CHAPITRE XIII

AFFAIBLISSEMENT DES EMPIRES MUSULMANS EN AFRIQUE, EN ESPAGNE ET EN

SICILE.

997-1045.

Ziri-ben-Atiya est défait par l'oméïade El-ModalTer.--Victoires de

Ziri-ben-Atiya dans le Mag'reb central.--Guerres de Badis contre ses

oncles et contre Felfoul.--Mort de Ziri-ben-Atiya; fondation de la Kalaa

par Hammad.--Espagne: Mort du vizir Ben-Abou-Amer. El-Moëzz, fils de

Ziri, est nommé gouverneur du Mag'reb.--Guerres civiles en Espagne; les

Berbères et les chrétiens y prennent part.--Triomphe des Berbères et

d'El-Mostaïn en Espagne.--Luttes de Badis contre les Beni-Khazroun;

Hammad se déclare indépendant à la Kalaa.--Guerre entre Badis et

Hammad.--Mort de Badis, avènement d'El-Moëzz.--Conclusion de la paix

entre El-Moëzz et Hammad.--Espagne: Chute des Oméïades; l'edriside

Ali-ben-Hammoud monte sur le trône.--Anarchie en Espagne; fractionnement

de l'empire musulman.--Guerres entre les Mag'raoua et les

Beni-Ifrene.--Luttes du sanhadjen El-Moëzz contre les Beni-Khazroun de

Tripoli; préludes de sa rupture avec les Fatemides.--Guerres entre les

Mag'raoua et les Beni-Ifrene.--Événements de Sicile et d'Italie; chute

des Kelbites.--Exploits des Normands en Italie et en Sicile; Robert

Wiscard.--Rupture entre El-Moëzz et le hammadite El-Kaïd.

ZIRI-BEN-ATIYA EST DÉFAIT PAR L'OMÉÏADE EL-MODAFFER.--En rompant

courageusement avec le vizir oméïade, Ziri avait peut-être beaucoup

présumé de ses forces; il se prépara néanmoins, de son mieux, à lutter

contre lui. Débarqué à Tanger, le général Ouadah entra aussitôt en

campagne (997). Pendant trois ou quatre mois ce fut une série

d'escarmouches sans action décisive; Ouadah parvint alors à surprendre

de nuit le camp de Ziri, près d'Azila, et à s'en emparer. Le chef

berbère dut opérer su retraite vers l'intérieur, tandis que Nokour et

Azila tombaient au pouvoir des troupes oméïades.

Ces succès étaient bien insignifiants aux yeux d'Ibn-Abou-Amer, et,

comme Ziri avait repris l'offensive et forcé Ouadah à la retraite, le

vizir se décida à envoyer dans le Mag'reb de nouvelles troupes, sous le

commandement de son fils Abd-el-Malek-el-Modaffer, et vint lui-même

s'établir à Algésiras, afin de surveiller de plus près le départ des

renforts. L'arrivée du fils du puissant vizir en Afrique produisit le

plus grand effet sur l'esprit si versatile des Berbères. De toutes

parts, les chefs des tribus, entraînant une partie de leurs gens,

désertèrent la cause de Ziri, pour se ranger sous les étendards

oméïades.

Malgré ces défections, Ziri, dont l'âme ne se laissait pas facilement

abattre, attendit l'ennemi dans la province de Tanger et se prépara,

avec une armée fort nombreuse, à soutenir son choc. Quand El-Modaffer

eut réuni toutes les ressources dont il pouvait disposer, il se mit en

marche pour attaquer son adversaire. Celui-ci s'avança bravement à sa

rencontre, et, en octobre 998, les deux armées se heurtèrent au sud de

Tanger. La bataille s'engagea aussitôt, acharnée et meurtrière;

longtemps, l'issue en demeura indécise; enfin les troupes oméïades

commençaient à plier, lorsque Ziri, qui se trouvait au plus fort de

l'action, fut frappé de trois coups de lance par un de ses propres

serviteurs, un nègre dont il avait fait tuer le frère. Le meurtrier

accourut aussitôt dans les rangs ennemis porter la nouvelle de la mort

de l'émir des Mag'raoua. Cependant Ziri, bien que grièvement blessé au

cou, n'était pas tombé et son étendard tenait encore debout, de sorte

qu'El-Modaffer ne savait ce qu'il devait croire des rapports du

transfuge ou du témoignage de ses yeux. Ayant alors remarqué un certain

désordre parmi les Mag'raoua, il entraîna une dernière fois ses

guerriers dans une charge furieuse, et parvint à mettre en déroute

l'ennemi.

Les Mag'raoua et leurs alliés se dispersèrent dans tous les sens; quant

à Ziri, on le transporta tout sanglant à Fès, où se trouvait alors sa

famille; mais les habitants refusèrent de le recevoir, et ce fut avec

beaucoup de peine qu'on put obtenir d'eux la remise de son harem. Ziri

ne trouva de sécurité pour lui et les siens qu'en se réfugiant dans les

profondeurs du désert.

Cette seule victoire rendit le Mag'reb aux Oméïades. Aussi, lorsque la

nouvelle en parvint à Cordoue, le Vizir ordonna-t-il des réjouissances

publiques. Il envoya ensuite à son fils El-Modaffer le diplôme de

gouverneur du Mag'reb. Ce prince confia le commandement des provinces à

ses principaux officiers, puis il s'occupa de faire rentrer les

contributions qu'il avait frappées sur les populations rebelles.

Sidjilmassa avait été évacuée par les Beni-Khazroun; le gouverneur

oméïade y envoya, pour le représenter, un officier du nom de

Hamid-ben-Yezel[600].

[Note 600: Ibn-Khaldoun, _Berbères_, t. III, p. 244 et suiv., 257.

Kartas, p. 147 et suiv. Dozy, _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 235 et

suiv. El-Bekri, passim.]

VICTOIRES DE ZIRI-BEN-ATIYA DANS LE MAG'REB CENTRAL.--Lorsque

Ziri-ben-Atiya fut à peu près guéri de ses blessures, il rallia autour

de lui les Beni-Khazroun et autres tribus dépossédées et repartit en

guerre; mais, n'osant s'attaquer aux Oméïades, ce fut contre les

Sanhadja qu'il tourna ses armes. Il envahit leur pays et mit en déroute

Itoueft et Hammad, qui avaient voulu lui barrer le passage. Il vint

alors assiéger Tiharet, où Itoueft s'était réfugié.

Sur ces entrefaites, les oncles de Badis, ayant à leur tête Makcen et

Zaoui, deux d'entre eux, se mirent en état de révolte, et leur exemple

fut suivi par leur parent Felfoul-ben-Khazroun, fils et successeur du

commandant de Tobna. Itoueft, Hammad et Abou-l'Behar restèrent fidèles

au gouverneur. Ces graves événements décidèrent Badis à marcher en

personne contre les ennemis. En 999, il se porta sur Tiharet, débloqua

cette ville et força Ziri à la retraite; mais, en même temps,

Felfoul-ben-Khazroun s'avançait vers l'est et entrait en Ifrikiya. Force

fut à Badis de revenir sur ses pas pour garantir le siège de son

commandement, sans avoir pu compléter sa victoire. Ziri reprit alors

l'offensive, et après avoir de nouveau défait Itoueft et Hammad,

s'empara de Tiharet et de Mecila, puis, se portant vers le nord, il

conquit Chelif, Ténès et Oran. Dans toutes ces villes, de même qu'à

Tlemcen qu'il avait conservée, il fit célébrer la prière au nom de

Hicham II et de son vizir.

