_Grand-Hôtel, boulevard Anspach._
Suite de mes «impressions de voyage». Donc, j'ai repris, madame Nisette,
le train de neuf heures quarante-sept à Compiègne. Mais on m'avait
trompé en me disant que j'arriverais à Bruxelles à quatre heures du
matin. J'ai dû attendre encore deux heures à Tergnier, _port de mer_ de
quatre mille âmes.
Buffet modeste, où j'ai jeté les bases d'une amitié solide avec un
employé galonné du chemin de fer, en lui offrant un punch. Je suis allé
passer une heure à un bal populaire proche de la gare. Entrée: vingt
centimes. Le spectacle de la joie des simples m'a pour un instant
consolé de la vie. Vu une belle fille au bras d'un artilleur.
Arrivé enfin à Bruxelles à cinq heures et demie. Descendu au
Grand-Hôtel. Levé à midi; déjeuné, erré dans les rues. Je craignais
d'être trop piloté et un peu envahi; mais pas du tout: je n'ai vu, au
cercle où je dois faire une conférence, que le gérant. Je suis donc
libre jusqu'à ce soir.
Parcouru la rue de la Loi et la rue Royale. «Le silence infini de ces
rues rectilignes m'effraie», comme dit Pascal. Pas un café, pas une
brasserie dans la ville haute qui est noble, propre, blanche, élégante
et un peu froide. En bas, le boulevard Anspach qui ressemble aux
boulevards de Lyon. Le gérant du cercle m'a recommandé le palais de
justice; mais c'est trop loin, je le verrai une autre fois. Cueilli ces
fragments de romances à l'étalage d'un marchand de journaux.
_La Nacelle_ (air de Béranger à l'Académie).
Ne pleure plus, ma Marie, et remarque
Le bleu du ciel et le vent indulgent...
_La Misère des Flandres_ (air de Béranger à l'Académie).
J'ai vu là-bas, près d'une croix de pierre
Un pauvre veuf implorer l'Éternel...
Je voudrais bien être avenue Montaigne... Je vous baise les mains, amie
incomparable.