M. d'Entrelacs ouvrit les yeux au bruit de la porte, et dit:

«Eh bien?

--Eh bien! mon cher oncle, bataille!

--Pas possible! Et quand ça?

--Tout de suite; on n'attend plus que vous.

--Mais Chabot?

--Nous le prendrons en route.

--Le sait-il? voudra-t-il?

--Je suis sûr de lui maintenant, comme de vous-même.

--Il y a donc du nouveau? Est-ce que par hasard l'infâme ne serait plus

infâme?

--Nous nous expliquerons en voiture. Voici votre chapeau et votre

pardessus.»

Cinq minutes après, l'oncle et le neveu faisaient bonne route vers

Saint-Mandé, et M. d'Entrelacs, parfaitement réveillé, disait au jeune

marquis:

«Enfin, quel est donc ce mystère?

--Cher oncle, répondit Lysis, me croyez-vous capable de mentir?

--Tu ne serais pas le fils de ma soeur!

--Bien, merci. Maintenant me tenez-vous pour un de ces niais qui

prennent des vessies pour des lanternes et se laissent berner par le

premier venu?

--Non-dà, mais où veux-tu en venir?

--A vous dire que M. Gautripon est le plus honnête homme du monde, qu'il

a les mains aussi nettes que vous et moi, que je ne lui fais pas la

moindre faveur en croisant le fer avec lui, car il me vaut de reste, que

mon estime est fondée non pas sur ses affirmations, mais sur des preuves

visibles et tangibles qui ont passé sous mes yeux et par mes mains

aujourd'hui même: mais j'ai pris l'engagement de garder son secret pour

moi seul. Trouvez-vous l'homme assez justifié par mon témoignage

implicite? Acceptez-vous ma parole quand je vous réponds de lui corps

pour corps? Ou faudra-t-il que je viole une promesse sacrée pour vous

entraîner sur le terrain?

--Tu ne violeras rien du tout, et je te suivrai aveuglément jusqu'au

bout du monde. Est-ce que je n'ai pas toujours été du même avis? C'est

Puchinete et Chabot qui ont alambiqué l'affaire en soulevant des

questions de haute morale. J'ai dit dès le commencement: Tu dois rendre

raison à l'homme que tu as insulté, quel qu'il soit. S'il ne mérite pas

de croiser le fer avec nous, tant pis pour nous; il fallait prendre nos

renseignements avant de lui chanter pouilles. Mais par quel gueux de

hasard as-tu trouvé le mot d'une énigme qui tient tout Paris le bec dans

l'eau?»

Lysis raconta comment son adversaire était venu s'expliquer avec lui.

«Oh! oh! dit le baron. C'est d'un homme terriblement neuf en matière de

point d'honneur, mais ça ne manque pas d'une certaine carrure; j'aime

assez les gens qui vont droit à leur but. Et les explications qu'il t'a

données sont vraiment bonnes?

--Si bonnes, qu'après avoir tout écouté, mon premier geste a été de lui

tendre la main.

--Peste! mais c'est du magnétisme, de la fascination! Le malin t'avait

jeté un sort, mon garçon!

--Ce n'était qu'une admiration éclairée. Que feriez-vous, mon oncle, si

vous vous trouviez en présence d'un martyr?

--Je lui demanderais sa bénédiction, mon cher; mais tu pousses peut-être

le fétichisme un peu loin.

--En quoi donc?

--En menant ton martyr à Vincennes pour en couper un morceau et faire

provision de reliques.

--C'est lui qui l'exige. S'il avait bien voulu s'accommoder de mes

excuses, je n'en aurais pas trouvé d'assez humbles pour lui.

--Et il refuse? Tudieu! j'ai connu des martyrs plus chrétiens que lui

dans l'histoire.

--Je ne vous l'ai pas donné pour chrétien, mais pour honnête homme.

--Mais, s'il vaut tout ce que tu dis, pourquoi se cache-t-il de sa vertu

comme d'un vice? J'ai lu quelques procès où l'on voit les fripons faire

jurer le secret à leurs dupes.

