_Denise à Philippe._
Les Ravenelles, 2 avril.
Moi aussi, je vous ai bien aimé; cet instant-là a contenu une éternité
de souffrances et de joies...
Je vous offrais toutes les belles illusions gardées dans mon coeur,
toute la force de ma jeune vie, les plus pures, les plus nobles
aspirations de mon être...
Vous m'avez donné la déception. La force de mon amour était si grande
que j'ai pu, sans révolte, sans rancune, sans haine, vous obéir quand
vous m'avez ordonné le renoncement. Je vous aimais jusqu'à l'abnégation,
jusqu'au sacrifice.
Me voilà armée pour aller désormais l'âme froide et libre. Cette armure
est, après tout, un riche présent que vous m'avez fait. Nous sommes
quittes: je vous l'ai payée de la souffrance causée par mon misérable
amour.