«Envers tous nos martyrs nous avons un devoir sacré: nous souvenir! Sans
doute, là où ils sont tombés, nous graverons leurs noms dans la pierre
ou le bronze. Mais plus loin? Quand, après les longues souffrances de
cette guerre, humanité libérée reprendra son pacifique labeur, on verra
les Germains réapparaître en toutes les régions, à tous les
carrefours--commerciaux ou industriels, financiers ou scientifiques,
prolétariens ou mondains,--partout où les hommes de tous les pays, de
toutes les races, de toutes les couleurs se rencontrent et se coudoient:
que ferons-nous devant eux? Nous répondons ceci: Aussi longtemps que la
nation au nom de laquelle et par laquelle ces atrocités ont été commises
n'aura pas, de façon solennelle, repoussé elle-même de son sein les
misérables qui l'ont entraînée à une telle déchéance, nous considérons
que ce serait trahir nos saintes victimes que de frayer avec leurs
bourreaux et que jusqu'à ce jour--s'il doit venir--d'une éclatante
réparation morale, _l'oubli serait une complicité_.»
Aucun des innombrables bandits et criminels de droit commun que
l'Allemagne a lâchés sur le monde n'a encore été arrêté, ni poursuivi.
Libres et insolents ils continuent à déverser sur ceux qu'ils ont
assaillis, à défaut de leurs bombes et de leurs gaz empoisonnés, le
venin de leur haine et de leurs calomnies. Et c'est à cette heure que de
malheureux inconscients et de délicates effarouchées parlant déjà
d'oublier?...
Je n'en suis pas.
Recevez, mon cher ami, l'assurance de mes sentiments dévoués.