Il mio fratello me prête encore sa main, ma chère amie. Je vois que
François, en vous rendant quotidiennement compte de mon état, est d'une
grande discrétion malgré tous les détails qu'il vous donne. Ce serait
mal à moi d'abuser de votre pitié au moins en ce qui concerne mon
abandon; j'aime mieux m'en fier à votre indulgence et à votre discrétion
et vous avouer que depuis dimanche soir, me voyant privé de l'usage de
mon bras, j'ai été pris de l'ennui de rester dans la solitude et j'ai
gardé la blonde petite qui m'offrait ses mains blanches pour me soigner.
Je suis entouré de sympathie... ne me plaignez donc pas trop. Vous vous
imaginez bien, en effet, que si les choses ne s'étaient pas passées
ainsi j'aurais eu recours à vous et prié votre dévouement de s'asseoir à
mon chevet; mais cela n'aurait pas été aussi sage, quoiqu'il n'y eût pas
eu là de quoi alarmer M. Béranger lui-même, que notre histoire
réconforterait plutôt.
C'est pour moi le regret de l'hospitalité que j'ai offerte, de ne
pouvoir vous convier à venir...
J'espère bien, du reste, être vite remis; on doit me permettre de sortir
jeudi prochain. J'irai vous voir; on me rendra d'ici là mon bras moins
impotent avec des bandages plus menus.
Adieu, mon amie; je vous remercie de vos lettres et je profite des
privilèges que donne la maladie pour vous embrasser très tendrement vous
et Hélène.