Encouragé par ses succès, Ziri pénétra au coeur du pays des Sanhadja et

vint mettre le siège devant Achir. En même temps, il écrivit au vizir de

Cordoue pour lui rendre compte de ses victoires et lui demander pardon

de sa rébellion. Ceux des oncles de Badis que Ziri avait recueillis

furent chargés de porter le message en Espagne. Ils y arrivèrent en l'an

1000 et furent bien reçus par Ibn-Abou-Amer; le vizir parut oublier les

fautes de Ziri; il rappela son fils El-Modaffer, permit aux

Beni-Ouanoudine de rentrer à Sidjilmassa et nomma le général Ouadah

gouverneur résidant à Fès. Quant à Ziri, il lui abandonna le

commandement des provinces conquises dans le Mag'reb central[601].

[Note 601: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 16, 17, t. III, p. 246, 247, 260,

261. Kartas, p. 147, 148. Dozy, _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 237.

Baïane, passim.]

Guerres de Badis contre ses oncles et contre Felfoul-ben-Khazroun.--En

Ifrikiya, Felfoul-ben-Khazroun était venu mettre le siège devant Bar'aï.

De là il avait, dit-on, demandé des secours en Orient au khalife

fatemide, alors en froid avec le gouverneur de Kaïrouan. Celui-ci lui

aurait expédié Yahïa-ben-Hamdoun, réfugié en Egypte depuis l'assassinat

de son frère; mais ce chef, accompagné de quelques troupes, n'aurait pu

traverser le pays de Barka, occupé par la tribu hilalienne des

Beni-Korra, récemment transportée de Syrie, et ainsi Felfoul serait

demeuré réduit à ses propres forces.

Cependant, la panique était grande à Kaïrouan, et déjà l'on barricadait

les rues pour se défendre, mais Badis, arrivant à marches forcées,

obligea Felfoul à lever le siège de Bar'aï et à rétrograder vers

l'ouest. Makcen, oncle de Badis, et ses adhérents, se joignirent alors à

Felfoul, et les confédérés firent une nouvelle expédition contre

Tebessa, mais ils furent repoussés. Makcen resta seul avec Felfoul, ses

autres frères étant allés rejoindre Ziri-ben-Atiya.

En 1001, Hammad marcha contre les rebelles, les attaqua vigoureusement

et les mit en pleine déroute. Makcen et ses enfants, étant tombés aux

mains du vainqueur, furent livrés par lui à des chiens affamés qui les

mirent en pièces. Hammad poursuivit les fuyards jusque dans le mont

Chenoua, près de Cherchel, où ils s'étaient réfugiés, et les obligea à

se rendre, à la condition qu'on leur permît de passer en Espagne.

MORT DE ZIRI-BEN-ATIYA. FONDATION DE LA KALAA PAR HAMMAD.--Au moment où

Hammad obtenait ces succès, Ziri-ben-Atiya rendait le dernier soupir

sous les murs de la ville d'Achir, qu'il assiégeait depuis longtemps

sans succès. On dit que sa mort fut causée par les blessures que lui

avait faites le nègre et qui s'étaient incomplètement guéries. Son fils

El-Moëzz prit alors le commandement et offrit au gouvernement de Cordoue

une forte somme d'argent, avec son fils Moannecer comme otage, pour se

faire nommer gouverneur du Mag'reb.

Mais Hammad s'avançait à marches forcées, et El-Moëzz ne jugea pas

prudent de l'attendre, car son ennemi culbutait tout devant lui et

semblait précédé par la victoire. Achir délivrée, Hamza et Mecila

rentrèrent aussi au pouvoir du général sanhadjien, qui rendit à l'empire

ses anciennes limites. Il rasa un grand nombre de villes infidèles ou

difficiles à défendre et vint fonder, dans les montagnes abruptes de

Kiana, au nord de Mecila[602], une ville forte qu'il appela la Kalâa (le

château), et qu'il peupla avec les habitants des cités détruites.

[Note 602: Les ruines de la Kalâa (Galâa, selon la prononciation

locale) se voient encore dans le Djebel-Nechar, qui ferme, au nord, le

bassin du Hodna.]

Badis, de son côté, n'était pas resté inactif; sans laisser de répit à

Felfoul, il l'avait contraint à se jeter dans le désert. Voyant sa route

coupée, le chef mag'raouien chercha un refuge dans la province de

Tripoli, alors en proie à l'anarchie, car le khalife du Caire y envoyait

des gouverneurs que son représentant de Kaïrouan refusait de

reconnaître. Il entra en maître à Tripoli, dont les habitants

l'accueillirent en libérateur. Un certain nombre de Mag'raoua le

rejoignirent dans cette localité[603].

La peste et la famine ravageaient alors l'Afrique et faisaient des

milliers de victimes[604].

[Note 603: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 16, 17, t. III, p. 248, 263.

Kartas, p. 148. El-Bekri, passim. Ibn-el-Athir, année 386.]

[Note 604: Ibn-er-Rakik, cité par les auteurs musulmans.]

ESPAGNE: MORT DU VIZIR IBN-ABOU-AMER. EL-MOEZZ, FILS DE ZIRI, EST NOMMÉ

GOUVERNEUR DU MAG'REB.--Dans le mois d'août 1002, le vizir

El-Mansour-ben-Abou-Amer, qui venait de rentrer d'une dernière

expédition en Castille, mourut à Medina-Céli. Le rôle qu'il a joué dans

l'histoire des Musulmans d'Espagne est considérable; par son indomptable

énergie, il a retardé le démembrement de l'empire oméïade, et, par son

audacieuse activité, étendu ses frontières jusqu'au coeur des pays

chrétiens. Les Musulmans avaient maintenant trois capitales: Léon,

Pampelune et Barcelone; les basiliques les plus célèbres avaient été

pillées ou détruites, le culte du Christ aboli. Aussi les populations

chrétiennes accueillirent-elles avec un soupir de soulagement la

nouvelle de la mort du terrible vizir.

Avant de mourir, Ibn-Abou-Amer avait fait venir son fils, Abd-el-Malek,

et lui avait fait les plus minutieuses recommandations, car il sentait

bien que, malgré l'apparence de la force, son pouvoir était précaire et

résultait surtout de la manière dont il l'exerçait. A son arrivée à

Cordoue, El-Modaffer trouva le peuple soulevé et réclamant à grands cris

son souverain. Or, Hicham II ne tenait nullement à se charger des soucis

du gouvernement, et, grâce à ces dispositions, le vizir parvint assez

rapidement à faire reconnaître son autorité. Suivant alors l'exemple de

son père, il donna tous ses soins à la _guerre sainte_[605].

El-Modaffer avait trouvé dans sa capitale l'ambassade envoyée du Mag'reb

par El-Moëzz, fils de Ziri, il accueillit avec empressement ses

propositions, qui lui laissaient plus de liberté d'action pour ses

entreprises contre les chrétiens. Le général Ouadah fut rappelé par lui

de Fès, et il envoya à El-Moëzz un diplôme daté d'août 1006, lui

conférant le titre de gouverneur du Mag'reb pour la dynastie

oméïade[606]. Sidjilmassa resta sous l'autorité particulière de

Ouanoudine-ben-Kazroun.