--Oh! mon oncle...

--J'ai blasphémé? pardon! mais enfin, s'il a tant fait que de te révéler

ses bonnes oeuvres, d'où vient cette peur effroyable de les laisser

connaître au public? Que risque-t-il à se montrer tel qu'il est? Le prix

Montyon?

--Il risquerait d'anéantir le fruit de tous ses sacrifices. Le secret de

M. Gautripon n'appartient pas à lui seul.

--Ah! tu m'en diras tant!

--Je ne vous en dirai pas davantage.

--Et je t'approuve; mais que vas-tu en faire, de ce gars-là? Tu ne le

vénères pas assez, je suppose, pour lui offrir ta vie sur un plat

d'argent? Tu es le dernier des la Ferrade, mon cher!

--N'ayez pas peur que je laisse endommager le neveu d'un si charmant

oncle. Nous nous battrons à l'épée, c'est convenu...

--Entre qui?

--Entre M. Gautripon et moi. Cela n'est pas régulier pour un liard; mais

dans l'intimité où nous étions ce matin il m'a spontanément offert le

choix, et...

--Vous avez mitonné la chose en famille; c'est étourdissant! Va

toujours.

--Le malheureux n'a de sa vie touché une arme. A l'épée, je suis maître

de le ménager tout à mon aise. S'il est bien sage, une égratignure. S'il

s'anime trop fort, une bonne piqûre au bras droit. Son épée tombe, et

alors... ma foi tant pis! je l'embrasse et je lui demande pardon!

--Rien que ça? Quel dommage qu'il n'ait pas une fille à marier!

--Je regrette sincèrement de ne pouvoir mieux réparer mes torts envers

lui. Songez donc que je l'ai couvert d'ignominie sans le connaître, et

que le plus noble coeur du monde est depuis quatre jours, par ma faute,

traîné dans la boue de Paris.

--Tu parles comme un échappé de l'Évangile, mais tu es un gentil garçon,

et je t'aime mieux dans ce rôle-là qu'à cheval sur la raison du plus

fort... Voici un berlingot qui m'a tout l'air de charrier Gautripon et

sa fortune. On ne dira pas que ton homme a peur de la mort, car il va se

battre au galop et dans une voiture de noces. Les dépassons-nous?

--Non, cher oncle. A quoi bon humilier ces pauvres bêtes et ces pauvres

gens?

--Il faut pourtant que nous voyions le colonel avant eux... Jean! suivez

ce gros fiacre et arrêtez-vous avec lui, mais derrière.»

Tout le monde descendit en même temps à la porte du pavillon. M.

d'Entrelacs salua Gautripon et ses témoins avec beaucoup de courtoisie;

il prit Rastoul à part et lui dit:

«Nous ne vous demandons que cinq minutes; le temps d'aller chercher le

colonel, qui doit être prêt.

--A vos commandements, monsieur le baron et la c...» Mais Rastoul

s'arrêta court et lança un regard furibond à la _compagnie_ du baron,

c'est-à-dire au jeune marquis.

Les deux gentilshommes entrèrent, tandis que les trois plébéiens se

promenaient sur la chaussée en soufflant dans leurs doigts. Le vent du

nord était vif, il balayait les nuages et préparait une belle gelée pour

la nuit.

Dans l'escalier du colonel, M. d'Entrelacs dit à Lysis:

«Il ne nous reste qu'une heure de jour, nous n'avons pas le temps de

discuter avec Chabot; mais je sais comment le prendre: laisse-moi

faire.»

Le planton les introduisit dans un cabinet encombré de paperasses; le

colonel venait de donner quatre signatures à propos d'un étui d'habit et

quatre autres pour un pompon de trente-cinq centimes. Il jeta la plume

avec joie en voyant entrer ces messieurs.

«Mon cher ami, dit M. d'Entrelacs, nous venons vous remercier de tous

vos bons offices et vous relever de faction. L'affaire est terminée en

ce qui vous concerne, et nous ne voulons pas abuser de vous plus

longtemps.

