de méditations continues sur un jour si horrible pour un croyant,
Michel-Ange, élevé à la dignité de prédicateur, et ne songeant plus qu'à
son salut, a voulu punir de la manière la plus frappante le vice alors
le plus à la mode. L'horreur de ce supplice me semble arriver au vrai
sublime du genre.» Stendhal, _Histoire de la peinture en Italie._]
[Note 6: Le nom que j'ai l'honneur de porter, et que mon père, mon
grand-père, mon grand-oncle et mon bisaïeul (l'un des hommes les plus
érudits du dix-septième siècle) ont rendu célèbre par de beaux et de
grands travaux pratiques et théoriques sur toutes les branches de l'art
de guérir, m'interdirait la moindre attaque ou allusion irréfléchie à
propos des médecins, lors même que la gravité du sujet que je traite et
la juste et immense célébrité de l'école médicale française ne s'y
opposeraient pas; dans la création du docteur Griffon j'ai seulement
voulu personnifier un de ces hommes respectables d'ailleurs, mais qui
peuvent se laisser quelquefois entraîner par la passion de l'art, des
expériences, à de graves abus de pouvoir médical, s'il est permis de
s'exprimer ainsi, oubliant qu'il est quelque chose encore de plus sacré
que la science: l'humanité.]
[Note 7: Par une rencontre dont nous nous félicitons au nom de la
vérité, ces lignes étaient sous presse depuis quelques jours, lorsqu'a
paru dans _le Siècle_ (6 août 1843) un article signé de plusieurs
chirurgiens des hôpitaux de paris, où nous lisons les lignes suivantes:
«Les intrusions que nous déplorons (il s'agit de médecins ayant obtenu
par faveur des salles dans les hôpitaux civils) doivent être encore
examinées d'un autre point de vue, celui de la moralité. Un mot
malheureux a été prononcé, le mot d'_essai_. Des arrêtés, portant
création de services donnés contre l'esprit et contre la lettre du
règlement, disposent que cette création a pour objet d'autoriser telle
personne à faire l'essai de sa méthode de traitement. Un pareil langage
étonne à une époque comme la nôtre, où personne n'a le droit de
considérer les malades pauvres comme une matière à essai de quelque
genre que ce soit; et d'ailleurs, ces essais, combien de temps
doivent-ils durer? sur combien de malades doivent-ils être tentés? Ne
doivent-ils pas être constamment surveillés par une commission
permanente, tenue d'en faire connaître les résultats? Il y aurait une
incurie profonde à laisser non résolues de semblables questions. Puis,
une fois lancé dans cette malheureuse carrière des essais, qui sait où
l'on s'arrêtera? Toutes les prétendues méthodes nouvelles ne
viendront-elles pas demander à leur tour de faire leurs preuves dans un
service d'hôpital? et alors homoeopathie, hydrosudopathie, magnétisme,
machines à rompre les ankyloses, tout cela, soyez-en sûrs, réclamera son
droit d'essai.»
Et plus loin:
«Des frais très-considérables ont été faits avec une utilité
très-problématique pour ces services, véritables superfétations dans les
hôpitaux, qui n'ont pas toujours le nécessaire. Ainsi, tandis que
l'administration est réduite à économiser sur l'eau de Seiltz, sur les
sirops nécessaires à la tisane des pauvres fiévreux, sur la charpie,
et., etc., on a accordé en dépenses extraordinaires, pour frais
d'appareils, des sommes trop considérables, eu égard au peu d'avantage
qu'on en a retiré.»]
[Note 8: Ceci n'a rien d'exagéré; nous empruntons les passages
suivants à un article du _Constitutionnel_ (19 janvier 1836). Cet
article intitulé: «Une visite d'hôpital», est signé Z., et nous savons
que cette initiale cache le nom d'une de nos célébrités médicales, qui
ne peut être accusée de partialité dans la question des hôpitaux civils.
«Lorsqu'un malade arrive à l'hôpital, on a soin d'inscrire aussitôt sur
une pancarte le nom de l'arrivant, le numéro du lit, la désignation de
la maladie, l'âge du malade, sa profession, sa demeure actuelle. Cette
pancarte est ensuite appendue à l'une des extrémités du lit. Cette
mesure ne laisse pas d'avoir de graves inconvénients pour ceux à qui des
revers imprévus font temporairement partager le dernier refuge du
pauvre. Croiriez-vous, par exemple, que ce fût là pour Gilbert, malade,
une circonstance indifférente à sa guérison? J'ai vu des jeunes gens,
j'ai vu des vieillards imprévoyants à qui cette divulgation de leur
misère et de leur nom de famille inspirait une profonde tristesse.
«C'est une rude corvée pour un malade que le jour où on l'admet à
l'hôpital. Jugez si le malade doit être fatigué dès le lendemain de son
arrivée; dans l'espace de vingt-quatre heures, il s'est vu
successivement interrogé: 1° par son propre médecin; 2° par les médecins
du bureau d'administration; 3° par le chirurgien de garde; 4° par
l'interne de la salle; 5° par le médecin sédentaire de l'hôpital; et
enfin 6° le lendemain matin par le médecin en chef du service, ainsi que
par dix ou vingt des élèves zélés et studieux qui suivent la clinique
publique. Sans doute cela profite à l'expérience maintenant si précoce
des jeunes médecins, autant qu'aux progrès de l'art; mais cela aggrave
les maux ou retarde certainement la guérison du malade...