El-Moëzz, fils de Ziri-ben-Atiya, s'établit alors à Fès et prit en main

la direction des affaires.

[Note 605: Dozy, _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 238 et suiv.]

[Note 606: Voir le texte de ce diplôme. Ibn-Khaldoun, Berbères, t.

III, p. 248, 249, 250.]

GUERRES CIVILES EN ESPAGNE. LES BERBÈRES ET LES CHRÉTIENS Y PRENNENT

PART.--El-Modaffer était parvenu à rétablir la paix en Espagne, et, sous

sa direction, les affaires de l'empire musulman continuaient à être

florissantes, lorsqu'il mourut subitement (octobre 1008). Il laissait un

frère du nom d'Abd-er-Rahman, issu de l'union de son père avec une

chrétienne, fille d'un Sancho de Navarre ou de Castille. Ce jeune homme

était détesté, et on lui donnait par dérision le nom de _Sanchol_ (le

petit Sancho). Plein de présomption, il prétendait néanmoins se faire

décerner le titre d'héritier présomptif, que son père et son frère

n'avaient osé prendre; aussitôt la guerre civile éclata dans la

péninsule. Des ambitieux firent passer pour mort le khalife Hicham II,

proclamèrent, comme son successeur, un arrière-petit-fils

d'Abd-er-Rahman III, nommé Mohammed, et ayant réuni une bande d'hommes

déterminés, vinrent attaquer le palais du khalife. Ils arrachèrent

facilement à ce prince son acte d'abdication; le château de Zahira tomba

ensuite au pouvoir de Mohammed, qui se fit proclamer khalife sous le nom

d'_El-Mehdi-b'Illah_ (le dirigé par Dieu).

Sanchol (Abd-er-Rahman), qui se trouvait à Tolède, voulut marcher à la

tête de ses troupes, composées en grande partie de Berbères, contre

celui qu'il appelait l'usurpateur; mais ses soldats l'abandonnèrent. Peu

après, il tombait aux mains de ses ennemis et était massacré. Son

cadavre fut mis en croix à Cordoue (1009).

On croyait qu'après cette crise la tranquillité allait renaître;

malheureusement, le nouveau khalife n'avait pas les qualités nécessaires

pour conserver le pouvoir dans un tel moment. Bientôt Une nouvelle

révolte éclata; un petit-fils d'Abd-er-Rahman III, nommé Hicham, se fit

proclamer khalife, et, soutenu, principalement par les Berbères, vint

attaquer El-Mehdi; mais celui-ci, avec l'aide de la population de

Cordoue, triompha de son compétiteur et le fit décapiter. Un grand

massacre des familles berbères suivit cette victoire.

Zaoui, oncle du gouverneur sanhadjien de Kaïrouan, qui s'était

précédemment réfugié en Espagne, rallia les Berbères, brûlant du désir

de tirer vengeance des Cordouans, et leur fit proclamer un nouveau

khalife, Soleïman, neveu du malheureux Hicham, sous le nom

d'_El-Mostaïn-l'Illah_ (qui implore le secours de Dieu).

Puis les Africains, conduits par ces chefs, allèrent s'emparer de

Medina-Céli; mais bientôt ils y furent bloqués et se virent réduits à

implorer l'assistance de Sancho, comte de Castille. Une ambassade lui

avait été envoyée par El-Mehdi dans le même but, avec l'offre de lui

abandonner de nombreuses places s'il l'aidait à écraser son compétiteur.

Ainsi, il avait suffi de quelques années de guerre civile pour faire

perdre aux Musulmans tous les avantages qu'ils avaient obtenu sur les

chrétiens par de longues années de luttes.

Le comte de Castille se prononça pour les Berbères, leur envoya un

ravitaillement et vint, en personne, se joindre à eux avec ses

guerriers. Les confédérés marchèrent alors sur Cordoue (juillet 1009),

défirent le général Ouadah, qui avait voulu les prendre à revers, et

furent bientôt en vue de la capitale. El-Mehdi sortit bravement à leur

rencontre et leur offrit le combat. Il fut entièrement défait; ses

soldats furent massacrés par milliers, tandis que Ouadah regagnait la

frontière du nord et que le khalife cherchait un refuge dans son palais.

Voyant sa situation désespérée, El-Medhi se décida à rendre le trône à

Hicham II, qu'il avait fait passer pour mort quelque temps auparavant.

Mais les Berbères, victorieux, n'étaient pas gens à tomber dans ce

piège; ils entrèrent en vainqueurs à Cordoue et, aidés des Castillans,

mirent cette ville au pillage. Zaoui put alors enlever le crâne de son

père Ziri-ben-Menad du crochet où il avait été ignominieusement

suspendu, le long de la muraille du château.

El-Mehdi avait pu fuir et gagner Tolède; ses partisans étaient encore

nombreux; Ouadah, dans le nord, était en pourparlers avec les comtes de

Barcelone et d'Urgel. El-Mostaïn, ne pouvant retenir les Castillans en

les récompensant, comme il s'y était engagé, par des cessions de

territoire, ceux-ci regagnèrent, chargés de butin, leur province. Sur

ces entrefaites, Ouadah, accompagné d'une armée catalane, commandée par

les comtes Raymond et Ermengaud, opéra sa jonction avec le Mehdi à

Tolède. Puis, le khalife, à la tête de toutes ses forces, marcha sur

Cordoue, défit l'armée d'El-Mostaïn et rentra en maître dans sa

capitale, qui fut de nouveau livrée au pillage par les Catalans (juin

1010).

Les Berbères s'étaient mis en retraite vers le sud. El-Mehdi les

poursuivit, et, les ayant atteints près du confluent du Guadaira avec le

Guadalquivir, leur offrit le combat. Cette fois, les Africains prirent

une éclatante revanche. L'armée d'El-Mehdi fut mise en déroute et plus

de trois mille Catalans restèrent sur le champ de bataille. Les

survivants de l'armée chrétienne, rentrés à Cordoue, s'y conduisirent

avec une cruauté inouïe. Enfin les Catalans s'éloignèrent; peu après,

El-Mehdi tombait sous les coups des officiers slaves à son service, qui

rétablirent sur le trône Hicham II, ce fantôme de khalife. Ouadah, un

des chefs de la conspiration, s'adjugea le poste de premier

ministre[607].

[Note 607: Dozy, _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 268 et suiv. Le

même, _Recherches sur l'hist. de l'Espagne_, t. I, p. 205 et suiv.

Ibn-Khaldoun, t. II, p. 60 et suiv., 153 et suiv. El-Marrakchi (éd.

Dozy), p. 29 et suiv.]

TRIOMPHE DES BERBÈRES ET D'EL-MOSTAÏN EN ESPAGNE.--Cette révolution à

Cordoue ne résolvait rien, car les Berbères, victorieux, restaient dans

le midi avec El-Mostaïn, et n'étaient nullement disposés à se soumettre

au slave Ouadah. Celui-ci, dans cette conjoncture, se tourna de nouveau

vers le comte de Castille, en implorant son secours; mais Sancho voulut

au préalable des gages, c'est-à-dire la remise entre ses mains des

places conquises par Ibn-Abou-Amer, menaçant, en cas de refus, de se

joindre aux Berbères. Ces conditions étaient dures; cependant Ouadah,

ayant perdu tout autre espoir de salut, se décida à les accepter. Dans

le mois de septembre 1010, fut signé le traité qui rendait aux chrétiens

presque toutes les conquêtes des règnes précédents.