--Mais qu'est-ce qui s'est passé? Voilà deux jours que je n'ai vu

personne.

--Il y a deux heures, mon cher, nous n'étions pas plus avancés que vous.

Voici qu'à l'improviste une révélation confidentielle vient nous

éclairer, nous confondre et nous montrer notre adversaire sous le jour

le plus avantageux.

--Gautripon?

--M. Gautripon. Les preuves qu'on a produites à la décharge de son

honneur sont d'une telle évidence qu'il y aurait non-seulement de

l'injustice, mais de la cruauté à le marchander plus longtemps. Nous

nous sommes donc mis à ses ordres, il nous attend en bas, et tout sera

réglé avant le coucher du soleil. On comprend fort bien le scrupule qui

vous tient à l'écart d'une affaire où l'un des deux acteurs vous est

suspect; nous n'avons pas le droit de communiquer nos renseignements à

âme qui vive, et je n'ai pas assez d'éloquence pour faire passer en vous

la conviction dont je suis plein. Il y a urgence, l'heure nous talonne;

vous ne refuserez pas de nous indiquer un bon endroit et de nous prêter

un de vos soldats, si M. Gautripon ne vous paraît pas suffisamment

réhabilité par l'estime de Lysis et la mienne.

--Un moment, cher ami! Comme vous y allez! Je ne suis pas au conseil de

guerre, et je n'ai que faire de vos preuves. Me garantissez-vous

l'honorabilité de M. Gautripon?

--Oui.

--Je serais un grand sot et le dernier des malappris, si j'allais

réclamer un autre témoignage. Notre adversaire rentre dans mon estime,

tambours battant, enseignes déployées, et je vais lui demander pardon

des jugements téméraires que j'ai formulés sur lui.

--Colonel, dit Lysis, vous pouvez hardiment lui rendre cette justice: je

vous jure que vous ne vous fourvoyez point.

--Eh bien! mes chers, qu'attendons-nous? Marchons, je suis votre homme!»

Comme il était en habit bourgeois, il n'eut pas de toilette à faire.

Rastoul et Monpain l'accueillirent avec respect, mais cette fois sans

timidité ridicule: ils se sentaient plus forts.

«Messieurs, dit-il, en dirigeant son coup de chapeau vers Gautripon,

j'ai des excuses à vous faire. C'est par ma faute qu'une rencontre,

inévitable depuis mercredi soir, a été retardée jusqu'à ce jour. Les

apparences m'avaient poussé à méconnaître le caractère d'un galant

homme: je le prie de considérer ma présence ici comme une réparation et

un hommage. Je suis connu; on sait que je choisis avec un égal scrupule

mes adversaires et mes amis.»

Gautripon répondit à ce petit discours par un salut très-simple et

très-digne, et les deux partis entrèrent dans le bois, sous la conduite

du colonel. Les voitures suivaient au pas avec les armes.

On marchait depuis quelques minutes lorsque M. Chabot aperçut deux

épaulettes de laine jaune dans un sentier. Il cria de sa voix la plus

commandante:

«Voltigeur!»

Le soldat qui bayait aux corneilles, selon l'usage, en fouettant son

mollet droit d'une baguette de coudrier, reconnut la voix de son chef et

accourut.

«Mon colonel!

--Ah! c'est vous, Lerambert? Y a-t-il d'autres hommes du régiment par

ici?

--Des hommes? non, mon colonel; mais j'ai rencontré trois caporaux qui

s'en allaient vers la Porte-Jaune.

--Tâchez de les rejoindre et de les amener. Tant mieux, s'ils étaient

quatre!»

Le voltigeur partit comme un trait et ramena sept uniformes. Nos soldats

sont désoeuvrés par force, mais ils ne sont ni sots ni engourdis. Ils

rejoignirent leur colonel auprès d'une pelouse neuve, limitée sur trois

faces par la futaie et sur l'autre par un chemin carrossable, mais

parfaitement inconnu des cochers.

