CHAPITRE LXXXVII.

_Ne t'en fie qu'à toi seul._

Mistriss Brigitte avoit engagé tout le petit fonds d'honneur que peut

avoir une soubrette, qu'elle sauroit tout le détail de l'affaire avant

qu'il fût huit jours; et elle se fondoit sur une supposition qui étoit

en soi très-probable. «Trim, avoit-elle dit, ne manquera pas de me faire

sa cour, tandis que le capitaine fera la sienne à madame; et je le

traiterai de sorte qu'il me dira tout.»

L'amitié a deux vêtemens; l'un de dessus et l'autre de dessous. Brigitte

servoit les intérêts de sa maîtresse avec l'un, et faisoit la chose qui

lui plaisoit le plus avec l'autre. Le diable lui-même n'auroit pas eu

plus beau jeu qu'elle a à s'assurer de la blessure de mon oncle Tobie.--

Pour Mistriss Wadman, elle n'avoit qu'un moyen, mais il étoit sûr. De

sorte que (sans rejetter l'offre de Brigitte, ni mépriser ses talens)

elle se détermina à jouer son jeu elle-même.

Elle n'avoit pas besoin de tout son talent. Un enfant auroit trompé mon

oncle Tobie au jeu. Il connoissoit à peine les cartes,--et laissoit voir

son jeu tant qu'on vouloit.--Le pauvre homme vint se livrer lui-même à

la veuve en se plaçant sur son sopha, mais tellement sans défense et

sans défiance, qu'un cœur généreux auroit rougi d'en abuser.

Mais quittons la métaphore.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 120 / 134 题