— Eh bien? demanda le roi en reprenant la lettre des mains de Saint
Aignan tout étourdi de ce qu’il venait de lire.
— Eh bien? répéta Saint-Aignan.
— Que penses-tu de cela?
— Je ne sais trop.
— Mais enfin?
— Sire, la petite aura entendu gronder la foudre, et elle aura eu peur.
— Peur de quoi? demanda noblement Louis.
— Dame! que voulez-vous, Sire! Votre Majesté a mille raisons d’en
vouloir à l’auteur ou aux auteurs d’une si méchante plaisanterie, et
la mémoire de Votre Majesté, ouverte dans le mauvais sens, est une
éternelle menace pour l’imprudente.
— Saint-Aignan, je ne vois pas comme vous.
— Le roi doit voir mieux que moi.
— Eh bien! je vois dans ces lignes: de la douleur, de la contrainte, et
maintenant surtout que je me rappelle certaines particularités de la
scène qui s’est passée ce soir chez Madame... Enfin...
Le roi s’arrêta sur ce sens suspendu.
— Enfin, reprit Saint-Aignan, Votre Majesté va donner audience, voilà
ce qu’il y a de plus clair dans tout cela.
— Je ferai mieux, Saint-Aignan.
— Que ferez-vous, Sire?
— Prends ton manteau.
— Mais, Sire...
— Tu sais où est la chambre des filles de Madame?
— Certes.
— Tu sais un moyen d’y pénétrer?
— Oh! quant à cela, non.
— Mais enfin tu dois connaître quelqu’un par là?
— En vérité, Votre Majesté est la source de toute bonne idée.
— Tu connais quelqu’un?
— Oui.
— Qui connais-tu? Voyons.
— Je connais certain garçon qui est au mieux avec certaine fille.
— D’honneur?
— Oui, d’honneur, Sire.
— Avec Tonnay-Charente? demanda Louis en riant.
— Non, malheureusement; avec Montalais.
— Il s’appelle?
— Malicorne.
— Bon! Et tu peux compter sur lui?
— Je le crois, Sire. Il doit bien avoir quelque clef... Et s’il en a
une, comme je lui ai rendu service... il m’en fera part.
— C’est au mieux. Partons!
— Je suis aux ordres de Votre Majesté.
Le roi jeta son propre manteau sur les épaules de Saint-Aignan et lui
demanda le sien. Puis tous deux gagnèrent le vestibule.