«Mes enfants, dit M. Chabot, ces messieurs ont un petit compte à régler

ensemble. Éclairez la position et faites que nous soyons tranquilles.

Vous savez ce que parler veut dire: à vos postes, ventredieu!»

En un clin d'oeil, le terrain se trouva gardé comme un polygone. Le

valet de chambre de Lysis, sur un signe de son jeune maître, apporta les

pistolets et les épées. Monpain se mit à déballer le bagage de

Gautripon, mais Rastoul le pria de rester tranquille. Les témoins

s'accordèrent sans débat, on dégaîna les épées de M. de la Ferrade, qui

étaient à la fois des oeuvres d'art et des instruments de précision.

Jean-Pierre et le marquis jetèrent leurs habits bas, et on ne les vit

trembler ni l'un ni l'autre; il faisait pourtant assez froid.

Ce fut le colonel qui délivra les armes aux combattants. Rastoul et

Monpain échangèrent des regards lamentables lorsqu'ils virent Gautripon

l'épée à la main. Le malheureux, en trois secondes, tint son outil comme

un cierge, comme un fouet, comme une ligne à pêcher, comme une bêche et

comme une écumoire. Tandis que le jeune marquis tombait correctement en

garde, l'ancien maître d'étude se carrait devant son adversaire, un bras

levé, l'autre pendant, et découvert de la tête aux pieds. Vous n'auriez

jamais dit un combattant, mais une cible offerte à tous les coups. MM.

Chabot et d'Entrelacs, M. de la Ferrade lui-même fut sur le point de lui

dire:

«Effacez-vous, que diable! quelque précaution qu'on y mette, on vous

tuera malgré soi!»

Le jour baissait sensiblement, pas assez toutefois pour qu'on ne pût

reconnaître un fil blanc d'un fil noir. M. Chabot mit les deux ennemis

face à face, réunit leurs épées par la pointe, se rangea, se découvrit

et leur dit:

«Allez, messieurs!»

A ce signal, Gautripon se jeta en arrière, recula de trois pas (car ce

n'était pas rompre), et fondit en aveugle, la main basse, sur le

marquis. Son élan furieux aurait peut-être déconcerté un tireur moins

habile. M. de la Ferrade attendit de sang-froid cette attaque enfantine,

il vit accourir le bras droit et le larda d'un coup bien ajusté qui

devait l'arrêter tout net; mais il avait compté sans l'élan formidable

et le stoïcisme inouï de l'infâme. Gautripon passa pour ainsi dire à

travers la lame qui lui perforait le bras droit; il l'absorba tout

entière et vint coller son biceps contre la coquille, tandis qu'il

traversait la poitrine de l'adversaire et incrustait la garde de son

épée sur les côtes du pauvre marquis.

L'action fut soudaine au point que les spectateurs se demandèrent un

instant lequel des deux combattants était mort; mais tout le monde

comprit qu'il y avait un homme de moins, et pendant une demi-seconde

plus longue qu'un siècle, on attendit si ce groupe effroyable allait

tomber pile ou face. M. de la Ferrade tomba cloué en terre, et Gautripon

croula sur lui.

Le même soir, vers sept heures, Émilie Gautripon s'ennuyait toute

seulette dans sa chambre de satin rose. Un grand feu de poirier flambait

royalement dans la cheminée, et la belle accroupie se sentait frissonner

par instants entre les bras moelleux de son petit fauteuil. Deux lampes

voilées de dentelle baignaient son doux visage d'une lumière plus

blanche que le lait, et pourtant un observateur attentif aurait vu

passer quelques ombres sur ce front pur. Elle tuait le temps par tous

les procédés en usage; elle grignotait des bonbons, s'admirait dans les

grands miroirs, plaquait un accord fantastique sur son célèbre piano, le

seul qu'Eugène Lami ait illustré de ses peintures; elle feuilletait avec

indolence le catalogue des diamants mis en vente par Mlle Aurélia, puis

elle revenait se pelotonner au coin du feu.

