XV

Un an après la cérémonie nuptiale, Germaine, en ouvrant sa fenêtre au

soleil du matin, aperçut de loin, sur les hauteurs du chemin, un

personnage qu'il lui sembla reconnaître, M. Alexandre.... C'était lui,

en effet, mais sans chevaux de poste cette fois, venu à pied simplement

par la station du nouveau chemin de fer.

--Tiens! M. Alexandre, dit-elle, tout seul. Qui vous amène quand les

habitants du château sont en voyage? Prenez donc la peine de vous

asseoir.

Il obéit, après avoir ôté poliment son chapeau, s'essuya le front, suant

un peu de sa marche, se réchauffa les pieds refroidis dans la brume du

matin; puis, regardant Germaine d'un oeil admiratif où se trahissait une

certaine émotion:

--Mademoiselle, lui dit-il sans ambages, je suis venu simplement vous

demander à vous-même si vous consentiriez à vous nommer Mme Alexandre

Grandperrin.

--Désolée, monsieur Alexandre. Vous êtes venu trop tard, ma parole est

donnée. En voyant Mme Gerbier si parfaitement heureuse, j'avais

également rêvé d'un notaire. J'en ai trouvé un fait exprès pour moi; un

notaire licencié, d'un âge assez mûr pour être sérieux encore assez

jeune pour me plaire, et dont la fortune équivaut à peu près à la

mienne. Vous le connaissez peut-être, puisqu'il habite votre ville...

c'est M. Georges Durantin, et je vous invite d'avance à la bénédiction.

Quelques mois après, Mme Durantin était citée parmi les femmes les plus

élégantes et les plus spirituelles du grand monde... de Rouen.

_Octobre_ 1875.

[Illustration]

[Illustration]

Oeuvres de André Lemoyne Une Idylle normande.—Le Moulin des Prés.—Alise d'Évran. · 第 37 / 39 题