_Philippe à Denise._
1er septembre.
Certainement je viens! Mais parce que vous avez dédaigné mon amour, et
que j'ai philosophiquement pris mon parti de ne pas vous encenser de la
fumée renaissante de mes désirs, trouvez-vous juste, madame, que je vive
dorénavant en trappiste? J'ai fait envers vous voeu d'amitié. Je ne
suppose pas qu'il entraîne à sa suite le voeu de chasteté? S'il vous
faut cette preuve nouvelle de mon servage, en me pinçant un peu je vous
la donnerai. Mais la folle du logis me paraît bien exigeante... Voyons,
voyons, raisonnez-la un peu, madame mon amie; ce n'est guère charitable,
ce qu'elle semble exiger là...
Je suis curieux de savoir ce qu'a pu vous raconter Suzanne d'une
certaine conversation qu'elle a cru bon d'avoir avec moi, et dont j'ai
jusqu'ici pensé qu'elle avait fait tous les frais. J'ai répondu comme je
le devais pour ne pas la froisser, pour conserver sa confiance et jouir
tout à mon aise de la contemplation d'une âme assez intrigante et fort
pratique, curieuse et sèche, surtout extraordinairement orgueilleuse.
Peut-être tenais-je l'enfant par la taille lorsqu'elle marchait me
contant ses petites hésitations sentimentales? peut-être, en nous
quittant, ai-je avec négligence mis mes lèvres sur ses cheveux? pure
politesse machinale envers l'effleurée. Ces choses un peu excessives
n'équivalent à rien avec elle, et il y a bien plus de tendresse et
d'amour dans le baiser que je dépose, à l'ordinaire, respectueux, sur
vos mains, mon amie.
J'arriverai jeudi à une heure du matin; envoyez-moi chercher.