Cependant les Berbères avaient repris la campagne; durant l'automne et

l'hiver suivants, ils répandirent dans toutes les provinces musulmanes

la dévastation et la mort. Cordoue fut bloquée, et la peste vint bientôt

joindre ses ravages à ceux de la guerre. Dans le mois d'octobre 1011,

Ouadah fut mis à mort par les soldats révoltés. Cependant Cordoue resta

encore aux mains des soldats slaves jusqu'au mois d'avril 1013. Quant

aux Castillans, ils étaient rentrés, sans coup férir, en possession de

leurs provinces, et ne paraissent pas s'être souciés de tenir

strictement leurs promesses.

Le 29 avril, Cordoue tomba aux mains des Berbères; la plus horrible

boucherie, le viol, le pillage et enfin l'incendie furent les

conséquences de leur succès. Soleïman-el-Mostaïn restait enfin maître du

pouvoir et obtenait du malheureux Hicham II une nouvelle abdication. «Le

triomphe des Berbères, dit M. Dozy, porta le dernier coup à l'unité de

l'empire. Les généraux slaves s'emparèrent des grandes villes de l'est;

les chefs berbères, auxquels les Amirides (vizirs) avaient donné des

fiefs et des provinces à gouverner, jouissaient aussi d'une indépendance

complète, et le peu de familles arabes qui étaient encore assez

puissantes pour se faire valoir n'obéissaient pas davantage au nouveau

khalife[608].»

En Espagne comme en Afrique, l'élément berbère reprenait la

prépondérance, au détriment des petits-fils des conquérants arabes.

[Note 608: _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 212.]

LUTTES DE BADIS CONTRE LES BENI-KHAZROUN. HAMMAD SE DÉCLARE INDÉPENDANT

À LA KALAA.--Pendant que l'Espagne était le théâtre de ces événements,

sur lesquels nous nous sommes étendus en raison de leur importance pour

l'histoire de la domination musulmane dans la Péninsule, les Berbères

d'Afrique voyaient leur puissance s'affaiblir par l'anarchie, au moment

où l'union leur aurait été si nécessaire pour résister à l'invasion

hilalienne près de s'abattre sur eux.

Badis avait lutté en vain pour anéantir le royaume mag'raouien fondé à

Tripoli par Felfoul-ben-Kazroun. Ce chef avait résisté avec avantage et

était parvenu à conserver le pays conquis. Abandonné par le khalife

fatemide du Caire, il avait proclamé la suzeraineté des Oméïades et

était mort en l'an 1010. Son frère Ouerrou avait recueilli son héritage

et offert sa soumission à Badis, mais bientôt la guerre avait recommencé

dans la Tripolitaine et le Djerid entre lui, plusieurs de ses parents et

les officiers sanhadjiens. En vain le gouverneur essaya de s'interposer

et de rétablir la paix, Ouerrou conserva Tripoli et y commanda en chef

indépendant.

Dans le Mag'reb central, la situation était autrement grave. Hammad,

après avoir soumis la partie occidentale de l'empire sanhadjien, s'était

occupé activement de la construction de sa capitale; bientôt la Kalâa,

peuplée des meilleurs artisans et ornée des richesses enlevées aux

villes voisines, était devenue une cité de premier ordre. Son fondateur

y commandait en roi, exerçant une autorité indépendante sur le Zab,

Constantine et le pays propre des Sanhadja, avec Achir, l'ancienne

capitale. D'après M. de Mas-Latrie[609], un groupe important de Berbères

chrétiens contribua à former la population de la Kalâa. Des privilèges

leur furent accordés pour le libre exercice de leur culte et un évêque

leur fut donné plus tard par le pape Grégoire VII. Les historiens

musulmans sont muets sur ce point.

[Note 609: _Traités de paix et de commerce concernant les relations

des Chrétiens avec les Arabes de l'Afrique septentrionale au Moyen-Age_;

t. I, p. 52 et suiv.]

La jalousie de Badis, excitée par les ennemis de son oncle, qui

présentaient le fondateur de la Kalâa comme visant à l'indépendance, ne

tarda pas à amener entre eux une rupture. El-Moëzz, fils de Badis,

venait d'être reconnu par le khalife comme héritier présomptif de son

père; celui-ci invita alors son oncle Hammad à remettre au jeune prince

le commandement de la région de Constantine.

Cette décision, qui cachait peu les sentiments de défiance de Badis, fut

très mal accueillie par Hammad. Il y répondit par un refus formel. En

même temps, il se déclara indépendant, répudia hautement la suzeraineté

des Fatemides, massacra leurs partisans et fit proclamer dans les

mosquées la suprématie des Abbassides. La doctrine chiaïte fut proscrite

de ses états et le culte sonnite déclaré seul orthodoxe (1014)[610]. La

réaction des Sonnites contre les Chiaïtes commença à se manifester dans

les villes habitées par des populations d'origine arabe. L'entourage

même du jeune El-Moëzz ressentit les effets de ce mouvement des esprits,

le précepteur du prince étant orthodoxe. Bientôt un massacre général des

Chiaïtes eut lieu en Ifrikiya[611].

[Note 610: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 18, 44, t. III, p. 263, 264.

El-Kaïrouani, p. 136, 137.]

[Note 611: Ibn-el-Athir, année 407.]

GUERRE ENTRE BADIS ET HAMMAD. MORT DE BADIS. AVÈNEMENT

D'EL-MOEZZ.--Prenant alors l'offensive, Hammad fit irruption en

Ifrikiya, à la tête de nombreux contingents des tribus sanhadjiennes et

de quelques Zenètes (Ouadjidjen, Ouar'mert), et vint enlever la ville de

Badja, à l'ouest de Tunis. Badis envoya contre lui son oncle Brahim;

mais celui-ci passa du côté de son frère, et le gouverneur n'eut d'autre

ressource que de se mettre lui-même à la tête de ses troupes. A son

approche, l'armée envahissante se débanda et Hammad se vit contraint de

fuir. Il se réfugia d'une traite derrière le Chelif.

Badis le poursuivit l'épée dans les reins, entra en vainqueur à Achir,

pénétra dans les hauts plateaux, reçut la soumission des tribus zenètes,

telles que les Beni-Toudjine, et s'avança jusqu'au plateau de Seressou.

Renforcé par un contingent de trois mille Beni-Toudjine, commandés par

Yedder, fils de leur chef Lokmane, le gouverneur descendit dans la

plaine, passa le Chelif et attaqua son oncle Hammad qui l'attendait dans

une position retranchée. Cette fois encore, la victoire se prononça pour

Badis, une partie des adhérents de son compétiteur l'ayant abandonné et

le reste ayant été facilement dispersé.

Hammad se réfugia, non sans peine, dans sa Kalâa, mais Badis ne tarda

pas à venir camper dans la plaine de Mecila, et, de là, fit commencer le

blocus de la capitale de son oncle. Pendant les opérations de ce siège;

Badis mourut subitement dans sa tente (juin 1016). Comme la peste avait

reparu en Afrique, il est possible qu'il succomba au fléau. Cet

événement porta le désordre dans l'armée assiégeante composée d'éléments

hétérogènes; les auxiliaires s'étant débandés, la Kalâa fut débloquée.

