7 août.

Ainsi, l'heure est venue... Je l'ai retardée jusqu'ici de toute ma

volonté; j'ai vécu dans un désir fou, douloureux comme un mal physique.

J'attendais je ne sais quelle occasion d'avoir à vous prouver à quel

point je vous suis attaché, à quel point mon coeur, ma vie, sont à

vous. J'avais peur de hâter d'une manière vulgaire cet instant. Tentant

une épreuve au-dessus de mes forces, j'ai demeuré près de vous dans la

solitude; alors, vous avez connu mon coeur.

J'étais pris d'une telle angoisse à l'idée qu'en parlant je vous

perdrais peut-être... Ah! ces matins, ces jours, ces soirées où ma vie

frôlait la vôtre... Que ce temps de voluptés indécises enfuies à jamais

m'était cher! J'épiais, fiévreux, l'instant où votre âme entraînée par

mon âme s'allait fondre en elle... j'attendais l'impossible rêve.

Oui, je vous aime. Vos yeux, votre voix si harmonieuse, exercent sur moi

une irrésistible fascination... ce timbre limpide, grave et doux de

votre voix, comme il me possède! Il donne à vos paroles, lorsqu'un émoi

le voile légèrement, je ne sais quoi de caressant, de modulé, de

mystérieux, qui fait tressaillir ma pensée, me fait m'extasier de désir

pour vos lèvres où passent ces sons. On vous aime dès qu'on vous entend

parler. Votre voix, malgré votre volonté, effleure de caresses.

Je vous aime; pouvais-je vivre au contact de ce coeur charmant, de cet

esprit fin, enjoué, qui attire, retient, enlace si étroitement d'une

magnétique, d'une pénétrante chaleur, sans l'aimer?

Je vous aime; je ne puis plus vivre loin de vous, chère tendresse

éclairée qui me guide, vigilante, et a su m'animer par sa chaude

aimantation.

Je vous aime, pour la droiture de vos pensées, pour la réserve de vos

gestes, pour l'immobilité fascinatrice de vos attitudes.

Je vous aime, parce que vous êtes naturelle, vraie et bonne, ce qui est

le suprême charme.

Je vous aime, parce que vous êtes grande, svelte, pâle; parce que vous

êtes résolue et forte dans vos décisions; parce que ayant si bien deviné

votre âme, je suis curieux de vous, toute. Je vous aime parce que je

vous aime, voilà la seule vraie raison.

Denise, je veux sentir la douceur de vos lèvres sur mes lèvres, je veux

être le maître de votre âme, je veux vous voir défaillir pour vous

consoler et être à cette seule minute toute votre force, toute votre

espérance...

Mon amie, soyez clémente; ne me replongez pas dans le néant d'où vous

m'avez tiré. Je serai longtemps encore ce qu'il vous plaira que je sois;

mais gardez-moi, car je vous aime.

Amitié amoureuse · 第 109 / 469 题