CXXXI

_Philippe à Denise._

1er septembre.

Certainement je viens! Mais parce que vous avez dédaigné mon amour, et

que j'ai philosophiquement pris mon parti de ne pas vous encenser de la

fumée renaissante de mes désirs, trouvez-vous juste, madame, que je vive

dorénavant en trappiste? J'ai fait envers vous voeu d'amitié. Je ne

suppose pas qu'il entraîne à sa suite le voeu de chasteté? S'il vous

faut cette preuve nouvelle de mon servage, en me pinçant un peu je vous

la donnerai. Mais la folle du logis me paraît bien exigeante... Voyons,

voyons, raisonnez-la un peu, madame mon amie; ce n'est guère charitable,

ce qu'elle semble exiger là...

Je suis curieux de savoir ce qu'a pu vous raconter Suzanne d'une

certaine conversation qu'elle a cru bon d'avoir avec moi, et dont j'ai

jusqu'ici pensé qu'elle avait fait tous les frais. J'ai répondu comme je

le devais pour ne pas la froisser, pour conserver sa confiance et jouir

tout à mon aise de la contemplation d'une âme assez intrigante et fort

pratique, curieuse et sèche, surtout extraordinairement orgueilleuse.

Peut-être tenais-je l'enfant par la taille lorsqu'elle marchait me

contant ses petites hésitations sentimentales? peut-être, en nous

quittant, ai-je avec négligence mis mes lèvres sur ses cheveux? pure

politesse machinale envers l'effleurée. Ces choses un peu excessives

n'équivalent à rien avec elle, et il y a bien plus de tendresse et

d'amour dans le baiser que je dépose, à l'ordinaire, respectueux, sur

vos mains, mon amie.

J'arriverai jeudi à une heure du matin; envoyez-moi chercher.

Amitié amoureuse · 第 272 / 469 题