Les officiers proclamèrent le jeune El-Moëzz, fils de Badis, âgé

seulement de huit ans, et le conduisirent à Kaïrouan pendant que son

oncle Kerama essayait de couvrir Achir. Les restes de Badis furent

rapportés à Kaïrouan, puis on procéda à l'inauguration de son successeur

dont l'extrême jeunesse allait favoriser si bien les projets ambitieux

de son grand-oncle. El-Moëzz reçut d'Orient un diplôme où le titre de

_Cherf-ed-Daoula_ (noblesse de l'empire) lui était donné[612].

[Note 612: Ibn-el-Athir, année 403.]

CONCLUSION DE LA PAIX ENTRE EL-MOEZZ ET HAMMAD.--Hammad avait repris

vigoureusement l'offensive; après être rentré en possession de son

ancien territoire, il vint mettre le siège devant Bar'aï. Mais il avait

trop présumé de ses forces; son neveu ayant marché contre lui le mit en

déroute et le réduisit encore à la dernière extrémité (1017). Hammad

s'était réfugié derrière les remparts de sa Kalâa, tandis que le

vainqueur s'avançait jusqu'à Sétif; il fit proposer à celui-ci un

arrangement que le jeune El-Moëzz, bien conseillé, refusa.

Le gouverneur était rentré à Kaïrouan, mais la situation de son

grand-oncle ne restait pas moins critique; abandonné de tous, sans

argent, il se décida à faire une nouvelle démarche auprès de son

petit-neveu et lui dépêcha en Ifrikiya son propre fils El-Kaïd, porteur

de riches présents. L'ambassade fut accueillie avec de grands honneurs

et, enfin, on arriva à conclure un traité de paix par lequel Hammad

reçut le gouvernement du Zab et du pays des Sanhadja, avec les villes de

Tobna, Mecila, Achir, Tiharet et tout ce qu'il pourrait conquérir à

l'ouest. C'était la consécration du démembrement de l'empire fondé par

Bologguine. El-Kaïd reçut aussi un commandement et revint à la Kalâa

avec des cadeaux somptueux pour son père (1017).

ESPAGNE, CHUTE DES OMÉÏADES: L'ÉDRISIDE ALI-BEN-HAMMOUD MONTE SUR LE

TRÔNE.--Pendant que ces événements se passaient en Afrique, l'Espagne

était le théâtre d'une nouvelle révolution. El-Mostaïn, parvenu au trône

avec l'appui des Berbères et des chrétiens, n'avait aucune sympathie

parmi la population musulmane espagnole; quant aux Berbères, ils ne lui

accordaient qu'une confiance relative et ne reconnaissaient, en réalité,

que leurs propres chefs, parmi lesquels le sanhadjien Zaoui, gouverneur

de Grenade, et l'edriside Ali-ben-Hammoud, commandant de Tanger, avaient

la plus grande influence. Les Slaves, qui constituaient un élément

important dans l'armée, conservaient toute leur fidélité à Hicham II,

bien qu'en réalité personne ne sût s'il était encore vivant.

Khéïrane, chef des Slaves, ayant conclu une alliance avec

Ali-ben-Hammoud, celui-ci traversa le détroit, à la tête de ses

partisans, avec l'aide de son frère Kacem, gouverneur d'Algésiras; après

avoir rejoint les Slaves, il marcha directement sur la capitale. Zaoui

se prononça aussitôt pour lui. Le 1er juillet 1016, Ali-ben-Hammoud

entra en maître à Cordoue. El-Mostaïn et ses parents furent mis à mort,

et, quand on eut acquis la certitude que Hicham n'existait plus, tout le

monde se rallia à Ali, qui fut proclamé khalife, sous le nom

d'_El-Metaoukkel-li-Dïne-Allah_ (celui qui s'appuie sur la religion de

Dieu). Ainsi finit la dynastie oméïade, qui régnait sur l'Espagne depuis

près de trois siècles et qui avait donné à l'empire musulman de si beaux

jours de gloire. Un Arabe de race, dont la famille, bien que d'origine

cherifienne, était devenue berbère, et qui lui-même ne parlait que très

mal l'arabe, monta sur le trône de Cordoue.

Ali avait espéré, paraît-il, rendre à l'Espagne la paix et le bonheur,

mais il comptait sans les factions. Khéïrane, le chef des Slaves, voulut

jouer le rôle de premier ministre tout-puissant; mais le prince edriside

n'entendait nullement partager son autorité. Déçu dans ses espérances,

le chef des Slaves se mit à conspirer et entraîna dans son parti ses

compatriotes et les Andalous. Il fallait un khalife: on trouva un

petit-fils d'Abd-er-Rhaman III, que l'on para de ce titre. Moundir,

ouali de Saragosse, soutenu par son allié Raymond, comte de Barcelone,

se joignit aux rebelles et, au printemps de l'année 1017, tous

marchèrent contre le souverain. Ali, qui jusque là avait écarté les

Berbères et résisté à leurs prétentions, se jeta dans leurs bras et,

avec leur appui, triompha sans peine de ses ennemis. Dès lors, il

renonça à faire le bonheur des Andalous, qui reconnaissaient si mal ses

bonnes intentions; le pays fut livré de nouveau à la tyrannie des

Berbères, et le khalife donna lui-même l'exemple de l'avidité et de la

cruauté. Peu de temps après, il fut assassiné par trois Slaves, au

moment où il préparait une grande expédition (17 avril 1018)[613].

[Note 613: Dozy, _Musulmans d'Espagne_, t. III, p. 313 et suiv.

Ibn-Khaldoun, t. II, p. 61, 153, 154. El-Bekri, trad. art. _Idricides_.

El-Marrakchi (éd. Dozy), p. 42 et suiv.]

ANARCHIE EN ESPAGNE. FRACTIONNEMENT DE L'EMPIRE MUSULMAN.--Ali laissa

deux fils, dont l'aîné, Yahïa, était gouverneur de Ceuta, mais Kacem,

frère d'Ali, avait une plus grande notoriété et ce fut lui que les

Berbères proclamèrent. De leur côté, Kheïrane et Moundir élirent le

petit-fils d'En-Nacer, sous le nom d'Abd-er-Rahman IV, avec le titre

d'_El-Mortada_ (l'agréé de Dieu). Zaoui, le sanhadjien, dont la

puissance était grande, restait dans l'expectative. Les adhérents du

prétendant oméïade essayèrent de l'entraîner dans leur parti et, n'ayant

pu y parvenir, marchèrent contre lui, mais ils furent défaits et, peu

après, El-Mortada était assassiné par ses partisans. Kacem, resté ainsi

seul maître du pouvoir, essaya de rendre un peu de tranquillité à la

malheureuse Espagne. Pour cela, il fit la paix avec Kheïrane et les

principaux chefs slaves et andalous et leur donna le commandement de

villes ou de provinces, où ils s'établirent en maîtres. Ainsi la paix ne

s'obtenait que par le morcellement de l'empire musulman.

Vers cette époque (1020), Zaoui abandonna le commandement de la province

de Grenade à son fils et rentra à Kaïrouan, après une absence de vingt

années; il y fut reçu avec de grands honneurs par son neveu

El-Moëzz[614].

