CHAPITRE LXXXV.

_La Revue._

Comme il y a cinquante motifs différens, tant de l'ordre civil que de

l'ordre religieux, pour lesquels une femme peut prendre un mari, elle

commence par les considérer et les peser soigneusement tous ensemble;

ensuite elle les distingue, les sépare, et cherche à démêler dans son

esprit lequel de tous ces motifs est le sien. Ensuite, par propos,

enquêtes, raisonnemens, inductions, elle cherche à s'assurer si elle a

choisi le bon. Enfin, elle essaie, elle éprouve, elle veut voir si elle

ne s'est pas trompée.--

L'allégorie de Slawkenbergius sur ce sujet, au commencement de sa

troisième décade, est si originale, et mon respect pour les dames est si

profond, que jamais je n'oserai la leur dire; et c'est dommage, car

elles en riroient.

Elle arrête le premier âne, dit Slawkenbergius, et le tient par le

licou, de crainte qu'il ne lui échappe; puis elle plonge sa main

jusqu'au fond du panier pour y chercher... et quoi?--Ma foi, dit

Slawkenbergius, ce n'est pas le moyen de l'apprendre que de

m'interrompre.--

Je n'ai rien, ma bonne dame, dit l'âne; je porte des bouteilles vides.

Et moi de vieilles guenilles, dit le second.

Ta charge vaut un peu mieux, dit-elle au troisième, tu portes des

pantoufles et de vieilles culottes.--

Elle passe ainsi en revue le quatrième, le cinquième âne, et tout le

reste de la file l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé celui

qui porte ce qu'elle cherche.--Alors elle renverse le panier,--étale la

marchandise,--regarde,--l'examine,--la mesure,--l'étend,--la

mouille,--la sèche,--la tourne,--la retourne,--, et puis l'emporte.

--Mais pour l'amour de Dieu, quelle marchandise?

Toutes les puissances de la terre, répond Slawkenbergius, ne me feroient

pas dire mon secret.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 117 / 134 题