de Sable, prétextant des tempêtes qui le chassaient vers l'Europe, le
pilote avait ramené Guillaume de la Roche en France. «Ce dernier n'y
eut pas plus tôt mis le pied, dit l'historien du Canada, qu'il se trouva
enveloppé dans une foule de difficultés au milieu desquelles le duc
de Mercoeur, qui commandait la Bretagne, le garda prisonnier pendant
quelque temps. Ce ne fut qu'au bout de cinq ans qu'il put raconter au
roi, qui se trouvait à Rouen, ce qui lui était arrivé dans son voyage.
Le monarque, touché du sort des malheureux abandonnés dans l'île de
Sable, ordonna au pilote qui les y avait conduits d'aller les chercher.
Celui-ci n'en trouva, plus que douze...
»A leur retour, Henri IV voulut les voir habillés comme on les avait
trouvés. Leur barbe et leurs cheveux qu'ils avaient laissé croître
pendaient en désordre sur leurs poitrines et sur leurs épaules; leur
figure avait déjà pris un air fauve et sauvage, qui les faisait plutôt
ressembler à des Indiens qu'à des hommes civilisés. Le roi leur fit
distribuer à chacun cinquante écus et leur permit de retourner dans leur
famille, sans pouvoir être recherchés de la justice pour leurs anciennes
offenses.»
Ainsi finit le drame de l'île de Sable, un des plus remarquables des
annales du Canada.
CONCLUSION
--Et Jean de Ganay! Jean de Ganay! le brave Jean de Ganay! s'écrie ma
lectrice en froissant ce livre de désappointement.
--Et Guyonne! la divine, l'incomparable Guyonne! réclame mon lecteur
avec une impatience bourrue.
--Qu'est devenu ce bon Maléficieux? mon Dieu! je voudrais pourtant bien
le savoir, demande une voix enfantine.
Ne pouvant résister à cette trinité charmante qui le presse, dût-il
commettre une indiscrétion pour satisfaire son auditoire, le conteur
répond:
Philippe Francoeur, Guyonne de Kerskoên et Jean de Ganay, après avoir
affronté mille morts, abordèrent sur les côtes de l'Acadie. Ils furent
reçus par quelques familles qui s'y étaient fixées. Les deux amants se
marièrent. Durant une année, ils jouirent d'un bonheur sans mélange.
Mais au bout de ce temps, Guyonne mourut en donnant le jour à un garçon.
--Pardonnez-moi, mon ami, dit-elle à son époux avant de rendre l'âme; je
vous avais celé le voeu que j'avais fait, le jour où j'allais périr de
froid sur un glaçon, de consacrer au culte de Jésus le reste de mes
jours, s'il les épargnait. A ce voeu vous savez que j'ai manqué. Le
Seigneur n'a pas voulu bénir notre union; que sa sainte volonté soit
faite! Puisse l'exemple de sa mère rappeler sans cesse au pauvre enfant
qui vient de naître qu'il faut observer religieusement ses serments si
l'on veut être heureux dans ce monde et dans l'autre!
Brisé de douleur, Jean de Ganay répondit par une explosion de sanglots.
P. S.--Mais Laure de Kerskoên? s'exclame un curieux impitoyable.
--La chronique rapporte qu'elle fut enlevée et épousée par Bertrand de
Mercoeur.
--Furent-ils heureux?
FIN
TABLE
PROLOGUE
EN BRETAGNE
I. Les Routiers.
II. Laure de Kerskoên.
III. Le Manoir.
IV. L'Oncle et la nièce.
V. Le Ménestrel.
VI. L'Attaque.
VII. Bertrand.
VIII. L'Évasion.
IX. Avant le départ.
PREMIÈRE PARTIE
EN MER
I. Guyonne la poissonnière.
II. L'Embarquement.
III. Le _Castor_.
IV. Le Complot.
V. Révolte à bord.
VI. Exécution.
VII. L'Amour d'une poissonnière et l'amour d'un pilote.
VIII. Disette.
IX. Terre.
X. Arrivée.
DEUXIÈME PARTIE
L'ILE DE SABLE
I. L'Ile de Sable.
II. Les Quarante.
III. Première journée sur l'île de Sable.
IV. Brise-tout.
V. La Légende.
VI. Le Naufrage.
VII. Les Épaves.
VIII. L'_Érable_.
IX. Le Coffret.
X. Mystérieux.
XI. Découverte.
XII. Mort de Brise-Tout.
XIII. Perplexité.
XIV. Intrigue.
XV. Insurrection.
XVI. Combat.
TROISIÈME PARTIE
GUYONNE ET JEAN DE GANAY
I. Cinq ans après.
II. Cinq ans après. (Suite).
III. Le Muet.
IV. Philippe et Guyonne.
V. Fragments de journal.
VI. La Surprise.
VII. Demandes et réponses.
VIII. Guyonne et Jean.
IX. Amour.
X. Retour du _Castor_.
CONCLUSION.
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ÉMILE COLIN--IMPRIMERIE DE LAGNY.