[Note 614: Ibn-Khaldoun, t. II. p. 61, 62.]

Mais bientôt, Yahïa, fils d'Ali, leva l'étendard de la révolte et,

soutenu par les Berbères et les Slaves, marcha sur la capitale.

Abandonné de tous, Kacem dut céder la place (août 1021). Yahïa ne tarda

pas à éprouver à son tour le même revers de fortune, et Kacem remonta

sur le trône (février 1023). Dès lors, la guerre devint incessante entre

les Edrisides, et s'étendit jusqu'au Mag'reb où un de leurs parents, du

nom d'Edris, allié à Yahïa, parvint à s'emparer de Tanger. L'Espagne se

trouva encore livrée aux fureurs de la guerre civile. Yahïa, ayant

triomphé une dernière fois de son oncle, le tint dans une étroite

captivité; mais alors, les Cordouans, profitant de ce que Yahïa avait

choisi Malaga comme résidence, proclamèrent un prince oméïade,

Abd-er-Rahman V, sous le nom d'_El-Mostad'hir_: c'était la réaction de

la noblesse arabe contre l'élément berbère. Mais cette société caduque

et corrompue était incapable de se gouverner; bientôt une nouvelle

sédition renversa El-Mostad'hir et le remplaça par El-Moktafa, sans pour

cela ramener la paix, si bien que les Cordouans se décidèrent à appeler

chez eux Yahïa, afin de mettre un terme à cette anarchie. Yahïa leur

envoya un de ses généraux (novembre 1025). Quelques mois après, une

nouvelle émeute plaçait sur le trône de Cordoue un souverain éphémère du

nom de Hicham III, appartenant à la famille oméïade[615].

[Note 615: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 19, 62, 154. Dozy, _Musulmans

d'Espagne_, t. III, p. 351 et suiv. El-Bekri, _Idricides_.]

GUERRES ENTRE LES MAG'RAOUA ET LES BENI-IFRENE.--Dans le Mag'reb,

El-Moëzz, fils de Ziri-ben-Atiya, chef des Mag'raoua, ayant voulu

arracher Sidjilmassa des mains des Beni-Khazroun, qui s'étaient déclarés

indépendants, avait été entièrement défait et contraint de rentrer dans

Fès, après avoir perdu presque toute son armée (1016). Dès lors la

puissance des Mag'raoua de Fès fut contrebalancée par celle de leurs

cousins du sud. Ils se firent une guerre incessante, dont le résultat

fut préjudiciable à El-Moëzz. Son adversaire, Ouanoudine, s'empara de la

vallée de la Moulouïa, mit des officiers dans toutes les places fortes

et vint même enlever Sofraoua, une des dépendances de Fès. En 1026,

El-Moëzz cessa de vivre et fut remplacé par son cousin Hammama. Sous

l'énergique direction de ce chef, les Mag'raoua se relevèrent de leurs

humiliations en faisant subir de nombreuses défaites aux Beni-Khazroun

de Sidjilmassa.

Les Beni-Ifrene étaient, en partie, passés en Espagne; mais un groupe

important, resté dans le Mag'reb, se réunit à Tlemcen, autour des

descendants de Yeddou-ben-Yâla. Après avoir étendu de nouveau leur

autorité sur le Mag'reb central, ils attaquèrent les Mag'raoua de Fès,

mais sans réussir à les vaincre; conduits par leur chef Temim,

petit-fils de Yâla, ils se portèrent alors sur Salé, enlevèrent cette

ville et, de là, allèrent guerroyer contre les Berg'ouata

hérétiques[616].

[Note 616: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 131, t. III, p. 215, 224, 235,

257, 271. El-Bekri, passim.]

LUTTES DU SANHADJIEN EL-MOEZZ CONTRE LES BENI-KHAZROUN DE TRIPOLI.

PRÉLUDES DE SA RUPTURE AVEC LES FATEMIDES.--En Ifrikiya, la puissance du

gouverneur sanhadjien continuait à décliner. Renonçant, pour ainsi dire,

aux régions de l'ouest, abandonnées de fait à Hammad, El-Moëzz ne

s'occupait guère que des Beni-Khazroun de la province de Tripoli.

L'anarchie y était en permanence. Ouerrou, frère de Felfoul, étant mort

en 1015, son fils Khalifa voulut prendre le commandement des Zenètes,

mais ces Berbères se divisèrent, et une partie suivit les étendards de

Khazroun, frère de Ouerrou.

Après une courte lutte, celui-ci resta maître de l'autorité et entraîna

ses adhérents à des incursions sur les territoires de Gabès et de

Tripoli, où un gouverneur, du nom d'Abd-Allah-ben-Hacen, commandait pour

El-Moëzz. En 1026, cet Abd-Allah, dont le frère venait d'être mis à mort

à Kaïrouan, par l'ordre du gouverneur, livra, pour se venger, Tripoli à

Khalifa, chef des Zenètes, et celui-ci, étant ainsi devenu maître de

cette place, en expulsa Abd-Allah et fit massacrer tous les Sanhadja qui

s'y trouvaient.

El-Moëzz, bien qu'ayant été élevé dans les principes de la doctrine

chiaïte, s'était rattaché à la secte de Malek et n'avait pas tardé à

persécuter ses anciens coreligionnaires. A El-Mehdïa, à Kaïrouan, les

Chiaïtes étaient poursuivis, molestés, torturés même. Leur sang avait

coulé à flots et ces mauvais traitements les avaient forcés, en maints

endroits, à l'exil volontaire. La Sicile et l'Orient avaient vu arriver

ces malheureux dans le plus triste état. Cette attitude n'était rien

moins que la révolte contre les khalifes d'Egypte. En vain El-Hakem, qui

régnait alors, essaya de ramener à l'obéissance son représentant de

Kaïrouan, en le comblant de cadeaux; il ne réussit qu'à retarder une

rupture inévitable.

Khalifa, de Tripoli, exploitant la situation, entra en rapports avec la

cour du Caire et reçut du khalife un diplôme lui conférant le

commandement de la Tripolitaine. C'était, entre les deux cours, un

échange d'hostilités indirectes, prélude d'actes plus décisifs.

En 1028, Hammad mourut à la Kalâa, et fut remplacé par son fils El-Kaïd,

qui confia à ses frères les grands commandements de son empire. Les bons

rapports continuèrent pendant quelque temps entre lui et son cousin de

Kaïrouan, mais, de ce côté aussi, une rupture était imminente[617].

[Note 617: Ibn-Khaldoun, t. I, p. 30, t. II, p. 20, 21, 45, 131, t.

III, p. 266, 267. El-Kairouani, p. 140, 141. El-Bekri, passim. Amari,

_Musulmans de Sicile_, t. II, p. 357 et suiv.]

GUERRE ENTRE LES MAG'RAOUA ET LES BENI-IFRENE.--A Fès, Ham-mama, roi des

Mag'raoua, continuait à régner au milieu d'une cour brillante, et,

pendant ce temps, les Beni-Ifrene, commandés par Temim, guerroyaient

contre les Berg'ouata et devenaient redoutables. En 1033, ils vinrent,

avec l'aide d'autres tribus zenètes, mettre le siège devant Fès. Le chef

des Mag'raoua leur livra une grande bataille sous les murs de la ville;

mais, après une lutte acharnée où tombèrent ses meilleurs guerriers, il

fut entièrement défait. Les Beni-Ifrene entrèrent victorieux à Fès,

qu'ils mirent au pillage. Le quartier des juifs, surtout, attira leur

convoitise, car il était rempli de richesses; les vainqueurs

massacrèrent les hommes et réduisirent les femmes en esclavage.