«Un de ces malheureux disait un jour:
«Je serais un accusé de cour d'assises, que je n'aurais pas eu en quinze
jours plus d'interrogatoires; cinquante personnes, depuis hier, m'ont
harcelé de questions presque toujours semblables. Je n'avais qu'une
pleurésie en entrant ici; mais je crains bien que l'insatiable curiosité
de tant de personnes ne me donne à la fin une fluxion de poitrine.
«Une femme me disait:
«On m'obsède à chaque instant, on veut connaître mon âge, mon
tempérament, ma constitution, la couleur de mes cheveux, si j'ai la peau
brune ou blanche, mon régime, mes habitudes, la santé de mes ascendants,
les circonstances sous lesquelles je suis née, ma fortune, ma position,
mes plus secrètes affections et le motif supposé de mes chagrins; on va
jusqu'à scruter ma conduite, et jusqu'à épier des sentiments que je
devrais soigneusement renfermer dans mon coeur et dont le soupçon me
fait rougir. Et plus loin:--On frappe ma poitrine en vingt endroits et
devant tout le monde; on y fait de vilaines marques d'encre pour
indiquer apparemment le progrès des obstructions qui ont envahi mes
entrailles.--Les médecins d'à présent, ajoutait cette femme, ressemblent
à des inquisiteurs: on guérit maintenant comme on punissait jadis, et
cela me chagrine.»
Plus loin, après avoir décrit les formalités de la visite, M. Z. ajoute:
«Le docteur ne fait qu'apparaître au lit des anciens malades qui sont en
voie de guérison ou convalescents; mais, parvenu à un des lits occupés
par des malades nouveaux ou en danger, il ne saurait en approcher
qu'après avoir traversé la double haie d'étudiants conservant là
patiemment depuis le matin leur poste d'observateurs vigilants. Quant au
malade, il reste muet et silencieux au milieu de cette foule curieuse et
attentive, et souvent la maladie s'aggrave en proportion de cette
affluence, indiquant le danger et motivant toujours l'inquiétude. Tandis
que le patient envisage le médecin avec cette émotion qui participe de
la confiance et de l'anxiété, celui-ci porte circulairement sur les
assistants un regard de recueillement et de circonspections, qui
s'illumine soudain en arrivant au malade, dont le trouble intérieur est
ainsi comblé.»]
[Note 9: À moins de circonstances très-urgentes, on ne pratique
jamais de graves opérations chirurgicales avant que le malade soit
acclimaté.]
[Note 10: Nous rappellerons au lecteur que le père ou la mère sont
admis à faire inscrire leur fille sur le livre de prostitution au bureau
des moeurs.]
[Note 11: Personne n'est plus convaincu que nous du savoir et de
l'humanité de la jeunesse studieuse et éclairée qui se voue à
l'apprentissage de l'art de guérir; nous voudrions seulement que
quelques-uns des maîtres qui l'enseignent nous donnassent de plus
fréquents exemples de cette réserve compatissante, de cette douceur
charitable qui peut avoir une si salutaire influence sur le moral des
malades.]
[Note 12: Mme d'Harville, arrivée seulement de la veille, ignorait
que Rodolphe avait découvert que la Goualeuse (qu'il croyait morte)
était sa fille. Quelques jours auparavant, le prince, en écrivant à la
marquise, lui avait appris les nouveaux crimes du notaire ainsi que les
restitutions qu'il l'avait obligé à faire. C'est par les soins de M.
Badinot que l'adresse de Mme de Fermont, passage de la Brasserie, avait
été découverte, et Rodolphe en avait aussitôt fait part à Mme
d'Harville.]
[Note 13: Dans sa visite à Saint-Lazare, Mme d'Harville avait
entendue parler de la Louve par Mme Armand, la surveillante.]
[Note 14: Dans une des caves submergées de Bras-Rouge, aux
Champs-Élysées.]
[Note 15: Nous ne saurions trop répéter qu'à la session dernière une
pétition basée sur les sentiments et les voeux les plus honorables,
tendant à demander la fondation de maisons d'invalides civils pour les
ouvriers, a été écartée au milieu de l'hilarité générale de la Chambre.
(V. le _Moniteur_.)]
[Note 16: Société de bienfaisance, fondée à Londres par un de nos
compatriotes, M. le comte d'Orsay, qui continue à cette noble et digne
oeuvre son patronage aussi généreux qu'éclairé.]
