UNE CÉRÉMONIE PAÏENNE

Le soir commençait à tomber lorsque Pardaillan revint à la Devinière.

Instinctivement, ses yeux se levèrent vers la petite fenêtre où tant de

fois était apparu le charmant visage de Loïse. Mais la fenêtre était

fermée.

Le chevalier poussa un soupir et se tourna vers le perron de la

Devinière. A gauche de ce perron, il aperçut alors trois gentilshommes

qui, le nez en l'air, semblaient examiner attentivement la maison où

demeurait la Dame en noir.

--Vous dites que c'est bien là, Maurevert? fit l'un d'eux.

--C'est là, comte de Quélus. Au premier, la propriétaire, vieille dame

bigote, sourde et confite en prière. Le deuxième est à moi depuis ce

matin.

--Maugiron, reprit celui qu'on venait d'appeler comte de Quélus,

conçois-tu ces bizarres passions de Son Altesse pour ces petites

bourgeoises?

--Moins que des bourgeoises, Quélus. Lui qui a la cour!...

--Mieux que la cour, Maugiron: il a Margot!

Les deux jeunes gentilshommes éclatèrent de rire et continuèrent

à causer entre eux sans s'occuper de Maurevert, pour lequel ils

cherchaient à peine à déguiser un sentiment de mépris et de crainte.

Maurevert s'était éloigné en disant:

--A ce soir, messieurs!

Quélus et Maugiron allaient en faire autant lorsqu'ils virent se dresser

devant eux un jeune homme qui, avec une politesse glaciale, mit son

chapeau à la main et demanda:

--Messieurs, voulez-vous me faire la grâce de me dire ce que vous

regardiez si attentivement dans cette maison?

Les Pardaillan — Tome 01 · 第 27 / 80 题