_Les Critiques._
Au reste, ne prenez pas ceci pour une digression; je ne fais encore que
m'y préparer, en attendant le soixante-dix-neuvième chapitre; et je puis
employer celui-ci à ce qu'il me plaira.--Voyons;--j'ai vingt sujets pour
un:--je pourrois écrire mon chapitre des _boutonnières_,--ou mon
chapitre des _fi_, qui doit le suivre immédiatement.--
Ou mon chapitre des _nœuds_, sous le bon plaisir du clergé; mais tout
cela pourroit mal tourner pour moi. Ce que j'ai de mieux à faire, c'est
de suivre la méthode de quelques savans, et de me faire à moi-même des
objections contre ce que j'ai écrit; quoique je déclare d'avance que je
ne sais pas plus que mes pantoufles comment y répondre.
O que de critiques vont pleuvoir sur mon livre! «C'est une satyre
enragée, dira quelqu'un, aussi noire que l'encre dont l'auteur se sert,
et digne en tout de Thersite.--C'est un libelle atroce, et tous les
blanchissages et savonnages du monde n'y font rien.--D'ailleurs, plus le
drôle est déguenillé, plus les sarcasmes viennent en foule au bout de sa
plume.»
A cela je n'ai qu'une réponse prête, au moins pour le moment.--C'est que
l'archevêque de Bénévent composa son indécent roman de Galathée en habit
violet, veste et culottes violettes; ce qui prouve que l'habit ne fait
pas tout.--
«Mais, dit le critique, vous ne pouvez pas nier que la recette du rasoir
que vous indiquez n'ait un grand défaut,--le manque d'universalité. La
loi invariable de la nature rend ce secret inutile à toute une moitié du
genre humain.»--
Tout ce que je puis dire là-dessus, c'est que les écrivains femelles,
Angloises et Françoises, feront bien d'aller sans barbe.--
Quant aux Espagnoles, elles iront comme elles voudront.