Temim s'installa en souverain dans Fès, tandis que Hammama se réfugiait

à Oudjda et s'occupait avec activité à réunir ses adhérents, afin de

prendre sa revanche. Peu de temps après, il fut en mesure de commencer

les hostilités et, en 1038, il arrachait sa capitale des mains des

Beni-Ifrene. Ceux-ci rentrèrent dans leurs anciens territoires; Temim se

retrancha à Chella[618].

[Note 618: Le Kartas donne pour date à cet événement l'année 1041.

Nous adoptons la date et la leçon d'Ibn-Khaldoun qui paraissent plus

probables.]

Après cette victoire, Hammama se crut assez fort pour entreprendre

d'autres conquêtes. A la tête d'une armée zenatienne, il se mit en

marche vers l'est et envahit le territoire sanhadjien. El-Kaïd, seigneur

de la Kalâa, s'avança à sa rencontre; mais, se sentant moins fort, il

n'osa pas engager le combat, et préféra employer l'intrigue et la

corruption pour détourner les adhérents de son adversaire. Abandonné par

son armée, Hammama n'eut bientôt d'autre parti à prendre que d'accepter

la paix et de rentrer chez lui. Il mourut l'année suivante (1040),

laissant le pouvoir à son fils; mais la guerre civile divisa alors les

Mag'raoua; et Fès fut, pendant de longues années, le théâtre de luttes

et de compétitions dans lesquelles les forces des Mag'raoua

s'épuisèrent.

ÉVÉNEMENTS DE SICILE ET D'ITALIE. CHUTE DES KELBITES.--Absorbés par

l'histoire de l'Afrique et de l'Espagne, nous avons perdu de vue la

Sicile et l'Italie, et il convient de revenir sur nos pas afin de passer

une rapide revue des événements survenus dans ces contrées.

La Sicile, indépendante de fait sous les émirs kelbites, qui

reconnaissaient pour la forme l'autorité des khalifes fatemides, profita

d'une période de paix, pendant laquelle fleurirent les lettres et les

arts. Toutes les forces vives des Musulmans s'étaient reportées sur

l'Italie. Les villes de Cagliari et de Pise avaient été pillées par les

Sarrasins (1002). En 1004, le doge de Venise, P. Orseolo, vint au

secours de Bari, assiégée par le renégat Safi, et força les Musulmans à

la retraite. En 1005, les Pisans remportèrent l'importante bataille

navale de Reggio. En 1009, les Musulmans, prenant leur revanche,

s'emparèrent de Cosenza.

En 1015, une expédition musulmane assiégeait Salerne, et cette ville,

pour éviter de plus grands maux, se disposait à accepter les exigences

des Arabes, lorsque quarante chevaliers normands revenant de Terre

sainte, qui se trouvaient de passage dans la localité, scandalisés de

voir des chrétiens ainsi malmenés par des infidèles, entraînèrent à leur

suite quelques hommes de coeur et forcèrent les Musulmans à se

rembarquer, après avoir pillé leur camp. Refusant ensuite toutes les

offres qui leur étaient faites, ils continuèrent leur chemin. Mais le

prince de Salerne les fit accompagner par un envoyé chargé de ramener

des champions de leur pays, en les attirant par les promesses les plus

séduisantes.

Le caïd de Sicile, Youssof-el-Kelbi, ayant été frappé d'hémiplégie,

avait résigné quelque temps auparavant le pouvoir entre les mains de son

fils Djâfer, qui avait reçu d'El-Hakem l'investiture, avec le titre de

_Seïf-ed-Daoula_. En 1015, Ali, frère de Djâfer, appuyé par les

Berbères, se mit en état de révolte, mais il fut vaincu et tué par son

frère, qui expulsa une masse de Berbères de l'île. Djâfer, vivant dans

le luxe, abandonna la direction des affaires à l'Africain Hassan, de

Bar'aï, et ce ministre, pour subvenir aux dépenses de son maître, ne

trouva rien de mieux que d'augmenter les impôts, en percevant le

cinquième sur les fruits, alors que les terres étaient déjà grevées

d'une taxe foncière. Il en résulta une révolte générale (mai 1019).

Djâfer fut déposé, transporté en Egypte et remplacé par son frère

Ahmed-ben-el-Akehal.

Le nouveau gouverneur, après avoir rétabli la paix en Sicile, entreprit

des expéditions en Italie. L'empereur Basile, qui avait tenu sous le

joug les Musulmans d'Orient, les Russes et les Bulgares, se prépara,

malgré ses soixante-huit ans, à faire une descente en Sicile. Son aide

de camp Oreste le précéda avec une nombreuse armée et chassa de Calabre

tous les Musulmans; il attendait l'empereur pour passer en Sicile

lorsque celui-ci mourut (décembre 1025).

Averti du péril qui menaçait la Sicile, El-Moëzz offrit son aide à

El-Akehal, qui l'accepta. Mais la flotte envoyée d'Afrique fut détruite

par une tempête (1026). Oreste, débarqué en Sicile, ne sut pas tirer

parti des circonstances; il laissa affaiblir son armée par la maladie

et, lorsque les Musulmans attaquèrent, il se trouva hors d'état de leur

résister.

Toutes les tentatives tournaient au profit des Musulmans. Les flottes

combinées d'El-Moëzz et d'El-Akehal sillonnèrent alors les mers du

Levant et allèrent porter le ravage sur les côtes d'Illyrie, des îles de

la Grèce, des Cyclades et de la Thrace. Mais, dans la Méditerranée, les

chrétiens, oubliant leurs dissensions particulières, s'unissaient

partout pour combattre l'influence musulmane. C'est ainsi que les

Pisans, aidés sans doute des Génois, armèrent en 1034 une flotte

imposante et effectuèrent une descente en Afrique. Bône, objectif de

l'expédition, fut prise et pillée par les chrétiens. En 1035, la cour de

Byzance envoya des ambassadeurs à El-Moëzz pour traiter de la paix. Sur

ces entrefaites, une révolte éclata en Sicile contre El-Akehal, qui

avait voulu encore augmenter les impôts pour subvenir aux frais de la

guerre. La situation devenant périlleuse, ce prince se hâta de faire la

paix avec l'empire et d'accepter le titre de _maître_, qui impliquait

une sorte de vasselage; il demanda alors des secours aux Byzantins,

tandis que les rebelles appelaient à leur aide El-Moëzz.

Le gouverneur de Kaïrouan leur envoya son propre fils Abd-Allah, avec

trois mille cavaliers et autant de fantassins. En 1036, Léon Opus, qui

commandait en Calabre, passa en Sicile pour secourir le nouveau vassal

de l'empire et défit l'armée berbère; mais, craignant des embûches, il

ne profita pas de sa victoire et rentra en Italie, accompagné de quinze

mille chrétiens qui avaient suivi sa fortune. Bientôt El-Akehal fut

assassiné, et Abd-Allah resta seul maître de l'autorité[619].