[Note 17: Nous connaissons l'activité, le zèle de M. le préfet de la
Seine et de M. le préfet de police, leur excellent vouloir pour les
classes pauvres et ouvrières. Espérons que cette réclamation parviendra
jusqu'à eux, et que leur initiative auprès du conseil municipal fera
cesser un tel état de choses. La dépense serait minime et le bienfait
serait grand. Il en serait de même pour les prêts gratuits faits par le
Mont-de-Piété, lorsque la somme empruntée serait au-dessous de 3 ou 4
fr., je suppose. Ne devrait-on pas aussi, répétons-le, abaisser le taux
exorbitant de l'intérêt? Comment la ville de Paris, si puissamment
riche, ne fait-elle pas jouir les classes pauvres des avantages que leur
offrent, ainsi que je l'ai dit, beaucoup de villes du nord et du midi de
la France, en prêtant soit gratuitement, soit à 3 ou 4 pour cent
d'intérêt? (Voir l'excellent ouvrage de M. Blaise, sur _la Statistique
et l'Organisation de Mont-de-Piété,_ ouvrage rempli de faits curieux,
d'appréciations sincères, éloquentes et élevées.)]
[Note 18: Nous savons que les femmes sont très-difficilement admises
dans les maisons d'aliénés: mais nous demandons pardon au lecteur de
cette irrégularité nécessaire à notre fable.]
[Note 19: Cette ferme, admirable institution curative, est située à
très-peu de distance de Bicêtre.]
[Note 20: Rodolphe avait toujours laissé ignorer à Mme Georges le
sort du Maître d'école depuis que celui-ci s'était évadé du bagne de
Rochefort.]
[Note 21: Disons à ce propos qu'il est impossible de voir sans une
profonde admiration pour les intelligences charitables qui ont combiné
ces recherches de propreté hygiénique, de voir, disons-nous, les
dortoirs et les lits consacrés aux idiots. Quand on pense qu'autrefois
ces malheureux croupissaient dans une paille infecte, et qu'à cette
heure, ils ont des lits excellents, maintenus dans un état de salubrité
parfaite par des moyens vraiment merveilleux, on ne peut, encore une
fois, que glorifier ceux qui se sont voués à l'adoucissement de telles
misères. Là, nulle reconnaissance à attendre, pas même la gratitude de
l'animal pour son maître. C'est donc le bien seulement fait pour le bien
au saint nom de l'humanité; et cela n'en est que plus digne, que plus
grand. On ne saurait donc trop louer MM. les administrateurs et médecins
de Bicêtre, dignement soutenus d'ailleurs par la haute et juste autorité
du célèbre docteur Ferrus, chargé de l'inspection générale des hospices
d'aliénés, et auquel on doit l'excellente loi sur les aliénés, loi basée
sur ses savantes et profondes observations.]
[Note 22: Cette école est encore une des institutions les plus
curieuses et les plus intéressantes.]
[Note 23: Ordinairement _la toilette_ des condamnés a lieu dans
l'avant-greffe; mais quelques réparations indispensables obligeaient de
faire dans le cachot les sinistres apprêts.]
[Note 24: C'est ainsi que cela se passait en Espagne pendant le
séjour que j'y fis de 1824 à 1825.]
[Note 25: L'exécution de Norbert et de Després a eu lieu cette année
le lendemain de la mi-carême.]
[Note 26: Selon M. Fregier, l'excellent historien des classes
dangereuses de la société, il existe à Paris trente mille personnes qui
n'ont d'autres moyens d'existence que le vol.]
[Note 27: Les deux femmes.]
[Note 28: Mort aux honnêtes gens! Vivent les voleurs et les
assassins!...]
[Note 29: Femme.]
[Note 30: Nous rappellerons au lecteur qu'environ quinze mois se
sont passés depuis le jour où Rodolphe a quitté Paris par la barrière
Saint-Jacques, après le meurtre du Chourineur.]
[Note 31: Cette date est incohérente avec deux lettres qui vont
suivre (de Rigolette au chapitre IV, de Rodolphe au chapitre VII). Il
s'agit du 25 août 1841. (_Note du correcteur--ELG_.)]
[Note 32: Le nom de Marie rappelant à Rodolphe et à sa fille de
tristes souvenirs, il lui avait donné le nom d'Amélie, l'un des noms de
sa mère à lui.]
[Note 33: Nous rappellerons au lecteur, pour la vraisemblance de ce
récit, que la dernière princesse souveraine de Courlande, femme aussi
remarquable par la rare supériorité de son esprit que par le charme de
son caractère et l'adorable bonté de son coeur, était Mlle de Medem.]
[Note 34: En arrivant en Allemagne, Rodolphe avait dit que
Fleur-de-Marie, longtemps crue morte, n'avait jamais quitté sa mère la
comtesse Sarah.]
[Note 35: Environ six mois se sont passés depuis que Fleur-de-Marie
est entrée comme novice au couvent de Sainte-Hermangilde.]
[Note 36: Dans quelques circonstances, on élevait une religieuse à
la dignité d'abbesse le jour même de sa profession. Voir la _Vie de
très-haute et très-religieuse princesse Mme Charlotte-Flandrine de
Nassau, très-digne abbesse du royal monastère de Sainte-Croix, qui fut
élue abbesse à dix-neuf ans._]
[Note 37: Travail et Salaire, par M. Prosper Tarbé, substitut du
procureur du roi à Reims. Paris, 1841.]
[Note 38: Bulletin des Tribunaux, 8 juin 1843. Cour d'assises,
présidence de M. Bresson.]
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