard.»

La vache ne fit point de veau.

«Ce sera donc pour la semaine prochaine; ma vache tarde furieusement

long-temps!»

--Jusqu'à la fin de la sixième semaine les soupçons d'Obadiah, qui étoit

bon homme, tombèrent sur le taureau.

A dire la vérité, comme la paroisse étoit fort étendue, la vigueur du

taureau de mon père n'étoit pas proportionnée à son département. Il

avoit cependant, je ne sais comment, obtenu la confiance publique; et

comme il s'acquittoit de son devoir avec beaucoup de gravité, mon père

en avoit la plus haute opinion.

«Sauf le respect que je dois à monsieur, dit Obadiah, tout le monde dit

ici que c'est la faute de son taureau.»--

«La vache ne seroit-elle pas stérile, dit mon père, en se tournant vers

le docteur Slop?»--

«Cela seroit sans exemple, dit le docteur Slop.--Mais il seroit possible

que sa femme fût accouchée avant terme.--Dis-moi, l'ami, ajouta le

docteur Slop, ton enfant a-t-il des cheveux sur la tête?»--

«Comme moi, dit Obadiah.»--Il y avoit trois semaines que le coquin

n'avoit été rasé.

--«Ouais, dit le docteur Slop!»

Eh bien! ne voilà-t-il pas, s'écria mon père, mon taureau, frère Tobie,

mon pauvre taureau, qui est aussi bon taureau qu'il y en ait jamais eu,

et qui au temps jadis eût été le fait de la belle Europe?--Mon taureau,

qui, s'il eût eu deux jambes de moins, auroit pû être reçu docteur, ce

maraud-là, plutôt que de s'en prendre à sa femme...»--

«Mon Dieu, dit ma mère! qu'est-ce donc que toute cette histoire?»--

«Celle d'une femme qui accouche trop-tôt, dit Yorick, et d'une vache qui

accouche trop tard; et une des meilleures en ce genre que j'aie jamais

entendues.»

_Fin du Tome quatrième._

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 131 / 134 题