[Note 619: Amari, _Musulmans de Sicile_, t. II, p. 341 et suiv. Élie

de la Primaudaie, _Arabes et Normands_, p. 159 et suiv.]

EXPLOITS DES NORMANDS EN ITALIE ET EN SICILE. ROBERT WISCARD.--Nous

avons vu que le prince de Salerne, enthousiasmé des exploits des

Normands, avait député une ambassade pour décider leurs compatriotes à

lui prêter l'appui de leurs bras. Son appel fut entendu, et bientôt une

petite compagnie d'aventuriers normands arriva en Italie, sous la

conduite d'un certain Drengot (1017). Présentés au pape Benoît VIII, ils

furent encouragés par le pontife à lutter contre les Byzantins, qui se

rendaient odieux par leur tyrannie et dont l'ambition portait ombrage à

tous les souverains de l'Italie centrale. Après avoir, tout d'abord,

infligé aux Grecs des pertes sensibles, les Normands ressentirent à leur

tour les effets de la fortune adverse et furent cruellement éprouvés par

le fer de l'ennemi. Le katapan Boïannès les expulsa de toutes leurs

conquêtes et rétablit l'autorité de l'empire jusque sur l'Apulie.

Le pape Benoît VIII appela alors à son aide l'empereur Henri II, qui

envahit l'Italie à la tête d'une nombreuse armée; les Normands se

joignirent à lui et l'aidèrent à triompher des Grecs. Mais bientôt

l'armée allemande reprit la route de son pays, et les Normands

demeurèrent livrés à eux-mêmes sans ressources, et se virent forcés de

vivre de brigandage et d'offrir leurs bras aux princes ou aux

républiques qui voudraient bien les employer.

Sur ces entrefaites, arriva de Normandie une nouvelle troupe commandée

par de braves chevaliers, fils d'un homme noble des environs de

Coutances, nommé Tancrède de Hauteville, qui, à défaut d'autre

patrimoine, avait donné à ses douze fils l'éducation militaire de son

temps. C'était un puissant renfort que de tels hommes, et, comme la

guerre venait d'éclater entre le prince de Salerne et celui de Capoue,

ils trouvèrent immédiatement à s'employer. Plus tard, ils s'attachèrent

aux uns et aux autres avec des chances diverses.

Vers 1036, le général Georges Maniakès débarqua en Italie à la tête

d'une armée byzantine considérable; il réussit à s'adjoindre les

Normands du comté de Salerne et passa en Sicile (1038). Débarqués à

Messine, les chrétiens ne tardèrent pas à rencontrer les Musulmans; ils

les mirent en déroute, après un rude combat, dans lequel Guillaume _Bras

de fer_, un des fils de Tancrède, fit des prodiges de valeur à la tête

des Normands. Messine capitule; puis on assiège Rametta, où les

Musulmans ont concentré leurs forces. Maniakès triomphe sur tous les

points. Les chrétiens mettent alors le siège devant Syracuse; mais cette

ville résiste avec énergie. Abd-Allah reçoit des renforts d'Afrique et

porte son camp sur les plateaux de Traïana, au nord de l'Etna. Mais

l'habile Maniakès, secondé par les Normands, met encore une fois en

déroute les Musulmans.

Sur ces entrefaites, une brouille étant survenue entre Maniakès et le

Lombard Ardoin, qui avait le commandement de la compagnie normande, ce

chef ramena ses hommes en Italie et appela le peuple aux armes contre

les Byzantins. Cependant Syracuse était tombée aux mains du général

grec, et bientôt il allait achever la conquête de toute l'île, lorsque,

par suite d'intrigues, il fut rappelé en Orient et jeté dans les fers.

La révolte éclata dans la Pouille sous l'impulsion des Normands; une

partie des troupes impériales furent rappelées de Sicile et les

Musulmans respirèrent.

En 1040, les Musulmans se lancent également dans la rébellion, et

Abd-Allah, après avoir vu tomber la plupart de ses adhérents, est

contraint de rentrer à Kaïrouan, en abandonnant la Sicile à son

compétiteur Simsam, frère d'El-Akehal. Les Byzantins sont bientôt

expulsés de l'île (1042). Mais la Sicile se divise en un grand nombre de

principautés indépendantes, obéissant à des officiers d'origine diverse,

souvent obscure.

En Italie, les Normands avaient obtenu de grands succès et conquis un

vaste territoire dont ils s'étaient partagé les villes. Amalfi,

neutralisée, devint la capitale de ce petit royaume, et Guillaume en fut

nommé chef, sous le nom de comte de la Pouille. Mais en 1042, Maniakès,

qui avait recouvré la liberté, reparut en Italie, et, comme toujours, la

victoire couronna ses armes. Par bonheur pour les Normands, il se fit

proclamer empereur et passa en Grèce, où il fut tué par surprise. La

ligue normande acquit dès lors une grande puissance. A la mort de

Guillaume, survenue en 1046, les frères de Hauteville se disputèrent sa

succession, et la ligue fut rompue. Le plus jeune d'entre eux, nommé

Robert, arrivé depuis peu en Italie, ayant trouvé tous les bons postes

occupés, se distingua par sa hardiesse et les ressources de son esprit;

il reçut pour cela le surnom de _Wiscard_ ou Guiscard (fort et prudent).

Après avoir guerroyé avec succès en Calabre, il se forma un groupe de

compagnons dévoués et courageux. Nous verrons avant peu quel parti il en

tira.

Quelques années plus tard, les forces combinées de Gènes, de Pise et du

Saint-Siège parviennent à expulser les Musulmans de la Sardaigne (1050).

Cette île obéissait aux émirs espagnols et la lutte avait duré de

longues années[620].

[Note 620: Amari, _Musulmans de Sicile_, t. II, p. 367 et suiv. Élie

de la Primaudaie, _Arabes et Normands_, p. 166 et suiv. De Mas Latrie,

_Traités de paix, etc._, p. 21 et suiv.]

RUPTURE ENTRE EL-MOEZZ ET LE HAMMADITE EL-KAÏD.--Pendant que l'Italie et

la Sicile étaient le théâtre de ces événements, une rupture, depuis

longtemps imminente, éclatait entre El-Moëzz et son parent El-Kaïd, de

la Kalâa, qui s'était rendu entièrement indépendant du gouverneur de

Kaïrouan. Par esprit d'opposition, El-Kaïd refusait en outre de suivre

El-Moëzz dans son hostilité contre les khalifes du Caire.

Le gouverneur, s'étant mis à la tête de ses troupes, vint lui-même

assiéger la Kalâa; mais cette place, par sa forte position, défiait

toute surprise. Aussi, après l'avoir tenue longtemps bloqués, El-Moëzz

se décida-t-il à signer avec El-Kaïd une sorte de trêve. Il leva le

siège, mais au lieu de rentrer en Ifrikiya, il alla guerroyer du côté

d'Achir (1042-43).

Comme en Sicile, comme en Espagne, la désunion des Musulmans d'Afrique,

en paralysant leurs forces, allait avoir les conséquences les plus

graves et favoriser l'arrivée d'un nouvel élément ethnographique[621].

[Note 621: Ibn-Khaldoun, t. II, p. 20 et 46.]

Histoire de l'Afrique Septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête française (1830) ( Volume I) · 第 72 / 73 题