Tout à coup l'aimable personne bondit vers la porte de la galerie; elle

appliqua ses petites mains sur les épaules d'un homme qui entrait sans

frapper, le chapeau sur la tête...

«Qu'as-tu? s'écria-t-elle.

--Mais rien absolument.

--Tu es pâle!

--C'est qu'il gèle dehors.

--Jure-moi qu'il ne t'est rien arrivé.

--Je te le jure, là; mais laisse-moi m'asseoir et dégourdir à ton feu

les nouvelles que j'apporte.

--Ah! mes pressentiments ne m'avaient pas trompée. Il y a donc quelque

chose?

--Oui, mais ne t'émeus pas. Ni toi ni moi n'avons la corde au cou. C'est

_lui_ qui s'est pris de querelle ici, mercredi soir, avec un joli garçon

que je connais, une fine lame; il vient à la salle. Ils ont pris

rendez-vous; mais ce pataud-là, au lieu de s'ouvrir à moi, est allé

chercher, Dieu sait où, une paire de témoins impossibles, deux calicots

selon les uns, deux caporaux selon les autres; on m'a dit même un garçon

apothicaire. C'est au cercle que j'ai eu les détails. Mon entrée avait

soulevé un brouhaha; tout le monde s'est mis à chuchoter dans les coins;

un de mes vrais amis, Geoffrin, tu sais, n'a pas voulu me laisser dans

ce ridicule; il est venu à moi et m'a dit ce qu'on racontait. Je suis

furieux contre _lui_, qui s'embarque dans une affaire où il n'entend

rien, et choisit justement un tireur de première force et un _gentleman_

de première volée. Il se fera larder, ce qui n'est rien; mais il sera

roulé, ce qui est pire. Il paraît que ses témoins ont été trop comiques.

Le fait est que depuis quatre jours on les berne de cent façons. Vois-tu

d'ici notre benêt qui a pris son billet pour un drame et qui patauge en

plein vaudeville? Il était temps que je fusse averti. Je vais prendre

l'affaire en main, et M. de la Ferrade aura de nos nouvelles.

--Léon! tu m'as promis de ne plus exposer ta vie!

--Ma chère enfant, il est bien clair que, si tu es en cause, je n'ai pas

qualité pour intervenir; mais, comme ami de Gautripon, je peux, je dois

changer le cours de cette absurde affaire. Son honneur est celui de nos

enfants, que diable! nous ne souffrirons pas qu'on en fasse un plastron.

--Mais il y a du danger dans tout cela!

--Fort peu. Cependant, comme il est homme à s'enferrer, nous trouverons

peut-être une dérivation qui changera la donnée et les acteurs de la

pièce. Voyons, sois sage. Tu me connais, tu sais combien de fois je suis

allé sur le terrain, et tu as vu si j'en ai rapporté autre chose que des

égratignures. Entre deux hommes d'égale force, et je suis l'égal des

plus forts, le duel n'est qu'un jeu innocent.

--Non, non, j'ai ta parole! Tu ne recommenceras pas cette vie d'aventure

qui m'a presque rendue folle!

--Mais pour me protéger contre un risque imaginaire, tu exposes sa vie,

à lui!

--Eh! c'est bien différent!

--Merci!» dit une voix grave qui n'était plus celle de Bréchot.

Gautripon n'avait pas écouté à la porte; il arrivait d'un pas pénible,

la manche fendue, le bras en écharpe, la main gauche appuyée sur la

canne de Rastoul. Il ouvrit avec difficulté et marcha droit à sa femme

et à son ami; mais la préoccupation les empêcha de le voir, et le tapis

les empêcha de l'entendre.

Émilie poussa un petit cri de commande en découvrant qu'il était blessé,

et Léon dit:

«Allons, bon! voilà mon maladroit qui a encore fait des siennes!

J'espère que tu n'es pas fortement égratigné, beau preux?

--Ma blessure est peu de chose. Je serai plus tôt guéri que consolé, car

je viens de tuer un loyal et noble jeune homme pour assurer le repos de

deux êtres qui ne le valent pas.»

L'infâme · 第 15 / 21 题